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Pig- 75-
Explication de la théorie glaciaire relative aux lignes d'érosion
dans les f)ords et lacs intérieurs.
Les fjords sont comparables au lit d'une rivière sortant d'un lac qui s'emplit, si le niveau de la rivière s'élève. Ces bras étant près de la mer, leur extrémité porte toujours des traces de terrasses ou de moraines. Sils sont antérieures à l'époque glaciaire, il est probable qu'ils ont été systématiquement produits par des forces naturelles poussant les glaciers à se déverser dans les vallées ; mais il est inexplicable de les considérer comme ayant été creusés par les glaciers. Ceux-ci se sont retirés des vallées, dont le fjord n'est que la continuation. Dans ces vallées il n'existe pas de lac, ni de moraine dans le voisinage de la mer. Les bassins
lacustres sont des parties du t]ord môme n'ayant pas de formation séparée.
On a constaté que leur profondeur est plus grande dans la partie médiane qu'à l'embouchure; anomalie vérifiée sur toutes les côtes de Norwège; ainsi le fjord de Christîana a 400 mètres de profondeur à égale distance de l'entrée et du fond, Ce relèvement du sol sous-marin appelé : « pont de mer m, est proba* blement la conséquence d'une accumulation de débris glaciaires, représentant une moraine submergée. Ce barrage sous-marin est
C^ larwêU fUfnaimrKsuuHJ
Fig. 76.
Fjords de la Pointe du Groenland (d après P. Jloïm).
une des caractéristiques des fjords de toutes les régions boréales et même australes.
Les blocs erratiques, les roches striées et moutonnées, les moraines distantes des glaciers sont, avec la présence de lacs multipliés, une preuve que les fjords ne sont que d'anciennes dépressions remplies par la mer. Si, par hypothèse, le tjord d'Hardanger, en Norv/ège, dont la profondeur est de 800 mètres au milieu et de 350 mètres à l'entrée, s'élevait au-dessus du niveau de la mer, il représenterait un lac conservant encore au milieu une profondeur de 430 mètres et Ton y retrouverait ïa physionomie des vallées aboutissant à la mer (i).
(i) Amund Helland, Quaterly Journ. of the GcoK Sf>c. Février 1877.
On retrouve des terrasses parallèles sur les bords de tous les fjords de Norwège : elles furent mentionnées dans le principe par
Bravais (r), qui signala dans TAltenfJord deux terrasses, dont la (i) Voyage en Scandinavie, I.
2l6 LES VESTIGES LITTORAUX
plus longue avait 30 kilomètres; toutes les deux n'étaient pas rigoureusement horizontales; elles se rapprochaient Tune de l'autre à mesure qu'elles étaient plus près de la mer, fait en désaccord avec le cas généralement observé. M. Sandler a relevé une partie des terrasses (strandlinen) visibles sur les bords du fjord de Molde; elles indiquent pour un seul point des côtes combien ces traces sont multipliées. On les retrouve sur les côtes du Spitzberg à des altitudes considérables, avec des ossements de cétacés et des coquillages de l'époque contemporaine. Plusieurs géologues ne sont pas partisans de leur attribuer une origine glaciaire. Blytt fait intervenir les mouvements des eaux de la mer, qui gelées pendant les froids rigoureux, auraient efirité les roches ; assertion difficile à accepter, quand elles sont situées à grande hauteur. D'autres, mettant de côté toute relation avec les époques géologiques, considèrent les terrasses comme le résultat de la désagrégation météorique d'affleurements de couches horizontales et friables.
La répartition géographique des fjords et des plages surélevées dans les deux hémisphères. — Les fjords se rencontrent rarement au-dessous du 44* de lat. N. et de la latitude correspondante dans le Sud. Toutes les régions boréales présentent des côtes frangées d'indentations telles que la Norwège, l'Islande, le Groenland, le Labrador, la Colombie britannique; elles constituent au point de vue géographique une zone d'un caractère spécial située au-delà des cercles polaires arctique et antarctique (i).
