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DEUXIÈME PHASE : LA GUERRE SOUS-MARISE (1917-191S

L'action du 3i mai 1916 fut le dernier coup porté à la stratégie de la bataille. Ce jour-là sombrèrent définitivement les plans et les prévisions des états-majors d'avant guerre, pour la lutte sur mer. Après deux ans de lutte, on était au même point qu'au 3 août 19 14. La flotte allemande de haut bord ne pouvait même pas menacer la maîtrise britannique de la mer. Les flottes de l'Entente étaient impuissantes à forcer la flotte ennemie dans ses repaires. Une méthode nouvelle s'imposait : l'Allemagne, la première, parce qu'elle était plus pressée par les circonstances, en trouva une et l'appliqua avec détermination.

Deux indices orientèrent les décisions germaniques. Le premier était le besoin croissant qu'avaient tous les belligérants des denrées et des matières premières d'outre-mer, notamment de celles que fournissait l'Amérique. Le second était le succès des attaques sous-marines.

Le décisif enjeu de la guerre navale, que le temps seul pouvait mettre en pleine lumière et qui n'était encore, lors

I. 90 navires allemands contre 6 navires anglais, tout au début de la bataille.

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LUTTE POUR LA MER

de la bataille de la Marne, qu'une possibilité lointaine, se dégageait et s'imposait, vers la fin de 1916, d'une manière nette et pressante. L'Europe avait vécu quelque temps sur ses réserves ; la rapide et formidable consommation de la guerre contraignait seulement les ennemis de l'Allemagne à se procurer au dehors des armes et des munitions, de même que l'Allemagne bloquée était obligée à de rigoureuses économies pour ménager ses matières, et à des efforts d'ingéniosité pour fabriquer des ersati de toute espèce. Mais, de proche en proche, la disette s'étendait des fournitures de guerre à toutes les choses nécessaires à la vie. 'Vingt millions d'hommes, comprenant à la fois l'élite et le gros de la population active de l'Europe, étaient sous les armes et ne produisaient plus. Les réserves consommées, ou plutôt gaspillées, ne pouvaient se reconstituer. Les peuples germaniques vivaient sous le joug d'une sévère discipline de rationnement. Les peuples neutres manquaient souvent du nécessaire que leur fournissaient, en temps ordinaire, leurs grands voisins. Les peuples de l'Entente ne pouvaient plus compter que sur les routes de mer et sur les bateaux de mer non seulement pour se battre, mais pour manger, pour se vêtir et pour fabriquer. Tandis que la guerre terrestre, immobilisée dans les tranchées, semblait sans issue, les maîtres de la mer, qui serraient un peu plus tous les jours la gorge de leurs adversaires, étaient désignés comme les maîtres de l'heure. L'unique formule de la victoire paraissait être : « durer ^ tenir y). Mais on ne durait et on ne tenait que si les routes de mer demeuraient ouvertes. Si elles s'étaient fermées, la force continentale homogène, représentée par la coalition germanique, eût fini par l'emporter, parce qu'elle était homogène contre des ennemis dispersés, dont un, l'Empire russe, faiblissait, trahissait et se décomposait \

La France et l'Italie ne pouvaient plus vivre sans les charbons anglais ; l'Angleterre, la France et l'Italie avaient

I. Nous avons montré plus haut (S 3) à quel point cette décomposition russe fut facilitée par la maîtrise allemande de la Baltique et des débouchés de la mer Noire.

GUERRE SOUS-MARISE

un besoin urgent des céréales, des viandes, des métaux et du coton d'Amérique. Les réserves d'or de l'Europe passaient aux Etats-Unis. La puissance financière de l'Union se fortifiait de tout l'affaiblissement des marchés financiers de France et d'Angleterre. Avant d'entrer dans la guerre, les Etats-Unis avaient tous les bénéfices de la victoire.

La France seule importa, au cours de 1916, 5 63=, 99^ tonnes de céréales, farines, sucre et fourrages, dont 3 466 000 tonnes pour les besoins de ses armées. Elle reçut au cours de la même année 21 millions de tonnes de charbon anglais et 2=,oooo tonnes d'acier anglais; d'Amérique elle obtint i 786704 tonnes de matériel de guerre, 302.^27 barils dalcool, 229 628 balles de coton et 3 674 camions.

