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mais V animal nest pas toujours en état d'en profiter. C'est ainsi qu'au sommet de l'échelle animale, l'intelligence elle-même ne détruit pas les possibilités de réaction simple.

C'est en résumé, à un état fécond d'instabilité énergétique que sont dus les tâtonnements des animaux ; et il est réalisé soit par un excès d'énergie fourni par la nutrition, soit par de violents déplacements de l'énergie sonjatique déterminés par des influences extérieures; mais un état stable peut succéder à cet état instable ; un essai heureux (toutes choses restant parla suite égales dans le milieu ambiant) doit nécessairement donner naissance à des réflexes organisés que la sélection naturelle doit maintenir et développer dans la vie de l'espèce.

Il y a donc là un important facteur de l'évolution des instincts.

Nous verrons que presque tous les actes de défense ou de courtisation, actes souvent d'un aspect si singulier et donnant l'impression de l'incohérence joarfaite, reproduite avec une précision mécanique, n'ont pas d'autre origine que la décharge diffuse organisée en instinct, et sont d'ailleurs utiles, soit pour effrayer certains ennemis, soit pour attirer l'attention de la femelle et l'exciter.

Dans d'autres cas, la précision des actes ne se révèle pas dans la reproduction exacte de mouvements d'apparence confuse, mais, au contraire, dans la répétition non moins exacte et précise de mouvements ayant eux-mêmes l'aspect d'une adaptation parfaite et minutieuse à des cas spéciaux. C'est à ce point de vue que nous envisagerons l'industrie des guêpes qui paralysent des proies pour ([ue leur progéniture s'en nourrisse plus tard.

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s^ 11. — L'Intelligence apporte des matériaux à l'instinct.

A. — Comment l'intelligence animale se révèle a l'expérimentateur. — Nous savons, par notre propre exi)érience humaine, que des actes d'abord accomplis intelligemment, se transforment peu à peu en réflexes véritables par la répétition. Il est donc prouvé, avant tout examen plus approfondi, que l'intelligence a pu intervenir dans la formation de certains instincts des animaux. Toutefois, son action fut cercainement [)eu étendue par ce fait même qu'elle n'a commencé à se manifester que fort tard dans l'histoire du psychisme i.

Notre principal moyen expérimental dans l'étude de l'intelligence a été la persuasion. (Il ne faut pas la confondre comme beaucoup d'auteurs avec la douceur^ qui n'a d'autre action sur le sujet que de supprimer chez lui toute crainte.)

Dans le dressage par persuasion, on s'eiîorce de concentrer l'attention du sujet, puis de lui faire comprendre par gestes les choses très simples qu'on

1. Voir p. 92, ce que nous avons dit des critères de l'intelligence et de l'instinct.

2. Le mot « persuasion » se rencontre parfois chez les spécialistes qui ont écrit sur le cheval. Mais il est toujours employé dans le sens de douceur. Baucher n'a jamais utilisé que les associations par contiguïté (procédé de coercition, qui n'exclut pas la douceur). Tous les écuyers célèbres l'ont suivi dans cette voie. Certains auteurs, comme Fillis, parlent d'un langage entre le cheval et le cavalier; et l'on pourrait croire que c'est là de la persuasion ; or, de l'aveu même de ces auteurs, il s'agit de simples associations par contiguïté. Ainsi Fillis écrit : « La difficulté dans le dressage du cheval est de lui faire comprendre ce qu'on lui demande. » Mais, quelques lignes plus loin, le fond de sa pensée se révèle dans ces mots : « La seule faculté que le cheval possède est la mémoire. » Le « langage » de l'écuyer professionnel, c'est l'effet de la cravache, de l'éperon, du mors et du filet !

attend de lui, sans cependant chercher à ce qu'il imite des mouvements que l'on ferait soi-même, ce qui pourrait ne mettre en activité que l'instinct pur. On ne représente que symboliquement l'acte à accomplir.

Quand nous employons la persuasion, nous n'avons nullement la prétention de créer, chez un animal, des facultés intellectuelles ou de grossir d'un seul coup celles qu'il peut avoir. Ce n'est pas la façon dont le sujet usera de son éducation que nous avons en vue, mais sa manière de recevoir cette éducation. Nous nous contentons de très petites preuves d'intelligence pour cette excellente raison que les animaux lès mieux doués n'en donnent point d'autres.