Il est à remarquer que dans l'hémisphère austral, sous les latitudes correspondantes, on retrouve la même physionomie glaciaire de littoral. A l'extrémité du continent américain dans les terres magellaniques et sur la côte du Chili, ainsi que dans la Nouvelle Zélande, ce sont les mêmes découpures, les mômes ramifications, les mêmes fractures pénétrant dans le massif montagneux. Cet ensemble de phénomènes glaciaires dans les deux parties opposées du globe, existe avec cette seule diflférence que la proportion entre les terres et les mers étant moins forte dans
(0 Suess. Verh. K. K. Geol. Reichs. 1880.
rhémisphère austral, il en résulte que les fjords ne sont répartis que sur un moins grand nombre de points et principalement sur les côtes avancées vers le pôle austral. En outre, l'absence de grands continents éloignés de ce pôle, changeant les conditions météorologiques et Tétendue considérable des mers, est défavorable à la formation des glaces, tandis que dans Thémisphère boréal, la prédominance des deux continents donne lieu à deux centres de froid favorables aux phénomènes glaciaires.
La Terre-de-Feu consiste en un amoncellement d'archipels escarpés, séparés par des canaux étroits et profonds; un des principaux, le canal du Beagle, ressemble aune faille gigantesque, orientée de Test à rouest,direction moyenne de la stratification du détroit de Magellan. Agassiz fut le premier géologue qui examina ces régions ; il revint, convaincu que toute l'extrémité méridionale du continent américain, a été uniformément recouverte d'une couche de glace comme le Goënland l'est encore à l'époque actuelle.
Il signale des roches striées au cap Frouart, à Snug-Harbour, à Woodbury. A Port-Galand, il a observé des blocs striés à la hauteur de 120 mètres. Sur toutes les côtes on retrouve des blocs erratiques et des terrasses parallèles et même un lac situé à 50 mètres d'altitude, où vivent de nombreux coquillages identiques à ceux des mers voisines.
Toutes les côtes du Chili sont découpées en fjords; on compte 120 îles dans l'archipel de Chiloë; celui des Chonos comporte aussi des labyrinthes au milieu de canaux profonds. Tous ces archipels représentant de grandes terres brisées, et séparées du littoral, s'échelonnant sur 350 kilomètres de long.
Les côtes sud-ouest de la Nouvelle-Zélande sont pareillement frangées de découpures remplies d'un côté par les eaux marines, et dans le prolongement de la vallée, par des chapelets de lacs
Fig 7«.
Anse Notch. Fjord du détroit
de Magellan.
2l8 LES VESTIGES LITTORAUX
d'eau douce comme en Norwège. Le fjord le plus septentrional,
iaCU.
es
est Milford-Sound, qui, avec Breasksea-Sound et Préservation- Inlet, enfoncent leurs profondes ramifications dans Tintérieur. Le
Dusky-Sound y pénètre jusqu'à 300 kilomètres (i). Les fjords Néo-Zélandais ont un fond dont les caractères sont pareils à ceux du nord; on y retrouve des profondeurs de 200 et 360 m. à égale distance de rentrée et du fond ; cette entrée est obstruée par un ressaut du sol sous-marin probablement couvert aussi de débris morainiques.
L'ossature du massif central des Alpes Néo-Zélandaises (2) ne s'allonge pas en chaîne, mais représente un plateau parsemé de pics élevés au milieu desquels se dresse le mont Cook (3.768 mètres). De ses pentes descendent des glaciers parmi lesquels celui de Tasman, qui a plus de 20 kilomètres de long, occupant une vallée de 3 kilomètres de large ; le glacier de Cook se terminant à l'altitude de 240 mètres. D'après Green (3) tous ces glaciers seraient en voie décroissante ; mais leurs lacs, leurs moraines, leurs terrasses parallèles témoignent de leur activité à une période ancienne.
