Principes de psychologie
rement en acte matériel ». Mais la question s'éclaire si, au lieu d'invoquer Vintefisité de la sensation, on fait appel à. la loi la plus générale 43s associations, c'efit-à-dire à la loi de récurrence. L'animal fait d'avance, loin d'une proie ou d'un ennemi, des mouvements déclanchés par des sensations représentatives associées par récurrence à celles que procurerait directement l'objet même de sa haine ou de sa convoitise.
C'est exactement ce qui se produit dans le dressage. Comme- nous l'avons vu, un animal dressé finit par obéir à des signes qui ont longtemps précédé une sensation affective. Et il y est encouragé par le dresseur, tant que la récurrence ne fait pas empiéter un exercice sur un autre. En somme, l'animal dressé anticipe parce que toute association est essentiellement basée sur la récurrence, et il ne cesse d'anticiper (fue quand le dresseur intervient et rend douloureuses les dernières anticipations, en appliquant une correction à son élève ; ceci dans le cas où l'exagération de la récurrence mettrait le désordre dans le « numéro ».
La récurrence agit donc tant qu'elle est agréable, c'est-à-dire utile. Et si Ton examine avec soin les mouvements qui paraissaient trop hâtifs et semblaient, à Darwin, n'avoir aucune utilité dans le présent, l'on constate qu'au contraire ils n'ont été conservés qu'en raison de leur utilité.
Par exemple, à l'état de nature, l'utilité des actes d'anticipation est évidente quand il s'agit de mouvements qui deviennent une menace^ et qui sont dès lors capables d'éloigner un ennemi, d'éviter par conséquent son attaque. Ainsi, pour rappeler quelques instincts déjà signalés par Darwin, mais dont il n'expliquait pas le préexercice : l'érection des plumes de la poule qui, au début, était un effet de la décharge diffuse énergétique, au cours d'une lutte, sert maintenant à éloigner sinon les ennemis gallinacés, du moins divers ennemis de l'espèce, en les effrayant. Le
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cygne qui nage dans un étang s'efforce d'obvier à des attaques éventuelles, en prenant lui-même les devants et en exécutant, les ailes et la queue dressées, le bec ouvert, de petits bonds agressifs dirigés vers toute personne ou tout animal qui suit le bord de l'eau.
D. — Discussion du second principe de Darwin : LE BESOIN ANTITHÉTIQUE. — «... Nous allous voir maintenant, écrivait Darwin, que lorsqu'un état d'esprit tout à fait inverse d'un autre état d'esprit antérieur se produit, il se manifeste une tendance énergique et involontaire à des mouvements également inverses, bien qu'ils n'aient jamais été d'aucune utilité. » C'est là le second principe de Darwin.
Il convient d'insister sur le dernier point : d'après le fondateur du transformisme, ces mouvements n'ont jamais été d'aucune utilité^ et ils sont déterminés directement par une sorte de « besoin antithétique ».
Si le chien domestique imprime des mouvements flexueux à son corps quand il aperçoit son maître, si sa queue est agitée, si ses oreilles pendent en arrière, ces actes, selon Darwin, n'ont jamais été utiles : la bête les exécute simplement parce qu'ils sont les mouvements opposés à ceux qu'il fait quand il est de mauvaise humeur. (Dans ce dernier cas, il marche droit, raide, la queue raidie, les oreilles dressées et dirigées en avant, etc.)
On peut d'abord se demander à la suite de quelle élaboration intellectuelle l'animal en arriverait à prendre ce parti, auquel aucune force extérieure ou intérieure ne le contraindrait. Il ne pourrait s'agir ici que d'une démarche de la volonté. L'animal jugerait bon d'employer ce langage mimique parce qu'il est logique de penser que son maître appréciera l'opposition de cette manifestation avec une manifestation d'hostilité. Darwin ne dit pas cela, mais son principe conduit à cette explication ou ne conduit à aucune explication.
. La loi de récurrence va nous permettre de donner une explication entièrement différente.
Un chien, joyeux d'apercevoir son maître qu'il aime, bondit en arrondissant le dos, saute après lui, se dresse contre ses jambes et cherche à lécher ses mains^ Or, ce sont là des actes qu'il accomplirait avec une vigueur encore plus grande si les mains du maître étaient pleines d'une matière alimentaire visible ou odorante. Ces mouvements, que Ton prend pour des caresses, n'ont présentement que l'utilité relative de plaire au maître, de le bien disposer ; mais elles ont été primitivement les signes de la joie de recevoir de la nourriture et, dès lors, le seul fait qui reste à expliquer, c'est que l'acte devance le moment où le maître donne à manger, et que même il se produise devant un maître qui, personnellement, n'a jamais donné à manger au chien. Or, la loi de récurrence donne ces explications : les premiers chiens domestiques, ou plutôt prêts à le devenir, ne sautaient point ainsi, et ne léchaient point les mains de l'homme, mais ils s'agitaient joyeusement autour de la nourriture que des mains humaines leur présentaient. Plus tard, la seule vue d'un homme, et surtout celle du maître, et particulièrement de ses mains, a déclanché ces réflexes, d'abord rattachés à la nutrition, et qui n'ont même plus eu besoin d'être accompagnés de ' sensations de faim.
Si la queue s'agite et si tout le corps semble frissonner, c'est là l'effet d'une décharge diffuse de l'énergie ; et, si les oreilles pendent en arrière, mais sans s'appliquer contre la tète, c'est que l'animal les prépare à la caresse. Par récurrence, il accomplit ce mouvement qui, autrefois, chez ses ancêtres, suivait nécessairement les attouchements de la main, passant du crâne au cou et au corps du chien ; attouchements causant directement un plaisir, comme toute excitation de ce genre sur la peau.j
ATTITUDES, GESTES ET LANGAGE DES ANIMAUX
C'est ici que nous voulions parler du « langage chez les animaux ». Nous avons, depuis une quinzaine d'années, entrepris des recherches sur cette matière ; mais Tétat actuel de ces travaux ne nous permet pas de nous prononcer définitivement sur les points les plus importants du débat ^ Nous nous rallierons, toutefois, à cette opinion d'Ed. Perrier r
« Comparons nos chiens actuels aux chiens sauvages ; certainement il s'est ajouté à leur intelligence des facultés que les chiens sauvages sont susceptibles d'acquérir, mais qu'ils n'ont pas. Est-ce à dire qu'il serait possible d'arriver à obtenir des chiens capables déparier? C'est là une autre question. Chaque animal possède un nombre déterminé, et que nous ne connaissons pas de neurones qui limitent forcément la somme dç phénomènes intellectuels qu'il est susceptible de donner. Quoiqu'il en soit, un fait très remarquable est que l'intelligence des animaux est très inégale, suivant les individus, dans la même espèce, et cela semble montrer que le progrès est possible. »
1. Voir cependant notre Examen psychologique des animaux (p. 103). Depuis l'époque où nous écrivions ces lignes, M. le prof. Vossler, de Hambourg, a publié un très curieux mémoire sur le chien « Don », qui prononce très distinctement plusieurs mots.