‹ La Géographie dans les Argonautiques d'Apollonios de RhodesChapitre 123 sur 222 · sqq · texte numérisé non relu

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et il donne sur le Thermodon des renseignements plus vagues, mais qui semblent prouver la véracité d’Apollonios : (Thémiskyra est une plaine : d’un côté, elle est baignée par la mer, de l’autre, elle est située au pied d’une région montagneuse, boisée et arrosée par des cours d’eau qui prennent leur source dans le pays même. Un seul fleuve, rempli par tous ces cours d’eau, traverse la plaine : on l’appelle le Thermodon! ». Les monts Amazoniens, appelés aujourd’hui Mason Dagh, ne se retrouvent que chez de rares écrivains latins’. Dans la même région, l’auteur cite la plaine de Doias, le bois d’Acmon et les villes de Thémiskyra, Lycastia et Chadésia, où les Amazones vivent séparément par tribus.

La plaine de Doias et le bois d’Acmon, d’après les scolies, étaient cités par Phérécyde, ainsi que les trois villes des Amazones, Thémiskyra, Lycastia et Chadésia’. Thémiskyra, la plus connue, est mentionnée plusieurs fois“; Chadésia ou Chadisia a donné son nom aux Amazones Chadésiennes d’après Hécatée, affirme le scoliastes. Quant à Lycastiaf, appelée aussi Lycastos, elle n’est citée avant Apollonios que dans le passage de Phérécyde rappelé par le scoliaste. Il est donc probable que Phérécyde est ici la source principale du poète; cette supposition est confirmée par quelques emprunts au même historien pour la légende des Amazones.

1. 469, 3 sqq. DE LA Vizze DE MIRMONT, qui renvoie à la fin de ce passage écrit à tort : « Strabon ne donne aucun de ces détails curieux sur le Thermodon, auxquels Apollonios se complaît » (note II, 970; cf. id., 370-371).

2. Pure, H. N., VI, 4, 1 et peut-être AMMIEN MARCELLIN, XXII, 8, 16, d’après une supposition de DE LA VILLE DE MIRMONT, n. Il, 977. Cf. HAMILTON, Researches, 1, 283.

A THÉCAT., ire. 7 Jec.;1ESGE,, Prom. Je4 HDT IN SG SKY E, 897 ARISTOTE, H. À., V, 22; SrrAB., 469 $ 15.

5. Scol. Il, 999=frg. 7 Jac.; cf. ANON., Pér, P..E;;-28; Marc. HÉR,, 10, Chadisios; PLiN., H. N., VI, 3, 3.

6. Telle est la forme indiquée par la scol. II, 373 et non Lycastis comme l’affirme Mooney n. II, 999. Cf. Mec, I, 19 et Pun., H. N., VI, 9.

Thémiskyra est le nom du port cité par le poète à l’embouchure.du Thermodon. Lycastia est voisine du fleuve Lycastos, cité par Skylax et les auteurs de périples!, à l'embouchure duquel fut fondée Amisos. De même Chadésia rappelle le fleuve Chadisios des périples?. Le scoliaste constate que le poète a raison d'arrêter les Argonautes au port de Thémiskyra, car il n’y à pas d'autre port de Sinope à Trapézonte sur une longueur de 3.000 stades:.

Nous n’avons pas à étudier au point de vue mythologique la fable des Amazones. Il nous suffit de constater qu’en les plaçant dans la plaine de Thémiskyra et aux environs du Thermodon, Apollonios est d’accord avec les traditions les plus anciennes, qui semblent remonter à l’Iliadet. Ces femmes sont guerrières, inhospitalières et vivent réparties en trois tribus correspondant aux trois villes citées par le poète.

F) De Thémiskyra à l’île Arétias

Au moment où les Amazones s’arment pour les combattre, les Argonautes, profitant du vent favorable, quittent le port de Thémiskyra. Désormais la géographie d’Apollonios va changer de caractère; comme les héros suivent une région habitée par des peuples barbares et peu hospitaliers, le poète leur fait accomplir de longues étapes et décrit les coutumes étranges de ces peuples au lieu de leur pays. On passe de la géographie à l’ethnographie. Les Argonautes suivent donc la côte des Chalybes, doublent le cap de Génès, dépassent le pays des Tibarènes, le Mont-Sacré et le pays des Mossynèques, puis abordent dans l’île Arétias. Les peuples cités par Apollonios étaient connus avant lui et les historiens surtout ont parlé d’eux à maintes reprises.

1. SkyL., 89; ANON., Pér. P. E,, 28; Marc. HÉR., Ep. Mén., 10. 2, ANoON., L. cit.; Marc. HÉR., [. cit.

D HOCOL ELIPR0GD.

A. II; 189: Cf. HDT., 1x, 27.

A l’est du Thermodon et du pays des Amazones, les Argonautes côtoient « l’immense territoire!» des Chalybes. Ce sont, dit le poète, les plus misérables des hommes : habitant un pays stérile, ils ne s’occupent ni d'agriculture, ni d'élevage, mais travaillent péniblement le fer?. Sur l’ingratitude de leur sol, Strabon confirme le témoignage d’Apollonios : « La plaine côtière est très étroite. et peu cultivée®. » Dès la plus haute antiquité, les Chalybes étaient renommés par leur habileté à travailler le fer et passaient pour inventeurs de l’acier, qui s'appelait y#w. Poètes et historiens les ont souvent cités. Homère parle des Alizones qui habitent la région d’Alybé où l’on trouve de l’argent : l’opinion de Strabon, qui les identifie avec les Chalybes, est généralement acceptée aujourd’huis. D’après le même géographe, ils furent plus tard appelés Chaldéens5, nom que l’on trouvait déjà chez Sophocle et Xénophon’.

Sur leur emplacement les traditions varient, car on les a localisés, comme le remarque Mueller, partout où l’on trouvait du fer sur la côte méridionale du Pont. Hérodote les place à l’ouest du Halys, mais d’après l'opinion la plus répandue, ils habitaient à l’est du Thermodon, comme le prétendent Apollonios et le scoliaste. Hécatée les place « sur le Thermodon », Ephoros à l’est de ce fleuve, Skylax aux environs de Pharnakia, Xénophon à l’est de Cotyora’; cette localisation concorde avec celle du poète et Strabon la confirme.

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