Tous les fjords de la Terre de Feu sont entourés de hautes montagnes, dont plusieurs ont plus de mille mètres de haut, avec une terminaison caractéristique de pic aigu, autour duquel dérivent des pentes toujours couvertes de neige, entremêlées de massifs rocheux projetant sur le ciel leurs cimes abruptes et dentelées. Parmi les plus profondes crevasses, le New-Year- Sound s'avance de 20 milles dans l'intérieur, comme une grande baie parsemée d'îles. Ces fjords, d'une profondeur considérable, se terminent par des criques partiellement comblées, dans lesquelles on retrouve encore les traces du glacier qui remplissait sans doute tout le bassin, mais qui s'arrête actuellement à une hauteur peu considérable ; leur entrée est séparée du large par un barrage qui produit un véritable rapide au moment où la mer baisse ; il représente aussi le pont-de-mer caractéristique de tous les fjords. On assiste sur ces côtes à des phénomènes capitaux pour la géologie en général ; les terres sont dans une période de soulèvement graduel et les glaciers se retirent d'une manière sensible (4).
(i) Von Landenfeld, Deutsch Rendehan, avril 1888.
(2) Traité des formations quaternaires.
(3) The HighAlps of New-Zeland .
(4) Hyades. Mission scientifique au cap Horn. 1882-1883. T. IV. Géologie.
Traces glaciaires sur les côtes septentrionales de l'Europe. —
Les glaciers ont laissé sur les côtes de l'hémisphère nord des empreintes d'un séjour prolongé pendant lequel elles ont subi de profonds changements. La Suède, la Norwège, le Finlande, certaines parties de la Russie en conservent des traces nombreuses.
La Finlande est recouvert de lacs d eau douce tellement disséminés qu'ils se confondent avec les limites de la mer. Son nom est dérivé de Fen^ marais; en finnois: Suomenmaa; la surface lacustre occupe le huitième du sol; aussi on l'a surnommé : le pays des mille lacs. Sur une surface totale de 375.000 kilomètres carrés, 45.000 sont occupés par les lacs et 75.000 par les tourbières (i). « C'est un perpétuel chaos, un inextricable labyrinthe ; ici, on se croirait sur un grand fleuve aux berges abruptes; là, sur un lac immense perdu au milieu d'un parc, tant les perspectives sont pittoresquement ménagées. Dequelquecôté que se porte le regard, on n'aperçoit aucune issue. On s'imaginerait être bien avant dans l'intérieur, à mille lieues de la mer... Ailleurs la vue est bornée par une épaisse forêt de sapins: à droite, au contraire, entre les îles clair-semées, la nappe d'eau s'étend jusqu'à l'horizon ; et l'on se demande : où est la mer, où est le continent.- » (2). La Finlande conserve de nombreux blocs erratiques et la région semî montagneuse située entre le bassin de la mer Blanche et celui du .Volga sont empreints de traces glaciaires. Si les recherches conchyliologiques opérées dans ses innombrables lacs, n*ont pas indiqué le séjour de la mer, on voit cependant de gros pins et des chênes très âgés portant des traces du séjour dans l'eau salée. On y voit aussi au lac Nyslott, près des bords de la Saïma et au lac Sog des digues de sable, soit d'origine marine, ou glaciaire (3).
La plupart des îles de la Baltique portent aussi des traces glaciaires récentes. Le professeur R. Credner a déterminé le passage des glaces à l'île Bornholm et la direction des stries laissées sur 72 roches dififérentes (4).
(i) Ignatius. Le grand duché de Finlande.
(2) Maurice Bioliay. Bull, de la Soc. de Géogr. 3* trim. 1883.
(3) Andreyev. Le Lac Ladoga. Texte russe.
(4) Jahr. derGeog. Gesselschaft zu Griefswald, 1889-1890.
Toute la Russie septentrionale a été recouverte par les glaces, depuis la Pologne jusqu'à la mer de Kara et les blocs erratiques témoignent le passage des glaces flottantes ; puis, toute la contrée paraît avoir été recouverte de lacs d'eau douce, comme l'est encore le versant suédois de la péninsule Scandinave (i).
