‹ La génuflexion au XIXe si`ecleChapitre 18 sur 37 · C'est dans le ciel que les démons · texte numérisé non relu

C'est dans le ciel que les démons

firent, de cette manière, leur première génuflexion . Le plus orgueilleux de tous, Lucifer, en donna l'exemple. De bonne grâce, lui et ses légions révoltées ne voulurent pas fléchir le genou devant le Verbe fait homme, dont l'incarnation future leur fut révélée. Aveuglés par la superbe, ils regardèrent, comme une injure, le choix que le Verbe faisait de la nature humaine pour s'unira elle, plutôt que de s'unir à la nature angélique.

En vain saint Michel et les bons anges leur disaient : « Quis ut Deus? Qui est semblable à Dieu ? Qui êtes-vous pour juger les conseils de Dieu, pour refuser de vous y soumettre? Etes-vous éclairés comme Dieu, sages comme Die<i, puissants comme Dieu, bons comme Dieu ? » Aussitôt consommé, leur refus de fléchir le genou attire la foudre sur leur tête ; et, changés, en démons, ils sont, pour toute l'éternité, précipités du ciel dans les brûlants abîmes de l'enfer, où, malgré eux, ils feront éternellement la génuflexion.

Tu le sais, mon cher Frédéric, les

anges sont les créatures les plus parfaites, par conséquent les plus aimées de Dieu. La main tremble en écrivant le récit de leur châtiment. Quelle impression doit-il donc produire sur les hommes, malheureusement si nombreux aujourd'hui, qui refusent de fléchir le genou devant le Verbe fait chair? qui le nient, qui l'outragent, qui le persécutent ?

Que doivent attendre non-seulement les individus, mais les nations coupables du même péché? Leur avenir est écrit dans ces immortelles paroles :

« Tout royaume qui refusera de faire la génuflexion devant Vous, périra (1). »

Toutes les pages de l'histoire confirment l'oracle divin. Rois, princes, gouvernements du dix-neuvième siècle , publiquement et opiniâtrement hostiles à Jésus-Christ et à son Eglise : comprenez; instruisez-vous, jugesde la teiye(2). Souvenez-vous qu'il n'y a ni sagRse ni

(1) Gens enim et regnum, quod non servierit tibi, peribit Isai., lx, 12.

(2)Etnunc, reges, intelligite : Erudimini;quijudicatis terram. Ps. 2.

prudence, ni conseil, ni diplomatie, ni force contre le Seigneur (1).

Dieu étant la sagesse infinie n'a rien fait d'inutile , pas même un atome.

Tout rebelles qu'ils sont, les démons demeurent soumis à son empire et contribuent à sa gloire. Laisse-moi te rappeler, sur ce point, l'enseignement précis de la Théologie catholique, « Les bons anges, dit saint Thomas, font connaître aux démons beaucoup de particularités touchant les secrets divins.

Ces révélations ont lieu toutes les fois que Dieu exige des démons certaines choses, soit pour punir les méchants, soit pour exercer les bons.

«Ainsi, dans l'ordre social, les assesseurs du juge notifient aux exécuteurs la sentence qu'il a portée. Afin donc qu'il n'y ait rien d'inutile dans le gouvernement du monde, pas même les démon^ Dieu les fait concourir à sa gloire,

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en l™ir donnant la mission de punir le

(1) Non est sapientia, non est consilium contra Dominum. Prov. xxi, -30.

crime, ou en leur laissant la liberté de tenter la vertu (1). »

La double mission de punir et de tenter, confiée aux mauvais anges, exige une double habitation : l'enfer, et l'air qui nous environne. Par l'organe de saint Paul, le Seigneur a pris soin de nous le dire ; et le genre humain ne l'a jamais oublié. Ecrivant aux Ephésiens, l'Apôtre s'exprime ainsi : ce Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable. En effet, notre lutte n'est pas contre la chair et le sang (2) ; mais contre les princes et les puissances, contre les recteurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans les airs (3). »

Je t'ai dit que le genre humain n'a

(1) Hanc procurationem (exercitationem justi), boni humani conveniens fuit per ansrelos malos fieri, ne totaliter post peccatum ab utilitate naturalis ordinis exciderent. I. p. q. lxiv, art*'4, corp.

(2) C'est-à-dire contre des ennemis visibles. Si nous en avons, ils ne sont que les soldats; les généraux de l'armée, les instigateurs de la guerre sont les démons.

