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CHAPITRE IV

§ 1. — Etendue de la mémoire individuelle.

Nous avons considéré jusqu'ici rétablissement et Torganisation des souvenirs; il faudrait maintenant envisager : 1° leur conservation; 2° leur destruction, d'abord chez les individus, ensuite chez les espèces.

Les notions des choses, les sensations sont les matériaux qui constituent les complexes associatifs de rinstinct ; ce sont aussi les matériaux qui s'ordonnent en idées, en raisonnements constituant les phénomènes d'intelligence. La. mémoire qui les conserve n'est donc ni intellectuelle ni instinctive ; elle est simplement (au figuré) une sorte de fonds commun où puisent les facultés mentales.

Quand il s'agit de psychologie animale, c'est, le plus souvent, dans des phénomènes d'instinct qu'il est possible d'étudier la mémoire ; mais il est bien entendu que ces phénomènes peuvent être des instincts primaires ou des instincts secondaires ayant une origine intellectuelle. Toutefois, ces derniers sont beaucoup plus rares dans la vie des bêtes, que les Néo- Lamarckiens ne l'avaient supposé, et c'est surtout dans les instincts proprement dits, soit naturels, soit artificiels — comme les réflexes organisés par synthèse

expérimentale ou comme les exercices de cirque, — qu41 est indiqué d'étudier la mémoire.

Les impressions qui avortent sont innombrables: à chaque seconde, une multitude d'impressions affectent le système nerveux ou le protoplasme non différencié des animaux dépourvus d'organes; mais il faut qu'elles soient reproduites un très grand nombre de fois pour qu'elles s'impriment, pour qu'elles deviennent ce que Richard Semon, dans son beau livre Die Mneme. appelle des engrammes. Celles qui constituent un «bourfîeon affectif» se gravent seules d'abord, et les sensations purement représentatives ne se fixent qu'en s'associant à des sensations affectives et après un nombre considérable de répétitions. C'est ce qui expli(fue la multitude des leçons nécessaires à l'éducation d'un futur animal savant.

La M capacité » de la mémoire peut être mesurée approximativement chez chaque animal dressé ; il est, en effet, très facile d'établir le nombre d'excitations auxquelles un cheval, un chien, etc,, arrivent à obéir en un temps donné. J'ai noté, par exemple, que mon cheval Voltigeur (arabe) répondait à 80 indications différentes, mon poney Bijou (jouant axix quilles et au ballon) * répond à 135 signaux, Riquet à 40, Madrid à 60, César à 75, etc. J'ai eu un zèbre qui connaissait 85 signes.

Une façon plus précise d'évaluer le travail mnémonique est celle-ci : on place pendant un certain temps un animal dressé^ dans un appareil permettant de mesurer exactement la teneur en carbone de l'air respiré. Lors de la première expérience, on laisse l'animal dans l'inaction physique et psychique. Dans la seconde, on l'immobilise sur un chevalet au moyen de courroies (en ayant grand soin de ne lui faire aucun mal) et, à travers la glace de la cloche^ on lui fait

1. Ce fut le premier cheval dressé à cet exercice, qui est devenu trèvS vulgaire dans les cirques.

successivement tous les sigues qui commandent les exercices qu'il connaît et qu'il ne peut exécuter. La différence de teneur en carbone correspond au travail mnémonique chez le sujet qui ne peut bouger. Il est facile de s'en rendre compte en fractionnant ce travail lors d'expériences suivantes. Si l'on supprime la moitié des excitations^ l'augmentation en carbone diminue de moitié, si l'on supprime le quart de ces excitations on trouve une différence d'un quart. (Il est bien entendu que cette proportion n'est constante que si l*on a appris à l'animal des exercices réguliers, supposant à peu près les mêmes efforts psychiques après chaque excitation différente.)

Voici comment nous résumions, dans le Bulletin de r Institut de psychologie zoologique, le principe d'autres essais pratiqués de 1895 à 1900 sur des herbivores et des carnivores et destinés, comme Ta dit excellemment le savant directeur du Muséum, M. Ed. Perrier, à « mesurer un certain bloc de facultés » chez telles et telles espèces et surtout la mémoire :

Dans un manège circulaire, fermé sur toute la périphérie, excepté en un seul point, où une porte masquée par un épais rideau a été ouverte, on a amené un animal que nous désignerons par la lettre A. On lui a laissé le temps d'examiner le local, puis on l'a fait sortir lentement en le forçant à soulever avec la tête le rideau masquant la porte afin que, si un pareil phénomène psychologique est possible, il ait connaissance et souvenir de l'existence de cette porte.

