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région la plus fraîche, comme s'ils subissaient une sorte d'attraction dans ce sens ; ils n'ont pas eu l'air davantage de se rendre compte de la direction à prendre et de l'adopter avec réflexion. Au contraire, ils se sont mus dans presque toutes les directions; il leur est même arrivé d'aller vers des poin.ts où la chaleur était aLu maximum d'intensité; ils ont marché obliquement, en cercle, en avant, en arrière et en changeant continuellement leur direction. Quand, enfin, un des essais de l'animal l'a amené du côté le moins chauffé, il a eu une tendance à se reproduire, et, peu à peu, le sujet rie s'est plus écarté de la direction vers la région froide.
« L'analyse expérimentale nous met à même de découvrir les causes déterminantes de ces phénomènes. Il y a là des stimulations variées et des réactions, également variées, et non point un facteur unique. Particulièrement, dans l'exemple que nous venons de donner, il y a au moins les facteurs suivants : 1^ Un changement dans les conditions physiques externes poussant l'organisme à se mouvoir; 2** l'état actuel physico-chimique de l'organisme luimême ; 3° il faut aussi considérer que l'animal a une tendance particulière à prendre telle ou telle direction, en raison de sa structure. Ainsi, chez l'infusoire, le facteur principal est la structure même du corps : l'animal va en arrière, puis, dé nouveau, en avant, sans paraître remarquer la direction d'où provient la chaleur. Chez le chien, la structure du corps, on pourrait le démontrer, joue également un rôle considérable dans la direction du mouvement, mais d'autres facteurs, internes ceux-là, et dépendant' des impressions anciennes, jouent un rôle encore plus important.
« La direction du mouvement, ainsi déterminée, peut conduire l'organisme contre un obstacle, ou bien dans une région encore plus chaude. L'un ou l'autre de ces nouveaux changements dans le monde extérieur
stimule ranimai de façon à modifier encore une fois sa direction. H peut alors être conduit dans une région plus. fraîche et y rester, parce que ce dernier changement met son organisme dans un milieu propice et n'agit pas comme un stimulant répulsif.
« Nous avons décrit, dans notre ouvrage sur Le Comportement des animaux inférieurs^ un grand nombre de faits de ce genre observés chez les animaux placés au plus bas degré de l'échelle zoologique. Nous avons montré que les essais et erreurs entraînent nécessairement des directions somatiques différentes, des positions d'axe variées, des rotations, etc.. En résumé, la méthode des essais permet aux animaux de réaliser la condition (quelle qu'elle soit) nécessaire pour mettre un terme à une stimulation extérieure, pourvu, bien entendu, que le§ circonstances matérielles ne s'y opposent pas.
« Dans l'ouvrage que nous venons de mentionner, tout en faisant la part d'autres facteurs, nous avons signalé ce fait que, dans les essais, la direction du mouvement est, la plupart du temps, déterminée par des changements intérieurs provoqués eux-mêmes par des conditions extérieures de nature à empêcher un processus physiologique, si elles duraient. Les influences extérieures qui n'ont pas ces effets d'arrêt plus ou moins rapide et plus ou moins complet des fonctions physiologiques ne produisent pas de réaction. En conséquence, on peut considérer les essais des animaux comme une méthode de régulation physiologique.
« Chez beaucoup d'animaux, surtout chez les espèces supérieures, il y a lieu d'envisager une autre question.
« En effet, quand, après des tâtonnements, un certain mode réactionnel a été capable de produire un certain résultat, l'organisme réagit plus tard sans tâtonnements ; lés essais préalables sont désormais
supprimés. On a déjà constaté ces faits chez un grand nombre d'animaux ; mais il n'est pas encore possible de dire à partir de quel échelon ces phénomènes de simplification peuvent être observés.
« La question de savoir si les essais comportent un élément de conscience est complètement à part. Nous nous bornons à constater l'existence des facteurs objectifs de la conduite des animaux et nos observations ne sont ni un argument favorable ni un argument contraire à la théorie de la conscience animale.
« On voit, en résumé, que ce qu'on a appelé « Théorie des essais et erreurs » n'est nullement une spéculation philosophique, mais un ensemble de réalités concrètes dont la signification s'impose à l'esprit. Et cependant certains auteurs ont formulé des critiques véhémentes de cette « théorie » comme si tout entière elle était née dans notre cerveau par déduction et non par induction.