Le succès d'une expérience de persuasion dans laquelle on élimine les possibilités d'associations simples, prouve l'intelligence du sujet; et l'exercice, exécuté dans ces conditions^ devient un acte-signal indiquant l'intelligence. (Il va de soi que le même exercice peut toujours être enseigné par le procédé de l'association des sensations par contiguïté et que, dans ce cas, il n'a plus la même signification psychologique. C'est, encore une fois, le procédé efficace d' éducation qu'il faut ici considérer.)

Nous ne doutons nullement qu'à partir d'un certain degré de l'échelle, les animaux ne donnent des preuves d'intelligence. Mais ce sont de véritables éclairs jjsychiques de très peu de durée et l'on verra que nous ne leur faisons jouer qu'un rôle très effacé dans la genèse des instincts.

B. — Comment l'intelligence est née. — Ce n'est qu'à une époque avancée de l'histoire du psychisme que l'intelligence a dû naître. Dire qu'elle est sortie de l'instinct n'est juste qu'en partie.

L'animal dont l'intelligence naît est déjà un être instinctif développé. Une multitude de complexes associatifs existent chez lui, héritage de l'expérience

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inconsciente, du façonnement de l'espèce. L'intelligence s'éveille en utilisant les matériaux d'origine sensorielle qu'a déjà utilisés l'instinct, mais son caractère essentiel, la souplesse adaptative, ne peut nécessairement rien devoir à l'instinct, que caractérisent la rigidité de ses associations, la lenteur relative de leurs modifications et l'ignorance du but. Cette rigidité exposait l'animal à des erreurs que nous avons étudiées et qui, le plus souvent, étaient funestes. L'intelligence va remédier à ce défaut. Elle est, en somme, une suite d'adaptations immédiates ou un ensemble do possibilités d'adaptation à des circonstances particulières, à des cas nouveaux dans la vie de l'espèce et nouveaux dans celle de l'individu.

A l'origine, elle a dû consister en une sorte de coupure de la chaîne associative primitive, en une suppression brusque des chaînons qui auraient conduit l'animal à des actes nocifs et en un groupement nouveau de sensations représentatives. Elle est, en somme, une faculté plus souple que l'instinct et capable de s'adapter immédiatement aux réalités contingentes ^. Elle est capable d'abstraire.

C'est dire qu'en aucun cas elle ne peut naître de la complexité des réactions instinctives, puisque les multiples rouages des industries, des mœurs fixes constituent des obligations de ne point quitter la ligne droite des associations simples. Ce n'est jamais parce que des réactions sont compliquées qu'il faut les considérer comme intelligentes. On le voit bien dans le dressage, où l'on peut obtenir les exercices les plus compliqués sans mettre le moins du monde en action les facultés intellectuelles. C'est un fait dont Romanes ne s'était pas aperçu quand il écrivait : « Il est certain

1 . Bohn a donné de l'intelligence une curieuse définition. Elle est, d'après lui, « l'impuissance à concevoir les réalités ». Cela s'appliquerait mieux, semble-t-il, à la folie.

que les grands carnassiers de race féline sont doués d'un degré considérable d'intelligence ; les tours qu'on leur apprend dans les ménageries suffiraient à le prouver ))i. Les exercices de cirque et de ménagerie peuvent prouver bien des choses en psychologie ; mais si les animaux présentés par les dresseurs professionnels sont doués d'intelligence, cette faculté n'est jamais employée par leurs maîtres, et il faut chercher ailleurs des preuves de son existence. Il y a lieu de faire ici une très importante application de la loi d'économie. Le dressage des chiens calculateurs luimême, qui a si souvent étonné et trompé les savants, est basé sur de simples associations par contiguïté.

Les conditions les plus favorables aux manifestations intellectuelles proprement dites sont celles où l'animal jouit d'une certaine liberté, et elles sont réalisées chez celui dont le psychisme n'est pas surchargé de réactions trop multiples, de complexes stéréotypés ; mais dont, en revanche, le cerveau est imprégné d'un grand nombre de sensations représentatives que lui fournit la contemplation momentanément désintéressée du monde, c'est-à-dire sa perception non immédiatement rattachée aux fonctions organiques essentielles.

Une grande nouveauté dans le psychisme a dû favoriser les premières élaborations intellectuelles : c'est l'association affranchie de la récurrence et se faisant au besoin dans les deux sens.

