‹ La géographie du TalmudChapitre 182 sur 219 · LIVRE SECOND. PAYS HORS DE LA PALESTINE · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. PAYS HORS DE LA PALESTINE

geur '. Nous avons vuI 2 que Be-Coubé se trouve dans le voisinage de Pome-Beditha. Nous avons vu3 aussi qu'on compte vingt-deux parsa de Pome-Beditha à Soura. La Babylonie allant depuis Akra de Tholebanké jusqu'à Soura, Pome-Beditha était à mi-chemin.

NTpT ’rrx, Ihi Dakira, sans doute identique avec YIdikara de Ptolémée et le Diahara d’Ammien, était situé probablement en face de la localité actuelle de Hit. Là se trouve encore aujourd’hui une dérivation de l’Euphrate vers Koufa4; le Talmud en mentionne une à Ihi Dakira. Hit est sans doute la ville d'h que Hérodote place à huit jours de distance de Babylone, vers le nord, sur l’Euphrate. Il dit encore que près d’Is coule une rivière du même nom, qui amène une telle quantité d’asphalte dans l’Euphrate, qu’on s’en est servi pour cimenter les murs de Babylone5 *. En effet, au moyen âge on connaît encore Hit par son commerce de bitume

Hit est probablement identique avec les localités de Sitha et d 'Æipolis des historiens romains, qui y connaissent des sourceg asphaltiques; la localité d ’Addaya de Ptolémée, pourrait appartenir à ce groupe7. Il est possible que les villes de Sitha (Is, Hit) et do Dakira,

I Tal. de Bab., Meguillah, G a. On lit dans d’autres passages ■>CrO au beu de 1313 13; nous préférons la dernière leçon.

-Cf. ci-dessus, p. 350.

3 Cf. ci-dessus, p. 349 .

* Niebuhr chez Mannert, loc. cil., p. 256.

5 Hérodote, Hist., 1, 193. M. Rappoport croit pouvoir explic,ti le mot XTD, dans le nom de cette ville, par a asphalte; » dans 1 Targoum, on rend non CTK2 (Genèse, xiv, 10) par S't'pT p*W3-

II Hitler, loc. cil., t. XI, p. 751. Le voyageur Teixeira [Itin. , p. 110) conserve le mot Kira : « Hit célébré por cl guir ; » cl', aussi M. Graetz, Monalsschrift, 1853, p. 194.

7 Mannert. loc. cil., p. 239.

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séparées seulement, selon toute probabilité, par l'Euphrate, portaient comme une seule et même ville, le nom talmudique d’Ihi Dakira. Cette ville était peu habitée par les Juifs, dit le Talmud 1 ; elle, se trouve, d'après R. Yohanan, hors de la Babylonie4.

p’OPip, Kirkesiyon. Le Midrasch traduit le nom biblique de Kharkemisch 3 par Kirkisiyon sur l’Euphrate 4. C’est sans doute la ville de Circessium, à l’embouchure du Khaboras dans l’Euphrate. Les Arabes l’appellent Kirkesiyeh 5.

qh’2, Biram, appelé aussi Beth-Baltin, était sans doute la première station en venant de la Syrie en Mésopotamie; les messagers y venaient pour signaler par le feu la nouvelle lune 6. Nous croyons pouvoir mettre Biram en face de la ville actuelle de Bir ou Birat. Là passent encore aujourd'hui les caravanes qui viennent d’Alep Or, on sait combien les choses ont peu changé en Orient; sans doute le passage avait déjà lieu au même endroit au temps de la Mischna. L’ancien nom de Beth-Baltin pourrait être cherché dans le nom de Tel Bulkis 8, non loin de Bir.

Bir’D BW, Scliot-Mischot. Nous avons expliqué 9 ce nom par Sarnosata, ville au nord de Bir. Samosata, ainsi que Bir, sont d’anciennes villes.

• Tal. de Bab., Baba bathra. 24 a.

- Cf. ci-dessus, p. 330.

3 Is.iïe, x, 9, Jérémie, xlvi, 2.

4 Midrasch, Bkki, i, 1 8. ,-pC pjri jVDplp

5 Wiuer, lac. cil., I. I, p. 212.

6 Cf. ci-dessus, p. 42.

‘ Hitler, /oc. cil., t. X, p. 923.