« Des critiques, pour être recevables, dignes d'être examinées, ne pourraient prendre pour base que : 1^ la négation des faits que nous avons observés (or personne n'a pu prendre cette attitude) ; 2*" cette opinion que les faits invoqués sont dépourvus d'intérêt et indignes d'être mentionnés ; 3° une critique de l'expression Essai et erreur (comprise ainsi la discussion serait de peu d'importance) ; 4** cette opinion que certaines idées ont dépassé l'interprétation légitime des faits (mais dans ce cas, il faudrait dire quelles sont ces idées et bien indiquer les auteurs qui les soutiennent).
« De telles observations seraient acceptables et l'on pourrait entreprendre leur réfutation. Mais lancer des critiques globales, sans rien préciser, est un procédé absolument puéril.
« La discussion, pour être loyale, doit être complète »^
1. Jennings a vivement protesté contre Tatlitude de Bohn à son égard. 11 s'est exprimé en ces termes au Congrès de psy-
E. — Commentaires sur le mémoire de Jennings. — Jennings insiste, on vient de le voir, sur ce fait, que c'est le monde extérieur qui détermine les essais des animaux.
Il avait déjà protesté à ce propos contre les assertions erronées de G. Bohn. « Bohn est tellement peu au couvrant de mes travaux d'analyse expérimentale qu'il ne sait pas que j'ai soutenu que la cause des réactions des animaux est le changement dans l'action du milieu. J'ai cependant consacré bien des pages à le prouver ! ... » Les excitations extérieures déclanchent la décharge diffuse de l'énergie soraatique dans tous les cas où il y a essai; mais immédiatement après, si l'essai ne conduit pas à un bien-être physiologique, l'organisme va pour ainsi dire au-devant d'excitations nouvelles.
En résumé, qu'il s'agisse de cette décharge ou du jeu (qui en est une espèce), qu'il s'agisse d'apprentissage animal ou humain, il faut reconnaître l'existence d'adaptations non intelligentes, mais plus rapides et plus parfaites que celles de l'instinct primaire tel qu'on le conçoit d'habitude, c'est-à-dire plus rapides que les associations dans lesquelles l'animal réagissant de façon unilatérale, n'est soumis qu'à des influences extérieures moins variées. Aussi avait-on pris l'habitude à l'institut de psychologie zoologique, de désigner cette aptitude à s'adapter relativement vite, par le mot u surinstinct » qui correspond exactement au procédé (le V Essai de Jennnigs. Nous n'avons d'ailleurs jamais considéré ce mot comme désignant une entité nouvelle, mais une forme d'instinct qui se retrouve dans un grand nombre de faits du domaine de l'observation.
chologie de Genève : « 11 y a, dans le livre de Bohn, la Nais^ sance de Vintelligence, une tentative de réfutation de mes idées, faite dans Vignorance absolue de ce qu'elles sont en réalité... Les lecteurs sont donc avertis qu'ils ne doivent pas se former une opinion sur mes travaux ou sur mes tendances d'après le livre de Bohn. »
Les travau^f de Jennings montrent, semble-t-il, qu'il existe à Tétat permanent, chez les animaux inférieurs, des facultés adaptatives par essais et erreurs. Les animaux les plus intelligents, eux aussi, sont souvent obligés d'avoir recours aux essais. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner de constater que Jennings, dans l'exemple qu'il donne, ne fait pas appel à Tintelligence du chien. L'homme, nous l'avons montré plus haut, est, dans bien des cas, obligé lui-même de procéder par des essais matériels successifs, parce que toute son intelligence ne lui servirait de rien dans ces circonstances spéciales. A supposer qu'il s'agisse dkin homme placé dans la situation dii chien décrite par Jennings, il ne pourrait (en dehors d'un signe visuel tel que celui que lui fournirait, par exemple, un appareil de chauffage ou encore une projection d'air chaud d'un seul côté) que procéder absolument comme le chien et essayer en tâtonnant plusieurs directions: il ne pourrait discerner tout d'abord, par son intelligence, la direction à prendre.