Le sud de la Suède est parsemé de collines de sable d'une altitude maximum de 50 mètres, nommées Sand asar; orientées du nord au sud, parallèlement à l'axe de la Baltique, n'ayant d'autre caractère sous l'épaisse couche d'humus qui les recouvre, qu'un amoncellement de sable et de cailloux roulés. Un géologue suédois, M. Axel Erdmann, les considère comme ayant été voisins de la côte à la fin de l'époque glaciaire où le niveau de la Baltique était inférieur à celui qu'il occupe actuellement; ensuite il se serait élevé, puis enfin, abaissé de nouveau. Pendant ces oscillations les rivages auraient varié, et durant ces périodes d'évolutions indéterminées, le flot battant la côte aurait converti les débris glaciaires en galets; plus tard, ce même flot les aurait revêtus d'une couche de sable. Pendant cette dernière phase le niveau de la mer aurait encore baissé ; puis après un temps de repos, un nouvel appareil littoral se serait formé non loin du bord de la mer (2).
Cette théorie, partiellement satisfaisante, a été complétée par M. Tœrbœhn qui considère les asars comme étant tantôt des vestiges directs de l'appareil littoral, tantôt le lit desséché d'anciens torrents glaciaires, près duquel le sol aurait été couvert de sable. A une époque postérieure, la température s'élevant, entraîna la fonte des glaces, et les torrents qui en furent la conséquence, auraient abandonné les cailloux roulés et les auraient recouverts de sable. Enfin, à une époque plus rapprochée, après affaissement du sol, la mer, envahissant les vallées, aurait entraîné les sables qui les remplissaient. La chaîne des collines, étant alors recouverte par les eaux marines, les bancs de sables se seraient formés en eau profonde, sans être détruits par les vagues; à une autre élévation du sol, les asars auraient fini par reparaître suivant les vallées.
(0 Archibald Geikie. Proceedings of the R. G. Soc. 1879. iN» VI. (2) Geologiska farenningen i Stockholm forhandlingaz, 1872.
On retrouve en Ecosse les principaux caractères des côtes Scandinaves, mais adoucis dans leurs contours. Son sol aurait subi des variations à une époque plus froide pfécédant l'époque actuelle, si l'on en juge d'après les coquillages appartenante une faune plus septentrionale que celle des mers hs baignant actuellement. Dans les Highlands, les roches striées sont fréquentes et M. A. Geikie a démontré que les grands glaciers du nord occupaient la vallée de Strathmore, débordant les massifs des Ochils et des Sidlaws, pour s'épancher dans le bassin du Forth. Dans les Lowlands on retrouve des débris et des coquilles appartenant aux types arctiques.
Les terrasses ou «routes parallèles» de Glen Roy, dans Touest de l'Ecosse, au pied du Ben-Nevis, représentent le type classique des traces des lacs glaciaires : autour de la vallée, sur une longueur de i6 kilomètres, entre les Lx>ch Loggoan et le Loch Lochy , à une altitude de 420 mètres, ces terrasses formant des zones parallèles équidistantes pourtournant les flancs des collines, comme des routes superposées; leur largeur varie de 3 à 10 m. Les recherches de fossiles n'ont abouti à aucun résultat pouvant indiquer la présence des eaux qui devaient remplir le lac glaciaire.
Ces terrains ont été l'objet des commentaires des plus éminents géologues : Agassiz, C. Lyell, G. Jefifreys, Jamieson ; ils ont admis l'existence du barrage de la vallée par un glacier dont l'importance aurait été successivement amoindrie par la fusion. La plus ancienne terrasse d'érosion correspond naturellement au niveau supérieur ; au moment où les eaux remplissaient nonseulement la vallée de Glen Roy, mais les vallées voisines. Plus tard, avec l'élévation de la température, l'obstacle glaciaire disparut et les eaux s'échappèrent.
