CHAPITRE XV
NATIONALITÉS, NATIONS, ÉTATS
1. — Les faits, les facteurs et les contradictions du problème.
2. — Les variations des nationalités dans l'espace et dans le temps.
3. — L'exemple singulier de la Belgique. Les facteurs créateurs de la Nation
et de l'État, et l'État créateur de la Nation. Une politique des nationalités contre la Nation.
4 — Les faits essentiels de la solidarité économique entre les Nations.
5. — États et Nations devant les Conférences de La Haye et dans la Ligue des Nations
1. — LES FAITS, LES FACTEURS ET LES COyTRADICTIONS DU PROBLEME
Si donc la « race j) n'existe pas, et si la nationalité ou nation est le facteur constitutif de ce qu'on appelle aujourd'hui la « race », il est indispensable d'examiner d'abord, selon la rigoureuse méthode d'observation, ce que représentent au vrai ces mots et ces réalités pour les hommes qui sont nos contemporains.
Il importe de considérer en premier lieu que les manières courantes de penser et d'agir sont paradoxales; c'est-à-dire qu'il y a solution de continuité entre les principes énoncés et les attitudes prises. Signaler et souligner quelques-unes de ces contradictions, ce sera nous obliger nous-mêmes à faire effort pour échapper aux paralogismes ou aux partis pris régnants.
Certains hommes, qui rêvent d'instaurer un ordre international nouveau, ont commencé par renier toute parole, tout traité, tout contrat de leurs compatriotes et prédécesseurs ; or, un ordre international ne pourra être édifié et
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sauvegardé que si la parole des chefs d\ine démocratie non seulement engage, mais enchaîne les chefs élus qui leur succèdent.
Les internationalistes pacifistes ont été dans tous les pays du monde les tenants les plus forcenés de Tidée de nationalité. Combattant Tidée de patrie dans leur propre patrie, ils Tont surexcitée, cette même idée de patrie — et tous les espoirs légitimes qu'elle porte, et toutes les ambitions excessives qu'elle comporte, — ils Tont surexcitée jusqu'au paroxysme chez tous les peuples jeunes.
Pour les pacifistes d'avant-guerre, les grands dieux de la paix étaient Nicolas II, Tinitiateur des conférences de La Haye, et Guillaume II auquel la fin de Tannée 19 14 devait apporter, si la guerre, comme par hasard, n'avait éclaté, la consécration « définitive » du prix Nobel — prix fondé d'ailleurs grâce aux bénéfices de la nitroglycérine par Tillustre industriel suédois.
Les catholiques, membres de la Société internationale qui a été la plus vivante, la plus réelle, la plus épanouie et la plus dominatrice des sociétés internationales — non pas du rêve, mais de l'histoire vraie, — ont perdu presque complètement le sens de leurs affinités internationales et se sont, dans tous les pays belligérants, affirmés comme les plus ardents patriotes.
Les vengeurs de la Belgique violée, outragée et pendant quatre ans asservie, qui se croient par excellence les défenseurs de ces réalités historiques des « petits Etats » — Belgique ou Suisse — développent parfois le droit non pas seulement des nations mais des nationalités, avec une telle fougue et un tel esprit de système que leur thèse aboutit à la condamnation de cette heureuse et harmonieuse juxtaposition des nationalités diverses en un seul tout historique que nous appelons précisément le « petit Etat ».
Les hommes d'Etat qui ont le plus préconisé le principe de r « égalité » commerciale ont surexcité la crise des changes au point d'asservir les plus faibles aux forts et de ruiner même