CHAPITRE PREMIER LA GEOGRAPHIE DANS LES ARGONAUTIQUES
L’épopée d’Apollonios est surtout géographique. Sans doute, dans cette œuvre touffue et érudite, l'astronomie? la magie, l’art nautique, la médecine, la peinture de l'amour et la mythologie intéressent aussi le lecteur. Mais aucun de ces éléments n’occupe une place aussi grande que la géographie.
L’astronomie se ramène à peu de chose : quelques détails touchant la navigation, un petit nombre de comparaisons et deux légendes sur les vents étésiens et sur la couronne d’Ariane.
La magie, grâce aux personnages de Médée et de Circé, joue un rôle plus important. Elle forme le sujet de plusieurs scènes où l’auteur a accumulé les détails étranges et épouvantables, par exemple la cueillette du prométhéion, le sacrifice nocturne de Jason à Hécate, l'enlèvement de la toison, la purification de Jason et de Médée par Circé, la fascination de Talos. Mais ces descriptions ne sont que des : épisodes dans l’ensemble du poème.
L'art nautique à fait l’objet d’une étude spéciale!. On
1. DE LA Vice pe MirmonT, Le navire Argo et la science nautique d’Apollonius de Rhodes (Revue internationale de l'Enseignement, t. XXX, 1895, II, pp. 62-153); cf. AssMANN, Das Schiff von Delphi (Jahrb. d. Arch. Inst, 1905, p. 32 ss.)
trouve en effet dans le poème d’Apollonios maïnts détails précis sur la construction, le lancement, le chargement et la manœuvre du navire Argo. En les réunissant, on constate que l’auteur, avec beaucoup de science et un louable souci de couleur archaïque, « à fait la restitution exacte de ce que devait être un navire primitif, au temps de l'Iliade et de l’Odysséel ». Mais à l'exception d’une scène, le lancement d’Argo, ces renseignements, dispersés dans tout le poème, ne peuvent avoir qu’une importance secondaire.
Lorsque le sujet s’y prête, l'influence de la médecine apparaît chez Apollonios : non seulement il nous renseigne sur les blessures de ses héros, suivant l’exemple d’Homère, mais il décrit par leurs symptômes physiologiques la douleur causée par l’amour chez Médée, la maladie de Phinée et l’agonie de Mopsos piqué par un serpent. Toutefois ces tableaux sont rares et accessoires.
L'épisode de Médée est aux yeux des modernes la partie a plus intéressante du poème. La peinture minutieuse et vraie de la passion depuis son éclosion brusque et iniconsciente jusqu’au moment où sa puissance devient irrésistible, la transformation d’une jeune fille timide et innocente en amoureuse criminelle, voilà ce que les critiques modernes, depuis Sainte-Beuve, ont le plus admiré et étudié dans les Argonautiques3. Ils ont montré avec raison que cet épisode, malgré quelques maladresses, est le plus original du poème par la nouveauté du sujet, la profondeur et la vérité de l’analyse psychologique. Cependant, quels que soient sa valeur littéraire, son intérêt et son ampleur, ce morceau n’est qu’un épisode dans l’ensemble du poème. Il en occupe seulement le tiers et ne forme pas une narration continue : à