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LA FLANDRE AU MOYEN -ACE

(FlandiaEstuaria)

:|2 L EROSION LITTORALE

falaise sur une étendue d*environ 500 mètres. En cet endroit le talus avait près de 2«mi mètres de large et se terminant au bord.

môme de la mer, par un escarpement formé d'argiles calcaires de cinq mètres de hauteur. L'amas de blocs de toutes dimensions projeté sur le galet pouvait être estimé à 4.000 mètres superficiels. Il formait un cap avancé d'une quarantaine de mètres dans la mer et la surface entraînée était de huit hectares. »

Tous les ans des éboulements de ce genre ont lieu sur toute la côte de la Manche, de l'un et de l'autre côté du détroit ; des blocs détachés des assises supérieurs reportent la base de -la falaise plus au large, mais les courants finissent par réduire les décombres en sable, en graviers et en galets. Le cap de la Hève, déchiqueté de jour en jour par ces démolitions successives, aurait subi une érosion de ï.4œ mètres, soit une moyenne de deux mètres par an, depuis Tan iioi s époqueà laquelle une chairtedeCharlesV, de janvier 1373, constate que le village de Saint-Denis-Chef-de- Caux, situé au promontoire de Chef-de-Caux, ancien cap des Calètes, a été submergé avec son église et son phare par les affouillementss de la falaise. La position de ce village aurait été distante de Hua mètres du pied de la falaise actuelle. A cet endroit existe aujoiird iiui le banc de l'Eclat, recouvert par une hauteur de 6 mètres d eau. Le cap de la Hève est sans cesse menacé et Ion songe à reculer les phares qui la couronnent.

La falaise eat donc non-seulement sapée à sa base par la mer, mais encore détruite dans sa masse intérieure par les infiltrations des eaux douces. On rencontre souvent une petite nappe aiquifère sur des couches d'argiles de diflférente nature, filtrant à travers une autre couche de sable. Les eaux de pluie et de source pénétrent à travers les nombreuses cassures de la craie

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Coupe d'une falaii^e détruite à \\\ base par ks vagues.

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alimentant les puits et certains ruisseaux. A la longue, les cavités se transforment en cavernes, et s'éboulant subitement donnent lieu à un affaissement plus ou moins sensible suivant la distance où il s'est produit. Ensuite les sables étant délayés; ne pouvant plus supporter la partie supérieure de la falaise, celle-ci glisse et s'éboule sur la plage. Dans d'autres circonstances, la mer attaque les couches inférieures ou sous-jacentes, pénétrant au moment de la marée haute dans les couches solubles, les lavant et finissant par y pratiquer des excavations de dimensions toujours croissantes. Ce genre d'érosion se reconnaît au

Ma>sf de craie ec zone de silex.

Fig. 12.

Éboulement des felaises par infiltration des eaux intérieures.

moment de la marée basse, où des filets d'eau salée s'échappent de la masse crayeuse comme d'un réservoir.

L'infiltration des eaux douces a provoqué des glissements considérables, à la suite desquels la physionomie du village a été entièrement modifiée. Entre Arromancheset Port-en-Bessin, les falaises ont 70 ou 80 mètres sur une longueur de cinq à six kilomètres; elles se terminent par un front vertical de 30 à 40 mètres, précédé de deux ou trois rangs de collines moins élevées, dont la base est battue par les vagues. Le terrain comporte une assise de 30 mètres de calcaire tendre reposant sur

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une couche d'argile de lo mètres d'épaisseur; celle-ci, étant inférieure au niveau de la mer, reste cachée. La masse des falaises pesant sur ce banc d'argile le comprime d'autant plus qu'il est humidifié non-seulement par l'eau de mer, mais aussi par les infiltrations de l'Aure, rivière qui disparaît sous terre à 3 kilomètres de la mer et dont les eaux débouchent à Port-en-Bessin, sur la plage même. Cette disposition intérieure du terrain a provoqué des glissements des assises supérieures sur les couches délayées d'argile ; la masse de la falaise pesant sur une assise molle a glissé, en repoussant devant elle des parties moins élevées, d'où il est résulté un vallonnement parallèle à la plage (1). En 1856 une partie de 300 mètres de long et en 1859 une autre d'un kilomètre de longueur se détachèrent ainsi en conservant à peu près leur horizontalité.

