LA MYSIE
Le scoliaste rappelle que, d’après Conon, auteur d’une Héraclée, Aigaion vaincu par Poseidon fut jeté à la mer et que son tombeau se trouvait vraiment prèsde l'embouchure du Rhyndacos. I1 confirme sur ce point le renseignement d’Apollonios.
Le poète cite la ville de Kios et le fleuve du même nom. Avant les Argonautiques, les historiens! connaissaient depuis longtemps la ville, colonie milésienne située à l’embouchure du fleuve. Elle se trouvait au fond du golfe de ce nom, où s’élevèrent plus tard Pruse (Brousse) et, dans le voisinage, Nicée et Myrléia (Apamée). Les anciens sont d'accord pour faire remonter au voyage de Jason la fondation de la ville, puisqu'ils désignent comme fondateurs les Argonautes Polyphémos, Kios ou Héraclès?. En choisissant le premier, Apollonios suit la tradition la plus ancienne, représentée par un certain Charax d’après les scolies®.
Le fleuve Kios est mentionné par Skylax selon la remarque du scoliaste, mais aussi par des historiens et des géographes.
Le Mont Arganthoneios est appelé Arganthoné parSimylos, Arganthonios par Strabon, Arganthon par Etienne de Byzance, Arganthus par Propercef. C’est la montagne qui s’avance entre les deux golfes orientaux de la Mysie, ceux de Kios au sud et d’Astacos au nord; on l’appelle aujourd’hui Yelli-Dagh et elle s'élève jusqu’à 957 mètres d’après Sœælch5. Des savants comme Th. Reinach, Philippson et
1. Hpr., V, 122; XEÉN., Hell, I, 4, 7; ARISTOTE d’après scol. I, 1177,
2. Kios selon STras. 482, 52; cf. MUELLER, EuSsT. sur DEN. PÉRIÉG., GGM, II, 564 et 805. Héraclès : WADDINGTON-BABELON-REINACH, Recueil général des monnaies grecques d'Asie Mineure, 1 (1908), 300 sq.; HEaD., Hist. num., 2° éd., p. 512.
3. Scol, IV, 1470 (ou Autocharisou (harôn selon SPITZNER, Cur. cril. InSCLOl PA MH PA).
4. SkyL., 93; cf. scol. 1, 1177; Hor., V, 122; XÉN.,Hell.,I, 4,7; Ephoros, frg. 86 Didot; STrAB., 482, 92.
5. SimyLos, frg. 3 Bergk; Cf. PRELLER-ROBERT, op. cit., III, 839, n. 2; STrAg., 489, 52; Prop., I, 20, 33.
6. Art. cité, p. 148; cf. PuizippsON, 0p. cit., III. Samanlu-Dagh selon BEsnier, Katirli selon ForBiGEr, Il, 377.
Sælch confirment l'exactitude de la géographie d’Apollonios pour cette région. Th. Reinach décrit ainsi ce pays :
« Vers le milieu de la Propontide, au fond d’une échancrure profonde du littoral asiatique, s'étage l'antique ville de Cios, aujourd’hui Ghio ou Ghemlik. Le golfe se prolonge, en quelque sorte, par une rivière navigable, le Cios, qui a donné son nom à la ville: la rivière elle-même, longue de 12 kilomètres à peine, sert d’émissaire au grand lac Ascania (Isnik-Gheul).. Le port de Cios, sûr et profond, parfaitement abrité contre les vents du nord par la presqu'ile montagneuse d’Arganthonios,où se localise le mythe gracieux d'Hylas, était un entrepôt commode et une échelie toute désignée pour les navires qui transitaient entre l'Hellespont et le Bosphore... La légende attribuait la fondation de la colonie à l’un des .Argonautes, compagnon d'Héraclès, ou à Héraclès lui-même; en réalité Cios comme la plupart des villes de la Propontide, reçut ses colons de Milet!. »
La fontaine appelée Pégai?, les Sources, n’est pas citée avant notre poète; comme il ajoute que ce nom est donné à la fontaine par les habitants des environs, il l’a sans doute emprunté à quelque chronique locale. Ce mot désignait aussi une ville sur le cours inférieur du Granique (aujourd’hui Bigha ou Boga-Chehir). En plaçant l'épisode d'Hylas dans cette région, Apollonios suit la tradition généralement admise. Avant même d’être rattachée au voyage des Argonautes, la disparition d'Hylas était une légende locale de Kios’. Théocrite, dans sa XIIIe Zdylle, à traité le même sujet qu'Apollonios en donnant moins de précision sur la géographie. Suivant son habitude, l’auteur des Argonautiques joint à son récit quelques aitia : les Mysiens, dont Héraclès menaçait de bouleverser le pays, lui promirent de toujours rechercher Hylas et lui livrèrent en otages les plus nobles de leurs enfants, qu'Héraclès transporta à Trachis*. C’est pourquoi, au temps d’Apollonios, les Mysiens