LES ETATS SUR LA CARTE
Les Etats sont des sociétés organisées pour garantir aux individus qui les composent leur sécurité personnelle et la jouissance paisible de leurs biens et des fruits de leur travail. Comme 'le plus simple exercice de ces droits ne se peut concevoir s'ils ne sont pas accompagnés de l'occupation permanente d'un morceau de la surface terrestre, la notion de l'État est nécessairement territoriale en même temps que juridique. Le droit de l'Etat et sa domination territoriale se juxtaposent d'une manière très étroite pour donner naissance à une forme spéciale de l'occupation du sol, distincte à la fois de l'occupation simple et de la propriété privée établie à titre permanent. Cette domination territoriale de l'Etat s'appelle la souveraineté ; elle se traduit dans la pratique par un
I. On retrouvera dans ce chapitre, plus condensés et mieu.v coordonnés (au moins nous^ lespérons). les principaux points de vue développés dans G. Vallaux, Géographie sociale, le Sol et l'Etat, Paris, 1910, aux chapitres n [Notion géographique de l'Etat , v [L'espace et la position], vi [La différeyiciatiou].
L'ÉTAT ET LE TERRITOIRE
nombre plus ou moins grand de réglementations imposées à la fois au territoire, aux hommes qui lliabitent et aux objets d'utilité particulière ou générale qu'il contient'.
Un État se compose donc d'une fraction dhumanité et d'un morceau de territoire, nettement séparés des autres fractions d'humanité et des autres morceaux de territoire organisés comme lui ou autrement que lui.
Au point de vue humain, comme au point de vue territorial, un État peut se superposer exactement à l'habitat d'un peuple, d'une race ou d'une nation. Mais, dans la réalité, il est rare que les choses se passent ainsi. Tous les grands Etats évolués et pourvus d'un passé historique unissent, par les liens d'une contrainte imposée ou librement consentie, des fragments de peuples, de races et de nations, entre lesquels les différences originelles se maintiennent, s'effacent ou s'accusent, selon l'énergie ou la faiblesse de la puissance de coordination que représente toute machine d'Etat, et aussi selon les conditions générales du milieu physique et humain où elle se trouve placée. // faut faire la part des deux groupes de forces.
Ces considérations ne suffisent pas à préciser la portée explicative de la géographie politique. Mais elles suffisent à légitimer l'existence de cette partie de la science, qui se rattache à la fois à la géographie générale, à l'histoire, et à la science formelle et juridique de l'Etat.
Au point de vue de la géographie, la notion de l'Etat se traduit par une série de représentations cartographiques qui nous sont devenues familières : nom de l'Etat en écharpe sur le territoire occupé ; figuré des routes qui assurent le lien politique entre les régions de l'Etat, figuré des frontières qui le séparent des Etats voisins ; position des capitales et des prin-
I. La confusion de la propriété et de la souveraineté est une chose fréquente ; elle s'explique assez bien par les rapports très étroits qui existent entre les deux notions ; elle a été faite par un écrivain d'imagination et d'intuition comme Anatole France (v. chap. x), mais elle a été faite aussi par Ratzel : « Le bien foncier, dit-il, n'est pas seulement comme sol une partie de l'jitat, et dans un sens une partie plus importante que la maison des citadins : /'/ est lui-même un Etat plus petit. » (Fr. Ratzel, Polit. Geogr., 2»« Aufl.,