‹ La genèse des instinctsChapitre 52 sur 67 · A. Forel. Gehirn in Seele · texte numérisé non relu

A. Forel. Gehirn in Seele

Et l'éminent psychologue rappelle les travaux de Darwin sur le cas des petits des espèces domestiques naissant avec les qualités morales de leurs parents. Or, ce sont là des cas intéressants mais dont la signification est peu nette. En effet, ici, la preuve de la transmission héréditaire n'est pas certaine ; car on peut toujours supposer que chaque individu s'instruit pour son compte personnel, puisque, dès sa naissance à côté de l'homme, l'animal domestique subit les influences qu'avaient déjà subies ses parents. D'autre part, les modifications dans les habitudes du gibier (de la bécasse particulièrement) depuis le perfectionnement des armes à feu constituent assurément des indications précieuses ; mais ce ne sont là que des preuves un peu lointaines et en dehors de la constatation rigoureuse et directe des faits.

Ce sujet est extrêmement vaste et si nous voulions l'embrasser entièrement nous serions entraîné à des discussions biologiques qui nous feraient dépasser le cadre de cet ouvrage ; nous aurons toutefois la ressource d'invoquer des faits qui nous dispenseront de discuter.

Il nous a paru nécessaire d'instituer à ce point de vue des expériences sur des animaux qu'il serait possible de suivre pendant une dizaine de générations. Nous avons donc commencé, depuis près de huit ans, une expérience de longue haleine au Muséum, sur la transmission d'actes réflexes. Nous avons habitué une chienne et un chien à marcher sur trois pattes, au commandement ; les petits de ce couple ont été dressés au même exercice et il s'agit de savoir au bout de combien de générations les descendants naîtront avec le réflexe acquis par les parents au moyen du dressage. Nous attachons une importance particulière à cette expérience parce qu'elle a été commencée sous le contrôle du professeur de mammalogie du Muséum, et qu'elle offrira ainsi toutes les garanties

DE LA CONSERVATION DES HABITUDES

(l'exactitude j)Ossil)les; mais nous avons fait d'autres expériences analoi,^ues et qui ont donné les résultats les plus nets.

Un singe macaque auquel nous avions appris non sans peine à tuer des rats, donna naissance à des petits qui chassaient merveilleusement les rats. Des chats habitués à respecter des souris, ont donné naissance à des petits qui ne prenaient jamais de souris, même quand on retardait intentionnellement la distribution de leur nourriture. Des passereaux dressés à tirer la chaîne d'un petit puits pendant six générations, ont donné naissance à des jeunes qui, sans dressage, savaient tirer la même chaîne.

Dès 1895, nous avions affirmé, dans notre Dressage des Animau.T, que la faculté d'exécuter au commandement un mouvement enseigné peut se transmettre, chez le chien, d'une génération à la suivante. Cette observation nous a valu, quelques années plus tard, une très intéressante communication de M. A. Orillard fils, avocat à la Cour d'appel de Poitiers, membre de notre. Institut :

« Une de mes premières élèves fut une chienne pointer de très pure race, née et élevée chez moi, Sta, dont le pedigree est ci-joint. Saillie par un étalon de même race et aussi de très bonne origine, Mylord (dont je vous envoie aussi le pedigree, qui, avec les numéros d'inscription aux différents Livres des Origines, permet de remonter bien plus haut) — elle donna naissance, le 3 juillet 1895, à une portée de 5 chiots, dont je ne conservai qu'une seule femelle, Léa. Or, cette chienne, élevée à la campagne, seule dans une ferme où je l'avais mise en nourrice, n'ayant aucun exemple sous les yeux, et n'ayant reçu aucun dressage, se mit à faire toute seule des pirouettes lorsque je la repris chez moi, vers 5 ou 6 mois. Sa mère, Sla. avait été dressée par moi aux pirouettes, à gauche seulement, sa fille Léa les faisait également

à gauche. Je dois ajouter que ce n'était pas la pirouette lente sur les quatre pieds; c'était, au contraire, une pirouette très rapide, presque un bond, avec un enlevé de l'avant-main pendant que la rotation avait lieu sur l'arrière-main. Léa la faisait absolument d'elle-même et sans aucun commandement. »

Ainsi, la transmission héréditaire des habitudes est un fait constaté ; et cependant de quel poids léger doivent être les habitudes inculquées par l'homme, auprès de l'immense période d'éducation des animaux à l'état de nature, éducation renouvelée à chaque génération! On comprend donc a fortiori que toute habitude imposée à l'état de nature a pu devenir un instinct proprement dit. Il est intéressant de remarquer que cette preuve expérimentale — la première — , a été fournie par la méthode zoopédique.

A propos des abeilles ouvrières, on a soulevé un intéressant problème, dont Bouvier nous semble avoir donné une excellente solution :

(( Il est vrai que les ouvrières ne peuvent ordinairement pas se reproduire, et que ce sont elles qui acquièrent des habitudes. Mais cette objection est facile à réfuter.... Il y a dans toutes les ruches orphelines (sans reine) ce qu'on appelle des ouvrières bourdonneuses, c'est-à-dire des ouvrières qui deviennent pondeuses comme les reines, mais qui ne donnent naissance qu'à des mâles, auxquels, d'ailleurs, elles doivent transmettre leurs qualités. Les mâles... à leur tour transmettent les qualités qu'ils ont reçues aux diverses ruches du voisinage. »

Dans certains cas de vie parasitaire, des instincts inemployés s'écroulent parle mécanisme de la sélection naturelle dans la vie de l'espèce. Cet écroulement entraine du reste celui de l'organe correspondant si celui-ci n'a pas d'autre emploi. (Ce sont là les seuls cas où la transformation instinctive peut pré-

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céder la transformation organique, d'ordinaire l'une et l'autre, marchent faraWdement^ .)

. 1. Nous avons montré (Livre 111) que la fonction ne peut créer l'organe puisqu'elle est l'organe l'onctionnanl. Dans le cas de parasitisme, la mutation instinctive peut devancer celle de l'organe parce qu'elle est négative; une abstention n'a pas besoin de substratum physique... Voir notre brochure le Principe des aiitomorphoses, Sciileiciier frères.

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