La géographie littorale
En Géographie, les objets de nos recherches doivent être groupés; leur rapprochement et leur comparaison permettant seuls d'obtenir des notions correctes. La Terre doit être envisagée, comme le ferait un anatomiste qui, voulant connaître Tensemble d*un corps organisé, rechercherait la disposition, la structure et les rapports des divers organes qui le composent; car les continents et les mers font partie de l'ensemble dont il faut chercher les relations avec chaque élément.
Le rivage de la mer n'apparaît dans les grands traits caractéristiques de la construction du globe, que comme un accident nécessaire dans la délimitation des deux éléments; l'un liquide, l'autre solide. Les géographes s'en préoccupent particulièrement dans le tracé des cartes pour représenter la configuration des terres, sans accorder cependant à cette ligne séparativc, toute l'attention que méritent les phénomènes dont elle est le théâtre.
Les mers entourant la terre agissent perpétuellement sur elle, la remaniant sans cesse par le mouvement des eaux. Les flots impétueux unis aux courants, sont de redoutables ennemis, en môme temps que de robustes esclaves, ayant un rôle d'agents désorganisateurs, mais en même temps d'agents reconstituants, rétablissant plus loin ce qui a été détruit. L'Océan emporte des matériaux qu'il dépose sur d'autres points ; mais son procédé change dans ses détails selon la nature des lieux et les circonstances locales où se livrent les combats. Tantôt il transporte les alluvions amenées par les fleuves depuis le flanc des glaciers, en les répartissant suivant leur densité sur différents points de la côte; tantôt, il les laisse inertes au bord de son domaine pour former les plaines alluviales des deltas.
Girard, i.
Il résulte de cet ensemble de forces hydrauliques, combinées suivant les manières les plus variées, depuis les époques les plus reculées, une profonde influence sur la surface de la terre. Grandiose dans sa simplicité d'exécution, infinie dans le développement de ses moyens, il a changé des étendues considérables dans leur physionomie et leur constitution.
En comparant le présent avec le passé, en rapprochant les faits accomplis de ceux qui s'accomplissent chaque jour, on voit que les terres n'ont pas été brusquement submergées, ni que les mers n'ont pas été comblées par des bouleversements ; mais que les terres ont remplacé les mers et réciproquement, par une suite non interrompue d'érosion et d'alluvions. La dégradation de la terre si évidente à sa surface, s opère par les mêmes voies ; les rivages sont érodés par un procédé de sculpture propre à chaque région, d'où il est résulté des inégalités topographiques variables pour chacune d'elles. Le mouvement des eaux marines combiné avec celui des fleuves met en évidence ce principe de transformation de la croûte terrestre : (( Rien ne se perd, rien ne se crée ». Il n'existe pas de déperdition dans la matière, le poids ne s'altère pas ; il n'existe qu'une évolution dans la forme.
La chronologie des temps géologiques est soumise à des causes tellement multiples qu'il est impossible de les analyser toutes. Les mouvements d'afifaissement et d'élévation du sol, sont d'une telle ampleur qu'avec l'inexactitude de nos points de comparaison, les agissements de la nature à des époques si reculées restent enveloppés d'un secret inviolable. Mais la comparaison des faits qui s'accomplissent sous nos yeux, avec ceux qui paraissent s'être passés à des époques relativement récentes, jette une parcelle de lumière sur l'histoire si obscure des transformations considérables provoquées par les phénomènes de destruction et de reproduction.
Combinées entre elles, l'érosion etl'alluvion donnent naissance à plusieurs actions mécaniques, dont les principaux facteurs seront examinés, sous le rapport de la géographie littorale, dans les divisions suivantes : Le mouvement des eaux de la mer; la genèse des plages ; le régime des embouchures ; les évolutions locales des côtes.
Le niveau des mers. — L'eau est, après Tair, le plus léger et le mobile de tous les corps, composant la croûte superficielle de notre globe. Aussi est-elle influencée par la pression et l'attraction. Le problème de la position exacte de la surface océanique par rapport au sphéroïde terrestre renferme donc des éléments complexes. La stabilité de cette surface qui s'étend sur les deux tiers du globe comporte des facteurs positifs et négatifs souvent en désaccord. Sans tenir compte des phénomènes qui provoquent des variations passagères tels que les vents, les courants, les marées, effets locaux dépendantde circonstances particulières, des travaux récents ont indiqué des différences dans la parfaite planimétrie du niveau océanique.
La hauteur des marées et les variations de niveau se déterminent au moyen du marégraphe, instrument automatique, dont les points les plus importants de nos côtes sont pourvus. Il se compose d'un flotteur creux en cuivre plongeant dans un puits mis en communication avec la mer par une galerie creusée à une profondeur inférieure au niveau des plus basses mers. Ce flotteur actionne, par l'intermédiaire d'un système de poulies, une tige horizontale portant à son extrémité un stylet, qui s'appuie sur un cylindre mû par un mouvement d'horlogerie ; une bande de papier reçoit le tracé gravé automatiquement par le stylet.
M. Ch. Lallemand, inspecteur général du service du nivellement de France, a organisé à Marseille un médiamarémètre, appareil très simple donnant directement le niveau cherché et
les fractions. Il est basé sur ce fait qu'une onde liquide se transmettant par un canal capillaire, ou mieux à travers une paroi poreuse, diminue d'amplitude et se trouve retardée dans ses phases, sans que le niveau moyen éprouve de changement.
Des médiamarémètres fonctionnent aujourd'hui sur les côtes de la Manche, de l'Océan et de la Méditerranée, ainsi que sur celles des pays étraxigerset tous ces postes sont reliés au réseau général des nivellements de précision de l'Europe; de sorte que les hauteurs du niveau moyen dans les diiSférents ports peuvent être comparés à une même origine.
Avant l'organisation de la géodésie de précision, on établissait un niveau moyen^ seule base des nivellements ; dans la pratique, il était la résultante de la moyenne de toutes les hautes et basses mers obtenues pendant une année; mathématiquement, ce serait une moyenne de toutes les hauteurs relevées de quart d'heure en quart d'heure, résultat de l'intégrale de la courbe tracée par le marégraphe ; c'est alors le niveau d'équilibre.
L'expression : niveau moyen, est relative puisqu'elle n'a rien de constant sur les côtes, où le niveau peut varier avec chaque localité. Il est donc nécessaire dans chaque opération géodésique de spécifier le point de départ et d'arrivée, afin de pouvoir tenir compte des différences.
D'intéressants résultats ont été obtenus au moyen de la détermination plus précise du niveau de la mer au moyen des médiamarémètres multipliés sur les côtes. M. Ch. Lallemand a réussi à prouver que la plupart des mers qui baignent l'Europe ont le môme niveau à quelques centimètres près. Cette constatation est venue détruire une croyance contraire, qui, jusqu'ici, paraissait solidement établie.
Toutes les altitudes de France étaient rapportées au niveau moyen établi en 1854 d'après « le Réseau Bourdaloue » qui a un développement de 14-980 kilomètres. Tout d'abord, pour les premières opérations, ce niveau moyen avait été celui de l'Océan établi à Saint-Nazaire ; mais on s'est aperçu que les différents niveaux moyens présentaient des divergences assez notables. Pour éviter cet inconvénient, on choisit définitivement comme plan de comparaison, et pour niveau moyen celui de la Méditerranée, à Marseille. La Méditerranée se trouvait indiquée par
suite de ses faibles variations de niveau. On adopta un plan passant à o°4o<' au-dessus du zéro de Téchelle des marées à Marseille, dite échelle Saint-Jean. Partant de cette côte et arrivant par plusieurs lignes de nivellement jusqu'à l'Océan, on constata qu*il existait une diflférence entre l'Océan et la Méditerranée ; les variations semblaient dépendre de divers éléments mal définis, mais particulièrement relatifs à la configuration des côtes. De l'ensemble des mesures, on avait cru pouvoir déterminer que rOcean était plus élevé que la Méditerranée de o^ys® à o"o8c ( I ), et ce résultat semblait conforme aux différences trouvées en 1847, dans ^^ nivellement de l'isthme de Suez, S celle entre l'Atlantique et le Pacifique, à Panama, où la dififérence atteignait un mètre, à celles entre la mer Noire et la Baltique de i"20° (2), à celles entre l'Atlantique, à New- York, et le golfe du Mexique (3), à celles entre Trieste et Amsterdam reliés par les nivellements autrichiens, prussiens et hollandais, indiquant 0^320 (4). Les nivellements espagnols entre Alicante et Santander avaient aussi donné des résultats comportant des différences analogues à celles du nivellement Bourdaloue.
Ces résultats sont illusoires ; ils étaient dus, les uns à des erreurs systématiques; les autres au caractère superficiel des observations faites sur la salure de la mer. L'exactitude des méthodes modernes est environ triple de celle de Bourdaloue, (( En d'autres termes, dit M. Ch. Lallemand, pour deux points distants d'un kilomètre, la différence des altitudes n'est pas affectée, en moyenne, d'une erreur probable supérieure à neuf dixièmes de millimètre, alors que cette erreur était de 2 à 3 millimètres environ pour les opérations de Bourdaloue. En tenant compte des erreurs systématiques, l'erreur probable de la difi'érence de niveau trouvée entre Marseille et Lille ne dépasse pas cinq centimètres. »
Quelle que soit la précision que les nouveaux instruments géodésiques aient apporté dans la détermination du niveau réel
(i) Breton de Champs. Cong. Internat, des Sciences géographiques, 1875.
(2) Revue de Géographie. Juillet 1884.