On a ensuite promené de la même façon d'autres animaux tous d'espèces différentes et que nous désignerons par les lettres B, C, D, E et F.

Quelques instants après on a ramené dans la piste l'animal A ; on l'a ensuite menacé d'un fouet en prenant soin, toutefois, de ne pas l'affoler. Or, cet animal a fui devant le fouet, en cercle, et ne s'est arrêté que vaincu par la fatigue. Il n'a pas trouvé la porte.

Les animaux B et C, traités ensuite successivement de la même façon, n*ont pas davantage trouvé Tissue. Tandis que les animaux D, E et F, poursuivis un à un, à leur tour, ont trouvé cette issue presque tout de suite.

Or, la même expérience pratiquée à huit reprises différentes, et chaque fois sur une nouvelle série de six animaux appartenant aux mêmes espèces que ceux désignés par les lettres A, B, C, D, E et F, a donné des résultats semblables.

Peut-on en conclure que les trois dernières espèces sont certainement mieux douées que les trois premières au point de vue psychologique ? L'expérience peut-elle aider à tracer une certaine ligne de démarcation en psychologie comparée ?

Nous avons demandé, à ce propos, l'avis de quelques savants. Voici la réponse que nous a adressée M. Héricourt, écrivant en son nom et au nom de M. Ch. Richet : .« Votre expérience est intéressante et certainement concluante à notre avis. Il n'est pas douteux que les animaux qui retrouvent la sortie ont plus de mémoire que ceux qui ne la retrouvent pas et comme la mémoire est une des conditions principales, sinon la seule de Tintelligence, on peut dire des premiers qu'ils sont plus intelligents que les seconds, etc. »

M. Ed. Perrier a bien voulu, lui aussi, approuver notre épreuve de la poursuite ; il l'a fait en ces termes : « L'expérience dont vous avez bien voulu m'entretenir est certainement intéressante et peut être considérée comme un moyen de mesurer un certain bloc de facultés intellectuelles. Dans ce bloc, il faut comprendre : i° La mémoire qui permet à l'animal de reconnaître le rideau et de choisir devant lui une sortie; 2° Le jugement grâce auquel l'animal a conscience d'être plus en sûreté derrière le rideau que dans l'enceinte ; 3° l'émotivité qui fait que l'animal

poursuivi et effrayé est plus ou moins en état de comprendre et de se souvenir, etc.. »^.

Des expériences de ce genre, entreprises sur un grand nombre d'espèces différentes dans un jardin zoologique, seraient évidemment significatives, commerécrivait le directeur du Muséum d'histoire naturelle.

Il est aussi fort intéressant d'étudier le déclanchement des souvenirs et particulièrement de chercher à savoir s'il est absolument nécessaire d'attribuer à un raisonnement ce fait qu'un animal peut, dans certains cas, ne pas dévider tout son chapelet de talents, quand il trouve réalisé, par d'autres individus de son espèce, une ébauche de ce qu'il a à construire.

Cette question se rattache à celle de l'association des complexes de sensations. Or, nous avons vu que les complexes associatifs ne semblent pas fréquemment associés entj^e eux et qu'il faut une excitation particulière pour déclancher chacun d'eux (^voir page 171). On trouve une confirmation de ce fait en étudiant la mémoire. Ainsi, quand des animaux ,ont été dressés à « travailler » sur ou avec certains appareils, disposés d'une certaine façon dans une piste, on peut toujours leur faire commencer leurs exercices sur des appareils donnés, disposés convenablement et sans avoir besoin pour cela de leur faire exécuter les exercices qui, d'ordinaire, sont les premiers dans le « numéro » tel qu'il a été conçu.

Ceci est à rapprocher de l'achèvement, par certains hyménoptères (abeilles), de travaux commencés par d'autres.

