‹ La géographie linguistiqueChapitre 18 sur 27 · IL FAUT · texte numérisé non relu

IL FAUT

'après l'Atlas linguistique de la France et la Sprachgeographie de M. Jaberg.

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Autres types .

pective, comme on le verra dans les deux cartes cijointes.

Voici d'abord la forme soif, anciennement soi {se dans le Midi et l'Ouest). On sait que Vf a été ajouté, vers le xv^ siècle, à Paris, par fausse régression (1). Cette forme a gagné peu à peu les environs, sans aller très loin dans les parlers locaux. Phénomène de faible expansion (à l'heure actuelle), qui nous fait toucher du doigt les voies de rayonnement au départ de Paris : courant de la basse Seine, assez faible, en raison de la résistance rencontrée en Normandie ; courant plus fort, qui remonte la haute Seine, l'Aube et l'Armançon (amorce de Paris-Dijon); enfin, le plus puissant, courant Paris-Orléans qui bifurque, d'une part vers le Bourbonnais, de l'autre, surtout, sur la basse Loire jusqu'aux environs de Nantes.

Un mot à plus forte expansion, c'est établi (de menuisier) : le terme antérieur était banc, conservé dans les régions archaïques (2) ; établi est une formation parisienne, qu'on trouve déjà chez Villon. Le mot, dont les débuts d'extension sont anciens, recouvre aujourd'hui presque toute la l'rance d Nord, du Plateau central à l'Océan, à la Manche et à la frontière lorraine : c'est une mer étale qui a effacé, en submergeant par sa montée les espaces intermédiaires, tous les courants primaires, qui éiaiont dessinés dans le cas précédent. Seule, au nord, arparait la trouée de la Meuse, entre la région ce nscrvatrice artésienne-wallone, et celle des Vosges qui ont , également gardé banc. A l'Est, la marée s'e-i brisée sur les Vosges et le Jura, derrière lequel es-, abritée la Suisse romande; elle creuse un golfe -lans le Lyonnais, lançant déjà de nombreuses avant /ardes dans la vallée du Rhône et un peu partout d «; s des régions industrielles : Genève, Grenoble, Marseille,

(1) Ci-dessus, p. 100.

(2) En faisant abstraction de quelques formes locales qu'on rencontre sporadiquement à la périphérie.

Baiiine-Ies-Danaes, Gaillac, etc. ; à l'ouest elle tourne la Charente et s'élargit aux environs de Bordeaux, qui visiblement a repris le mot à son compte pour le faire rayonner à son tour sur son domaine.

Enfin voici un antre terme, il faut, qui nous montre la lutte du bloc du Nord contre le bloc du Midi. Depuis le moyen âge, la langue d'oïl dit il faut, en face de la langue d'oc qui dit eau (ou chau). Du jour où Paris a mis son influence au service de ce terme, les limites des deux types se sont déplacées. Faut a rongé le nord du Plateau central et l'a tourné à l'ouest en s'emparant de la région bordelaise. A l'est, maître du franco-provençal, il a rompu la digue en déferlant par la vallée du Rhône et en s'étalant largement dans le Gard et la Provence, ne laissant dans les Alpes que deux îlots — îlots apparents, car ils constituent encore une masse homogène avec le haut [piémontais.

Ainsi la géographie linguistique nous permet de suivre peu à ppu, dans ses étapes successives, les progrès de la francisation, qui, par les courants qu'elle emprunte et les centres de rayonnement qu'elle utilise, répète à quinze à vingt siècles de distance, dans ses grandes lignes mais en sens inverse, le procès de romanisation de la Gaule,

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