Les côtes opposées de l'Ecosse ont chacune une physionomie différente ; celles de l'ouest, faisant face à l'Atlantique, plus humides que celles de l'est, sont découpées de fjords atténués ou de lochs ressemblant en de moindres proportions à ceux de la Norwège. Celles de l'est ont leurs contours moins abrupts, et ont certains rapports avec les côtes de la Suède, adoucies par le travail de la sédimentation. Le vent qui traverse l'Atlantique, chargé d'humidité, a entretenu les neiges nécessaires à la con-
servation des glaciers et par conséquent aux phénomènes qui en résultent. Sur la côte opposée, l'atmosphère étant plus sèche, les bassins s'avançant vers la mer ont été comblés et en môme temps les contours du littoral remaniés.
La cause de l'extension des glaciers est intimement lice aux circonstances météorologiques. M. A. de Lapparent admet l'ouverture de l'Atlantique vers les régions arctiques, ce qui aurait influé sur la direction des courants aériens,ainsi que sur la richesse en humidité, déterminant des précipitations atmosphériques abondantes (i). Cette ouverture entre l'Ecosse et la Péninsule Scandinave aurait apporté des régions tropicales une dose d'humidité que le voisinage des continents de lEurope et des Etats- Unis ne permettent pas de conserver. Le relief des terres préexistantes a dû varier plusieurs fois à la suite d'une série d'exhaussements locaux et momentanés.
Les indicesde^^ivellation littorale et de contraction de Técorce terrestre. -j >L'examen méthodique des formations sédi-^ mentairesBu bord de la mer indique, en plus de l'érosion et des alluvions, une succession de mouvements complexes et répétés", rl prouve qu'à la suite des événements survenus dans la constitution de chaque partie de l'écorce terrestre, elle n'est parvenue à son état actuel qu'après avoir traversé une série indéfinie d'évolutions. Celles-ci démontrent que les terrains dont la constitution est variée, se sont élevés, pendant que les bassins des mers se sont affaissés. Ces transformations se sont-elles accomlies à une époque reculée.^ sont-elles suspendues actuellement.^ ou se poursuivent-elles dans les mêmes conditions.^
Pour y- répondre, on s'est attaché à la discussion des plantes «t des animaux fossiles, considérés comnie étant nés dans des conditions comparables à celles du milieu propre à leur existence dans la période contemporaine. Mais cette relation, spécieuse dans son principe, doit conduire à des erreurs d'interprétation; car il est inadmissible que les conditions d'existence aient pu être modifiées dans des proportions indéterminables. Si dans certaines acceptions les analogies sont fondées, il n'en est pas de
(i) Les causes d'extension des glaciers. Revue des questions scientif. Octobre 1893.
mêrtie dans les autres, où les cléments incomplets dont on dispose,. noflFrent pas une correction suffisante pour servir de base à un système absolu. Aussi doit-on ne les accepter qu'avec réserve et rechercher des arguments mieux établis dans l'observation des phénomènes contemporains.
On observe sur beaucoup de côtes des plages surélevées qui
paraissent être des témoignages d'un soulèvement de la terre
au-dessus du niveau n ioy en-. Lyell les considéra comme la
conséquence de mouvements indéfinis et sans causes apparentes,
mais relatifs à la contraction de Técorce terrestre. En établissant
'^-A/? le caractère topographique de ces plages surélevées, dégagé de
^ phénomènes érosifs et alluviaux, on y voit des exemples quel-
Ia/aaÀj . quefois incomplets, mais traçant les alternatives de dénivellation
^^ifi-C^t^r^ soit du sol, soit de la mer.
