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FAITS ET CONTRADICTIONS

française, dont nous devons nous enorgueillir et dont les gouvernements alliés ont été à bon droit les ardents protagonistes \ Mais la formule ne suffit pas. Il faut en discerner et en montrer les conséquences que nous voulons d'abord, celles au contraire qui iraient contre nos propres fins.

Napoléon III a pu méditer sur les résultats logiques d'un système dont la seule logique était le sentiment. Les conférences successives de Brest-Litovsk nous avaient pourtant éclairés sur la manière hypocrite dont les diplomates des empires centraux savent s'emparer des « droits des peuples à disposer d'eux-mêmes» et de « l'indépendance des nationalités».

Le vrai, c'est qu'il est des Etats oppresseurs et des nationalités opprimées. Nous voulons défendre et libérer celles-ci contre ceux-là.

Il y a des Alsaciens et des Lorrains, il y a des Danois, il y a des Polonais. Et contre eux s'était dressée trop longtemps une volonté de domination que Thistorien allemand Treitschke n'avait pas craint d'exprimer sans vergogne : « Nous autres, Allemands, nous savons mieux que les Alsaciens où est leur vrai bien... Nous leur rendrons leur vraie identité malgré eux ». (Was fordeni wir von Frankreich ?)

Il y a d'admirables nations historiques qui étaient dignes de renaître à la vie d'Etats indépendants : les Polonais, les Tchéco-Slovaques, les Serbes- Yougoslaves. Tels sont les grands faits premiers. Attachées à des faits concrets, nos aspirations libérales risqueront moins d'être truquées et déformées. Un esprit vigoureux et ingénieux, Marius Leblond, parlait un jour à propos de l'Allemagne, du « camouflage des idées libérales ». Oui, camouflage et maquillage, et partant, sabotage. Quels redoutables jouteurs! et que nous n'abattrons qu'en alliant notre générosité native — et parfois purement verbale — à une connaissance critique, précise et complète des' faits.

I. Sur les origines et Thistoire du principe des Nationalités, voir par-dessus tout le livre de René Johannet, excellent et très consciencieusement documenté : Le Principe des Nationalités, Paris, 1918.

NATIONALITÉS, NATIONS, ETATS

Qu'est-ce qu'un « peuple » ? Et qu'est-ce pour lui que le « droit de disposer de soi » ? Les mots ne sont que des mots. Il y faut plus de clarté.

Et tandis que nous parlons tous des nationalités et de leur droit à vivre indépendantes, nous paraissons croire parfois qu'une carte des nationalités peut ressembler au plan du Jardin des Plantes : les voici comme des plates-bandes bien régulières, bien sarclées, séparées les uns des autres par de coquets grillages ou de petits arceaux de fonte, — avec, entre elles, des allées bien ratissées pour le service de la Société des Nations !

Que ceux qui aspirent vraiment comme nous à un ordre international viable aillent d'abord en plein air observer les nationalités et les nations, dans la réalité, dans la beauté et dans la puissance de leur sauvage confusion.

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