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CHAPITRE I ÉVOLUTION DE L'ORGANE ET DE LA FONCTION

§ 1. — Discussion du principe de l'automorphose.

Les biologistes ayant montré que, dans toutes les classes des métazoaires, le développement de l'embryon est une sorte de u récapitulation abrégée et accélérée » de celui de l'espèce à travers les âges, et leurs observations éclairant ainsi d'une vive lumière les données de la paléontologie, il est devenu possible de se créer une idée des formes par lesquelles les animaux ont passé pour arriver à leur état actuel. Dans les organes de relation, en contact avec le monde, il faut entendre par forme, la configuration extérieure aussi bien que la composition intime ; chez eux la forme immédiatement apparente est toujours en relation plus ou moins étroite avec la fonction qui s'y rattache ; elle en porte une marque caractéristique. Dans les organes internes, il n'y a pas toujours, nécessairement, adaptation morphologique immédiatement apparente ; mais il faut admettre qu'il y a adaptation de l'organisation intime. Ces réserves faites, la même question de principe se pose pour tous les organes : La modification organique détermine-t-elle l'instinct nouveau^ est-ce au contraire l'instinct qui détermine la modification organique ? Ou bien encore, organe et instinct ne naissent-ils pas et ne se. développent-ils pas en même

temps? Il est nécessaire de s'entendre sur ce point avant d'aborder l'histoire de l'évolution des instincts ou. du moins, de tenter de déterminer les facteurs de cette évolution.

Pour Lamarck, c'est le besoin qui crée l'organe. Il faut ici lecitertextuellement car, Stéphane Leduc, dans son beau livre sur « La théorie plujsico-chimique de la vie », a nié récemment que cette opinion de la préexistence des « usages » eut été exprimée par le créateur du transformisme : « On sait, a écrit Lamarck, que toutes les formes des organes, comparées aux usages de ces mêmes organes, sont toujours parfaitement en rapport. Or, ce qui fait l'erreur commune, à cet égard, c'est qu'on a pensé que les formes des organes en avaient amené l'emploi, tandis qu'il est facile de démontrer par l'observation que ce sont les usages qui ont donné lieu aux formes )> *.

Cela revient à adopter ce principe formulé par Geoffroy Saint-Hilaire et qui, pour beaucoup d'évolutionnistes contemporains, domine la philosophie transformiste : « La fonction crée l'organe ».

Darwin a posé de nouveau la question. Il ne l'a pas tranchée : « >sous devons reconnaître, écrivait-il dans VOrigine des Espèces, que, dans beaucoup de cas, il nous est impossible de savoir si c'est l'instinct ou la conformation qui a varié le premier ».

Pour Ed. Perrier, ce que Lamarck avait signalé comme une tendance sourde et d'ailleurs mal définie, est devenu une démarche de la a volonté ». Le besoin de fonctionner s'est transformé en une pensée créatrice placée dans l'animal même et, nécessairement, dès l'aurore de la vie. Ce biologiste a mis en première ligne, comme facteur dirigeant les habitudes et déterminant par conséquent l'usage et le défaut d'usage, cette (( faculté » psychique qui porte à tant d'interprétations

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