8 Ibidem. n'JP est peut-être la forme féminine de ^2i comme

rby2 de Pi’2-

9 Cf. ci-dessus, p. 331 .

$ t. — Ville* du eôté du Tiere.

R'CON, Apamya, endroit où la Baby Ionie talmudique finit ; c’est sans doute l’Apamée de Ptolémée, à l’embouchure du canal royal dans le Tigre l *. On raconte dans le Talmud que l’Exilarche Yiçhak s’était rendu de Kortobah à Aspamya4. On confond dans le Talmud Aspamya avec Apamya ; il faut sans doute lire dans ce passage: Apamya3; l’Espagne seule s’appelle Aspamya dans la Talmud, et il ne peut être question de l’Espagne dans ce passage. L’Exilarche, demeurant en Babylonie, ne se rendait pas aussi aisément en Espagne ; la communication entre ces deux pays, au quatrième siècle, n’a pas pu être des plus faciles. Apamya, dans le passage en question, est probablement notre Apamée. 11 est possible aussi que TExilarche soit allé à Apamée, en Assyrie *. Quant à l’endroit de Kortoba, nous ne trouvons aucune localité avec laquelle nous puissions l’identifier5.

1 Cf. ci-dessus, p. 328.

*Tal. deBab., Tebamoth, 118 4. jfroQOKP tQtSHpD

3 M. Rappoport, Erekh Millin, p. 157.

*M. Forbiger, Handbvch, elc., t. II, p. 615.

5 M. Rappoport (loc. cil.) veut lire Rlîjip au lieu de K2tJHp» et l'identifie avec la ville « de Cartara, en Mésopotamie, sur le Tebriz. » M. Graetz ( Monatsschrift , 1853, p. 196) y voit le pays des Kurdes (Corduené) ; le nom de ce pays s’écrit le plus souvent TTPp, et le passage que cite M. Graetz est isolé et probablement une faute de copiste. Peut-être faudrait-il lire au lieu de N2tûllp, N2E'',p Kir- Tuba; un grand nombre de localités portaient le nom de Talée.

tara, Mahouza, se trouve, d’après le Talmud, sur le Tigre. « Les habitants de Mahouza boivent l’eau du Diglath 1 * et deviennent spirituels. » « Rabba (qui séjourna à Mahouza) amena par sa prière une telle pluie que tous les canaux (de Mahouza) affluèrent dans le Tigre *. Mahouza formait une s ule et même ville avec Cokhé ;e\\e servait de rempart à Cokhé, ville fortifiée ellemôme. « Pourquoi ne met-on pas de Mezouzotli aux portes de la forteresse de Mehouza ? demande le docteur. Parce qu’elle sert de défense à Akra de Cokhe, lui répond-on 3 *. » On a l’habitude d’identifier Mahouza avec la grande forteresse de Maogamalcha *, ce qui n’est pas admissible, si Mahouza doit se trouver dans le voisinage de Cokhé; car entre ces deux villes, l’empereur Julien traverse d’abord Bezuchis et ensuite les ruines de l’ancienne Séleucie5 * * 8. Cokhé, comme nous le verrons ®, occupe, selon toutes les sources, un emplacement au sud du petit canal qui joignait le Tigre au Nahar Milka ; Mahouza, par conséquent, était au sud de Cokhé, sur le Tigre, et probablement non loin de l’embouchure du canal royal, vers le nord. 11 n’y a chez les

1 Tal. de Bub Berakholh, 59 l.

-Même Tel., Taan’l/t, 24 6; on no mentionne pos dans ce pas suge Mahouza, mais on le comprend suffisamment par le contexte.

3 Tal de Bah., l'orna, I l a. On appelle Mczouza (raid "n petit

rouleau de parchemin sur lequel sont éciits deux chapitres du

Pentateuque, et qu’on applique aux poteaux des portes, suivant le précepte de Moïse.

1 M. Fürst. lue. cit , p. 107 ; M. Grnetz, Gesch’chte der Juden ., t IV, p. 274 (2* éd.). Mahouza ne peut être à la fois sur le Tigre et sur le canal royal, à moins de se trouvera l’embouchure même de ce canal dans le Tigre.

sManncrt, loc. cit., p. 280.