Rien qu'en blé et en farine, la quantité importée en seize mois ( i -' janvier 1916-1"' mai 1917) représenta 190 jours de consommation, plus d'une demi-année. Les récoltes déficitaires de la France ne permettaient plus d'attendre la récolte suivante. Au printemps de 1917 se présenta pour la première fois l'angoissant problème delà soudure, cause de tant d'inquiétudes jusqu'à la fin de la guerre.

L'Allemagne, qui par sa situation propre connaissait bien celle de ses adversaires et les jugeait moins capables qu'elle-même d'endurer la disette, résolut de leur couper les vivres. Elle ne pouvait le tenter qu'au moyen des sous-marins. Elle employa donc les sous-marins. L'arme sous-marine, très discutée avant la guerre, employée comme arme de second ordre au début de la guerre elle-même, devint et demeura l'arme principale. Par elle et par elle seule, l'Allemagne put un instant espérer la victoire totale. Et c'est en combattant eflficacement les sous-marins, au moyen d'une technique toute nouvelle et presque improvisée, que l'Entente triompha définitiv^ement sur les mers.

On était loin du but à la fin de 191 6, malgré la bataille du Jutland. Déjà les sous-marins écumaient les mers. Ils recueillaient le bénéfice de l'offensive : leurs adversaires ne faisaient que se défendre, et se défendaient mal \ L'audace

I. Il faut ajouter que les bateaux neutres, attaqués tout comme les autres bien avant la déclaration du 0 février 191 7, ne se défendaient pas du tout. Ils se laissaient couler de

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LUTTE POUR LA MER

des sous-marins croissait, leurs succès se multipliaient. Le tonnage coulé s'enflait de mois en mois, de manière à faire un total inquiétant. Pour octobre 191 6, il dépassait déjà 45o 000 tonnes de bateaux alliés et neutres. Il faut remarquer que l'Allemagne ne lança sa déclaration de guerre sousmarine à outrance qu'après s'être assurée de l'efficacité du moyen.

Après la vaine tentative du 12 décembre 1916 pour arriver à une paix fourrée, l'Empire germanique prononça l'interdiction absolue de tonte navigation le long et au large des côtes d'Angleterre, de France, d'Italie, d'Algérie, de Tunisie, de Tripoli, d'Egypte, de la Méditerranée orientale et de la Russie du Nord ( 6 février 191 7). Tout bateau allié ou neutre rencontré dans cette zone devait être coulé sans avertissement.

La zone interdite comprenait, dans l'Atlantique, toutes les mers du socle continental de l'Europe jusqu'à une ligne partant de l'îlot d'Utsire, au sud de l'ile Karmô (côte de Norvège), passant au nord des Shetland, au sud des Far-Oër, etrejoignantle 20'' degré long. O. Greenwich pour le suivre du N. au S. etretournerà l'E. jusqu'à l'embouchure delà Bidassoa. Dans la Méditerranée, l'Allemagne ne laissait libres que deux étroites avenues, l'une pour aller à Cette devenu le port de ravitaillement de la Suisse, l'autre pour aller jusqu'aux ports grecs : car la Grèce était encore la Grèce germanophile de Constantin.

Plus tard, l'Allemagne devait étendre les zones interdites : dans l'Atlantique Nord jusqu'au 30° long. O. Gr. et autour des Açores, dans la Méditerranée à l'avenue grecque supprimée (4 novembre 1917J ; un peu plus tard encore (11 janvier igiSj, les parages de Madère et des îles du Cap Vert, ainsi que la côte d'Afrique du cap Blanc au cap des Palmes, y furent joints. Ces extensions furent décidées à mesure que s'étendait le rayon d^action des croiseurs sous-marins, et à mesure que le concours américain à l'Entente se faisait plus effectif et plus puissant : le 2 avril 1917, la guerre avait été déclarée entre l'Allemagne et les États-Unis.

Ces délimitations se faisaient sur le papier, qui souffre tout ; elles n'avaient guère d'autre valeur que celle des chiffons

peur d'attirer sur leurs pays les représailles des Germaniques. Cette politique de Gribouille fut avouée par certains Norvégiens peu dignes du renom de fierté et d'indépendance justement attaché à leur pays.

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