LES ÉLÉMENTS DE LA GÉOGRAPHIE D'APOLLONIOS
de l’île Sikinos; îles Minoïdes pour Cyclades; Plotai pour Strophades, Sésamos pour Amastris, Pityeia pour Lampsaque, mer de Cronos pour Adriatique ou Ionienne, fleuve Triton pour Nil ou Aegyptos.
A. côté de ces mots anciens, on en trouve parfois de plus récents qui forment avec eux des doublets : à Taolcos, forme homérique, correspond Iolcos; à Magnétis, Magnessa; à Phlégra, Palléné; à Aia, Kytaia; à Pont-Axin, Pont-Euxin; à Callisté, Théra; à Oinoié, Sikinos; à Plotai, Strophades; à Aiïgialos, Achaïe. Ce mélange d'expressions archaïques et modernes ne semble d’ailleurs pas heureux : il montre que le vocabulaire du poète n’est pas plus homogène que sa géographie.
Parmi les épithètes géographiques, très nombreuses dans le poème d’Apollonios, on trouve notamment : Piérie Bistonienne, à cause du peuple des Bistones qui l’habitait; terre Tainarienne pour Laconie; terre Idaienne pour Phrygie; terre Oiaxienne pour Crète; terre Kytaienne pour Colchide. Plus souvent encore on rencontre, mêlées à la géographie, des expressions mythologiques comme Cécropie pour Attique, île de l’Atlantide Electra -pour Samothrace, courants de la fille d’Athamas pour Hellespont, plaine Népéienne d’Adrastéia (de Népéia, femme du roi de Mysie Olympos), Apide pour Péloponnèse, Crète Minoïde, plaine Circéenne, Haimonie pour Thessalie, plaine Athamantienne, îles Minoïdes.
20 L’aitiologie
À la géographie proprement dite Apollonios à joint un grand nombre de souvenirs se rapportant au voyage des Argonautes. La plupart sont des aitia et des ciiseis où se reconnaît l'influence de son maître Callimaque. On en compte au moins une trentaine et il serait trop long de les énumérer tous; il suffira d’en indiquer les principaux genres.
Ce scnt d’abord des fondations de cultes, des construc-
tions d’autels par les Argonautes; à Pagasai, ils honorent ainsi Apollon Actios et Embasios; à Cyzique, Apollon Ecbasios et la Déesse-Mère; sur la rive européenne du Bosphore, les douze dieux; dans l’île Thyniade, Apollon Eoios et Homonoia; à Lyra, Apollon Neossoos; près du lac Triton, Poseidon et Triton; dans les Stoichades, les Dioscures; en Crète, Athéna Minoïde; à Anaphé, Apollon Aiglétès. De même Médée élève un autel à Hécate à l'embouchure du Halys et inaugure un sacrifice annuel à Corcyre; Lycos promet de construire un temple aux Tyndarides sur le sommet du du cap Achérousis. Certains cultes, sans avoir été fondés par les Argonautes, remontent à leur passage : à Cyzique, ceux de Kyzikos, de Cleité et des héros Dolions tués par les Minyens; à Kios, celui d'Hylas; à Héraclée, ceux d’Idmon et de Tiphys.
À. leur voyage se rattachent également des fondations de villes ou de colonies : Kios est fondée par Polyphémos, Oricos et plusieurs villes sur la côte orientale de l’Adriatique par les Colques, Callisté par Euphémos. En souvenir de leur passage, on trouve un port d’Argo dans l’île Aithalia, un autre à la sortie du lac Triton; le nom d’Aphétai rappelle leur départ.
À. ces ctiseis ou fondations, le poète a joint de nombreux aitia : à Cyzique par exemple, le poète cite la pierre sacrée, la route de Jason, l'emploi du rhombe et du tympan dans les cérémonies en l’honneur de Rhéa, la pierre-amarre des héros transportée dans le temple d’Athéna Iasonia par les colons de Cyzique; chez les Hylléens, il signale un trépied offert par Jason; à Corcyre, une caverne de Médée; à Egine, une course aux amphores; à Anaphé, un échange de plaisanteries entre hommes et femmes.
3° La mythologie locale
Apollonios ne s’est pas contenté de rattacher au voyage de ses héros les principaux épisodes de la légende argonau-