Le mécanisme de l'association par récurrence ne permettait pas la compréhension de la dépendance du conséquent par rapport à l'antécédent. Il est vrai que

1. Les anciens auteurs comme Menault écrivaient : « L'éducation des bêtes, sans réflexion de leur part, serait aussi incompréhensible que celle des hommes sans liberté. Toute éducation, quelque simple qu'elle soit, suppose nécessairement le pouvoir de délibérer et de choisir. » C'est là, selon nous, une erreur grave.

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la répétition mnémonique des sensations enchaînées se faisant clans l'ordre des excitations, comme nous l'avons vu, donnait une apparence de logique aux actes des animaux ; mais, par le fait même de la récurrence, le rapport de conséquence ne pouvait être envisagé par ranimai au moment même où l'association se faisait. Ce fut donc la véritable naissance de l'intelligence, le jouroij, par suite d'une espèce de « retournement psychique »i, l'être sentant devint capable d'associer des sensations dans le sens où le conséquent succède à l'antécédent, où l'effet résulte de la cause. A partir de ce grand événement, l'animal aperçut, dans une même progression, la cause avant l'effet; les antécédents d'un fait furent, dès lors, pour lui, une sorte de réseau au travers duquel il vit désormais le but à atteindre. Et comme la cause d'un grand nombre de faits dont l'animal est témoin réside, ou du moins semble résider en lui-même, il était ainsi sur la voie qui devait le conduire à la notion de son moi physique.

On a exagéré l'importance de la vue dans la genèse de l'intelligence ; mais son rôle doit être important surtout dans la préparation des phénomènes intellectuels. Grâce à des sensations visuelles images, l'animal expérimenté peut être renseigné de loin, mais la vue à elle seule ne lui a pas donné l'expérience des objets situés au loin ; il a fallu qu'il les connût d'abord de près, par le tact, par le sens musculaire, par le plaisir ou la douleur qu'ils lui ont procurés ; la vue développée a donné à l'animal une plus large surface de contact avec les réalités en lui permettant d'en embrasser un grand nombre en même temps. Particulièrement, elle a favorisé l'imitation, et elle a pu le

1. De même que le mot « chaîne », employé à propos des sensations associées, est une simple image, il est bien évident que l'expression « retournement psychique » n'a qu'une valeur d'indication.

faire, suivant le cas, avec ou sans le concours de l'intelligence proprement dite.

C. — Le principe d'économie. — Quand l'observateur constate qu'un animal contracte des habitudes, il doit toujours faire une application sévère du principe d'économie, qui, dans toutes les sciences, oblige les savants à expliquer les phénomènes dont ils sont témoins par les raisons suffisantes les plus simples.

En thèse générale, les explications par l'intelligence animale des réactions des organismes sont vraiment trop faciles ; elles ont toute l'irritante simplicité des explications miraculeuses.

Les raisons les plus simples sont toujours les plus vraisemblables, et ce qu'il y aurait de superflu, d'inutile, ne s'expliquerait pas plus dans les questions psychiques que dans les autres branches des sciences naturelles. Il est possible que parfois, en se plaçant à ce point de vue, l'on rabaisse (dans des cas fort rares, du reste) le psychisme animal parce qu'il peut arriver que deux explications d'un même fait étant Araisemblables, la plus compliquée est pourtant la seule vraie, et que nous sommes entraînés à adopter l'autre. C'est, toutefois, un très petit défaut de la méthode, en regard des immenses bienfaits qu'on lui doit. Et il est inconcevable que des psychologues contemporains aient oublié que nous lui devons d'avoir pu enfin balayer les folles exagérations des idéalistes, toute cette littérature romanesque qui va de Toussenel aux anecdotiers d'aujourd'hui, et qui envahissait de son anthropomorphisme le domaine scientifique.

Voici un exemple d'application du principe d'économie. Un rédacteur de la Revue Scientifique avait raconté, il y a quelques années, que chez un éleveur d'escargots, un grand nombre de ces gastéropodes avaient donné des preuves d'intelligence et contracté l'habitude intelligente de s'évader en s'aidant mutuel-

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leiHcnt : quelques-uns se plaçaient contre la partie intérieure du rebord, garni de pointes, de leur enclos, les autres passaient ensuite sur les premiers, et évitaient ainsi de se piquer.

