‹ La géographie de l'histoireChapitre 54 sur 216 · I. p. Cleb^ûeï, arf . cité · texte numérisé non relu

I. p. Cleb^ûeï, arf . cité

PEUPLEMENT DU GLOBE : FLXATION

de luxe qu'elle entraîne. A mesure que les échanges portent sur de plus nombreuses séries d'objets, les commerces se spécialisent et se diversifient, les industries urbaines se séparent les unes des autres, ou, par réaction, les échanges d'objets variés se concentrent dans de grands magasins pourvus d\m nombreux personnel : dans tous les cas, les villes s'accroissent toujours par l'accroissement du nombre des hommes voués aux occupations commerciales. Les statistiques professionnelles, significatives entre toutes, montrent qu'en Europe et en Amérique les professions commerciales, plus que l'industrie et plus que les emplois d'Etat ou les professions libérales, accroissent leur contingent humai n à mesure que décroît le contingent des professions rurales. Le paysan français devient boutiquier; le paysan allemand se fait commis voyageur ; l'ouvrier et le paysan anglais se font employés de banque ; le pionnier américain devient business man. Tel est le moteur essentiel de la concentration humaine dans les grandes villes : le reste est secondaire. Cependant, cette concentration n'aurait pu atteindre les chiffres élevés où elle est parvenue aujourd'hui, si les voies ferrées ne donnaient pas aux grandes cités des facilités d'approvisionnement rapide, en leur permettant de drainer tous les jours, et sur un territoire très étendu, les vivres et les provisions nécessaires à tapt de millions d'hommes entassés sur un étroit espace*.

Le lien très étroit de la grande ville avec les complexes de routes et de voies ferrées et avec les riches régions de production intensive, ainsi que le développement continu des besoins et des formes extérieures de la vie sociale que satisfait l'urbanisme, indiquent pourquoi les grandes cités sont peu nombreuses dans la zone intertropicale, où les voies de la circulation sont encore peu développées, et où, même si elles l'étaient, la complexité moindre des besoins et l'âpreté moindre de la lutte pour le bien-être et pour le luxe suffiraient

I. Emory R. Johnson, A study of London, an essay in liuman geography {Bull. Geogr. Soc. Philadelphia, V, n» i, janv. 1907, p. 13-29) et voir ci-dessus fig. 9, p. 87.

URBANISME ET DEPLACEMENT VERS LE NORD

à réduire la congestion urbaine. La zone intertropicale, bien qu'elle soit fort peuplée sur quelques-unes de ses parties, ne compte que 24 villes de plus de 100.000 habitants sur son épaisseur de 47 degrés de latitude : 1 5 de ces villes se trouvent en Asie, 6 en Amérique, 2 en Océanie, i en Afrique.

Au contraire, les villes forment une sorte de réseau urbain serré dans Thémisphère Nord, sur Taxe de plus grande densité qui coïncide, comme le remarque P. Clerget, avec Fisotherme de -j- 10°, et qui passe par conséquent vers le 45*^ degré dans l'Amérique du Nord, et vers le 5o® en Europe *. C'est en Europe surtout que leur groupement actuel est intéressant à étudier : car, sur les vieilles terres historiques de l'Europe et de la Méditerranée, les foyers urbains se sont déplacés vers le Nord, à mesure que la niasse du peuplement ainsi que la puissance économique et politique gravitaient de ce côté. Nous savons que les anciennes cités et les nôtres ne sont pas comparables, ni au point de vue du chiffre absolu de leur population, ni au point de vue de leur importance relativement à l'ensemble des masses humaines. Toutefois, les anciennes cités étaient, comme les nôtres, les centres vitaux essentiels des civilisations et des Etats. Aussi leur disparition totale et partielle et leur remplacement par des villes situées plus au Nord constituent les indices les plus frappants de ce déplacement lent du centre de gravité du monde vers le cercle polaire, qui n'est comparable en rien aux migrations, et qui s'est fait par une sorte de glissement imperceptible et prolongé au cours de l'histoire. Comparez la position des grandes villes de la civilisation méditerranéenne et européenne à trois époques différentes, à la fin du 2" millénaire avant notre ère, au cours du i" millénaire de notre ère, et enfin maintenant, c'est-à-dire à des intervalles de mille à quinze cents, ans. Nous avons comme principales cités, à la première époque, Thèbes, Memphis, Babylone et Ninive, situées entre 25" et 36° de latitude; à la deuxième époque,

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