(3) La Nature. 1884.
(4)Ch. Lallemand. Rapp. sur les travaux du nivell. général de France. Neufchatel, 1891.
des mers, elle reste encore soumise à dififérentes causes d'erreurs peu saisissables. Les marégraphes se trouvent influencés par l'effet mécanique de la houle, qui serait contraire à celui de la pesanteur et le niveau intérieur de Tappareil, ne serait pas toujours d*accord avec celui de l'extérieur. En outre la densité ou la salure est une résultante dont il faut tenir compte ; car la différence de densité produit une certaine élévation ou dépression du plan horizontal, soit au bord de la mer, soit au centre d'un bassin. (( Le plan idéal serait le plan de densité à looo. En effet, si, inférieurement à partir de ce plan et sur des perpendiculaires, on prend des distances proportionnelles aux densités mesurées, les points obtenus sont d'autant plus bas, que les densités seront plus fortes et d'autant plus hautes qu'elles seront plus faibles. » ( i ) Il en résulterait que les cartes de densité de surface seraient réellement des cartes du relief de la surface océanique, qui pourrait être comparée à une feuille de tôle ondulée et déformée par endroits.
Malgré ces causes d'erreurs, on est maintenant arrivé à pouvoir considérer le niveau de la mer comme uniforme et représentant dans l'ordre naturel le grand plan de nivellement du globe.
Influence de la pesanteur sur le niveau de la mer. — L'élément liquide est soumis à un ensemble de forces peu saisissables parmi lesquelles celle de la gravitation est des plus importantes. Si le noyau terrestre était enveloppé d'une couche uniforme d'eau, elle prendrait en vertu de cette force la forme d'une ellipsoïde; mais les eaux et les terres sont irrégulièrement réparties à la surface du globe ; il en résulte des phénomènes complexes imparfaitement connus.
Le niveau des mers n'est pas rigoureusement perpendiculaire à la verticale, le fil-à-plomb librement suspendu sur le bord de la mer dans le voisinage d'une côte bordée de hautes montagnes est attiré du côté de la terre. Saigey fut le premier qui signala cette anomalie (2). Il calcula que le niveau de la mer devait être
(i) J. Thoulet. Note sur les poids spécifiques. (Bull, de géogr. hist. et descrlpt., 1890).
(2) Petite Physique du globe. 1842.
relevé près des côtes et donna des évaluations pour certaines parties du globe, d'après le relief des continents.
La géodésie de précision, qui est obligée de tenir compte de la pesanteur, détermina ce phénomène d'une façon plus méthodique. D'après certains principes mécaniques, le travail nécessaire pour vaincre la pesanteur est toujours le même, quel que soit le chemin suivi pour aller d'une surface à une autre. « Or, en chaque lieu ce travail a pour mesure le produit de Técartement de deux surfaces considérées, multiplié par l'accélération moyenne de la pesanteur en ce lieu, entre deux surfaces supposées voisines. Il résulte que deux surfaces de niveau ne sont pas rigoureusement parallèles et à défaut de parallélisme,la différence de niveau trouvée entre deux points extrêmes varie avec l'itinéraire choisi ; quand on ferme le circuit pour vérification, on ne retrouve pas l'altitude initiale » (i). Ces erreurs sont surtout remarquables quand on franchit les hauts plateaux.
Newton avait signalé la déviation de la verticale qu'il supposait due à l'attraction du relief terrestre. En 1774, le docteur Maskelyne avait trouvé que le mont Schehallien, en Ecosse, exerçait une attraction de — 6" sur la verticale à une distance d'environ 600 mètres. Les astronomes français Bouguer et La Condamine, avaient observé cette attraction au Chimborazo et l'avaient attribuée à la présence de cavités dans les flancs des montagnes volcaniques. Au commencement du siècle, le baron de Zach entreprit une série de recherches sur ce sujet aux environs de Marseille.
En 1871, M. Wagner, commandant d'une brigade topographique, signalait entre Nice et Villefranche une différence de 20" dans la latitude ; en 1872, M. Hatt, ingénieur hydrographe, trouvait que cette différence n'était que de 18". En 1873, M. Listing établissait, d'après ses calculs, que sur la côte nord-est de l'Amérique du Sud, la mer devrait avoir un renflement évalué à 550 mètres ; d'après le môme ordre d'idées il supposait que près de l'Ile Sainte-Hélène, le niveau de l'Atlantique aurait une dépression de 847 mètres. En 1885, M. A. Germain, ingénieur hydrographe, opérant à quatre stations : Nice, Saint-Raphaël,
(i)M. Ch. Lallemand. La pesanteur dans le nivellement et l' unification des altitudes européennes. IV« Congrès int. des Sciences géogr. Paris, 1889.
Toulon et Marseille, obtenait des résultats à peu près semblables à ceux de M. Hatt : c'est-à-dire que la latitude astronomique de Nice était plus faible de lô'^iô, que la latitude géodésique. Il semblerait que Tattraction soit exercée sur un point situé dans le massif des Alpes, au nord de Nice (i).
Burns avait établi comme principe d'attraction, qu'une montagne de 550 mètres de hauteur, voisine d'une mer dix fois plus profonde, provoquait une déviation de 107 secondes. M. Bénazet, recherchant les variations du pendule au Callao, près Lima, s'est trouvé contraint, en l'absence de chaînes de triangles reliant les deux versants des Andes, de rechercher par un calcul direct les attractions produites par le continent entier de l'Amérique du Sud et de déterminer les coordonnées du profil de la surface de la mer dans une direction perpendiculaire à la côte. La mer s'abaisserait progressivement à partir du littoral d'une quantité qui finit par rester constante, en atteignant 137 mètres. Les données de M. Bénazet, quoique empreintes d'approximation, permettent cependant de considérer comme très probables, l'existence dans une certaine région du Pacifique, d'attraction affectant le voisinage des côtes et produisant un exhaussement atteignant 100 mètres et môme davantage (2).
D'un autre côté, les résultats obtenus ne sont pas toujours d accord avec les prévisions; ainsi, le colonel Chodskow a constaté dans le massif du Caucase, entre deux latitudes, des difiFérences de 54'' dans une amplitude d'arc moindre d'un degré, tandis que dans les monts Himalaya, où les altitudes sont plus fortes, les difiFérences sont à peine sensibles. De plus l'attraction n'aflfecte pas seulement les régions montagneuses; M. O. Struve en cite un fait frappant aux environs de Moscou, où le terrain est plat; l'amplitude géodésique de l'arc mesuré dans le sens du méridien, comparée avec son amplitude astronomique, a donné pour une longueur de 60 kilomètres une diflFérencede22". On a supposé l'existence dans cette région d'une déformation de la surface terrestre ou une attraction particuhère due à un défaut de la masse intérieure. En Italie, M. Tergala a constaté,
(i) Note sur la variation de la verticale. C. Rend. Acad. des sciences, i886, p. 325.
(2) Congrès int. des Sciences géographiques. Paris, 1875.
ù rObservatoire de Capo di Monte, des variations exactes d'une seconde.
Dans toutes les opérations de géodésie de précision on a trouve des variations qui laissent la question indécise, tant que des séries de triangulation correctes n'auront pas été effectuées, pour comparer entre elles les nombreuses localités relevées.
Cette théorie provisoire du déplacement du niveau des mers ne donne pas l'explication des changements de niveau des côtes que l'on constate sur tous les points du globe. Si un bourrelet liquide entoure les côtes, il doit demeurer invariable, puisqu'il serait la conséquence de forces stables, tant qu'il n'y a pas de modification, ni dans le relief des continents, ni dans les profondeurs a voisinant la mer. Si le continent s'élevait, le bourrelet liquide suivrait le mouvement; si le contraire se produisait, les niveaux conserveraient leurs distances respectives. Aussi un certain nombre de géologues n'admettent pas cette élévation des eaux dépendantes des terres; ils conservent la théorie du refroidissement de la masse interne, qui engendre des contractions par les pressions latérales.
Les anomalies du phénomène de l'attraction doivent être recherchées dans la constitution même de la terre, ainsi que l'indique la voie ouverte par Pratt. Le refroidissement a dû se faire de telle façon que l'équilibre mécanique soit constamment maintenu. A la saillie des continents, doit correspondre un défaut de densité des couches sous-jacentes et le défaut de densité des masses aqueuses de l'Océan doit avoir été compensé par un excès de densité du fond des mers (i).
\ Influence de la pression atmosphérique. — La pression de
l'atmosphère exerce une action directe sur les nappes d'eau
d'une certaine étendue contenues dans des limites plus ou
moins circonscrites, telles qu'un lac, une baie, le fond d'un
golfe. L'effet produit est comparable à l'action déprimante d'un
poids placé sur une masse demi solidifiée, telle que serait une
surface de gélatine. Celui-ci étant enlevé, la surface reprendra
son premier niveau.
(i) Com» Deflforges. C. Rend, de la Soc. de Géogr., 1891, p. 88.
La pression atmosphérique se manifeste d'une façon sensible sur les lacs intérieurs d'une certaine étendue, dont l'eau calme transmet mieux les dénivellations jusque êur les rives, où la comparaison liminographique est facile. On connaît depuis longtemps ces phénomènes sur les lacs suisses sous le nofn dé seiches pour le lac de Genève, et de ruhsen pour le lac de Constance. Us sont constatés aussi et comparés à de véritables marées sur les grands lacs de l'Amérique du Nord. On les connaît encore sur plusieurs points de la Méditerranée, où les pseudo-marées qui existent au fond de tous les golfes ont certains rapports avec cette pression. On a cité en décembre 1881 et janvier 1882 un abaissement remarquable sans cause apparente de trente centimètres du niveau de la mer à Antibes.
