CG. A. RHoMAIOS, ari. cité
L'ÎLE DES PHÉACIENS ET LA MER IONIENNE 2b1
Les Colques étaient installés loin de la ville, « à l’extrémité de la presqu'île de Macris ». Ce détail est expliqué par le scoliaste, qui en affirme l’exactitude: « la ville de Corcyre est située sur une presqu'île. L'auteur dit, avec l’exactitude d’un historien, que les Colques étaient loin de la ville, sur la côte de la presqu'île où se trouve la ville, comme le dit Apollonidès dans son Périple de l’Europe: ». Le texte de cette scolie montre bien que la presqu'île de Macris fait partie de l’île de Corcyreet ne se trouve pas, comme on l’a supposé, sur la côte d’'Epire, en face de l’île. Mooney? prétend que cette dernière opinion est celle du scoliaste en s'appuyant sur la scolie du vers1175, où on lit: «la région en face de Corcyre, il [Apollonios] l’a appelée Macris, peutêtre parce que les Eubéens l’ont habitée ». Maïs ce passage doit être traduit en tenant compte de la scolie du vers précédent : il s’agit de la région en face de la ville de Corcyre et non en face de l’île. Les Colques ont jeté l’ancre devant la presqu'île Palaeopoli, et non sur la côte d’Epire ou devant la langue de terre où se trouve la moderne Corfou, comme le suppose Mooney.
On ne voit pas où se trouve la caverne habitée par Macris et appelée caverne de Médée après le mariage de la ma-
icienne.
Parmi les nymphes qui assistèrent à la cérémonie, le poète cite celles du fleuve Aigaios et du Mont Mélitéien. Le fleuve Aigaios, peut être soit la plus grande rivière de l’île, appelée aujourd’hui Potamo, qui coule au nord-ouest de Corfou’, soit « le ruisseau abondant de Kissida, qui après un trajet restreint, se iette dans le port Hyllaïquef ».
Le Mont Mélitéien tire son nom de la naïade Mélité, fille du fleuve Aigaios et mère d'Hyllos. La position de cette montagne est inconnue.
1Sc0o7 ais ei 7 4 L 2. Note IV, 1175. Contredit par WALTHER, 0p, cit,, p. 16.
3. BursiAN, Geogr. von Griechenland, IT, 357; WALTHER, 0p. cüt., p.15.
. C. A. Ruowaios, ari. cilé, p. 217.
Dès que les Colques apprennent la décision d’Alkinoos au sujet de Médée, ils l’acceptent, mais, craignant la colère d’Aiétès, supplient le roi des Phéaciens de les recevoir dans son pays. Installés à Corcyre, ils vécurent à côté des Phéaciens jusqu’au jour où les Bacchiades de Corinthe vinrent coloniser Corcyre. Les Colques passèrent alors dans «une île située en face » (on ne voit pas laquelle) et plus tard près des Monts Kérauniens, au pays des Abantes et des Nestiens, dans la ville d’Oricos. Cette histoire des Colques après leur installation à Corcyre est empruntée par Apollonios à Timée, qui, dans un fragment reproduit par le scoliaste!, citait les Abantes, les Nestiens et Oricos. Les Abantes sont des colons venus d’Eubée, dont ils furent les premiers habitants?, et qui fondèrent la ville d’Abantia® en Epire. Skylax et Eratosthène citent les Nestiens comme un peuple d’Illyrie et les placent plus au nord que Timée et Apollonios‘. Oricos ou Oricon est située sur la côte orientale de l’Adriatique, immédiatement au nord des Monts Kérauniens. Hécatée, Hérodote et Skylax l’ont citée et Plines confirme qu’elle fut fondée par les Colques; c’est l’Ericho moderne.
L'épisode du séjour des Argonautes à Corcyre représente un curieux mélange de traditions homériques et de légendes plus récentes. Le récit des événements et la géographie sont évidemment influencés par le souvenir de l'Odyssée, mais les imitations de Timée semblent les plus nombreuses. À. la géographie assez vague d’Homère, Apollonios a substitué des renseignements précis, empruntés à des auteurs plus récents; aussi est-il parvenu le plus souvent à cette «exactitude d’historien » que vante parfois le scoliaste. Sa géographie est devenue scientifique.