L'action dissolvante des eaux de source a été rendue évidente dans l'affaissement des falaises de Sunderland, en Angleterre, en 1884. On ressentait depuis longtemps des secousses et ébranlements du sol accompagnés de bruits souterrains, dont l'origine fut ainsi expliquée par le professeur Lebour : il démontra que le massif sur lequel la ville est bâtie est constitué par une assise de 100 mètres d'épaisseur de craie magnésienne ; celle-ci est entrecoupée de fissures qui se sont agrandies par les eaux d'infiltration, d'autant plus que l'on avait foré des puits pour alimenter la ville. Pompée en abondance par des machines, cette eau contenait 500 grammes de craie dissoute par 4,500 litres, soit 15 mètres de craie dissoute extraits quotidiennement. Il résultait donc une déperdition des assises du sous-sol, engendrant des cavités dont le plafond s'eflFondrait en attendant que la falaise finisse par s'écrouler dans la mer.

Les couches de craie des environs du cap d'Ailly contiennent des poches argileuses, connues dans le pays sous le nom de « frettes » ; lorsque celles-ci se trouvent imprégnés d'humidité et qu'au moment du dégel, les circonstances s'y prêtent, il en résulte des eflfondrements. Ainsi s'est produit celui de janvier 1893 sur les hautes falaises de Dieppedale ; d'énormes blocs se sont détachés du sommet sur une longueur de 150 mètres et se

(1) De Dion. Note sur la destruction des felaises du Calvados. Ext. des Mém. de la Soc. des Ing. civils.

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sont abîmés avec fracas sur la plage ; on a cité un bloc isolé qui a été projeté à loo mètres de la laisse ordinaire Je la marée.

Lorsqu'un glissement de falaise est préparé depuis longtemps par le travail des érosions intérieures, une circonstance toute fortuite peut déterminer sa mise en marche. Ainsi, en mars 1893, on attribua à l'explosion d'une carcasse de navire détruite pour débarrasser le port de Sandgate, entre Douvres et Folkestone, un mouvement de falaise de 2.500 mètres de long sur 500 mètres de large. Le glissement fut d'abord lent; puis le lendemain vers cinq heures il prit les proportions d'un éboulement, effrayant la population ; plus de 500 maisons furent détruites ou endommagées.

Ces accidents se renouvellent sur toutes ces côtes ; ils sont quelquefois tellement brusques qu'ils deviennent fatals pour les populations. En septembre 1874, un pan touf entier de la basse folaise de la pointe d'Archer, au dessous du poste des signaux de Bléville (Seine-Inférieure), s'est subitement écroulé recouvrant la grève de matériaux évalués à dix mille mètres cubes ; plusieurs personnes, dit-on, auraient disparu dans le cataclysme.

Les abords du Pas-de-Calais. — La dislocation des falaises est activée par les courants des marées violents aux abords du détroit du Pas de-Calais par l'échange des eaux entre la Manche et la mer du Nord. Suivant l'hypothèse géologique, l'isthme aurait rattaché l'Angleterre au continent, ainsi que le démontrait M. Philipps vers 1818; il aurait été rompu par l'érosion et la pression des deux murailles. La disposition hydrographique qui en est résultée, a eu pour conséquence une transformation rapide de certains points du littoral.

La Tamise, dont l'estuaire est disproportionné avec son importance fluviale, coule sur un ancien terrain submergé sur lequel se trouvait une forêt dont les traces sont évidentes; suivant Wood : « les eaux se dirigeaient primitivement vers le sud par des canaux existant encore ». L'estuaire serait contemporain de la rupture de l'isthme ; car, antérieurement les eaux refoulées par les marées devaient s'y accumuler, ainsi que cela se produit en pareille circonstance (1). Le changement des embouchures

(1) Dumas- Vence. Notice sur les côtes de la Manche.