8 Ch ci-dessous, p. 358.

J.IVRE SECOND. PAYS HORS DE LA PALESTINE 357 anciens géographes aucune localité de ce côté, avec laquelle nous puissions identifier Mahouza *.

La plupart des familles juives de Mahouza descendaient de prosélytes * ; on était si près de la Mésène, que l’immigration se fai sa it sur une grande échelle. Les étrangers gardaient probablement leurs habitudes frivoles et étaient adonnés au luxe. Le Talmud appelle les habitants de Mahouza « les enfants de l’enfer3. » On raconte encore que Levi ben Sisi avait apporté de la Palestine à Nehardaa une halakha, selon laquelle il était ]>ermis aux femmes de porter des bijoux le jour de sabbat h. A Nehardaa, vingt-quatre femmes seulement firent usage de cette latitude, tandis qu’à Mahouza, d’w« seul quartier de la ville , dix-huit femmes sortirent avec des bijoux très-précieux 4. » Il y avait peut-être une autre cause à cette vie de luxe et de mollesse des habitants de Mahouza. Le pays étant fertile, on ne s’occupait guère de commerce. Les villes de Ctesiphon, d’Ardeschir et de Cokhé avaient de grandes communautés juives qui imitaient le luxe desParthes; leur exemple avait probablement beaucoup d’influence sur les habitudes des habitants de Mahouza 5.

mrco, Mabrakhtha, dans le district de Mahouza,

* M. Wiesner ( Scholien , etc.,fasc. I, p. 121) veut identifier notre Mahouza avec la ville de Roumia, fondée au v* siècle par Khosroës Aouschirvan, sur le modèle d’Antioche, en Syrie. Aboul-Faradj l’appelle el-Mehn:a (Ritter, loc. clt., t. X, p. 170 et suiv.). Notre Mahouza, comme M. Wiesner le remarque fort bien, existait déjà au iv° siècle, et ne peut avoir été fondée par ce roi.

2 Tal. de Bab., Kiddouschin, 73 a.

3 Même Tal., Rosch ha schana, 17 a. cliTJ ailleurs (Tal. de Bab., Taanith, 26 a), on les traite encore d’ivrognes.

l Ibidem, Sabbath, 33 a.

5 Cf. M. Graclz, loc. cit., p. 275.

I,A GÉOGRAPHIE DU TALMfD

ans

situé à moins d’uno mesure sabbatique* de cette ville.

■OijN '2, Bé Agoubar. Le Talmud parle toujours de la synagogue de Bé Agoubar, placée dans le voisinage de Mabrakhtha *. Il est possible que Bé Agoubar soit le nom d’un homme, fondateur de cet édifie^3.

’ro '2, Bé Cokhé, formait une seule cité avec Mahouza, ville dont nous venons de parler *. Cokhé est sans doute identique avec le Koché des auteurs grecs et latins, sur le bord-sud du petit canal qui réunissait le canal royal au Tigre, presque en face de Ctesiphon \ tïtin, Ardeschir fi, construit par le roi Ardeschir Babegan, non loin de l’ancienne Séleucie et plus rapproché encore du Tigre. Ctesiphon et Ardeschir ne sont séparés que par le Tigre, dit le Talmud, et sont en communication continuelle1. Pour pouvoir aller d’une ville à l’autre le jour de sabbath, les habitants de Ctesiphon plaçaient leur Eroub 8 du côté d’Ardeschir, et les habitants d’Ardeschir fixaient le leur du côté de Ctesi-

* Tal. de Bab., Eroubin, 47 b.

- Ibidem., 61 b.

3 On pourrait l’identifier avec les ruines de Djrrbouiyeh , et, M. Oppert, loc. cil., p. 250.

5 Mannert, loc. cil., p. 296.

B On appellequelquefois cetteville TSTH contracté deT&V'tn [Yebamolh, 376 b.) ; on dit que Rab s’y rendait souvent. Rab, ainsi que plus tard U. Hasda, visitaient fréquemment les villes placées sous leur juridiction (cf. Tul. de Rab., Guittin, 6 a). Peut-être C’wTÎ (Tal. de Bab., Yo/na, 18 b), où se trouvait quelquefois Rub, est-il également une variante de TEHTI- Cf. M. Rappoport. Ere H Mil lin, p. 196.

