FORBIGER, Il, 390 sq
LÉS ROCHES KYANÉES La
sà géographie. De son temps, on ne croyait plus à la légende des Roches Kyanées puisqu’Eratosthène, successeur d’Apollonios à la bibliothèque d'Alexandrie et un peu plus jeune que lui, montre qu’elle est née d’une illusion! : ce sont les rives mêmes du Bosphore, qui semblent se toucher lorsqu'on les voit de loin ou obliquement et s’écarter lorsqu'on s’avance au milieu du détroit. Si Apollonios à introduit cet élément fabuleux dans son itinéraire, c’est qu’il était célèbre depuis Homère et inséparable du voyage des Argonautes. En effet, nous savons par l'Odyssée? qu'Ulysse, pour se rendre de l’île de Circé à Ithaque, à le choix entre deux routes passant par les Roches Planctes ou par Charybde et Scylla. Les premières furent traversées jadis par les Argonautes à leur retour* et, comme elles sont voisines de Charybde et Scylla, des Sirènes et de l’île de Trinacrie, il est évident qu'Homère les place dans la même région, vers l’Italie méridionale et la Sicile. Apollonios distingue les Planctes homériques, roches volcaniques de l'Italie méridionale, et les Symplégades ou Kyanées situées à l’entrée du Pont-Euxin, mais il à conservé les unes et les autres dans son itinéraire, puisque les Argonautes franchissent les Kyanées en gagnant la Colchide et les Planctes au retour. Il est à remarquer que l’auteur des Argonautiques n’emploie pas le terme bien connu de Symplégades, mais celui de Kyanées et de Plégades‘, qui lui est particulier. L'expression Symplégades se trouve souvent chez les poètes lyriques et tragiques5. Pindare les appelle Eüvpouot rérpæ, nom imité par Apollonios sous la forme oivôpoux retpéwv$ et qui rappelle le terme ovvBpou&ÿes employé par Euripide et Théo-. crite’.
. Scol. Eur. Med., 2; cf. PRELLER-ROBERT, 0p, cit., 111, 826 et n. 1. SOUSSE
11, 596 et 645.
Eur., 1. T. 260, 355, 1389; Méd., 2, 163; Andr., 796.
MPD PV 870" A RE. 111340; . Eur., I. T., 422; Tacr., XIII, 22.
NSnBwNE
Ce terme Kyanées signifie d’un bleu sombre; il serait justifié d’après cette remarque de Tournefort : « La pierre du pays à dans sa couleur grisâtre quelque chose qui tire sur le bleu plus ou moins foncé, et c’est ce qui avait fait donner le nom d’Isles ou de pierres Cyanées aux écueils dont on vient de parler! ». Il se rencontre notamment chez Sophocle et Démosthène?.
Lorsqu'Homère décrit les Planctes de l'Italie méridionale, il les représente comme des roches volcaniques et mobiles, qui écrasent les navires en se rejoignant. D’après ce passage, on ne peut les distinguer clairement des Kyanées du Pont- Euxin; aussi seront-elles confondues longtemps après lui. Hérodote par exemple cite les « roches appelées Kyanées, que les Grecs disent avoir été Planctes? »; il les place à l'entrée du Pont-Euxin, mais le terme par lequel il fait allusion à leur ancienne mobilité prouve qu'il garde le souvenir d'Homère.
Chez Apollonios, la distinction est nette, sauf en un seul passage où le poète a commis de nombreuses erreurs sous l'influence d’'Homère, où il appelle Roches Planctes les Kyanées du Pont-Euxin, attribue à Héra l’aide prêtée aux Argonautes par Athéna et emprunte à l’Odyssée l’expression « tempêtes de feu », qui ne convient pas aux Kyanées, mais aux Planctes volcaniques. Le récit de la traversée des Kyanées est très émouvant : on y voit les héros lutter à la fois contre les courants, les vagues énormes et les remous produits par le déplacement des roches.
Au moment où, immobilisé entre elles, leur navire va être écrasé, Athéna, placée sur « la côte inhospitalière de Thynie », lui donne une forte poussée en s’appuyant contre