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de rivières à la suite d'ensablements survenus à cause des alluvions, a été fréquemment constaté.

L'île de Thannet,située à la pointe orientale de restuaire,a subi toutes les vicissitudes inhérentes au mouvement des marées dans la petite rivière de Stour; celle-ci fut remplacée à l'époque romaine par un bras de mer désigne sous le nom de Wantsum et les -Romains avaient créé deux ports : l'un à son entrée dans la Manche : Richbourgh, et l'autre à sa sortie dans la mer du Nord : Reculver. Non-seulement ce bras de mer servait de passage pour entrer dans la Tamise, mais l'espace compris entre les deux entrées comportait aussi un port appelé Rutupiae. D'après Solinus, le premier écrivain romain mentionnant l'île de Thannet, cette île aurait été séparée du continent par un estuaire ou plutôt un étier. Bide, le Vénérable, lui donne une largeur de 3 furlongs, soit' 603 mètres; aujourd'hui la Stour n'a que quelques mètres de large (i).

Les anciennes chroniques ont retracé les périodes d'invasion de la mer sur les terres riveraines de l'estuaire. D'après Thomas Walsingham, il y aurait eu en 1334 une inondation transformant en marécages les pâtures de la côte du Kent ; une autre en 1404 aurait eu le même résultat désastreux. Toutes ces terres non protégées ont été inondées aux tempêtes du nord-ouest du XII« au XIV® siècles; encore aujourd'hui, malgré des digues, quelquefois insuffisantes, les terrains dePadstow, East-Ham, Plumstead, Erith, sont encore envahis.

La mer gagne constamment sur les côtes du Suflfolk et du Norfolk : ainsi Eccles-by-the-Sea a eu son église démolie par les flots des tempêtes (2). L'ancienne église de Reculvers, à l'ouest de Margate, est menacée ; l'ancienne ville de Regulbium, capitale d'un royaume saxon, construite à distance de la mer, a été insensiblement soumise à la destruction ; une muraille romaine servant de digue, ayant été emportée, on a exécuté des travaux de défense destinés à protéger son église servant de repère aux navigateurs. Cette côte est si sujette aux invasions de la mer, que les fermiers en tiennent compte dans leurs engagements de location.

(i) Dumas-Vencc, 0^. cit.

{2) A. Ramsay.

Les déblais de Térosion se sont répandus en bancs nombreux et mobiles dans l'estuaire de la Tamise et dans le Pas-de-Calais. Parmi les lambeaux détachés de la côte, le banc de Goodwin, situé en face de Deal, près de la rade des dunes, ne serait qu'une ancienne terre ayant appartenu au comte de ce nom et où se trouvaient des pâturages ; d après Rapin de Uroyas (i) une marée extraordinaire aurait achevé en 1096, ce que les érosions avaient commencé. Le banc de Goodwin Sands est actuellement tracé sur les cartes hydrographiques sous un aspect tout différent de celui qu'il avait au commencement du siècle ; comme tous les bancs de l'entrée de la Tamise,il est sujet à des perturbations dangereuses pour la navigation si active en cet endroit.

Une partie des érosions des falaises de la côte anglaise est entraînée dans la Manche où elle est accumulée sous forme de plaine alluviale triangulaire à la pointe de Dungness modelée par la rencontre des courants littoraux. Cette plaine, composée d'une terre grasse et fine, plus ou moins mélangée de sable, cultivée avec avantage, est entourée d'une digue protectrice de cinq kilomètres de long. Mais une partie des sédiments transportés par ces mêmes courants s'est arrêtée dans les petits ports de la côte du comté de Kent; ceux ayant été comblés après avoir subi une érosion, leur destruction a été complète. Les ports d'Hastings, Douvres, Sandwich, Hythe et Romney, désignés au moyen-àge sous le nom d'Old-Towns, ont joué un rôle dans l'histoire maritime de l'Angleterre. Sous Henri VIII, 57 navires devaient y être perpétuellement entretenus ; ils offraient des abris sûrs et commodes. Hythe, Hastings, Romney ont perdu les estuaires qui leur servaient de port, et Douvres n'existe qu'à cause des travaux entrepris à grands trais pour assurer la communication avec le continent. L'histoire d'Angleterre a souvent mentionné les Cinque ^oris, unité défensive, placée sous l'unique juridiction du Lord Warden oj the Cinque Ports ^ fonction encore conservée de nos jours, comme un titre purement nominal, destiné à perpétuer une tradition nationale.