1 Tal. de Bab., Eroubin, 57 i.

* Pour pouvoir se rendre d’une localité à l’autre le jour de sabbalh, les rabbins ont imaginé une espèce do domicile fictif à michemin des deux localités, et qu'on désigne par Eroub.

LIVRE SECOND. PAYS HORS DE LA PALESTINE 359 phon. Nous verrons tout à l’heure1 que cette dernière ville était la plus importante.

■PïTPN rotin, Hormiz-Ardeschir, probablement fondée par le roi Hormûz; il faut se garder de la confondre avec Ardeschir*. Un certain R. Hiya était originaire de Hormûz-Ardeschir 3.

, Seleukia, n’a pas disparu complètement de la mémoire des habitants. Sur les ruines de cette ville magnifique, l’orgueil des Séleucides, s’élevaient quelques villages, dont un, sans doute, conservait l’ancien nom. L’empereur Julien, qui visita ces ruines immenses, y trouva des habitations4. Un docteur du cinquième siècle mentionnne encore « Séleucie et l’Akra (forteresse) de Séleucie5. » Nous trouvons au dixième siècle un évêché à Séleucie 6.

pOD'EpK pco’tsp, f.tesiphon. grande ville sur la riveest du Tigre, qui servait de refuge aux Juifs de Séleucie et d’autres villes babyloniennes, lors des persécutions des Grecs unis aux Syriens 7. Nous avons dit qu’à la place de Séleucie, le roi Ardeschir construisit une autre villodu même nom. Au troisième siècle, ces deux villes possédaient de grandes communautés juives; Ctesiphon,

4Cf. ci-dessous, p. 360.

5 M. Fürst, loc. cil., p. 96.

3Tal. de Bub., Baba bathra, 62 a.

4 Mannert, loc. cil., p. 287.

5 Tal. de Bab., Maccoth, 10 a, DIp'^O” bPpN- M. Rappoport [loc. cil.p. 190) croit que le docteur veut parler d’une autre Séleucie que celle « sur le Tigre; » car, dit-il, cette ville s’appelait Ardescbir à l’époque talmudique. Les anciens noms des villes reviennent cependant souvent; ce docteur est R. Aschi, et pense certainement à Séleucie, qui se trouvait dans le voisinage.

®Assemani, Bibl. or., t. Il, p. 359.

7 Mannert, loc. cil., p. 299.

300 I.A GEOGRAPHIE DP TALMUD

néanmoins, était la plus importante. Il s’y tenait un grand marché, pour lequel les habitants d’Ardeschir se rendaient à Ctesiphon. G’est pourquoi, dit le Talmud, les habitants de cette dernière ville connaissent l’écriture de ceux d’Ardeschir, tandis que ceux d’Ardeschir ne connaissent pas celle des habitants de Ctesiphon*. La ville biblique de Khalneh, dans le pays deSchinear, est expliquée dans les anciens commentaires par Ctesiphon *; elle reçut ce nom du roi perse Pacorus ; le nom de Khalné disparut.

Les deux villes d’Ardeschir et de Ctesiphon s’appellent, chez les Arabes, el-Madaïn (les deux villes). Aujourd’hui il ne reste de cette cité importante que quelques ruines; les indigènes les appellent Tak Kcsrii * 3.

ma, Bagdath, lieu natal de R. Hana 4 ; probablement identique avec l’Eski Bagdad d’aujourd’hui. On ne peut songer à en faire la ville des kalifes, qui ne fut construite qu’au huitième siècle.

N’JlOO , Paphounya, souvent mentionnée conjoinementavec Pome-Beditha, Neresch etMahouza5. C’est sans doute la ville d'Epiphania 6, sur l’Euphrate, appelée aussi Arccsiccrta. Il ne faut pas la confondre avec Epiphanie, en Syrie.

rrc’3, Niniveh, ville célèbre dans la Bible, capitale de

i Tal. de Bab., Guittin, 6 a.

*Winer, loc. cil., p. 22 ; nous avons vu (ci-dcssus, p. 346) que le Talmud explique p-! par Ctesiphon. Un habitant de Ctesiphon est appelé HNOC'CP (Tal. de Bab., Baba bathra, 93 b).

3 Winer, loc. cil.

4 Tal. de Bab., Zebahim, 9 a et ailleurs.

5 Même Tal., Baba mtcia, 68 a et ailleurs.

* Cf. Realencyclopedie de Pauly, s. v.

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