Il y a toutefois des cas où des insectes — sans doute

1. Les expériences qui ont motivé ces lettres étaient basées sur la môme idée que celles dans lesquelles nous avons employé des labyrinthes et qui ont été décrites à propos de la sélection des mouvements utiles, c'est-à-dire de l'organisation de complexes associatifs dans la décharge diffuse de l'énergie somatique, mais dans nos « poursuites » l'élément sélection d'actes n'existe pas.

parce qu'ils sont sollicités par des excitations intérieures correspondant au déhut de leurs réactions industrieuses, recommencent tout leur trarail à côté d'ébauches de ce même travail. Il faut, dans ce cas, considérer les phénomènes physiologiques dont ces insectes sont le théâtre. Il est possible, par exemple, que, poussés par des impressions intérieures, liées à l'état physiologique qui précède ou accompagne leurs travaux, ils obéissent à cette impulsion. Dans certains cas, il y a lieu de supposer que, s'ils n'achèvent pas une ébauche due à un autre insecte, c'est qu'ils ont trouvé dans cette ébauche quelque trace (odeur, par exemple) de l'individu qui a travaillé avant eux et que cette trace a pour eux quelque chose de répulsif.

§ 2. — Dégradation de la mémoire.

Il semble y avoir deux modes de dégradation de la mémoire : l"" par écroulement de parties; 2** par atténuation générale ou partielle des souvenirs.

Dans le dressage par coercition qui est en usage dans les cirques, quand il y a substitution d'excitations éveillant des sensations purement représentatives, aux excitations éveillant des sensations affectives (douleur ou plaisir); ces dernières, en passant à l'état mnémonique, s'atténuent; mais ne semblent pas disparaître de la chaîne. Certains animaux continuent même à pousser de faibles cris de douleur en travaillant, sans avoir été frappés ni menacés.

Les sensations représentatives sont éveillées par des excitations de plus en plus légères (voir p. 218) ; quant aux réactions musculaires, elles sont très durables.

On constate en général, chez les animaux dressés, une grande persistance de la mémoire. Un chien, un cheval, un singe, un éléphant, dressés à une époque

déterminée, peuvent n'être pas exercés pendant des années (une, deux^ trois, quatre années par exemple), et cependant rester capables d'exécuter les exercices appris par eux avec presque autant de perfection, après ce délai, qu'aussitôt après leur période de dressage.

C'est la raison pour laquelle il est pratiquement difficile d'étudier en dehors des cas pathologiques ^ la dégradation de la mémoire chez les animaux dressés.

Cependant l'étude des soui>enirs légers, je veux dire de ceux relatifs à des exercices qui n'ont pas été très souvent répétés, qui n'ont pas exigé un dressage bien accusé, peut fournir des faits d'observation. C'est surtout le dressage d'amateur, celui que certains particuliers font en s'amusant, qui peut ici avoir quelque intérêt. Les notions qui sont inculquées aux animaux sans qu'il y ait grande pénétration, impression profonde, tendent à disparaître après un certain laps de temps. Nous avons pu trouver, dans cet ordre d'observations, quelques renseignements utiles mais les cas pathologiques, infiniment plus nets, sont aussi beaucoup plus intéressants. Ils permettent des constatations qui ont une portée dépassant le domaine de la psychologie animale, et qui donnent des lumières sur la mentalité humaine, en confirmant les idées de certains savants sur la théorie de l'aphasie.

Dégradation de la mémoire chez un Rhésus dressé. — Un rhésus dressé à l'âge de trois ans, exécutait plusieurs numéros ; il savait travailler à cheval, franchir sur le tapis de petites barrières sans poser les mains antérieures à terre, exécuter le saut périlleux en arrière, marcher sur les mains antérieures seules, s'asseoir à table, se servir d'un gobelet, d'une fourchette, faire l'exercice du fusil et porter la main droite à la tête, quand on prononçait ce mot : « tète » ; à la jambe droite ou gauche, aux épaules lorsqu'on lui demandait verbalement ces différents gestes.

Un jour, en exécutant son numéro de voltige à cheval, le singe manqua son coup, roula dans la piste ; et le poney, au galop, posa sur la nuque du voltigeur, un de ses sabots. On crut que le pauvre artiste, dont la tète s'était enfoncée dans la sciure, ne reviendrait pas de là ; il resta longtemps évanoui et ne se remit que fort lentement de cet accident, grâce à des soins très dévoués et à sa forte constitution. Toutefois, au bout de quatre mois, il sembla pouvoir être considéré comme guéri ; et il nous parut possible de lui faire exécuter de nouveau ses anciens exercices. Or, il se rappelait grossièrement les principaux et ne manquait pas de la vigueur nécessaire pour les exécuter ; mais il le faisait sans précision. On avait Timpression d'une atténuation générale des souvenirs. Les plus difficiles à garder (c'est-à-dire ceux correspondant à des actes moins semblables aux mouvements naturels à l'espèce) avaient surtout subi une dégradation caractéristique. Il est nécessaire de remarquer que les singes dressés n'oublient pas dans un laps de trois mois les exercices qu'on leur a appris et qu'ici la dégradation de la mémoire était bien imputable à l'accident.