La submersion des Pays-Bas. — La Flandre française, une partie de la Belgique et la Hollande ne sont qu'une môme

(i) Speed. 1600.

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acception géographique. Il s'est passé dans ces régions un phénomène analogue à celui qui a dû se produire pour les Landes de Gascogne ; le régime des marées ayant été changé, les flots ont déposé sur ces plages basses un cordon de dunes protectrices des envahissements de la mer, mais empêchant l'écoulement des eaux intérieures; des étangs et des marais ont subsisté jusqu'à ce que la main des habitants ait pourvu à leur écoulement.

Le pays des Waieringues était marécageux aux débuts de l'époque historique; à l'époque de Jules César, les paludes mort'norum^ dominés au sud par le Castellum Menapiorum^ aujourd'hui Cassel, situé à 175 mètres d'altitude, étaient couverts par les eaux de la mer poussées par les grandes marées, et auxquelles se joignait l'estuaire de TAa, dont l'écoulement était trop lent pour en opérer le drainage. La mer s'avançait jusqu'à Sithu (Saint-Omer) et les traditions du XI1« siècle permettent de croire que les barques arrivaient sous les murs de cette ville. Les commentaires de César désignent la Flandre tantôt sous la domination de Bocagère et de Forestière, tantôt sous le nom d'Estuaria ; d'où il faut conclure que cette région était remplie d'un dédale inextricable d'îlots couverts de végétation, entourés de roselières et de marécages inondés par la mer. A l'emplacement de Zuiderzee se trouvait le lac F/ero,mentionné par Tacite, et le Castellum Britannicum qui lut construit du temps de Drusus à l'embouchure du Rhin, à Catwich ; il exista jusqu'au X'^ siècle, époque à laquelle une tempête le détruisit.

Les événements considérables relatés par les chroniqueurs prouvent qu'à partir du Xb siècle une quantité de terres et de villages fut submergée; de vastes territoires étant emportés, des mers intérieures se formaient au milieu des marécages. Depuis cette époque reculée les irruptions de la mer sur des terres non protégées, sont signalées Iréquemment ; les lies d'Ameland, Schelling, Vlieland, Texel furent séparées du continent du XI1I« au XV« siècle, pendant que leurs matériaux formaient les îlots sablonneux à peine émergés de la côte du Schleswig (i). Ces îles représentent aussi les derniers vestiges de dunes emportées par l'érosion; ce sont les restes d'un rempart

(i) Dumas-Vence. Cong. Int. des sciences géogr. 1875.

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attaqué d'un côté par les vagues de TOcéan et de l'autre par celles de la mer intérieure. Le Texel, le lambeau le plus important, ayant 22 kilomètres de longueur sur 10 de largeur, conserve

Fig. 13.

Les transformations du littoral des Pays-Bas.

encore une défense par la chaîne des dunes renforcées de digues aux points faibles.

Au commencement de la période historique, on comptait trente-deux îles plus ou moins importantes en bordure sur la côte de la mer du Nord ; actuellement il reste à peine douze îlots

Girard, 4.

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EiJf'ii'dî

sablonneux. Les cartes du siècle dernier les indiquent beaucoup plus étendues quelles ne ie sont aujourd'hui. L'île deNordstrand a été presqu entièrement emportée; Tîle de Borkum a été diminuée de moitié ; l'île de Sylt, sur la côte du Jutland, est à peu près disparue. L^île de Wieringen faisait encore partie du

continent en 1205 ; elle fut dissoute à la suite de plusieurs tempêtes et particulièrement de celle de 1252 (i).