11 existe au fond du golfe de Gabès un mouvement de marée,où, d'après les çbservations faites à Sfax, la différence entre les hauteurs extrêmes varie jusqu'à 2 mètres ; ce mouvement possède une régularité apparente, mais sans concorder avec les lunaisons. A Venise et dans tout le golfe Adriatique, on rencontre les mômes oscillations plus ou moins périodiques. Leur irrégularité de durée et d'amplitude est attribuable à la configuration des côtes.
Dans les calculs de hauteur on admet une pression moyenne de o^jyôo"" et un air parfaitement calme. Or, la pression de o"',76o"™ représente le poids moyen de l'atmosphère sur une surface égale à la section du tube barométrique ; mais s'il y a diminution de pression sur une région voisine, celle-ci est certainement compensée par une augmentation correspondante sur une autre. Elle se transmettra à la masse liquide des océans et aura pour résultat de faire monter le niveau de la mer à l'intérieur de la zone de dépression ; pour une chute de 2 millimètres, l'eau montera de 27 millimètres et pour une élévation de o™™,oi dans le baromètre, il y aura un abaissement de o""°,i4.
La pression du vent sur un point déterminé fait monter le niveau de l'eau jusqu'à une distance éloignée, quand la configuration littorale favorise le mouvement ondulatoire de très grande longueur et de faible hauteur. Ainsi, sur les côtes de Bretagne, les pécheurs reconnaissent avec une quasi certitude
les agitations du large dans l'Atlantique, d'après la manière dont les lames viennent briser sur certains plateaux, tels que la Longue-de-Boyard, le Corven de Trévignon et autres.
Les ras-de-marée. — On désigne sous le nom de ras-de-marée des mouvements extraordinaires de la mer, qui s'éloigne subitement de la côte pour y revenir avec violence en dépassant les limites ordinaires : ils sont principalement attribués à des secousses de tremblements de terre, soit dans les régions sous-marines, soit sur des côtes plus ou moins éloignées. Cette opinion est d'autant plus accréditée, que ces mouvements brusques et insolites sont principalement connus sur les côtes des régions soumises à des perturbations séïsmiques (i). Ils sont fréquents sur le littoral méditerranéen et sur celui de l'Amérique du Sud et sur divers points de l'Océan Pacifique.
Dans une secousse, l'ébranlement de la croûte terrestre se propage en ondulations ressenties d'autant plus loin, que le milieu vibrant a été favorable à la transmission. La masse liquide des océans réalise cette condition. Au moment de l'explosion du volcan du Krakatoa (1883) une vague de cinq à huit mètres de hauteur inonda les côtes de l'île de Java et se propagea dans tout l'Océan Pacifique; cette ondulation a été enregistrée heure par heure sur la plupart des points de son passage : à Aden, au cap Horn, à Panama et même aux marégraphes des côtes de France. Sa vitesse a atteint 294 mètres à la seconde ; rapidité de translation concordant avec d'autres exemples de môme nature.
Les ras-de-marée ont attiré l'attention des populations voisines des côtes depuis les temps les plus reculés, sans avoir été expliqués. D'anciennes chroniques les mentionnent sur la côte d'Asie-Mineure et rapportent que le port de Marseille fut mis à sec et que les navires s'y échouèrent jusqu'au retour de la mer. D'après HoflF, en 15 10, une vague inonda le port de Constantinople, bouleversant tout sur son passage. En 1690, à la suite du tremblement de terre de Pisco, on vit la mer se retirer à 1 5 kilomètres pour revenir au bout de trois heures, avec une vague de dix mètres de hauteur bouleversant tout avec
(i) Jules Girard. Recherches -sur les tremblements de terre. Paris, 1890.
impétuosité. Le port de Cette fut détruit de cette façon au XIII* siècle et l'on rapporte que des navires à Tancre furent lancés à quatre kilomètres du rivage. Au siècle dernier, au moment du tremblement de terre de Lisbonne, les ondulations du sol atteignirent les côtes d'Angleterre.
Les ondulations sont tantôt uniques, tantôt répétées ; dans ce dernier cas, elles viennent déferler à des intervalles plus ou moins espacés. A la suite du tremblement de terre du Pérou, le 13 août 1868, l'ondulation qui frappait la côte américaine traversait le Pacifique jusqu'à la Nouvelle-Zélande ; elle rencontra sur son passage l'île isolée d'Oparo ou Râpa, dont les habitants furent brusquement surpris au milieu de la nuit par un flot qui inonda subitement leurs villages; il avait duré à peine une minute et s'était retiré, quand, quelques heures après, un second flot se représenta; puis le phénomène se renouvela neuf fois consécutivement avec un espacement d'environ vingt minutes et diminution dans la violence. Cette immense vague de translation aborda la côte de la Nouvelle-Zélande 24 heures après son départ de la côte de l'Amérique du Sud. Les ports furent subitement mis à sec, aussitôt le retrait de la première vague d'inondation ; pendant plusieurs heures l'eau s'élevait et baissait, jusqu'à ce que cinq heures après le début, une dernière vague suivie d'autres plus petites, vînt s'abattre sur la côte.
La vitesse de ces vagues est variable suivant la force première d'impulsion ; d'après les calculs de M. de Hochstetter, sur la propagation de la secousse de Simoda, en 1854, au Japon, comparés avec d'autres exemples, cette vitesse serait comprise entre 146 et 216 mètres à la seconde; mais il faut ajouter que d'autres observateurs ont assigné à cette môme vague une vitesse de 700 kilomètres à l'heure.
Les ras-de-marée sont surtout fréquents sur les côtes du Chili et du Pérou, où ils ont causé des dommages considérables. On cite parmi les plus importants celui du 9 mai 1877. A 8 heures du soir, toute la côte reçut la commotion d'un tremblement de terre jusqu'à Autofagasta ; elle fut si violente,qu'on ne pouvait se tenir debout. Aussitôt après le premier choc, une tempête se déclara et peu après s'éleva une vague de cinq
mètres de haut, envahissant toutes les plages à huit reprises consécutives. A Arica, le chemin de fer, la douane, le consulat anglais furent démolis. Cette immense vague ne s'arrêta qu'au pied des collines; la ville d'Iquique, submergée à huit reprises différentes, fut entièrement détruite; on cite aussi un bateau à vapeur poussé jusqu'à deux milles dans l'intérieur et laissé à sec.
En 1883 un pareil mouvement de la mer s'est produit à Montevideo. A une baisse subite dans toute la baie, succéda une élévation rapide de i™,5o, qui se présenta sous forme d'une lame immense venant du large dans la direction du nordouest et déferlant avec violence sur les plages ; elle a été accompagnée de deux autres ondulations successives espacées d'une minute d'intervalle. Ces ras-de-marée sont communs dans la baie de Montevideo, où ils ont reçu le nom de € tremblements de mer ».
Ces agitations de la mer ne concordent pas toujours avec un tremblement de terre apparent, mais elles en sont cependant une conséquence connexe. S'il se produit au bord même de la mer, les relations sont plus évidentes; lors de l'éruption du Mont- Saint-Augustin, dans les îles Aléontiennes, au moment où le volcan se fendit en deux parties, la secousse donna naissance à une ondulation annulaire de 8 mètres de haut, qui, précédée d'un retrait de la mer, s'avança rapidement vers les côtes voisines et fut suivie d'une seconde vague moins haute.
Les ras-de-marée sont d'autant plus dangereux qu'ils se déclarent inopinément, sans aucune perturbation ou signe précurseur. Les ondulations nées sur un point indéterminé, quelquefois sous-marin, se raccourcissent en approchant des côtes et augmentent de hauteur avec la diminution de la profondeur. Ils se manifestent aussi sous une forme lente asséchant le fond d'une baie ou un port, où l'eau reflue ensuite sans être accompagnée de mouvements brusques.
Ces perturbations sont fréquentes aux Antilles, sur la côte du Coromandel, à l'île de la Réunion et sur toute la côte ouest d'Afrique. Dans la Méditerranée, où les points d'activité sé'ismique sont nombreux, elles ont été constatées depuis les temps anciens et de nos jours on en signale souvent. Les secousses
répétées qui ravagèrent la province d'Alhama, en Espagne, en 1885, déterminèrent sur plusieurs points des agitations subites. En février 1893, au moment où une secousse se faisait sentir à
Chalon s-Saoïu;^
w ntSifenUs ckpuisJBIO.
Fig. I.
Régions méditerranéennes sujettes aux perturbations séismiques concordant avec des ras-de-marée.
Zante et en même temps, dans quelques îles voisines du Stromboli, les canaux des lagunes de Venise furent presque mis à sec et se vidèrent lentement. Le grand canal fut pareillement
asséché au point que les gondoles stationnant devant les palais, restèrent échouées sur la vase, jusqu'à ce que, quelques heures plus tard, Teau reprit insensiblement son niveau primitif. Le 10 août 1890, le niveau de la Méditerranée s'est subitement abaissé au Grau-du-Roi, sur la plage d'Aigues-Mortes, se retirant à une distance de 130 mètres. Le réservoir de la Vidourle et le Canal d'Aigues-Mortes ayant été mis à sec, les navires s'y échouèrent et Ton y attrapa une quantité de poissons. Au bout d'une heure, l'eau reprit son niveau ordinaire. On suppose que ce phénomène, qui ne s'était pas produit depuis un demi-siècle, avait eu une coïncidence directe avec un tremblement de terre signalé dans l'Archipel.
