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LA ROUTE DE SUEZ ET L'OCÉAN INDIEN

Tandis que l'Atlantique et les liaisons maritimes de l'Atlantique et de la Méditerranée paraissent soustraits, sauf le canal de Panama, à toute prépondérance exclusive d'une puissance, le canal de Suez et TOcéan Indien sont à peu près monopolisés par un Empire bien établi et triomphant. Plus encore que l'Atlantique, l'Océan Indien se trouve, pour un temps plus ou moins long, dans une période de stabilité.

L'Océan Indien est aujourd'hui un domaine réservé de l'Empire britannique. Il Tétait déjà avant la guerre, par la possession anglaise des points stratégiques, des avenues maritimes et des câbles. Il l'est devenu bien plus avec la guerre, dont un des résultats les plus certains et les mieux acquis est la prise de possession complète par l'Angleterre de la route maritime de Suez'. Toutes les communications indo-méditerranéennes sont soumises au contrôle étroit de l'hégémonie britannique installée en Egypte.

I. Il y a cependant une zone encore incertaine ; c'est l'Arabie. L'Angleterre a émancipé l'Arabie pour essayer d'y installer son protectorat. Il n'est pas sur qu'elle y parvienne.

LIAISONS MARITIMES

Suez est riiomologue de Panama. Comme les Etats Unis ne neutraliseront pas cette seconde voie, l'Angleterre aura une très bonne raison pour ne pas neutraliser la première.

La faute commise par la France en abandonnant l'Egypte, en 1882, n'a pas eu les mêmes conséquences catastrophiques que celles qui ont précédé et amené 1870. Mais les conséquences de la faute de 1882 dureront plus longtemps. 1870 est effacé ; 1882 n'est pas près de l'être, à moins d'un bouleversement qu'on ne peut prévoir et qui risquerait, au reste, de ne pas nous être favorable dans l'ensemble.

Au point de vue international, il faut distinguer la situation reconnue du canal de Suez de celle de TEgypte. Le canal est régi par la Convention de Constantinople « pour le libre usage du canal de Suez » (22déc. 1888). L'Egypte est de fait, jusqu'à nouvel ordre, un protectorat anglais, depuis que les derniers liens de vassalité ont été rompus, en 1914, entre elle et la Turquie.

La convention de Constantinople a prononcé la neutralisation du canal de Suez en temps de guerre ; le passage est accordé aux troupes belligérantes, à condition qu'elles s'abstiennent d'actes d'hostilité ; les bateaux belligérants ne peuvent s'arrêter dans le canal et n© peuvent séjourner que vingt-quatre heures au plus à Port-Saïd et à Suez ; les puissances s'engagent à ne porter aucune atteinte au libre usage du canal, en guerre comme en paix.

Ce qui montre à quel point cette neutralité est illusoire, c'est qu'elle est limitée à la voie maritime elle-même, aux ports d'accès et à un rayon de 3 milles au delà. Le canal d'eau douce indispensable à l'existence et au fonctionnement du canal de Suez n'y est pas compris ; pour l'y comprendre, il eût fallu neutraliser une partie du territoire égyptien, et l'Angleterre s'y est refusée. Il suffirait à l'Angleterre de couper la canalisation d'eau douce pour suspendre entièrement, en temps de guerre, le fonctionnement du canaP.

Il n'y a donc pas véritablement de zone neutre (car en théorie le canal continue à faire partie du territoire de l'Egypte) ; il n'y a qu'une promesse de respecter la navigation dans le canal et jusqu'à 3 milles au large, vers la mer Rouge. Cette promesse est fragile et sans portée.

Une neutralisation réelle de l'Egypte pourrait seule libérer le passage du canal de Suez. Encore devrait-elle se compléter

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