Le golfe du Zuyderzée, innommé par aucun auteur latin , paraît résulter de la réunion de marécages occupant la région où se trouvait le lac Flevo , traversé par la rivière Flevum ,

'mtpiitn

lug 14.

Érosions et rend<*tturcs degrLVC> !*ur In cnt*. du Schleswip'-HolsUin ; enirc rEîder ti TElbc, d'nprèi? lu Li^ Hanscn.

Terschelling . Il n'est mentionné la première fois qu'en 1288, où mer, rompant probablement des digues, y fit irruption. Son diamètre est de 60 kilomètres et sa profondeur, atteignant à

peine deux mètres, est insulTisante pour la navigation; aussi les I lui landais ont d abord creusé le canal du Helder, joignant Amsterdam à la mer: puis dernièrement, approfondissant le bras étroit de TY jusqu'à Vmuiden. on a relié la capitale plus directement avec la mer. On travaille actotrllcment au dessèchement du

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Zuiderzée. La digue principale aura une longueur de 29 kilom., et sera disposée de façon à protéger 275 kil. de côtes contre les dangers des tempêtes du large; les eaux fluviales de l'Yssel s'écouleront par une série d'écluses, qui maintiendra le niveau fixe de ITsselmer remplaçant le Zuiderzée. Cette digue monumentale exigera un travail de huit ans et les digues secondaires demanderont vingt-quatre ans.

Les golfes du Dollart et de la Jade ont une origine analogue à celle du Zuiderzée ; le sens de leur creusement, conséquence de

l'érosion des vents dominants, se dirige

de l'ouest à Test. 1 Katmk^J

Les Hollandais ont conquis leur sol sur les eaux au moyen des digues, depuis les temps les plus reculés ; l'histoire signale de nombreuses ruptures ayant entraîné des désastres.

En Tan 1230, plus de cent mille habitants lurent surpris par une inondation dans la Frise; en 1470 et 1530 les mêmes événements se répétèrent.

Le Biesbosch ( bois de joncs ) près Moërdyk, fut submergé le 18 novembre 1821 et 35 villages furent détruits; il ne reste plus aujourd'hui qu'un labyrinthe de canaux baignés par un grand bras de la Meuse.

La submersion des Pays-Bas est principalement la conséquence de l'érosion et suivant l'expression d'Elie de Beaumont, « les découpures érosives des canaux, ne sont que Timmense delta du Rhin », où pénètre la marée de la mer du Nord, d'autant plus tumultueuse que ces côtes se trouvent devant le point de rencontre de l'onde venant de la Manche et de celle de l'Atlantique qui a fait le circuit des îles Britanniques. Quand elle est poussée par les vents d'ouest, elle acquiert une violence par laquelle les bouches de l'Escaut et de la Meuse se trouvent bouleversées et les canaux affouillés jusque dans les plus petits étiers. On a aussi attribué la submersion des Pays-Bas à un affaissement agissant concurremment avec l'érosion. La

if^l'EiUr

Fig. 15.

Erosions de la Frise septentrionale depuis le XI11« siècle.

dépression graduelle de certaines parties endiguées, serait le résultat de la surcharge des matériaux composant les digues élevées sur un sol d'alluvions. A ce poids s'ajouterait celui des masses de dépôts accumulés sous les efforts des eaux, additionné de celui des mômes eaux retardées dans leur écoulement par la formation de seuils ;en6n les endiguements resserrant les chenaux, ont fait élever le niveau des marées sur certains points particulièrement menacés (i). On cite à Tappui de cette observation de nombreux cas où l'écoulement des eaux provenant de l'intérieur, qui se faisait automatiquement à marée basse au moyen de clapets servant de vannes, a cessé, depuis que des travaux d'endiguement du voisinage ont retardé l'écoulement intérieur.