Les secousses de tremblement de terre se ressentent aussi au large milieu des océans, d'après les connexions provenant du fond de la mer. Il existe au milieu de l'Atlantique, dans une région comprise entre le 5'' Lat. N. et le ^^ Lat. S. vers le 20° Long. O. où les navigateurs ont éprouvé des secousses violentes. Elles ont été souvent considérées comme des récifs inconnus, sur lesquels les navires auraient touché ; mais les nombreux témoignages recueillis sur ce phénomène permettent de croire qu'il existe une chaîne de montagnes volcaniques sous-marines en activité, à une profondeur variant de 2,000 à 4,000 mètres.
Les courants superficiels. — L'origine des courants généraux et de leur direction a été attribuée à la distribution inégale de la chaleur à la surface du globe, combinée avec les effets de rotation de la terre. Ainsi dans le bassin nord de l'Atlantique, les eaux situées sous l'Equateur, se trouvant plus chaudes que celles du voisinage des pôles, éprouveraient une dilatation, d'où il résulterait que leur niveau tenderait à s'élever au dessus de celui des nappes voisines. Dans cette hypothèse il faudrait encore tenir compte de la densité, dont la différence provoque une certaine dénivellation, soit le long des côtes j soit même au milieu des bassins océaniques.
Les causes de la circulation des eaux sont complexes ; cependant il est juste de reconnaître que l'action du vent est un des facteurs principaux. Agissant sur l'eau longtemps dans la même direction, il donne naissance aux vagues qui opèrent un mouve-
l6 LES MOUVEMENTS DES EAUX DE LA MER
ment de translation des molécules superficielles. Un corps flottant plongé dans la nappe superficielle instable, animé d'un mouvement de progression, participe à ses mouvements. Un corps flottant, une planche, une feuille de papier restant à la surface d'une nappe d'eau, finiront toujours par atteindre le bord du bassin placé sous le vent. Car le vent provoque un déplacement constant de proche en proche de la couche superficielle, sans qu'il y ait de mouvement dans les couches sousjacenlcs.
La théorie de l'influence des vents a été émise par Zôppritz. qui considère les courants permanents comme étant le résultat du frottement des vents à la surface des Océans ; la plus grande partie des mouvements circulatoires serait due à cette action. L'idée n'est pas nouvelle, car Franklin avait déjà signalé les vents alizés comme cause du mouvement des eaux vers l'Ouest dans les régions intertropicales. Plus tard Rennel établissait une différence entre les courants de surface ou de dérive, et ceux qui affectent profondément la masse des eaux.
M. Mohn a démontré (i) que l'influence prépondérante du mouvement océanique résulte de la formation d'une surface différente de la surface du niveau, en partie par l'action directe des vents et de la rotation de la terre, en partie par les différences de densité de l'eau de mer, produites aussi bien par les vents que par l'eau provenant des fleuves. L'effet des vents dominants, l'évaporation et la précipitation déterminent l'économie générale des courants. En outre, M. Mohn considère les vents généraux comme le résultat de la distribution générale de la température, laquelle dépend principalement de l'évaporation de la mer et de la répartition relative des continents et des eaux.
D'après les études poursuivies par le Coast-Survey des Etats- Unis sous la direction du lieutenant Dyer, en 1892, on a obtenu des résultats remarquables sur les causes mal définies de l'origine du Gulf-Stream. Ils se résument à trois points principaux : i® La plus grande partie des mouvements circulatoires des eaux de la mer peut être considérée comme une dérive produite par les vents régnants ; car, la direction et la force moyenne des
(i) The North Océan, itsdepths, température and circulation.
LES MOUVEMENTS DES EAUX DE LA MER ij
courants résulte de l'intensité des vents; 2° un autre groupe de courants (en réalité une grande partie) se compose de courants compensateurs et alimentaires, créés par le remplacement de la masse d'eau poussée en dérive dans la partie située au vent de l'espace où se produit la dérive ; 30 un autre groupe provient de la déviation des courants de dérive occasionnés par la configuration des côtes ; les courants libres se transforment rapidement en courants compensateurs ; 40 la force dérivante due à la rotatioji de la terre doit être considérée comme insignifiante jusqu'alors ; mais, elle peut exercer une influence insaisissable dans certains cas.
Le transport d'objets abandonnés dans l'Océan Atlantique a établi une preuve du déplacement superficiel des eaux, mais ce mouvement de translation dû aux vents dominants du sud-ouest, indiquerait que le courant du Gult-Stream, auquel on a attribué une épaisseur considérable, ne serait qu'une conséquence météorologique affectant le bassin nord de l'Atlantique. Les expériences du Prince de Monaco ont fourni des documents sur la direction des courants. En 1885, 86, 87, il a lancé 1675 flotteurs contenant des indications en plusieurs langues indiquant le but de ses expériences. Près de 250 flotteurs sont revenus; le groupement s'est fait principalement aux Açores, où il en est arrivé 26 ; les côtes de France en ont reçu 24 et les côtes de Norwège 22. Leur vitesse moyenne a été de 4 milles 48 par jour. Quoique ces flotteurs aient été conçus pour avoir une immersion presqu'absolue, ils ont été entraînés à la surface de la mer par l'action prolongée des vents généraux. Ils ont suivi l'impulsion des alizés dans la partie sud du bassin Atlantique et celle du vent dominant du Sud-Ouest dans la partie Nord. L'expérience a confirmé pour les côtes de Norwège et celles de l'Ouest de l'Europe, ce qui avait été depuis longtemps constaté.
On connaissait cette direction générale des courants de surface, par les amas de bois flotté qu'on rencontre dans certains parages du nord de l'Europe. Sur les côtes de Norwège on recueille des fragments d'arbres d'essence intertropicale ayant ainsi traversé tout l'Atlantique. A l'île Jan Mayen, la baie du Mary Muss est couverte de bois desséchés apportés de cette façon : aussi est-elle dénommée : Baie du Bois flotte. On y
Girard, a.
l8 LES MOUVEMENTS DES EAUX DE LA MER
reconnaît des troncs d'arbres de toutes dimensions provenant de Sibérie, et aussi des épaves et des objets ayant appartenu à des pêcheurs norv^égiens. Les bois flottés sont poussés assez loin vers l'intérieur par les tempêtes et par les glaces ; la distance de ces débris au rivage peut servir à évaluer l'époque, quelquefois très reculée, de leur dépôt (i).
Pendant son voyage dans les mers du Nord en 1856, le prince Napoléon, afin de contribuer à la connaissance des courants qui apportent dans certaines baies d'Islande des bois flottés, fit jeter à la mer des flotteurs portant l'indication de leur point de départ. Un de ces flotteurs lancé,le 10 juillet,par69*> 30' lat. N. et 13° long, O entre l'Islande et l'île Jan Mayen, fut retrouvé le 29 novembre de la même année à Darangavir, sur la côte occidentale d'Islande. Il fut amené à ce point par le courant descendant du Nord, qui se dirige vers le cap Farewell.
Un fait isolé a récemment confirmé la direction de translation de corps flottants en concordance avec les vents dominants du S.-O. Dans la mer du Nord. M. T. M. FoUow avait jeté à la mer le 8 octobre 1891, près Redcar, comté d'York, une bouteille renfermant une indication ; elle a été recueillie 6 mois plus tard, le 12 avril 1892, par un pêcheur d'Hjelinsand, à l'extrémité septentrionale de la Norwège, ayant accompli un trajet de 2.240 kilomètres (2).
Propagation de la marée sur les côtes. — L'ondulation de la marée est un mouvement d'oscillation verticale qui se transmet de proche en proche dans la masse liquide, sans qu'il y ait déplacement sensible dans les molécules. Telle serait en pleine mer la propagation normale de la marée.
Il n'en est pas de même près des côtes et dans les endroits peu profonds ; outre le mouvement oscillatoire vertical, il se produit un autre mouvement de translation donnant lieu à des courants alternatifs ; ce sont des courants de flot, avec la marée montante et ceux du jusant, avec la marée descendante. Il ne faut attribuer à ces expressions qu'une valeur relative. On commettrait des erreurs nombreuses, le renversement des marées
(i) Annales hydrographiques, 1893, N<» 744, (2) Annales de Géographie. 1893.
ne coïncidant pas toujours avec 1 étale de la haute ou de la basse mer. Dans une embouchure, 11 peut se produire un couraot de l'amont à lavai, lorsque les eaux ont déjà commencé à monter ; silr plusieurs points des côtes, le renversement a lieu au milieu du flot et au milieu du jusant. L'étalé des courants de flot coïncide généralement avec la haute mer ; mais à quelques kilomètres du rivage, le moment de l'étalé du flot retarde progressivement et ce retard peut varier entre i h. 20' et 6 h. 30'. Il existe également dans la Manche une partie, où, sur la côte même, les étales des courants ne coïncident pas avec l'étalé des marées. Le détroit de Gibraltar et celui de Bal-el-Mandel qui font communiquer l'un rOcéan avec la Méditerranée et l'autre avec la mer Rouge, présentent sous le rapport des courants une singulière anomalie : lorsque la mer monte dans ces deux détroits, le courant se dirige de l'intérieur de ces mers vers l'Océan; il entre au contraire de l'Océan dans ces mers, lorsque la mer descend sur les rives de ces détroits (i).