Il importe beaucoup de bien distinguer les erreurs tenaces dont nous avons parlé en traitant des associations par contiguïté (en dehors de la décharge diffuse), de celles qui peuvent se produire dans l'application de la méthode des essais. Nous avons vu que, quand les conditions extérieures varient pour les animaux, ils pouvaient tomber dans des erreurs fatales à cause de la rigidité de leurs complexes associatifs et que, d'autre part, il leur arrivait parfois de commettre des erreurs utiles. Dans l'un et dans l'autre cas, ils s'y tiennent généralement ^ et la nocivité ou l'utilité ne se révèle que l'acte une fois accompli jusqu'au bout. Tandis que dans les essais il n'y a que des commencements, d'actes vite abandonnés pour d'autres, s'ils sont nocifs. Le même animal peut cependant agir
1. A supposer qu'aucune influence extérieure nouvelle n'intervienne.
d'après le premier mécanisme qui est unilatéral ou d'après le second, selon son « état d'équilibre psychi(iue M. Le second cas correspond, nous l'avons vu, soit à un ex( es d'énergie (jeu) soit à une application diffuse d'une grande partie de l'énergie ordinaire.
En un sens, les tâtonnements sont un progrès relativement aux formations associatives unilinéaires dont* nous avons parlé dans de précédents chapitres et qui sont fertiles en erreurs tenaces, dès que les conditions extérieures sont variées. En effet, les essais ne peuvent jamais par eux-mêmes être nocifs ; ils ne peuvent empêcher un fonctionnement physiologique, puisque de deux choses Tune, ou bien, dans le désarroi des conditions nouvelles imposées par le milieu, le premier essai tombe juste et met l'animal dans la bonne voie ou bien, s'il a conduit à un commencement d'erreur nocive, cet acte n'est pas achevé et de nouveaux essais se produisent immédiatement. Il y a là une sorte d'instinct supérieur plus capable que les réactions directes de s'adapter aux nouveautés : ce sont les frémissements des doigts du violoniste, qui, par de nombreux commencements d'actes, se prépare aux actes décisifs, du violoniste qui fait des mouvements à vide et n'en achève que quelques-uns sur les cordes.
11 ne faut donc pas s'étonner, comme le fait Bohn (et c'est un de ses grands arguments contre Jennings) (le ce que certains animaux obéissent, quand ils sont Jeunes, à ce que nous appelons des réflexes (et ce que Bohn appelle des tropismes), tandis que, plus âgés, ils procèdent par essais et erreurs, — ce qui est un perfectionnement :
« Si on considère de jeunes étoiles de mer, très actives, on les voit se diriger directement vers les surfaces d'ombre ou de lumière, selon le signe du phototropisme; s'il y a deux surfaces agissantes, on applique la règle de la diagonale du parallélogramme
des forces. Uorientation est directe^ l'animal est attiré, sans qu'il puisse résister ; il y a là un tropisme au sens de Lœb. Mais si on considère des étoiles de mer plus âgées, on constate qu'en général elles ne se dirigent pas directement vers la surface d'ombre à laquelle elles arrivent finalement. L'orientation n'est plus directe ; .il semble à première vue qu'elle se fasse par la méthode de fessai et de l'erreur. « ... Ainsi ranimai s'orienterait par le mécanisme des tropismes quand il est plus jeune et par celui des essais et des erreurs quand il est plus âgé. C'est le contraire qui devrait avoir lieu : les essais, les erreurs devraient diminuer à mesure que l'animal avance en âge. C'est ce que je disais en terminant mon mémoire sur les impulsions des crustacés. »
G. Bohn s'est laissé hypnotiser par le mot erreur; il n'a pas vu que si, parfois, des erreurs suivent les essais des animaux dont il parle, ce sont des erreurs moins nocives que celles des réflexes organisés (prétendus tropismes) puisque, à peine commise, l'erreur qui suit un essai est suivie d'un nouvel essai qui la corrige le plus souvent, tandis que dans le réflexe rigide, l'erreur est sans correctif^ et conduit l'animal au trépas, à moins d'être, par exception, ce que nous avons appelé une erreur utile,
A vrai dire, c'est une loi générale que les animaux jeunes agissent dans le sens des grandes lignes des instincts et s'en écartent moins que l'animal adulte, même quand cela pourrait être utile. L'enfant luimême n'est-il pas, d'abord, un simple estomac capable d'excès funestes?
Il est important de remarquer que la méthode des essais n'empêche pas les réactions simples de se produire dans des cas déterminés. Elle constitue un progrès déjà visible chez dès organismes inférieurs,