Chez les vertébrés inférieurs et les arthropodes, les souvenirs d'impressions individuelles non ravivés par des sensations nouvelles s'atténuent assez rapidement. D'après Yerkes, ils disparaîtraient au bout d'un mois chez la grenouille verte; mais il s'agit là évidemment de souvenirs très superficiels ; les autres sont beaucoup plus durables. Il est nécessaire de remarquer à ce sujet que, dans la nature, l'animal est constamment exercé et que, dès lors, la persistance d'un souvenir est assurée tant que de nouveaux changements extérieurs, créant des souvenirs opposés, ne se produisent pas.

§ 3. — Conservation héréditaire 4es habitudes acquises. Preuves expérimentales. Expérience pratiquée au Muséum .

Une question de la plus grande importance au point de vue de la genèse des instincts est celle de l'hérédité. En effet, si les caractères instinctifs acquis par l'individu, si ses habitudes n'étaient pas transmissibles, tout l'échafaudage de nos inductions s'écroulerait....

Les anciens naturalistes voyaient ici une infranchissable barrière. L'habitude, disaient-ils, produit souvent des effets qui se confondent avec ceux de l'instinct; mais Thabitudc se perd, tandis que l'instinct est iiialtérable. Or, nous avons vu que l'instinct n'est pas inaltérable et que sa fixité n'est que relative puisqu'il évolue lentenient et sans cesse ; d'autre part, les habitudes acquises sous nos yeux peuvent être durables. Enfin, des expériences multiples prouvent que toute acquisition psychique utile devient héréditaire.

On ne lit pas sans surprise ces lignes de l'éminent A. Forel : « Je me suis rangé à l'avis de Weismann. On ne voit pas comment des habitudes réellement acquises, par exemple l'habitude de jouer du piano ou de monter à bicyclette, pourraient transmettre leur mécanisme au plasma germinatif des descendants. »

Romanes a une opinion contraire à celle de Forel *.

« Il paraît démontré, dit-il, que des tendances et des actions habituelles peuvent naître et se transmettre par voie d'hérédité. » Et, d'autre part : « On peut déterminer le degré auquel des habitudes mentales intentionnellement ou intelligemment acquises par l'individu peuvent se transmettre à la descendance. » [U Evolution mentale chez les animaux.)

\. A. Forel. Gehirn in Seele.

Et réminent psychologue rappelle les travaux de Darwin sur le cas des petits des espèces domestiques naissant avec les qualités morales de leurs parents. Or, ce sont là des cas intéressants mais dont la signification est peu nette. En effet, ici, la preuve de la transmission héréditaire n'est pas certaine ; car on peut toujours supposer que chaque individu s'instruit pour son compte personnel, puisque, dès sa naissance à côté de l'homme, Tanimal domestique subit les influences qu'avaient déjà subies ses parents. D'autre part, les modifications dans les habitudes du gibier (de la bécasse particulièrement) depuis le perfectionnement des armes à feu constituent assurément des indications précieuses; mais ce ne sont là que des preuves un peu lointaines et en dehors de la constatation rigoureuse et directe des faits.

Ce sujet est extrêmement vaste et si nous voulions Fembrasser entièrement nous serions entraîné à des discussions biologiques qui nous feraient dépasser le cadre de cet ouvrage ; nous aurons toutefois la ressource d'invoquer des faits qui nous dispenseront de discuter.

Il nous a paru nécessaire d'instituer à ce point de vue des expériences sur des animaux qu'il serait possible de suivre pendant une dizaine de générations. Nous avons donc commencé, depuis près de huit ans, une expérience de longue haleine au Muséum, sur la transmission d'actes réflexes. Nous avons habitué une chienne et un chien à marcher sur trois pattes, au commandement; les petits de ce couple ont été dressés au même exercice, et il s'agit de savoir au bout de combien de générations les descendants naîtront avec le réflexe acquis par les parents au moyen du dressage. Nous attachons une importance particulière à cette expérience parce qu'elle a été commencée sous le contrôle du professeur de mammalogie du Muséum, et qu'elle offrira ainsi toutes les garanties

d'exactitude possibles ; mais nous avons fait d'autres expériences analogues et qui ont donné les résultats les plus nets.