Quand la mer pénètre dans un bassin n'ayant qu'une seule ouverture, les eaux affluentes courent dans le même sens jusqu'à ce qu'elles cessent d'élever leur niveau sur les rives de ce bassin. Quand elle pénètre dans des canaux à deux ouvertures, où l'ondulation de la marée peut se précipiter à la fois par les deux extrémités du canal, le phénomène devient plus compliqué ; il y a interférence des deux ondes; mais comme ces deux ondes peuvent être égales ou inégales, il en résulte dans chaque cas un régime particulier pour les courants de marée.
Ainsi dans la mer d'Irlande les deux ondes opposées sont égales ; au point où elles se superposent, les deux flots et les deux jusants se détruisent réciproquement ; ce qui produit une étale générale. Beechy, qui a étudié consciencieusement cette mer, a appelé « point normal de la marée », le lieu de rencontre des deux ondes. Leur amplitude est de plus en plus grande à mesure qu'elles s'en éloignent et le maximum de la vitesse correspond à la demi-marée à ce même lieu.
Dans la Manche, l'ondulation venant de l'Atlantique pénètre aussi par deux ouvertures; elle entre directement du côté ouest
(i) Bouiroux, ingénieur hydrographe.
iO LES MOUVEMENTS DÈS EAUX DE LA MER
et ensuite du côté nord, après avoir contourné les lies Britanniques ; le point de rencontre se trouve à l'entrée du Pas-de- Calais. Les phénomènes qui en résultent sont complexée étant la conséquence directe de la configuration des côtes, parce qu'ils résultent de l'interférence de deux ondes inégales. La marée venant de l'Ouest par l'ouverture de la Manche est beaucoup plus violente que celle qui vient de la mer du Nord après avoir accompli un circuit considérable (i). Il n'existe pas de point exact pour l'heure du renversement des courants, de leur direction et de leur vitesse. On a cependant remarqué que sur les côtes de France les courants résultant de leur propagation sont plus forts que sur les côtes anglaises.
Les courants de marée. — Le spectateur placé sur le sommet des hautes falaises de la Manche voit se dérouler sous ses yeux la propagation de la marée frôlant le littoral : la mer est basse, retirée au loin de la zone des sables encore humide, et laissant à peine deviner la limite du fond de vase situé à une plus grande profondeur. La teinte azurée du large s'étend presque jusqu'à la grève. Mais bientôt le flot de marée arrivant de l'ouest, se fait sentir dans le voisinage de la plage sablonneuse, colorant graduellement en jaune une large bande riveraine. Le courant littoral se trouve ainsi déterminé par la différence tranchée de sa coloration provenant du bouleversement des sables ; si quelque obstacle se présente, tel qu'un cap de rochers, ou un courant sortant d'un estuaire, on le voit le contourner en s'étendant vers le large, pour poursuivre ensuite sa course.
Les courants littoraux provenant de l'incessante mobilité des eaux de la mer, soumises aux alternatives des marées, exercent une puissante action destructive et reconstituante d'autre part, sur les côtes de l'Océan. Lorsque la marée pénètre dans des chéneaux resserrés, passant sur des fonds inégaux, ou qu'elle se trouve contrainte dans son expansion, elle produit de violents courants aussi dangereux pour le navigateur, que puissants^pour le remaniement du littoral. Nous citons les plus connus.
Le golfe de Saint-Malo, parsemé d'écueils et de plateaux de
(i) Kellcr. Exposé sur le régime des courants dans la Manche et dans la mer d'Allemagne.
rochers, possède un régime particulier de marées qui sont les plus élevées de nos côtes de TOcéan. Elles présentent diflférentes anomalies telles qu'une augmentation presque régulière en 1874 et 1883 du niveau moyen de la surface de la mer, suivie d'une diminution constante. Ces variations sont attribuables à des phénomènes astronomiques, mais surtout à la configuration de la côte dont l'influence est « si considérable, dit M. Heurtault (i), que Saint-Servan, situé entre Brest, où les marées ne dépassent pas 8'"2oo, et Cherbourg, où elles n'arrivent pas à 7 mètres, voit les siennes atteindre i3™6o<'. »
Il en résulte, à certains moments de la marée, de violents courants qui se précipitent dans les passes formées par l'archipel d'îles et d'îlots occupant le milieu du golfe de Saint-Malo. Ainsi celui du Raz-de-Blanchard, dans le passage de la Déroute, atteint une vitesse de 15 kilomètres à l'heure quand l'action du vent se joint à celle de la marée ; entre les îles de Jersey et de Guernesey ils deviennent de véritables fleuves marins, dont la direction se renverse alternativement. Au moment du renversement, la mer est démontée et des lames énormes s'entrechoquent en tourbillonnant.
La baie de Fundy, ouverte dans les dentelures de la côte de la Nouvelle-Ecosse, consiste aussi en un entonnoir entouré de nombreuses embouchures de rivières du littoral canadien, et dans lequel les relèvements progressifs du fond se combinent avec le rétrécissement des passages. Dans cette baie, où, suivant les époques, l'écart entre la haute et la basse mer est de 15 à 20 mètres, il règne un flot puissant comparable à un mascaret ; à cause des profondes dépressions de l'entrée de la baie, combinées avec le relèvement progressif des fonds, la marée se précipite avec un mouvement tourbillonnant. Il est à remarquer le contraste existant entre ces hautes marées de la baie de Fundy favorisées par la configuration locale et la faiblesse de celles de la baie Verte, dans le golfe du Saint-Laurent où elles atteignent à peine trois mètres. Ces deux baies ne sont séparées que par l'isthme étroit de Chignecto, mais leur régime de marées dépend d'un côté directement de l'Atlantique et de l'autre d'un golfe
(i) C.-Rendu de la Soc. dcGéogr. 1891, p. 559.
qui participe au caractère d'une embouchure de fleuve et d une mer intérieure, la mer d'Anticosti.
Sur les côtes de la Colombie Britannique, profondément découpées par des fjords resserrés, il existe entre la terre ferme et l'île de Vancouver un étroit chenal à peine large de 3 kilomètres, le canal Saint-Georges, où la marée se précipite tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre avec une vitesse atteignant quelquefois 10 kilomètres à l'heure. La force du courant est telle que les bateaux à vapeur n'affrontent pas toujours avec succès cette irruption vertigineuse de la mer (i).
Un bouleversement à peu près semblable se produit dans les lacs d'Ecosse, au nord de l'île de Jura, près de l'îlot de Scabra ; il est appelé : « Corryvrechan » ou a Coriebhrecain », c'est-à-dire : Chaudon de mer. Celle-ci se précipite comme une éclusée à la marée montante à travers un chenal d'un kilomètre de large, avec une vitesse de 12 kilomètres à l'heure, encore augmentée par les vents d'ouest, s'engouffrant entre les montagnes entourant cet étroit défilé. Un relèvement graduel du fond s'opposant à l'entrée de la marée, contribue à l'accroissement du courant.
Dans les fjords qui découpent les côtes de Norwège ces effets de marée sont fréquents. Le plus connu est le Malstrom, à l'extrémité des îles LoflFoden (ou LofiFott), entre les récifs Moskenas et Vaero. Ce type légendaire des tourbillons résulte de la précipitation des eaux au milieu du West Fjord, venant du sud-est, puis tournant au sud-ouest et finissant par se diriger au nord-ouest, accomplissant en douze heures le tour entier de l'horizon. Le mouvement tourbillonnaire résulte autant de l'impulsion de la marée dans un chenal étroit, que de la profondeur croissante du fond ; car hors du groupe des Loffoden, les sondages atteignent 200 et 400 mètres, tandis que dans les chéneaux, il n'y a que 20 à 50 mètres. Les pécheurs de la localité ne s'y aventurent que par les temps calmes et seulement trois quarts d'heure avant le flot. Les légendes Scandinaves rapportent que les navires ont été fatalement engloutis, attirés dans l'abîme par les étreintes d'une poulpe gigantesque (2).
(i) Richard. Vancouver Island Pilot.
(2) D' Charlton.
LES MOUVEMENTS DES EAUX DE LA MEft 23
Les courants de marée paraissent ne pas devoir exister au large et cependant on a donné le nom de tide-rips à un clapotis analogue à celui que produit la rencontre de deux forts courants. Ils ont étésouvent observés dans l'Atlantique près deTéquateur et principalement dans l'hémisphère nord. La mer gronde alors comme une rivière qui se fraye un passage à travers les rochers. La navigateur inaccoutumé à ce phénomène s'attend à voir son navire entraîné loin de sa roule et lorsqu'il fait son point, il reconnaît avec étonnement qu'il ne s'en est pas écarté. M. Savy attribue ces mouvements insolites de la mer à l'émersion d'un courant froid et léger, ajoutant qu'il a souvent remarqué que dans ces conditions, il y avait un mouvement de dérive à l'ouest. Horsburg (i) cite plusieurs phénomènes de ce genre dans le détroit de Malacca, il a constaté que le clapotis bat les flancs du navire avec violence et qu'une embarcation ne résisterait pas à ces courants, dont le bruit est quelquefois tel, qu'on croit entendre la mer briser sur des écueils. Beaucoup de vigies qui défigurent les cartes sont probablements dues à la rencontre d'un tiderip (2).
Mouyement ondoyant de la mer. — Lorsqu'une faible brise s'étend sur les eaux calmes, elle leur fait perdre d'abord leur transparence, puis engendre des rides, dont la concavité est tournée du côté de l'origine du vent. Ces rides s'approfondissent avec l'intensité croissante du vent, puis elles augmentent de hauteur, éloignant leurs crêtes les unes des autres, en formant des ondulations perpendiculaires à la force d'impulsion ; enfin elles se réunissent pour donner lieu aux ondes majestueuses qui secouent les navires.
