IV. — L’Eridanos
Poussés par la tempête, les Argonautes remontent rapidement du sud au nord de l’Adriatique et arrivent à l’emboucKure de l’Eridanos, où se trouve l’île de l’ambre, Electris. Elle est « la plus septentrionale » de toutes les îles de l’Adriatique. Le poète ne cite qu’une seule île de ce nom, et sur ce point il diffère de presque tous ses prédécesseurs, qui connaissaient plusieurs îles appelées Electrides. Seul Skylax*, comme Apollonios, place une île Electris au nord des îles Liburniennes, c’est-à-dire au fond du golfe situé à l’est de la presqu'île des Istriens. Après Apollonios, des géographes grecs et latins en font encore mentiont. C’est l’île Kyrictiké de Strabon, la moderne Veglia. Le poète place vaguement l'embouchure de l’Eridanos au nord de l’Adriatique, comme l’île Electris : ce rapprochement est naturel puisque ce fleuve vient du pays de l’ambre et que l’île porte le nom de ce produit. Mais lorsqu'on mit en doute l’existence de l’Eridanos, ou qu’on tendit à le confondre avec le Pô, tantôt les îles Electrides furent nettement séparées de ce fleuve, tantôt on nia leur existence. Hérodote
. Cf. LEGRAND, La Poésie Alexandrine, 150.
. Pér., 21.
. SKYMNOS, V. 374; MELA, II, 7; Ps. ARISTOTE, Mirab. ausc., 50.
à CO 29 tt
L'ÉRIDANOS 29]
ne croit pas à l’Eridanos! et y voit une invention de poète. Skylax l’identifie avec le PÔ et sépare nettement l’île Electris, située à l’est de l’Istrie, du fleuve dont l'embouchure se trouve à l’ouest. Apollonios, en ne les séparant pas nettement, semble hésiter entre la mythologie et une géographie plus scientifique. Plus tard Strabon nie à la fois l'existence de l’Eridan et des îles Electrides, et affirme qu’il n’y a pas d'îles près du P6?. Pline l'Ancien blâme la légèreté des Grecs qui crurent à de pareilles inventions.
Sur l’Eridanos, les renseignements donnés par Apollonios sont vagues et parfois peu scientifiques. Si l’on met à part les deux légendes sur l’ambre que raconte le poète, sa description se réduit à peu de chose : c’est un fleuve profond qui se jette au nord de l’Adriatique, près de l’île Electris, par un large estuaire; il communique avec le Rhodanos et les Argonautes passent de l’un à l’autre. Le poète ne pouvait décrire avec précision un fleuve légendaire et il est difficile de découvrir à quel auteur il à emprunté des détails aussi vagues.
Dans la Théogonie, Hésiode cite l’Eridanos parmi les nom- ‘ breux fleuves nés de Thétis et de l'Océan. L'auteur de la Batrachomyomachie ne précise pas son emplacement. Hérodote, qui nie son existence, rappelle que, d’après la tradition, il se jette dans la mer du pays de Borée, c’est-àdire vers le nord, dans les régions où l’on trouve l’ambres. Tandis qu'Eschyle le confond avec le Rhône, Phérécyde, Euripide, Skylax, Théopompe, ‘Timée et Théophraste l’identifient avec le PO et leur opinion est généralement
admise à l’époque alexandrine‘; c’est elle qu’Apollonios