Tout le problème consiste à expliquer comment les escargots sont amenés sous ce rebord interne; et la loi d'économie nous force à dire que tous, par le seul fait de la recherche d'une issue, doivent, à un moment donné, sans aucune élaboration intellectuelle, être amenés sous le bord interne du toit, puisque c'est là seulement quils rencontrent l'obstacle des pointes. Il suffit donc qu'un premier escargot y parvienne et s'y arrête parce qu'il ne sait plus où se diriger, pour que tous les autres l'escaladent. Quant au fait de monter les uns sur les autres, il se produit très fréquemment et il n'est pas rare de voir un gros escargot supportant trois petits escargots sur son dos pendant des journées entières.

Nous avons imaginé une expérience qui, croyonsnous, fait ressortir l'importance de l'application de la loi d'économie au cas de l'évasion des escargots. Elle montre qu'un corps brut animé de la force centrifuge peut, lui aussi, « avoir l'air » de profiter de la présence d'autres corps bruts pour o s'évader » au-dessus d'une barrière ; et comme il serait absurde de lui prêter un éclair d'intelligence, on est bien forcé de reconnaître que l'escargot, n'agissant pas plus savamment que ce corps brut, ne doit pas être gratifié de facultés intellectuelles et que l'acte de son évasion s'explique parfaitement par de simples réflexes.

Je place une bille sur une plate-forme tournante ; elle ne peut, quand je fais tourner la plate-forme au moyen d'une force A, s'élever au-dessus du bord et s'échapper. Or, si je lui donne, comme compagnes, d'autres billes (un peu plus petites), et si j'anime encore la plate-forme de la force A, quand la grosse bille se placera, par hasard, en dedans d'un rang de

petites billes, la force centrifuge la forcera à l'escalader comme un degré d'escalier et à franchir la barrière.

La bille s'est échappée parce qu'elle avait devant elle d'autres billes. L'escargot s'est échappé parce qu'il avait devant lui d'autres escargots formant pont. Sans doute, la fuite des mollusques suppose la mise en jeu de réactions complexes ; mais nous sommes parfaitement en droit de dire que, dans les deux cas, c'est une force aveugle qui pousse la bille et l'animal à l'escalade. Ni l'un ni l'autre n'ont poursuivi un but raisonné ; si l'escargot a de l'intelligence, nous n'en voyons nullement la marque dans l'anecdote précitée. Voilà la leçon de la loi d'économie.

C'est le cas de répéter avec Rabier que « la science peut être poétique tant qu'elle est hypothétique », et que « la démonstration met fin à la poésie ».

Dans l'exemple que nous venons de donner, toutes les conditions de la formation de l'habitude nouvelle étant connues, il n'y a pas de difficulté sérieuse pour établir que l'intelligence n'a pas eu à intervenir ; le problème est singulièrement plus complexe quand on est en présence d'un instinct tout formé. Il faut alors en faire une analyse minutieuse et se représenter les conditions les plus simples dans lesquelles il a pu se produire. Telle est la règle générale. Ses applications sont nécessairement très diverses ; mais il est possible de trouver un grand secours dans un principe accessoire qui concerne Vordre d'acquisition des particularités de chaque instinct.

Ces questions étant traitées, dans un livre que nous terminons, sur les industries animales, nous nous contenterons, ici, d'un seul exemple. On sait que l'œuf de l'Eumène est extrêmement fragile ; il est impossible de le toucher sans le détériorer. Aussi les auteurs idéalistes ne manquent-ils pas d'admirer le moyen <( ingénieux » qu'aurait imaginé l'Eumène pour le

