L'ÉQUILIBRE
On se tromperait sur la portée de nos critiques, si l'on croyait que nous considérons les traités dei9i9-i920 comme une œuvre tout à fait mauvaise et manquée. Sur les points où ils ont failli, les arbitres de la paix ont subi la pression, soit de l'incertitude encore dominante en Europe orientale, soit de nécessités plus fortes que les volontés les mieux éclairées et les mieux armées. Il était possible défaire autrement qu'eux. Était-il possible ou impossible de faire beaucoup mieux?
CONDITIONS DE LA PAIX POUR L'EQUILIBRE
Les puissances de l'Entente ont voulu établir Téquilibre politique de TEurope et du monde pour une période indéterminée : période longues! Toeuvre de paix est viable, courte si elle ne Test pas.
L'équilibre est un vieux mot, la chose est toujours vivante et jeune. L'équilibre ne signifie point le repos, qui n'est possible que dans la mort. Il signifie les sécurités collectives assurées au moyen de l'opposition de forces équivalentes, qui se neutralisent en s'aflFrontant. Ces forces opposées existent, puisque les États continentaux vaincus ne sont point anéantis, à l'exception de TAutriche. La question est de savoir si les forces, en s'affrontant, se neutraliseront. Elles le feront sans doute pendant quelque temps, à cause de la fatigue et de l'épuisement des combattants. Nous aurons provisoirement un équilibre de fatigue. Pour qu'il devînt durable, il faudrait que les sociétés politiques de l'Europe du Centre, de l'Est et du Sud-est, nées de cette paix ou fortifiées par elle, comprissent qu'elles en dépendent et fussent capables de s'unir pour affermir et perpétuer le monde nouveau. Là est le grand problème de demain.