REG. 1894, 45 sq
Apollonios
aucun passage naturel, mais que les langues de terre atteignaient le continent. A cette hypothèse correspond le fait que Skylax (milieu du 1ve siècle avant J. C.) parle d’un ioôu6s. Par conséquent le passage n’a dû être établi qu'après cette date; quand, nous ne le savons pas. S’il faut attribuer quelque valeur au témoignage de Pline, d’après lequel Alexandre le Grand aurait joint l’île au continent par une jetée, le passage doit avoir existé déjà au temps d'Alexandre. La jetée aurait pu aussi être munie d’un passage pour les navires ou d’un pont. Ainsi s'explique que les auteurs anciens après Skylax, comme certaines inscriptions, placent toujours Cyzique sur une île et parlent d’un Euripe entre Cyzique et le continent. Pendant la guerre de Mithridate, Le passage semble avoir été provisoirement comblé par des moyens artificiels, mais il fut ensuite rouvert. Quand le passage fut-il définitivement fermé, nous ne le savons pas. Avant la formation des langues de terre, la presqu’île de Cyzique doit avoir été naturellement une île. Les langues de terre se sont formées d’une ue naturelle par les alluvions de la mer’. »
Cyzique à donc été tour à tour une île à une époque très reculée, une presqu'île au temps de Skylax et une île au temps d’Apollonios. Comme cette île était rattachée artificiellement au continent par des ponts ou des jetées, on pouvait aussi la considérer comme une presqu'île. Ces transformations expliqueraient les hésitations du poète, qui appelle le Mont aux Ours une île et parle ensuite de l’isthme où est située Cyzique.
Si l’on complète la description d’Apollonios par d’autres renseignements empruntés au récit du séjour des Argonautes à Cyzique, on s'aperçoit qu’elle s’accorde avec la théorie de Philippson. Les Argonautes, poussés par le vent de Thrace, abordent au port de l’ouest, qui se divise en deux parties : un avant-port assez éloigné de la ville, le beau port, près de la source Artakié, où les Argonautes attachent leur navire et échangent la pierre qui leur servait d’ancre contre une plus lourde?, puis le vrai port de la ville, « fermé par
1. PHILIPPSON, op. cit., pp. 50 sq. Voir dans lé même ouvrage un cro-
quis et une photogr aphie de l’isthme (p. 49 et planche 3, fig. 5). RRN0D4 2067.
des digues! ». Merkel dans sa grande édition let Mooney écrivent Kaéc avec une majuscule, mais rien ne prouve que ce soit un nom propre. C’est probablement une épithète inspirée par le souvenir d’un passage célèbre de l’Odyssée?. D’après le scoliaste, ce port s'appelait aussi Panormos?.
En examinant une carte“, on voit que le port voisin de la source Artakié devait se trouver sur la presqu'île de Mourad-
gMourad-Baïr cap Melas
gaie à arte
Carte I. — Cyzique, d’après PaiLrPPSON, Reisen und Forschungen im Westlichen Kleïnasien (Petermann's Mitteilungen, suppl. XXXVI, fasc. 167, carte 1, Gotha, I9II.
Baïr, au sud de la ville moderne d’Artaki (Erdek), l’ancienne Artaké5. Le port Chytos serait donc situé sur la côte occidentale de l’isthme de Cyzique, au fond de la baie d’Artaki. Mais le scoliaste se trompe lorsqu'il identifie le premier mouillage avec le port de Panormos, situé à l’est de Cyzique, sur la côte de Mysie, à l'emplacement de la moderne Panderma. Selon les habitudes des anciens, les Argonautes, igno-
I, 987, yurèc Auhv; cf. v. 965 &orewc v Auuév.
MOd. NI, 2063.
/1SCOL 1 954
. Voir planche IS
Description dans V. BÉRARD, Les Phéniciens et l'Odyssée. 11, 210 ss,
rant l'accueil que leur feront les Dolions, ne vont pas s’enfermer dans la rade située au fond du golfe d’Artaki, mais s'arrêtent à Mourad-Baïr. Les habitants de Cyzique vont alors à leur rencontre, les reçoivent avec bienveillance et les invitent à conduire leur vaisseau au port occidental de la ville, au fond du golfe d’Artaki. Les Minyens acceptent l'hospitalité offerte et se rendent d’un port à l’autre à la rame, manœuvre que le poète décrit ainsi :
nec x Ô &pu ToiyE via Xurob Auuévos mootépou ééfauouv 6puov. (I, 986 sq.)
Ce passage a embarrassé les plus récents éditeurs, car le texte n’en est pas clair et plusieurs corrections ont été proposées. Les manuscrits donnent Xvroÿ Auévos, qui n'offre pas un sens satisfaisant : les Argonautes doivent évidemment suivre les conseils des Dolions et faire passer leur navire de son premier mouillage dans le port Chytos. Merkel à donc corrigé en Xurèv Auéva, qui donne le sens attendu. Mooney préfère Xvrod Auuévoc rpotépo éÉnaxouv oouov, Ce qui est plus voisin du texte des manuscrits. Le sens devient alors : « ils firent avancer le vaisseau plus loin vers le mouillage du port Chytos ». Quelle que soit la correction adoptée, la manœuvre des Argonautes est claire : ils passent du beau port d’Artaké dans le port Chytos de Cyzique. Le beau port est voisin de la source Artakié. Ce nom, rendu célèbre par l’épisode des Lestrygons de l'Odyssée, est inséparable d’Artaké. Les anciens connaissaient bien cette ville : Hérodote et Skylax en faisaient mention'. La source d’Artakié, d’après le scoliaste, était citée comme voisine de Cyzique par Alcée et Callimaque”. Cependant le poète avait aussi dans l'esprit le souvenir de l’Artaké homérique : en effet, lorsque les géants du Mont des Ours attaquent les Argo-