L'obligation de surélever graduellement les digues de certaines régions permet une conclusion favorable à l'aflfaissement du sol voisin du littoral. D'après des repères anciens, mais pour quelques points seulement, cet eflfet aurait eu un caractère intermittent. Il aurait atteint 9 millimètres par an au XV® siècle et 25 millimètres au XVII^. Il faudrait aussi tenir compte des effets de tassement des points de repère pris comme base. On a encore objecté d'autre part que dans plusieurs endroits, des travaux de protection remontant à plusieurs siècles ont conservé toute leur valeur première. Dans d'autres et particulièrement près des côtes, on cultive un sol situé à 8 et même 10 mètres en contre-bas du niveau de la mer (2).

En remontant à l'époque de l'invasion germanique, on a vu que le littoral était exempt de travaux de défense ; l'envasement aurait contrebalancé le mouvement de submersion lente, ajoutant au sol fléchissant un nouveau sol alluvial. Ainsi la partie méridionale des Flandres, où ce mouvement est moins accentué qu'en Hollande, est devenue habitable, malgré les marais dont le sol est entrecoupé. Dans le nord, au contraire, l'affaissement du bassin de Hanth est appréciable, d'après l'épanchement progressif des eaux marines. Après la construction des digues il s'est établi une sorte de colmatage spontané faisant obstacle à

(1) J. Bourlot.

(2)Eliede Beaumont. Leçon de géologie pratique, 1845.

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l'érosion ; aussi ce pays reçut-il le nom de Land van Vaas (pays d'eau) (i). Ce grand bassin s'étendait encore au sud parallèlement aux cours de l'Escaut et de la Lys, souvent confondus dans le Klein Brandband et jusqu'à la Meuse, avec laquelle il paraît avoir communiqué librement à l'époque romaine.

On a constaté sur plusieurs points et d'après d'anciens repères des dépressions réelles. « Jusqu'en 1408 les polders avaient écoulé leurs eaux à marée basse ; mais l'affaissement progressif du sol finit par paralyser l'écoulement direct. Des moulins-à-vent durent être établis sur les digues pour suppléer aux clapets qui ne fonctionnaient plus. Deux siècles plus tard, en i6i6, grâce à un repère pris en 1452, on constata que dans l'intervalle de ces deux époques, le sol s'était affaissé de i"*25 à o"75 par siècle. En 1732, l'opération fut renouvelée et donna pour 116 années consécutives une différence de 0^31 seulement; ce qui correspond à o'"26 par siècle pour cette seconde période; soit en moyenne pour les deux : o™5o, juste le double du chiffre que nous avions trouvé (2).

Cet état de choses a rendu impossible l'évacuation non seulement des eaux pluviales et d'infiltration des polders, mais encore de certains cours d'eau qui se jetaient autrefois directement à la mer, sans que celle-ci reflue dans leurs embouchures. Le Vieux Rhin ayant son embouchure obstruée par les amas de sable de la plage, s'épanchait dans un marécage. Depuis 1807, on a ouvert à Katwy k un chenal destiné à remplacer cette embouchure ; les eaux sont évacuées à marée basse par un formidable système d'écluses retenant les hautes marées qui atteignent 3"4o au-dessus de la plaine traversée par le Vieux Rhin.

Les forages pratiqués dans le sol des Pays-Bas sur divers points ont permis de reconnaître que sous lesalluvions modernes, les fossiles marins s'étendent jusqu'à une certaine profondeur. La superposition des couches semble indiquer les alternatives de l'érosion. Ces indices se combinent avec une série de phénomènes complexes provenant du rôle des marées, qui ont augmenté la hauteur de l'eau dans un réseau de canaux tantôt larges, tantôt

(1) J. Jossens. Bull, de la Soc. Belge de géogr- 1877.

(2) Alphonse Esquiros. Revue des Deux-Mondes, 15 juillet 1855.

étroits, dont le régime n'est pas indépendant des vents dominants.

