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GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE DE LA PALESTINE

§ 1. — Nom.

Un des noms dont les Talmuds se servent le plus fréquemment pour désigner la Palestine est celui de « Terre d’Israël » (^NT’ px) ou simplement « Terre » (px), la terre par excellence, par opposition à tous les autres pays du monde, réunis sous la dénomination générale de « hors de la Terre' » (px^ nsin). Le pays limitrophe de la Palestine vers le nord-est est appelé dans les Talmuds Sourya (x'tid, la Syrie) et est considéré tantôt comme appartenant à la Terre d’Israël, tantôt comme hors de cette terre4, suivant que les rabbins

I Talm. de Bab., Guütiu, fol. 8.

* Ibidem.

estiment qu’il faut y remplir ou non certaines prescriptions religieuses, obligatoires seulement dans la Terre d’Israël: Les provinces qui en faisaient partie ne sont point énumérées dans les livres talmudiques, mais elles le sont dans les commentaires ultérieurs1, d’après lesquels Sourya se compose des pays que le roi David a conquis hors des frontières de la Palestine, savoir la t Mésopotamie et le pays d’Alep.

Les Talmuds appliquent également à la Palestine le nom de « Terre de Chanaan2 » (|J?» pu). On nÿ ren contre point l'expression de « Terre Promise3, » ou de « Terre Sainte4, » bien que ies talmudistes estiment la terre d’Israël comme plus sainte que les autres pays5 *, surtout comme lieu de sépulture8.

Quant à la dénomination « Palestine > qu’on trouve trois fois dans les Midraschim, elle se rapporte, selon notre opinion, non à la Palestine proprement dite, mais aux pays des Philistins7. Le premier passage est relatif au verset de la Genèse, xli, 54 : « Il y avait famine dans tous les pays ; » sur quoi le Midrasch dit : « La famine était dans trois pays, savoir : en Phénicie, eu Arabie et en Philistine8. » Le Midrasch veut sans doute expliquer pourquoi Jacob, qui habitait le pays de Chanaan, dut envoyer chercher du blé jusqu'en Egypte : c’est que la

1 Reland, Palœstina ex moxumentisveterilms illustrata. 1. 1, p. 10.

* Talmud de Babylone, traité Makkoth, fol. 9 b.

3 ^ TÜ "vû’ î Épître aux Hébreux, xi, 9.

‘anrn nCHN, Zacharie, n, 1 6 ; tj «fia -ji), II, Maccabées, i, 7; 5[ hpi y!ipx, Philon, n, p. 594.

s Mischna, Kclim, i, 6.

B Reland, Palastina, été., tome I, page 20.

7 Saint Jérôme, Comm. ad. Esaiam, xiv, 29, dit également : Philistaeos, Pulæstinos significut.

* Bereschüh rabba, chap. 90. ’“Î2D?21 '21P21

famine sévissait dans ces trois contrées limitrophes du pays de Chanaan. Dans le second passage' , le Midrasch raconte que Vespasien assiégea Jérusalem pendant trois ans et demi, et qu’il avait avec lui quatre duces , savoir : le dux d’Arabie, celui d’Afrique (il n’y a pas lieu de discuter ici ce que le Talmud entend par ce pays), celui d’Alexandrie et celui de Palestine. Puisque Vespasien lit le siège en Palestine proprement dite, le Midrasch ne peut entendre sous la désignation « dux de Palestine » que le gouverneur du pays des Philistins. — Enfin, dans le troisième passage1 2, le Midrasch désigne la ville de Gath comme une forteresse de la Palestine; or, Gath est incontestablement une ville des Philistins. Philon, ainsi que Josèphe, se sert du nom de « Palestine » pour le pays habité parles Juifs; Hérodote désigne ce pays par les noms de Palœstina, Syria Palœslina, ou simplement Syria3.

§ * — Situation et étendue.

Selon les Talmuds, la Palestine est située au-dessus du niveau de tous les autres pays'; assertion bien inexacte, sans doute, mais excusable dans leur esprit, puisqu’ils comparent la Palestine avec l’Égypte et la Mésopotamie, pays qui dans un sens général sont plus bas que la Palestine. Il faut remarquer, du reste, que les Talmuds saisissent chaque occasion pour mettre la Terre d’Israël au premier rang, et ne laissent échapper

1 Midrasch Ekha, i, b. E-'Tt

- Vayikra rabba, chap. 5.

•\M. K. v. Raumt-r, i'alœstina (4* édition), p. 24.

'Taira. de Bab., traité Sanhédrin, fol. 87 a.

aucun des passages bibliques qui peuvent servir à appuyer leur thèse.

Nous trouvons exagérée l’indication du Talmud sur l’étendue de la Palestine. On y dit, à propos de la guerre entre Ilyrcan et Aristobule1, dont nous aurons l’occasion de parler dans la partie historique, que la Palestine trembla sur une étendue de 400 parsai sur 400 parsa, c'est-à-dire 1 GO, 000 parsa carrées, lorsque le porc qu’on monta par dérision aux assiégés pour bête de sacrifice, accrocha ses sabots aux murs de Jérusalem. Or une pursa valant trois milles romains et trois quarts (b kilomètres et demi), la Palestine aurait eu une étendue de 2,250,000 milles romains carrés, chose impossible, quelque loin qu’on recule les limites de ce pays.

