‹ La genèse des instincts: étude expérimentaleChapitre 47 sur 65 · Loc. cit. p · texte numérisé non relu

Loc. cit. p

2. Revue des idées. L'étude objective des phénomènes cérébraux.

EFFETS DE l'hABITUDE 225

répétitions laissant entre elles des intervalles. Il dit simplement : « Chez les animaux, la répétition de l'excitation entraîne Textinction de la réaction correspondante... C'est un fait très général que la répétition d'une même réaction aboutit à l'extinction de celle-ci et cela que le m'écanisme de la réaction soit simple .ou complexe. »

Gela n'est vrai que si l'excitation est imposée coup sur coup et dans certaines conditions. Dans ce cas, il y a sans doute fatigue. Bien au contraire, les répétitions de l'excitation, séparées par des intervalles, impriment fortement les « potentiellités » réactionnelles. C'est la base même du dressage des animaux, qui exécutent d'autant mieux leurs exercices qu'on les leur a fait répéter plus souvent. L'animal obéit finalement aux signaux avec une ponctualité parfaite.

Nous avons souvent montré, au cours de nos conférences de l'Institut de psychologie zoologique, et nous possédons encore actuellement un chien griffon, qui, pour un même exercice, obéit à des sons gradués qui arrivent à être imperceptibles pour l'homme. (C'est là le « secret » des signaux employés par les montreurs de chiens, chevaux, etc.. prétendus calculateurs.)

§2. — Effet de Thabitude sur les actes intelligents.

Llnstinct secondaire.

Nous avons vu que, par la persuasion , en s'adressant uniquement à l'intelligence du sujet, l'on peut obtenir des réactions ; or, pour les fixer, pour obtenir plus tard leur répétition à un signal convenu il faut, par de nombreuses répétitions, les transformer en instincts secondaires. Le dressage par persuasion n'est, en effet, acquis que quand un acte, ayant été d'abord bien compris par l'animal-élève, le dresseur est arrivé, à la suite de nombreuses répétitions, à le

226 LA GENESE DES ITtSTINCTS

rendre automatique. (C^est ce que notre regretté collèiTue Baron, le distingué zôotechnicien de l'Ecole d'Alfort, appelait Topisthopsychisme.) Gustave Le Bon l'avait bien compris quand il écrivait : « Le dressage n'est terminé que quand les associations conscientes sont devenues inconscientes; le signe conventionnel par lequel un tel acte est demandé est alors suivi dç l'exécution automatique de cet acte. Chez le cheval, comme chez l'homme, l'éducation a pour conséquence finale de faire passer le conscient dans l'inconscient » *.

La vraie persuasion n'est pas un procédé pratique. En eiïet, un acte quelconque, accompli par un sujet intelligent, avec la meilleure volonté, et même avec plaisir (sans qu'il ait subi d'excitations douloureuses), l'ennuie profondément, dès qu'on le lui demande àde très nombreuses reprises; et plus il est intelligent, plus vite il en arrive à se refuser, à se défendre. La diflîculté n'est pas insurmontable ; mais elle est considérable. Le procédé déterminant des associations simples, inconscientes, est bien plus rapide.

D'autres raisons encore font de la persuasion un procédé de laboratoire et non de cirque. Il exclut toute routine de métier ; et, précisément à cause de cela, est plus pénible que tout autre pour le dresseur, en raison des efforts personnels qu'il lui impose. Enfin, si la persuasion éveille l'intelligence et, parfois, permet à des animaux bien doués d'aller directement au but, elle ne peut toutefois permettre de régler un long « numéro » de théâtre dans toutes ses parties.

1. Bien que le dressage du cheval de selle auquel le D' Gustave Le Bon a consacré son très remarquable livre tÉquitation actuelle et ses principes (Firmin-Didot, édit.) ne comporte pas, selon nous, remploi de la persuasion et que tous les exemples de procédés de dressage donnés par ce savant s'expliquent par la simple contiguïté des excitations, l*auteur de VÉguitation actuelle et ses principes a eu la très nette prévision de ce qu'est la persuasion proprement dite.

EFFETS DE L'flABITtDE 227

Nous avons passé, autrefois, de longs mois à dresser des animaux par persuasion : nous avons obtenu ainsi de véritables instincts secondaires et un automatisme aussi absolu que celui que détermine le dressage par associations simples.C'està propos d'un de nos chiens, dressé par ce procédé et donné à un professionnel de cirque que nous écrivions dans notre Examen ■psychologique des animaux* : « Nous avons connu un chien dressé par persuasion à danser seul sur la scè"° éclairé par un système spécial de boites dites lumière » ; il tournait sur lui-même tant que les 1< tilles l'éclairaient ^ l'appelait-on de la coulisse 1 Jetait det cris d'angoisse, avait l'air de se débattre cependant continuait de tourner. 1! fallait que boites fussent fermées pour que le rhien cessât d'é sous l'influence de son tic, de fa manie que le dr seor lui avait inculquée en utilisant d'abord les r sources de l'intelligence. »

11 est très instructif de suivre chez les animaux transformation d'un acte raisonné en un acte rétle

Si vous prenez, par exemple, un chat qui, une p

- mière fois, a su ouvrir une armoire, peu de ten après qu'il a donné cette preuve d'intelligence, je v(

- dire avant que les mouvements qui lui permettent .faire jouer le loquet aient pu se transformer, pai

répétition, en réflexes secondaires, et si vous rc placez la porte pleine de l'armoire par une porte jz lagée, le chat n'ouvrira cette porte que si vous n mis en pince l'app'll. Répétez ensuite l'expérience très grand nombre de fois, en mettant loujo l'appât, vous obtiendrez des mouvements relie .d'origine intellectuelle et le chat finira par ou* l'armoire dès qu'il la verra, sans que l'appàl trouve et par conséquent sans avoir aucun motif i sonnable d'agir ainsi.

frères (l'Jnnj.

Mais la coiiscience ainsi abolie» n'est-elle pas Capable de se réveiller quand cela devient nécessaire pour la sauvegarde de Tanimal, dans le cas où, par exemple, en agissant mécaniquement, il risquerait de se blesser à cause de la présence d'un objet extérieur? C'est ce que nous avons observé de la façon la plus certaine chez un merveilleux petit chien, Paddy, terrier irlandais, que nous avons eu pour compagnon pendant près de quinze ans. Dressé à certains exercices par persuasion, il les exécutait aveuglément. Ainsi, ayant l'habitude de faire un saut au-dessus d'une barrière à un certain point de la piste, il finit par exécuter ce saut au même point de la piste ^ sans qu'il y eût aucune barrière à franchir. C'était l'automatisme absolu ; mais si Ton plaçait sa barrière de façon qu'en la franchissant il risquât de se heurter à un appareil quelconque, il refusait le saut ; l'instinct de conservation était, ici, assez puissant pour réveiller la conscience.

Page 1