En jugeant d'après l'agitation qui règne à la surface de la mer quand elle est bouleversée par le vent, on est amené à supposer que cet ébranlement se propage profondément. Les couches inférieures ne participent que faiblement à l'ébranlement superficiel ; à une distance assez faible, l'ouragan passe inaperçu dans les abîmes liquides. La preuve en a été fournie par les plongeurs qui ont travaillé au sauvetage des épaves par la profondeur
(i) East India Directory.
(2) Ploix et Caspari. Météorologie nautique. 1^7.^.
maximum de 30 brasses ; ils ont constaté que les tempêtes n'avaient rien changé à la condition des objets libres au moment du naufrage.
Mais l'action des puissantes lames du large sur les côtes est considérable ; c'est une des plus grandes manifestations de l'énergie mécanique de la création. II suffit, dit M, Bouquet de la Grye (i), pour s'en faire une idée, de calculer la quantité de mouvement contenue dans une lame normale de 10 mètres de haut et de 200 mètres de longueur, ayant une durée de 18 secondes. On trouve 1.350 chevaux de force par mètre transversal, sans faire entrer en ligne de compte la vitesse horizontale. Une telle puissance ne s'exerce pas sur un navire qui s'élève avec la houle, mais il n'en est pas de même à terre, et l'on a vu, par exemple, une portion de la digue de Socoa, à Saint-Jean-de- Luz, pesant 1.200 tonnes, se détacher de son amorce à terre et reculer de i'»5o*^ dans un coup de mer. »
Dans une tempête la vitesse de translation peut atteindre la vitesse de cinquante kilomètres à l'heure. Ces vagues atteignant les plateaux voisins des côtes, s'y précipitent avec d'autant plus de violence que l'inclinaison de la plage est plus considérable. Ces rouleaux s'avancent dans une direction perpendiculaire au rivage: effet dû à ce qu'ils rencontrent des pentes de plus en plus prononcées et à la marche plus rapide de l'ondulation au large que sur les bords où la profondeur décroissante retarde leur progression. La partie antérieure de chaque vague se ralentit sur le tond, pendant que la partie supérieure animée d'une vitesse plus grande, passe par dessus la crête et se déverse en brisant. Les vagues sont moins fortes dans les grands fonds ; ainsi on a remarqué à la fosse de Cap Breton, sur la côte des Landes, où les grandes profondeurs de cette fosse pénètrent dans la déclivité générale du plateau sous-marin, que la mer y est beaucoup plus calme que dans les parties voisines du littoral ; circonstance souvent mise à profit par les navigateurs, qui, poussés par la tempête, viennent y chercher un refuge temporaire.
La violence du choc des lames est donc d'autant plus fort
(i) Les mouvements de la mer. Conférence à l'Association scientifique. I" mars 1884.
qu'elles rencontrent un obstacle ; si cet obstacle leur barre brusquement le passage, elles brisent avec fureur; si au contraire elles expirent mollement sur une grève à la pente faible, leur force est détruite. Aussi les ingénieurs ont copié la nature en établissant à l'entrée des ports soumis à la pénétration directe des vagues du large, des bassins d'épanouissement où elles s'étalent doucement au lieu de frapper directement les murailles des jetées.
Les vagues soulevées par un coup de vent sont douées d'une force considérable ; si elles ne mettent pas en mouvement les particules de sable dans les profondeurs dépassant environ quinze mètres, elles transportent au moyen de déplacements successifs, des blocs volumineux, à une grande distance de leur emplacement. En 1837, dans une tempête qui a sévi sur l'île Saint-Thomas, des blocs de rochers ont été arrachés à 12 mètres de profondeur et lancés sur la plage; en 1868, des blocs artificiels de béton cubant plusieurs mètres, destinés à la jetée de Biarritz, ont été transportés à une distance de 15 mètres. On a cité un navire de 200 tonneaux jeté par une lame de fond, sur le sommet de la digue de Plymouth, où il resta longtemps immobilisé. Aux Mascareignes, d'énormes blocs de corail furent arrachés dans un cyclone, aux récifs entourant ces îles et projetés à plus de vingt mètres de la plage, où ils paraissaient avoir été lancés par une explosion.
Stephenson avait estimé que la force d'impulsion de la masse d'eau abordant le phare de Bell-Rock représentait un poids de 17.000 kil. par mètre superficiel. Il avait aussi constaté que les vagues qui se précipitaient sur le phare d'Eddystom, situé à l'entrée de la Manche, l'ébranlaient en atteignant quelquefois la hauteur de trente mètres et le faisaient fléchir d'une quantité très appréciable.
Dans les moments de fureur de la mer les vagues mugissantes s'élancent sur les rochers noirs qui hérissent nos côtes de l'Océan ; elles y tourbillonnent avec fracas et s'affaissent laissant au loin un ruban d'écume blanchissante, qui tranche sur le fond de la mer. On perçoit au milieu du tumulte un bruit dominant et sonore. Quand la mer brise sur le Torche de Penmark, rocher isolé de la terre ferme, le choc est si violent qu'on entend ces
mugissements apportés par les vents d'ouest jusqu'à Quimper, distant de 24 kilomètres ( i). Aussi ces rochers ont-ils été de tout temps fertiles en naufrages.
On est généralement porte à exagérer la hauteur des lames en pleine mer. Le mesurage peut se faire à bord d'un navire en s'élevant dans la mâture où l'on cherche à occuper une position dont la hauteur soit telle que le rayon visuel passant par le sommet de la lame la plus voisine, se continue ainsi par une seconde lame confondue avec l'horizon moyen ; en mesurant la hauteur où se trouve l'observateur au-dessus du niveau de la mer, on obtient celle des lames. Dans les coups de vents de l'Océan Austral, plusieurs navigateurs ne leur ont pas attribué plus de
12 à 15 mètres.
11 a été reconnu qu'entre l'Amérique et l'Europe, après 36 heures d'un vent violent, une vague mettant 6 secondes à parcourir la longueur d'un navire, ceci représenterait une vitesse de 60 kilomètres à l'heure. La plus haute de ces vagues avait
13 mètres de haut et l'espace entre deux crêtes était de 180 mètres.
(1) B. Girard Rev. Mark, et Col. 1886.
Kig. 2.
Action destructive des vagues et des courants. — Les efforts de la nature tendent toujours à rétablir l'équilibre dans une incessante évolution. Le mélange des forces physiques et mécaniques qui les accompagnent occasionne de perpétuelles métamorphoses. Pendant la suite des siècles les différentes parties de la surface du globe baignées par les océans ont été successivement remaniées par le mouvement des flots.
Après la destruction lente des montagnes par les agents atmosphériques et le travail des glaciers, où les particules des roches ont été portées par les fleuves àTOcéan, ses mouvements continuent Tœuvre de destruction sur les côtes. Le remplissage du bassin des mers est la conséquence de l'érosion, dont les matériaux, surgissant plus tard du calme des abîmes de la mer, remplaceront les reliefs continentaux.
Les phénomènes de contact de la mer avec les terres sont aussi variés que grandioses; l'impulsion de la mer contre certaines côtes finit par opérer leur transformation : ainsi ont été taillées les falaises de la Manche dans le bassin crétacé angloparisien, dans lesquelles l'isthme géologique, remplacé par le Pas-de-Calais, a été percé ; l'érosion a détruit les côtes basses du Jutland et favorisé l'invasion progressive de la mer dans les plaines des Pays-Bas; les efforts continus de la côte de Biscaye ont amoncelé les immenses champs de dunes des Landes; les effets des courants de marée ont détaché de la terre ferme les îles anglo-normandes du golfe de Saint- Malo.
LE PASDKCALVLS A L Kl^OOriC IMU-IUISTOmOlK
lu E H
Fig. 3.
l'érosion littorale
Fig. 4.
Ile d'Helgoland.
L'érosion a emporté les lambeaux de terre sans protection qu'elle continue à absorber à l'époque actuelle. L'île d'Helgoland située à l'entrée de l'Elbe était beaucoup plus considérable aux siècles antérieurs ; il n'en reste plus qu'un rocher consistant en une masse argileuse et molle détériorée aisément par les intempéries à la partie supérieure et les vagues à la base. Des récits exagérés ont été faits sur sa rapide démolition; mais il y a lieu
d'accepter la probabilité du rattachement de l'îlot actuel à rîle de Sable , dernier vestige en train de disparaître.
Adam de Brème rapporte qu'au XVIP siècle on y faisait des récoltes. Le rocher d'Helgoland , avec ses hautes falaises stratifiés de grès bigarrés, est un poste de pilotes, précieux pour les navigateurs entrant dans l'Elbe.
L'île de Sable, situé sur la côte de la Nouvelle-Ecosse, dans un endroit battu par les tempêtes, représente l'accumulation de toutes les alluvions de la côte. Les courants de marée propres à ces parages, portent sur cette île, sorte de point culminant émergé d'un immense banc de sable mobile où la mer brise avec fureur. Les déperditions s'y multiplient avec tant d'inconstance que la topographie de ses contours varie à chaque tempête; quoique le banc qui en forme la base soit considérable, l'île finira par disparaître. Depuis 1880 trois phares y ont été successivement érigés; le premier a été enlevé au bout de cinq ans, le second n'a pas résisté et le troisième élevé loin de la mer finira aussi par disparaître. Les brumes et les courants rendent l'île de Sable dangereuse f)our la navigation ; aussi a-t-elle été surnommée (( le Cimetière de l'Océan. »
Sur les côtes de France on a signalé la disparition de plusieurs îles emportées par les courants ; M. Lennier a fait l'histoire d'une petite île du littoral breton encore figurée sur les cartes
30 L ÉROSION UTTORALE
du ^epiune Français de 1753, l'île de Vie, qui se trouvait entre Cherbourg et le roc de Barfleur. Une première érosion a d'abord isolé l'île de la côte; puis des dépôts tourbeux se sont formés à l'abri des cordons littoraux, tels que ceux que Ton rencontre encore entre les roches actuelles; aujourd'hui les tracesde l'île ont disparu.