De semblables exagérations sont familières aux talmudistes; on en trouvera relatées quelques-unes dans le courant de ce travail. D’un autre passage talmudique3, relatif au même incident, il résulterait que la Palestine n’avait qu’une étendue de 1,400 parsa carrées (22,500 milles romains carrés), évaluation conforme à celle de saint Jérôme1 qui donne une longueur de 160 milles romains à la Palestine.

* Talm. de Bub., traité Sotah, fol. 49 b.

2DD'1C> parasange persane est complco ordinairement pour trois milles romains et trois quarts. Selon le Talmud de Babylone, traité Pesahim, fol. 94 a, une parsa vaut quatre milles sabbatiques, c’est-à-dire trois milles romains et demi à peu près.

3 Talmud de Jér.; Berakhotk, iv, 1. — L’incident dérisoire du porc, attribué par ce texte aux Romains.

1 Cf. Bacbiene, Beschretbung von Palaslina (trad. allem.), première partie, tome I, page 59.

§ S. — i'roolièreti.

S’il y a une difficulté géographique à résoudre dans les Talmuds, c’est la question relative aux frontières de la Palestine. Ces frontières sont mentionnées dans différents passages, mais les indications sont tellement vagues et confuses, qu’il est impossible de les fixer d'une manière précise.

Il importe d’abord de remarquer que la Mischna se pose la question des frontières à trois points de vue différents :

1° Il y a d’abord ce qu’on peut appeler les frontières imaginaires; nous voulons dire les frontières promises dans la Pible, mais qui en réalité ne furent jamais celles des pays occupés parles Hébreux. Elles sont marquées par le Ilor Huhar (rendu dans leTargouin de Jérusalem par An Minus) vers le nord, et par le Nahar (le fleuve, l’Euphrate) vers l’est.

2° Le pays que les Israélites ont possédé au temps du premier Temple et qui s’étendait au delà de Kezib (Ecdippa, Zib), vers la montagne Amanusau nord et vers l’Euphrate à l’est.

3° Les possessions des Israélites revenus de Babylone et dont la limite est Kezib, frontière dont nous nous occuperons plus loin.

Il existe à ce sujet deux mischna 1 * importantes :

« Il y a trois pays placés dans des conditions différentes pour l’accomplissement du devoir de la Hallali1 , et de la Schcbiith 3.

1 Hallah, iv, 8; Schcbiith, vi, 1.

* On appelle Hallah l'offrande pour le Temple qu’on détachait de la pûte, avant de faire cuire le pain ; cf. Nombres, xv, 17-22.

3 On entend par Schcbiith les fruits que la terre produisait l’année

» 1° Le pays occupé par ceux qui sont revenus de » Babylone et dont la limite est Kczib ;

» 2° Le pays qui s'étend de Kczib vers l’Amanus » et l’Euphrate, possession de ceux qui sont venus de » l’Egypte;

» 3° Le pays qui se trouve à l’intérieur de l’Amanus 1 » et de l’Euphrate (et que les anciens Israélites n’avaient » pas conquis.) >

L’Amanus était donc la frontière du nord, l’Euphrate celle de l’est, si l’on prend le pays d’Israël dans sa plus grande étendue. Quelques rabbins veulent que les frontières de la Palestine indiquées dans la Biblo, soient considérées comme frontières réelles, quand il s’agit de l’exercice des devoirs religieux; d’autres restreignent beaucoup plus la signification de « Terre d’Israël. »

D’autres passages talmudiques indiquent même des îles, comme appartenant à la Palestine :

« Que doit-on comprendre par la terre d’Israël, dit la

de relâche, qui était chaque septièmo année ; cf. Exode, xxiii, 1 1 .

1 Les deux mischna portent les mots : C"DI7i HiCNI TLil 1D, « à l’intérieur du fleuve et d’Amanah. » Le mot DOO1?!» « à l'intérieur » offre beaucoup de diflicultès, car le pays à l'intérieur d’Amanus est considéré, selon les Tahnuds, comme * Terre d’Israël. • Les commentateurs proposent de lire, au lieu do Ie

mot pr.K « à l’extérieur. » Cette correction, par trop commode, est inadmissible, parce que les deux rédactions de la Mischna portent le mot S' ; en outre, les mischna n'avaient pas à s’occuper des pays « à l'extérieur » d’Amanus, puisqu’ils sont considérés sous tous les rapports comme « hors de la Terre d’Israël. * Mous conservons la leçon de et sous-entendons la phrase : ^2!

Q’jçiu nittNV’î’Kn 10 D'ISO ’T'g 'p*Tû S" g. « Tous les districts que les Israélites venus de l’Égypte, à l'intérieur de l’Amanus et du fleuve n’avaient pas occupés, * pays que dans notre texte, nous avons rangés dons la première classe.

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