I. Voir plus haut
PEUPLEMENT DU GLOBE : MOUVEMENT
ACCnOISSEMEiyT ; IN ÉGALITÉ DE RÉPARTITION
l'Europe. Les pratiques de l'élevage en grand et du machinisme agricole perfectionné, l'absence de division parcellaire et le partage du sol en grandes tranches n'admettent pas à surface égale, sur les terres d'Amérique, le même nombre de bras que dans les campagnes d Europe. L'émigration transocéanique est donc accompagnée, dans beaucoup de cas, d'un déclassement professionnel. Ce déclassement s'exerce, soit dans le sens du retour vers la terre, soit, bien plus souvent, comme il ressort des considérations qui précèdent, dans le sens de la désertion de la terre. Concentration en Europe, concentration hors d'Europe : les migrations extérieures aux pays et aux Etats suivent des voies analogues à celles des migrations intérieures. Les foules asiatiques obéissent à des impulsions du même ordre. L'émigration jaune marche sûr les traces de l'émigration européenne ^ (fig. 19).
6. — AUGMENTATION TOTALE DE LA MASSE, INEGALITE CROISSANTE DE LA RÉPARTITION
Après avoir suivi les foules humaines dans leur travail de stabilisation et d'aménagement du sol, ainsi que dans leurs émigrations pour le pain, la sécurité, le bien-être ou le butin, nous revenons à notre point de départ, l'accroissement numérique de l'espèce, si fort accéléré depuis un siècle. Cet accroissement domine et explique l'accélération du mouvement et son extension à toute la surface habitable de la planète. La mobilité accrue des hommes s'accompagne d'une mobilité accrue des choses, c'est-à-dire de l'extension et de l'activité nouvelle des échanges, avec un effort toujours plus net vers la spécialisation de la production et vers la distribution rationnelle des produits, en rapport avec les conditions naturelles et humaines les plus favorables.
I. « Plusieurs dépèches émanant de Lima relatent l'énorme augmentation de l'émigration asiatique (Japonais et Chinois) au Pérou. On compte aujourd'hui dans cette république sud-américaine 300 000 Asiatiques. Les Japonais surtout font montre d'une grande activité commerciale. » (Dépêche particulière d'Amsterdam, 9 août 1918.)
PEUPLEMENT DU GLOBE : MOUVEMENT
Il semble à première vue que Tactivité des échanges ' et Teffort vers une distribution rationnelle des hommes et des choses devraient avoir pour conséquence une localisation des
FiG. 20. — Densité de la population du globe.
Les zones continentales laissées en blanc ont moins d' i habitant par kilomètre carré, et les zones marquées en noir plein ont plus de loo habitants par kilomètre carré ; les quatre pointillés et grisés intermédiaires représentent les zones de densité croissante.
Cartes établies par Mark Jefferson (Teackers' Geography) et reproduites dans la traduction américaine de la Géographie humaine : Human Geography by Jean Brunhes, translated by T. -G. Le Compte, edited by Isaiah Bowman and Richard Elwood Dodge, Chicago et New-York, Rand, Me Nally et Cj', 1920.
groupes, de manière à assurer à chacun une place au soleil à peu près en rapport avec sa valeur numérique. L'animal
ACCROISSEMENT ; INÉGALITÉ DE RÉPARTiriON
humain a besoin dair, de lumière et d'espace autant que de nourriture matérielle et de vie familiale et sociale. Une répartition égale des hommes à la surface du globe devrait résulter
FiG. 21 (Voir légende page précédente).
de Taménagement graduel de toutes les zones habitables, ainsi que de la facilité de transport des produits nécessaires à la vie de Tindividu et des groupes. Ratzel avait cru entrevoir dans un avenir prochain cet équilibre de répartition * ; il n'a
I. « Il y a, disait Ratzel. une pente naturelle des peuples vers l'égalisation du peuplement. » Fr. Ratzel, Politische Géographie, 2" Aufl., p. 100). Et encore : « L'anthropogéographie nous apprend que les progrès de la civilisation tendent à égaliser le peuplement d'une région donnée 0 fp. 436).
PEUPLEMEyr DU GLOBE : MOUVEMENT
pas été le seul à prévoir les choses de cette façon : un géographe anglais, H.N. Dickson, envisage, en se fondant sur les modifications en cours de l'outillage industriel, une « redistribution de Tespèce » où s'effacera graduellement la distinction entre les pays industriels à population dense et les pays agricoles à population clairsemée'.
En réalité, les choses ne se passent pas ainsi ; il y a peu de chances pour qu'elles se passent ainsi dans l'avenir. Contrairement aux vues de Ratzel, l'inégalité de répartition des hommes sur la terre ne cesse d'augmenter à mesure que la masse totale s'accroît ; nous avons relevé à chaque pas et à peu près dans chaque pays, les pays neufs comme les vieux, les traces de la congestion urbaine et du dépeuplement rural. Contrairement aux hypothèses de Dickson, ce n'est point l'industrie qui est au premier rang comme puissance attractive des foules : ce sont surtout les professions commerciales, libérales et les fonctions d'Etat, et, en général, toutes les professions des « mains blanches ». Quand l'industrie deviendrait capable, demain, de disperser son outillage grâce aux facilités de transmission de la force électrique, les choses n'en iraient guère autrement : les régions urbaines, où Tair, l'espace et la lumière sont avarement mesurés, continueraient à croître et à dévorer l'excédent numérique procuré à l'espèce par les pays où chaque être qui naît trouve sa place au soleil.
Ainsi les masses constamment accrues sont entraînées dans un tourbillon de mouvement accéléré et élargi, avec concentration progressive sur des régions étroites, et désertion relative de régions bien plus étendues que l'outillage moderne trouve moyen d'utiliser et d'exploiter largement, bien que la vie humaine s'y raréfie.
Comment cette évolution accélérée se développe-t-elle, malgré tout, dans les conditions de continuité et d'équilibre relatifs nécessaires à la vie normale de l'espèce, et réalisés en
I. H.-N. Dickson, The redistribution of mankind [Geogr. Jouni.. XLII, july-dec. 1913, P- 3^2-385).