(3) Eph., vi, 11, 12.

jamais oublié qu'il est entouré de légions de mauvais anges. Entre mille, voici le témoignage de Porphyre. Ce grand théologien du paganisme parle comme un Père de l'Eglise. « Les mauvais esprits, dit-il, sont invisibles et imperceptibles aux sens de l'homme, car ils , n'ont pas un corps solide...

dans le but d'assouvir ses passions, ce genre de démons habite plus volontiers et plus fréquemment les lieux voisins de la terre ; en sorte qu'il n'est pas un crime qu'il ne tente de commettre...

ils se délectent surtout dans le sang et dans les impuretés... nul mouvement violent d'impureté dans le corps, nul appétit véhément de convoitise dans l'esprit, qui ne soit excité par la présence de ces hôtes (1). »

Il faut remarquer soigneusement, mon cher Frédéric, que cette double mission de punir et d'éprouver n'ajoute rien à la puissance naturelle des démons: elle ne fait que la déchaîner

(1) Voir le texte et plusieurs autres dans notre Traité du Saiîit-Esprit, t. I, XIV, XV, etc.

et en déterminer l'usage. Nous le voyons par l'exemple de Job. « Dieu est fidèle, ajoute saint Paul ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de yos forces (1).» Ainsi, dans sa bonté, le Père céleste limite les tentations dont nous sommes l'objet; et il y aurait injustice à nous plaindre de leur violence, puisque nous pouvons toujours y résister.

Si nous y succombons, nous devons accuser, non pas la trop grande puissance laissée au démon, mais notre lâcheté et trop souvent notre complicité avec le tentateur.

Commencées dès les premiers jours du monde, au sein même du paradis terrestre, la tentation des démons, mais aussi leur génuflexion se perpétuent à travers tous les siècles et sur tous les points de la terre habitée. Le monde païen ne fut qu'une longue et victorieuse tentation de Satan. L'antique Egypte va nous en donner un exemple célèbre.

(1) I Cor., x, 13.

II. — Depuis longtemps le peuple de Dieu était esclave chez les Egyptiens.

Condamné par ses maîtres aux plus rudes travaux, battu, maltraité de toute manière, exposé à se voir anéanti par le meurtre obligé de ses nouveau-nés, Israël cria miséricorde vers le Seigneur son Dieu. Moïse et Aaron sont envoyés pour le délivrer. Leur mission s'autorise par d'éclatants miracles ; mais Satan refuse de lâcher sa proie.

Afin d'endurcir le cœur de Pharaon, aux miracles de Moïse il oppose ses prestiges. Admis en présence du roi, Moïse jette à terre sa verge miraculeuse, qui se change en serpent. Pharaon appelle ses magiciens qui font quelque chose de semblable. Ils jettent à terre les verges qu'ils tiennent à la main, et au moyen d'évocations démoniaques, elles prennent la forme de serpents ; mais la verge de Moïse dévore celle des magiciens, sans qu'il en reste vestige.

Satan est obligé de s'avouer vaincu et de faire sa génuflexion.

Néanmoins, ce premier prodige en-

durcit plus encore le cœur de Pharaon, et le démon ne se tient pas pour battu. Moïse multiplie les miracles : plusieurs fois le démon réussit à les singer par des prestiges semblables. Pour en finir, Dieu ordonne a Moïse de faire des miracles que les suppôts du démon ne peuvent contrefaire; et, qui plus est, dont ils sont les victimes. Moïse et Aaron prennent des cendres au foyer, et les répandent dans l'air en présence de Pharaon. Aussitôt les Égyptiens sont frappés d'ulcères tellement intolérables, que les magiciens eux-mêmes sont obligés de prendre la fuite, et d'aller au loin cacher leurs douleurs et panser leurs plaies (1).

Alors, en présence de Pharaon, de toute sa cour, de l'Egypte entière, le démon se voit forcé de faire la génuflexion devant le Tout-Puissant. Plus la résistance avait été opiniâtre, plus l'humiliation fut éclatante.

Dans le ciel, obligé malgré son orgueil de fléchir le genou en présence

(I) Exod., rx, 8, 11.

de toute la cour céleste; sur la terre, obligé de le fléchir eu présence du peuple le plus savant de l'antiquité, Satan n'est pas au terme de ses défaites, Sous la loi de grâce il en subira bien d'autres. Nos lettres- suivantes en citeront quelques-unes.

Tout à toi.

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