Les tempêtes jouent un rôle important dans la modification des côtes sablonneuses ; quelques heures de destruction suffisent pour provoquer des désastres. Dans une tempête du 19 octobre 1883 les digues de défense qui protègent les ma/to du Bas-Médoc, dans la Gironde, furent rompues sur une étendue considérable. La brèche s'est produite au Chaysin, point vulnérable, où les courants ont le plus de violence ; les mattes ont été submergées par les eaux salées et l'on craignit que le bourg de Talais fût inondé ; il résulta de cette irruption de la mer que les terres furent plusieurs années sans pouvoir être mises en culture.
La tempête du 27 octobre 1882 atteignit une telle violence dans le golfe de Gascogne, qu'il se produisit sur toutes ces côtes un raz-de-marée, phénomène inconnu dans ces parages. Le vent poussait la marée au moment où elle montait ; la mer subitement gonflée est venue battre les points qu'elle n'avait jamais atteints ou qu'elle avait abandonnés depuis longtemps par suite des envasements, dans le bassin d'Arcachon, dans l'estuaire de la Seudre ou dans le fond des Pertuis.
A Soulac, où le rivage est composé de dunes friables, la mer à dissous une bande d'une dizaine de mètres de large en quelques heures ; il en est résulté un banc de sable qui émerge actuellement. En ajoutant les érosions de plusieurs tempêtes depuis 1855, la ligne de haute mer a gagné de plus de 25 à 30 mètres (i). Dans le bassin d'Arcachon les dégâts ont été non moins importants ; le port de La Teste a été inondé ; la digue voisine, qui a 800 mètres de long et s'élève à cinq mètres audessus de l'étiage, a été affouillce sur toute la longueur et coupée sur deux points; au moment de la pleine mer, les vagues passant par dessus, ont poussé des embarcations à plus de 500 mètres de la digue ; plusieurs maisons ont été détruites et des cabanes de l'île aux Oiseaux ont été emportées.
(i) Bull, de la Soc. de Géogr. comm. de Bordeaux. Novembre 1883.
L EROSION LITTORvVLE
La désagrégation des roches. — En examinant les effets des assauts livrés par les vagues sur les rochers des côtes, on remarque qu'après avoir été projetées au moment de la rupture du flot, elles reviennent toujours entraînant des grains de sable et même des fragments de roches môles aux galets. Avant que le mouvement de recul soit achevé, les mêmes projectiles sont lancés de nouveau, agissant comme autant de percuteurs sur un même point, pendant plusieurs heures de la marée. Dans ce travail balistique tourbillonnant les masses pesantes effritent et
Entrée de la grotte de Fingal, dans l'ilc de StafTa (en tcosse), d'après une
photographie.
usent les surfaces les plus résistantes, qu'elles réduisent en grains de sables épanchés sur les plages et sur les bancs du littoral.
Cette détérioration perpétuelle produit des effets variables suivant la composition des roches ; les assises stratifiées des calcaires friables sont érodécs rapidement. Le choc répété des projectiles se fait normalement à la surface ; il s'ouvre une excavation indéterminée, à l'état initial, qui devient dès lors cause de l'accroissement de la cavité. Les lames glissant aussi sur les
L EROSION LITTORALE
parois latérales, opèrent un matellage plus impétueux contre le
fond de l'entaille, dont les débris servent à continuer le travail.
L'excavation, soumise à un coqcours de circonstances favorables,
devient avec le temps caverne, arche ou grotte.
Les effets météorologiques s'ajoutent encore à ceux de la mer; dans les régions septentrionales, l'eau de mer projetée sur les roches se congèle pendant les froids en couches superposées; les marées les imbibant aussi deux fois par jour laissent pénétrer la gelée dans les tissures et les fait éclater; dans les régions intertropicales,
la chaleur, jointe aux pluies d'orage, réduit en poussière les
roches les plus dures.
Les falaises de la côte de la « mer sauvage » à Belle-Ile sont
une des curiosités de l'érosion sur nos côtes. Elles n'ont pas
Fig. 6 .
La Chaussée des Géants. Côte basai tique au Nord de l'Irlande.
Fig. 7.
Falaises découpées à Étretat.
moins de .\o à 50 mètres de hauteur et cependant, au moment des tempêtes, on voit les puissantes vagues de l'Atlantique venir
l'érosion littorale 33
dénuder les sommets. Cette désagrégation a lieu d'une façon particulière ; les rochers essentiellement schisteux sont découpés en dentellures ayant une certaine ressemblance avec les fjords norwégiens. Les vagues creusent d'abord de petites baies séparées par des langues de rochers ; puis, elle se précipitent dans les anfractuosités ouvertes, isolent la langue de rochers en un grand pic, qui, plus tard, est lui-môme divisé en plusieurs autres aiguilles. Ainsi se sont produit les singuliers obélisques naturels de cette côte particulièrement accidentée, parsemée de grottes intéressantes, dont la plus remarquable est celle de l'Apothicaire, ainsi dénommée à cause d'un grand nombre de nids d'oiseaux qui s'y trouvaient alignés à la façon des bocaux sur les rayons d'un pharmacien (i).
La mer a ainsi creusé les grottes profondes comme les grottes de Morgat, dans la baie de Douarnenez, au milieu des falaises de schistes calcaires ; en démolissant les noires colonnes de basalte de l'île de Staffa, dans les Hébrides, elle a créé la merveilleuse grotte de F'ingal, qui a 80 mètres de profondeur, et rarement accessible en bateau ; elle a bouleversé la chaussée des Géants à Pleaskin Head, sur la côte d'Antrim, en Irlande ; chaussée colossale composée de fragments hexagonaux de colonnes basaltiques, d'un diamètre variant entre 15 et 40 centimètres, au nombre de plus de 40,000, formant un promontoire s'avançant dans la mer.
Sur les falaises de craie tendre comme celles des côtes de Normandie, l'érosion a découpé dans des poches plus friables les aiguilles d'Etretat, dont la plus haute s'élance à 67 mètres et les arcades de la Manne-Porte, les grottes du Trou-à-l'Homme et plus loin sur la même côte l'arche pittoresque de Saint-Martinaux-Buneaux. La mer a donné aussi à certains rochers des formes fantastiques, en isolant des pylônes, comme ceux des ((Demoiselles de Fontenailles », trois aiguilles naturelles isolées au milieu de la plage D'Arromanches (Calvados), et dont il ne reste plus qu'un seul témoin dont la base est menacée à chaque marée. Il existe pareillement à Newquay, dans le Cornwall, le dernier témoin d'une roche dure fourvoyée dans une falaise
(i) La Nature 1875. I^-
Girard, 3.
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friable disparue, la a Queen Bess Rock », obélisque s*élevant solitairement au milieu d'une plage. Dans les falaises schisteuses des Orcades, les flots toujours en courroux dans les défilés de ce groupe d'îles, ont détaché un obélisque nommé « Old Man of Hoy », toujours voilé par les embrunes et les nuées d'oiseaux de mer.
^^'^^ r^^^-^r Lorsque les vagues s'en-
"^ "^ goufiVent dans les fissures
profondes des rochers, elles y produisent l'effet d'un coin, retentissant comme une explosion de mine.
Quelquefois, les circonstances aidant, elles creusent un puits de bas en haut, par l'orifice duquel chaque poussée jaillit en colonne d'écume retombant aux alentours. De là le nom de (( Trous souffleurs» donnés à ces perforations. Dans l'île de Gozzo, située danâ l'archipel de Malte, se trouve une cavité de cette nature, nommée la « Saline de l'horloger ». Dans les tempêtes ^ les vagues s'y précipitent bondissant à plus de 20 mètresde hauteur etretombant ensuite. Vainement on a bouché l'orifice, la violence des vagues comprimant Tair Ta débouché, en provoquant une explosion. On connaît encore plusieurs trous souffleurs dans l'île de Minorque, à Newquay, dans le Cornwall, et à l'île de North Uist, dans les Hébrides, où, dans la « Caverne du Chaudron », l'eau jaillit à 60 mètres de hauteur. A Islay, dans l'Amérique du Sud, il en existe plusieurs dans la falaise voisine de la ville.
Fig. 8.
Rocher isolé dans les îles Orcades, nommé V The old man of Hoy ».
L EROSION UTTORALE
Uaction érosive de la mer a certains points de rapprochement avec celle des eaux glaciaires, creusant les pierres les plus dures avec des procédés identiques. Si les galets mêlés au sable sont perpétuellement remués dans une cavité, avec ce mouvement tournoyant repris à chaque marée, la roche se creuse et il se lorme une « marmite de géant » comme celles de Tépoque glaciaire et dont les plus curieux échantillons sont à Lucerne au « jardin des glaciers )). Plusieurs excavations de ce genre ont été
J\/iveau
Fig. 9.