Un singe macaque auquel nous avions appris non sans peine à tuer des rats, donna naissance à des petits qui chassaient merveilleusement les rats. Des chats habitués à respecter des souris, ont donrié naissance à des petits qui ne prenaient jamais de souris^ même quand on retardait intentionnellement la distribution de leur nourriture. Des passereaux dressés à tirer la chaîne d'un petit puits pendant six générations, ont donné naissance à des jeunes qui, sans dressage^ saysÀeni tirer la même chaîne.

Dès 1895, nous avions affirmé, dans notre Dressage des Animaux, que la faculté d'exécuter au commandement un mouvement enseigné peut se transmettre, chez le chien, d'une génération à la suivante. Cette observation nous a valu, quelques années plus tard, une très intéressante communication de M, A. Oriilard fils, avocat à la Cour d'appel de Poitiers, membre de notre Institut :

« Une de mes premières élèves fut une chienne pointer de très pure race, née et élevée chez moi, Sta^ dont le pedigree est ci-joint. Saillie par un étalon de même race et aussi de très bonne origine, Mylord (dont je vous envoie aussi le pedigree, qui, avec les numéros d'inscription aux différents Livres des Origines, permet de remonter bien plus haut) — elle donna naissance, le 3 juillet 1895, à une portée de 5 chiots, dont je ne conservai qu'une seule femelle, Léa, Or, cette chienne, élevée à la campagne, seule dans une ferme où je l'avais mise en nourrice, n'ayant aucun exemple sous les yeux, et n'ayant reçu aucun dressage, se mit à faire toute seule des pirouettes lorsque je la repris chez moi, vers 5 ou 6 mois. Sa mère, Sta, avait été dressée par moi aux pirouettes, à gauche seulement, sa fille Léa les faisait également

à gauche. Je dois ajouter que ce n'était pas la pirouette lente sur les quatre pieds; c'était, au contraire, une pirouette très rapide, presque un bond, avec un enlevé de Tavant-main pendant que la rotation avait lieu sur rartière-main. Léa la faisait absolument d'elle-même et sans aucun commandement. »

Ainsi, la transmission héréditaire des habitudes est un fait constaté ; et cependant de quel poids léger doivent être les habitudes inculquées par l'homme, auprès de l'immense période d'éducation des animaux à l'état de nature, éducation renouvelée à chaque génération ! On comprend donc a fortiori que toute habitude imposée à l'état de nature a pu devenir un instinct proprement dit. Il est intéressant de remarquer que cette preuve expérimentale — la première — a été fournie par la méthode zoopédique.

A propos des abeilles ouvrières, on a souleyé un intéressant problème, dont Bouvier nous semble avoir donné une excellente solution :

« Il est vrai que les ouvrières ne peuvent ordinairement pas se reproduire, et que ce sont elles qui acquièrent des habitudes. Mais cette objection est facile à réfuter.... Il y a dans toutes les ruches orphelines (sans reine) ce qu'on appelle des ouvrières bourdonneuses, c'est-à-dire des ouvrières qui deviennent pondeuses comme les reines, mais qui ne donnent naissance qu'à des mâles, auxquels, d'ailleurs, elles doivent transmettre leurs qualités. Les mâles... à leur tour transmettent les qualités qu'ils ont reçues aux diverses ruches du voisinage. »

Dans certains cas de vie parasitaire, des instincts inemployés s'écroulent parle mécanisme de la sélection naturelle dans la vie de l'espèce. Cet écroulement entraîne du reste celui de l'organe correspondant si celui-ci ri a pas d* autre emploi. (Ce sont là les seuls cas où la transformation instinctive peut pré-

céder la transformation organique, d'ordinaire Tune et Tautre, marchent parallèlement^.)

1. Nous avons montré (Livre III) que la fonction ne peut créer l'organe puisqu'elle est l'organe fonctionnant. Dans le cas de parasitisme, la mutation instinctive peut devancer celle de Torgane parce qu'elle est négative ; une abstention n'a pas besoin de substratum physique... Voir notre brochure le Principe des automorphoses, Schleicher frères. ,

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