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mettre à l'abri de tout attouchement dangereux et surtout des attaques des chenilles à demi paralysées |)ar rhyménoptère et qui devront être la nourriture de la jeune larve : « L'œuf, écrit Fabre, n'est pas déposé sur les vivres; il est suspendu au sommet du dôme (du nid) par un filament qui rivalise de finesse avec celui d'une toile d'araignée». Si l'on suppose,, comme les idéalistes, que la fragilité de l'œuf de l'Eu mène a précédé l'industrie du fil suspenseur, il semble que l'explication par rintelligence soit la seule possible ; elle s'impose avec la plus grande force à l'esprit. Mais si, considérant que les organes, abrités au moyen d'une enveloppe qui les met hors de toute atteinte, perdent leurs moyens de protection physiologique, l'on rapproclje ces moyens de protection de celui qu'ofi're le fil suspenseur, on est porté à penser que l'œuf de l'eumène n'est devenu fragile que parce que cette fragilité n'avait plus d'inconvénient et que la protection d'une enveloppe solide devenait inutile. L'extrême fragilité aurait été réalisée après la suspension. L'eumène n'avait donc jamais eu de motif raisonnable de suspendre son œuf et elle a pu le faire, d'abord, de façon fortuite, réalisant ainsi un acte qui finalement offrit de grands avantages. La sélection naturelle dut avoir, dans ce cas, un grand etîet. On voit à quelles simplificatioyis il est possible d'arriver en appliquant cette règle, qui consiste à se demander dans quel ordre les faits à expliquer se sont produits.

Dans des cas, assez difficiles à déterminer, il se peut que certaines espèces adaptent jusqu'à un certain point et très rapidement leur industrie à des buts particuliers et que ces modifications aient le caractère de l'inteUigence; mais elles seraient, à coup sûr, infiniment plus rares que les Néo-Lamarckiens ne l'ont cru. Quand elles se présentent, il n'est pas admissible, du reste, qu'il s'agisse du remaniement général de

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toute l'industrie, mais seulement d'un point de détail. Si la modification ainsi acquise est et demeure utile, elle devient spécifique; elle se cristallise en instinct secondaire. (Nous revenons ici, on le voit, à une théorie ancienne à laquelle nous attachons du reste moins d'importance qu'il y a dix ans, celle des cristallisations psychiques successives.)

Dans la nature, il est possible qu'un animal soit amené à agir raisonnablement plusieurs fois dé la même façon par le retour de circonstances pareilles et arrive ainsi à contracter des habitudes par la voie intellectuelle ; toutefois à un degré élevé de l'échelle animale, cela doit devenir difficile, car les réactions sont d'autant plus variées, les sensations représentatives sont d'autant plus nombreuses et diverses que l'animal est plus intelligent.

C'est donc à un degré relativement inférieur de l'échelle intellectuelle que la pensée peut créer quelques instincts secondaires : un certain angle d'ouverture de l'intelligence — et non le plus grand possible — est favorable à leur développement.

Tout en faisant la plus large part aux facteurs autres que l'intelligence, dans la formation des industries les plus compliquées, nous avons admis, dès nos premières publications de psychologie animale, que certaines espèces ont pu, non pas, certes, concevoir le plan général de leur industrie (créée, non par leur génie, mais par l'influence du monde extérieur dont elle n'est qu'une harmonieuse projection), mais du moins y apporter intelligemment quelques modifications utiles.

En supposant, par exemple, que l'intelligence des ancêtres de l'abeille ait eu un degré d'ouverture assez aigu, c'est-à-dire que cette intelligence ait été restreinte, il en est résulté qu'un premier concept correspondant à une modification heureuse, à un progrès, n'a pas été dérangé par d'autres concepts.

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l'animal s'y est tenu avec persévérance ; par l'habitude, les mouvements concomitants sont devenus des réflexes secondaires. A ce moment Tintelligence s'est déchargée du souci de pourvoir aux besoins auxquels correspondent ces réflexes et, alors seulement, de nouvelles images ont pu s'y peindre ; ces images, ces idées constituent un perfectionnement nouveau dans les mœurs, qui, plus tard, deviendra, lui aussi, instinctif. D'après cette façon de raisonner, on admet que les concepts de perfectionnement ont été des acquisitions successives de l'intelligence se cristallisant, si l'on peut dire, au fur et à mesure de leur apparition, les premières servant de support aux suivantes, comme les premières cellules calcaires d'un polypier servent de point d'appui à de nouvelles cellules. Telle est notre Théorie des cristallisations psychiques successives"^.

Piéron l'a reprise en ces termes : u De lents progrès d'adaptation ne nécessitant chaque fois qu'un peu de souplesse, c'est-à-dire d'intelligence, peuvent être invoqués sans qu'on puisse objecter, dès lors, que des raisonnements complexes seraient nécessaires ^ ».

1. Voir VExamen psychologique des animaux, Sghleicher frères.

2. LÉvolution de la mémoire, par H. Piéron. Bibliothèque de philosophie scientifique.

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