Érosion des couches de craie du Pas-de-Calais et leur affleurement près du cap Gris-Nez (d'après les explorations géologiques pour le percement du tunnel sous-marin).
signalées sur les côtes Scandinaves et particulièrement à Hoelstolmen où Tune d'elles aurait atteint 3 mètres de profondeur sur i'"4o<î de diamètre (i). Elles sont plus fréquentes sur nos côtes qu'on pourrait le supposer. Nous en avons vu plusieurs spécimens à Saint-Énogat, près la Roche-Pelée, entre autres un qui avait un mètre de diamètre et 80 cent, de profondeur.
La puissance des flots agissant sur une langue de terre étroite, sur un isthme, provoque des modifications géographiques importantes. Ainsi Tisthme du Pas-de-Calais qui réunissait
(1) M. Daubrce.
30 l'érosion littorale
l'Angleterre au continent, suivant les géologues les plus autorisés, a été détruit par les marées poussées par les vents dans le fond du golfe de la Manche, déferlant contre des falaises peu résistantes, dont l'écroulenient a contribué à la rupture de l'isthme. Un fait de cette nature s'est produit aux Indes ; la presqu'île de Ramnad terminée en flèche près de Toni-Turei se prolonge par une chaîne de blocs naturels à fleur d'eau jusqu'à l'île Rameswaram. Cette digue, longue de 2 kilomètres, ressemble à une chaussée naturelle destinée à relier l'île à la Péninsule en barrant le détroit de Pemban. Suivant les chroniques locales, la communication existait au XV' siècle. Maintenant la mer a commencé sa destruction. La première brèche fut ouverte par une tempête en 1480; puis elle fut agrandie pendant les tempêtes suivantes; au commencement du siècle elle était praticable aux embarcations et actuellement la passe a cinq mètres de profondeur. Les restes de la digue se composent de deux alignements de rochers irréguliers, éloignés d'une centaine de mètres et présentant une certaine ressemblance avec les blocs artificiels destinés à protéger les jetées des ports.
Influence des vents dominants. — Les tempêtes qui bouleversent les côtes dans l'espace d'une marée, produisent des érosions faciles à concevoir ; mais l'influence d'un vent normal repoussant les eaux toujours dans le même sens, finit par en produire d'aussi importantes. Ceci est particulièrement sensible sur les rives des étangs littoraux, des lacs, des fleuves, exemptes des nombreux facteurs qui interviennent sur le bord de la mer. Le vent projetant de petites lames sur les berges friables d'un fleuve, les affouillent jusqu'à ce que, taillées verticalement, elles finissent par s'efiFondrer. Les matériaux ainsi dissous, éboulés au pied de la rive, sont emportés par les crues et déposés le plus souvent sur le côté abrité du vent. Il en résulte une rive verticale du côté du vent dominant et une rive en pente douce du côté opposé.
Cette particularité, remarquée sur plusieurs fleuves d'Europe, a été provisoirement attribuée au déplacement continu des eaux par la force de translation. La terre est animée d'un mouvement de rotation de l'ouest à l'est, avec une vitesse de 450 mètres à la
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seconde sur la ligne équinoxiale; ce mouvement ne modifie pas les positions relatives des corps solides, que l'attraction centrale fixe à la surface de la terre ; mais il n'en est pas de même des fluides entraînés suivant une pente ; tout point mobile qui se déplace de l'ouest à lest, dans le sens de la rotation, a sa marche accélérée: s'il se dirige de l'est à Touest dans le sens contraire, elle est retardée. S'il se dirige de Téquateur vers l'un des pôles, il devance par suite de la vitesse acquise le mouvement angulaire du globe et dévie vers l'est. S'il se dirige de l'un des pôles vers l'équateur, il reste en arrière et dévie vers l'ouest (i). Partant de cette loi posée par de Bœër les rives des fleuves, et pareillement les bords de la mer, seraient influencés par la rotation de la terre; celle-ci s'accuserait par l'augmentation de la pression de l'eau sur la rive droite dans l'hémisphère nord et sur la rive gauche dans l'hémisphère sud. Il en résulterait une destruction de la rive soumise à la pression et une progression de celle-ci dans l'orientation indiquée.
De Bœër aurait fait, à l'appui de cette hypothèse, des observations probantes en Russie, sur le Don, le Volga, la Sviaga, etc.; elle serait aussi applicable au Rhône, dans la partie comprise entre Lyon et la mer; sa rive gauche tendrait à s'augmenter des terrains qu'abandonne le fleuve, dont la rive droite est rejetée progressivement du côté de la barrière des Cévennes.
Sans dénaturer la valeur de cette théorie, on peut cependant ne pas la séparer des causes les plus appréciables de l'érosion générale représentée par deux agents énergiques : la persistance de certains vents et le frôlement des courants. En examinant les rives de la Basse-Seine, dont le cours sinueux forme des bassins où se développent les ondulations dues aux vents d'ouest, on remarque que dans les endroits où ces ondulations acquièrent le plus de force, la rive qu'elles frappent est taillée verticalement et que même les arbres qu'elle porte, finissent par être déracinés; tandis que du côté opposé, le talus de la berge se prolonge en pente normale vers le fond du fleuve.
Cette manière d'envisager l'érosion se rapproche de celle dont Herr Klinge interprète une particularité des rivages de la Bal-
(i) Bull, de l'Acad. des Sciences de Saint-Pétersbourg. 3 février 1860.
tique (i) ; les marais littoraux existent seulement dans les groupes d'îles placés sous le vent d'est et cela seulement sur les côtes protégées. Dans la région orientale les plantes hygrophiles poussent sur la côte sud-ouest et les plantes xérophiles sur la côte nord-est. Herr Klinge rejette l'attribution de ce fait à la loi de De Bœër et cite à l'appui de son assertion les bras morts de l'Embach inférieur, qui, à quelques exceptions près, sont situés du côté sud de la rivière, dont les rives sous Faction du vent dominant ont été déplacées vers le nord, c'est-à-dire vers la gauche, contrairement à cette loi.
Le même auteur s'est aussi livré à une étude suivie sur l'accroissement de la végétation dans les nombreux lacs de la région orientale de la Baltique. Leur croissance paraît dépendre uniquement de la direction du vent pendant la période active de la végétation. Comme les vents du sud-ouest dominent dans cette région, le bord sud-ouest des lacs, situé au vent est garanti du choc des vagues ; par conséquent les gazons et les mousses s'y développent et s'étendent par degrés autour des extrémités nord et sud. La berge nord-est, sur laquelle brisent les vagues poussées par les vents du sud-ouest, ne présente aucune trace de végétation et reste généralement abrupte.
La disposition particulière à la topographie de la Région des Bugors à l'ouest de la mer Caspienne est un exemple du modelage obtenu par la persistance des vents. Ces collines de sable (bugor) consistent en longues péninsules d'une hauteur de sept à huit mètres, courant régulièrement de Test à l'ouest, séparées entre elles par des canaux où les vagues se propageant toujours dans cette même direction, donnent naissance à un courant superficiel ; celui-ci a fini par régulariser la direction des canaux et des langues de terre qui les séparent. La région des Bugors, d'une longueur de 400 kilomètres en latitude,est une conséquence des atterrisse ment s du delta de la Volga, dont les matières meubles, après avoir subi une première transformation de Tétat boueux à l'état sablonneux, sont ensuite soumises à un genre particulier de répartition.
(i) Engler*s Bot. Jahrb.
' , l'érosion littorale 39
La destruction des falaises de la Manche. — Des deux côtés de la Manche s'élèvent de hautes murailles de craie; longs précipices au bord desquels s'étendent des cultures les couronnant d'une ligne de verdure. Cette masse de craie, identique des deux côtés de la Manche, appartient au bassin anglo-parisien qui s'étend depuis la vallée de la Tamise jusqu'à la Champagne. La roche est friable sur toutes ces côtes, où la mer prélève chaque année une bande de terrain variable, mais dont l'absorption est évidente. Des villes, des villages, des cultures dont l'histoire des siècles derniers fait mention, se sont écroulés dans la mer en même temps que le plateau qui les portait.
Les efifets d'érosion sont surtout remarquables aux embouchures des cours d'eau à cause des efifets de courants. Dans l'estuaire de la Seine, aux alentours du cap de la Hêve, où les documents légués par les traditions et les études suivies des ingénieurs, fournissent des repères authentiques, on a constaté une érosion considérable.
De Lamblardie estimait à 400.000 mètres cubes le volume des éboulements d'une seule année. M. Lennier en cite plusieurs atteignant plus de deux millions de mètres cubes. Les plus considérables remontent aux années 1785, 1793, 1836, 1840, 1861 et 1863. Le talus des blocs écroulés constitue une ligne de défense contre les lames battant le pied de la falaise ; mais la nature peu consistante de la roche, se laisse entamer facilement; elle se dissout et les silex abondants qui s'y trouvent inclus vont s'étaler sur les plages, servant plus tard de projectiles destructeurs. Les falaises sont aussi minées par les eaux continentales retenues par des couches imperméables, sur lesquelles elles provoquent des cavités ; des fentes se produisent et des masses considérables se mettent en mouvement, glissant sur une couche d'argile. « Le 30 juin 1866, dit M. Lennier, les basses falaises était en mouvement depuis deux mois, des fentes se produisirent ; le i" juillet elles s'étaient beaucoup élargies et une partie considérable de la falaise s'ébranlait avec un bruit sourd et s'éboulait au milieu d'un nuage de poussière. En s'écroulant sur le talus d'éboulement, cette masse de craie en accélération de marche, entraîna la basse
(i) G. Lennier. Etudes géologiques sur l'embouchure de la Seine et les falaises delà Haute-Normandie.
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