La protection des côtes. — Les attaques de la mer sont redoutables pour les côtes basses, et dangereuses pour certains points, où une marée favorisée par le vent, peut anéantir des cultures et détruire les propriétés. Depuis les temps les plus reculés, les habitants ont élevé des digues contre Tempiètement des eaux; celles qui remontent à la plus haute antiquité sont dues aux Indiens de là côte de Coromandel, à l'embouchure de la rivière Caveri; elles datent de quinze siècles et subsistent encore en bon état. Elles arrêtent les eaux de cette rivière qui, aux époques de crue, débite 13,500 mètres cubes par seconde. Ces digues protègent une vaste plaine très fertile arrosée par une multitude de canaux méthodiquement aménagés au moyen de prises d'eau en rivière. La surface ainsi irriguée et protégée est de 334,000 hectares ; sans ce système protecteur elle serait envahie par les sables et les forêts de cocotiers détruites.

Il n'existe pas en Europe, malgré les merveilles de la construction moderne, un ouvrage hydraulique aussi étendu que la digue-viaduc de Chao-Hing, dans la province de Tché-Kiang, sur la côte orientale de Chine. Cette digue, établie sur les rives de la baie de Hang-Tché-Ou, mesure L|4 kilomètres de longueur; elle comporte plus de 40,000 travées supportant un chemin de halage de i°*5o de large desservant un canal de navigation latéral. Les matériaux de construction ont été extraits de la montagne de Tay-Ing, près de la ville de King-Po, où l'excavation a plus de 500 mètres de hauteur. Ce travail gigantesque, qui a défié l'outrage du temps, a été exécuté à une époque reculée, remontant à plus de dix siècles, avant laquelle toute la contrée n'était qu'un vaste marais littoral en voie de comblement ; l'endiguement l'a converti en terres fertiles pourvues d'un réseau de canaux servant aux transports et à l'irrigation (i).

En Europe, les Hollandais ont engagé une lutte acharnée contre les inondations depuis plus de dix siècles et si elle venait à cesser, elle ferait disparaître la majeure partie des Pays-Bas.

(i) Cobbold. Pictures of the Chinese : in E. Reclus. Nouv. Géogr. univ. 7.

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Le sol qui, partout, est un don de la nature, est là une œuvre industrielle et patiente. « La nature a refusé tous ses dons; tout ce qu'on y cultive est Fceuvre du travail, de l'opiniâtreté et du labeur. Les maisons sont bâties sur pilotis, dans un pays où il n'y a pas de bois et les digues de la mer construites en granit, dans un pays où il n'y a pas de pierres... Ces défenses sont surtout considérables en Frise, où toutes les digues de bois sont soutenues par des blocs de granit apportés de Norwège. Quand on songe que cette formidable défense s'étend sur un rayon de près de loo kilomètres et qu'elle brise l'eflfet de l'Océan appuyé tout entier au flanc de la province, on se demande quelles richesses il a fallu trouver dans le sol pour la défendre de l'ennemi. Autrefois la mer était à Leeuwarden, la capitale actuelle de la Frise ; les magnifiques campagnes qui l'entourent sont des terrains gagnés sur les vagues » (i).

Les premiers endiguements des Pays-Bas datent du Xf siècle (2) ; ils réunissaient ensemble des îlots sablonneux égrenés sur la côte. Avec l'accroissement de la population, les digues se multiplièrent et se perfectionnèrent. Les rivages de la P nse, de la Zéelande et d'une partie du Schleswig, où la chaîne des dunes protectrices naturelles des invasions de la mer, est interrompue, on l'a remplacée par des dunes artificielles^ formées par l'accumulation des sables poussés par le vent entre deux palissades de planches parallèles. Dans les endroits où l'emploi de ce moyen n'est pas possible, on construit des digues au moyen de fascinages remplis de terre ; on cultive en prévision de ces travaux des saules d'une nature spéciale. Dans l'édification des digues, on conserve du côté de la mer le profil de la plage, tandis que du côté des polders, on donne au talus une pente plus raide. Dans certains endroits dangereux, une seconde levée, derrière la première, est prête à toute éventualité.

Les eaux de pluie et d'infiltration s'accumuleraient dans les polders, si, après avoir été recueillies par un système de rigoles et de fossés, elles n'étaient perpétuellement extraites par des moyens mécaniques. On évalue à 395.000 hectares la surface des

(i) A. Esquiros. Loc, cit.

(2) ly Hansen.

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