(J Le niveau de la mer est relatif, puisqu'il n*a rien de constant
sur les côtes, ou vraisemblablement il peut varier dans chaque localité sous l'influence de la conformation littorale. Cependant, à l'aide des données fournies par les marégraphes et les calculs ' des moyennes on obtient un niveau moyen ; mathématiquement ce serait une moyenne de toutes les hauteurs relevées de quart d'heure en quart d'heure, résultat fourni par les intégrales de la courbe tracée par le marégraphe. En établissant les termes de comparaison avec plusieurs séries annuelles, on parvient à trouver une indication sur la position relative du sol avec le niveau de la mer. M. Bouquet de la Grye l'a ainsi établie par la résolution d'équations nombreuses, en évaluant les corrections différentes de toutes les ondes et tous les termes de la correction. Il obtint ainsi une série de chiffres représentant le niveau moyen de trois points différents sur les côtes de F^rance : Brest, Cherbourg et Le Havre. Les résultats ont été pour le Havre un affaissement annuel de deux millimètres et pour Cherbourg d'un millimètre. La stabilité de Brest presqu'absolue est attribuable au terrain granitique sur lequel le marégraphe est fondé. M. Bouquet de la Grye a aussi cherché les moyens d'évaluer les écarts antérieurs à ce tracé, pensant qu'il devait être d'autant plus accentué, qu'il se trouvait plus éloigné. Il a comparé les observations remontante 1834, parBeautemps-Beaupré; rapportées à la même formule, elles ont indiqué un affaissement
^HlM/MTifMa/V^^'?
Fig. 80,
Girard. 1 5
qui atteindrait 5 millimètres. S'il en était ainsi, le chiffre d'afifaissement annuel du sol du Havre devrait être supérieur à 2 millimètres, tout en tenant compte de sa situation à l'embouchure de la Seine, où les perturbations des marées augmentent Tamplitude des écarts.
Le contrôle le plus concluant sur les mouvements de Técorce terrestre serait la comparaison d'un nivellement de précision, rapporté à une opération d'ensemble exécutée à une époque antérieure. S'il pouvait être assez précis pour qu'il n'y ait pas de doute sur la position respective des points de comparaison, on posséderait un document de haute valeur.
M. Ch. Lallemand, secrétaire du nivellement général de France, a recherché ces mouvements généraux en rapprochant les altitudes anciennes et nouvelles des repères communs au nouveau réseau et à l'ancien réseau de Bourdaloue. D'après la carte résumant les opérations conformément au tracé du colonel Goulier, « on constate une discordance qui, avec quelques alternatives en croissant du sud au nord, depuis Marseille, où elle est simplement égale à la dififérence des plans de comparaisons des deux réseaux (o'°,07 mill.) jusqu'à Lille où elle atteint o'",78« ». Ces résultats se rapportent à la comparaison établie entre la période 1857-83 et celle de 1884-87.
Cette allure relativement régulière paraît difficilement attribuable à des erreurs accidentelles de l'une ou de Tautre opération ; « à moins d'erreurs systématiques inconnues, les écarts en question tiendraient plutôt au moins en partie à des mouvements du sol dans l'intervalle d'environ 25 ans qui s'est écoulé entre les deux nivellements ».
Afin d'obtenir un résultat rigoureux, et que cette différence ne puisse être attribuée à l'incorrection des opérations, toutes les positions originales ont été discutées. On n'a relevé que des erreurs dues à un léger excès des mires du mètre légal. A moins que l'écart trouvé entre les deux nivellements ait été la conséquence de phénomènes irréguliers et encore mal déterminés dus à l'attraction, observée dans plusieurs nivellements géodésiques, surtout dans les régions montagneuses, on aurait constaté une dépression sensible à la surface du sol français.
La croûte terrestre composée de matériaux divers n'est pas
insensible aux influences thermiques ; les alternatives de froid et de chaud provoquent une certaine dilatation. Les expériences faites par M. Plantamour, à Sécheron, ont démontré les variations de points mathématiquement déterminés; elles ont été exécutées sur une colline voisine de l'observatoire pendant une période de douze ans. Celles-ci autorisent à conclure qu'un changement brusque de température en plus ou en moins amène au moment même une élévation ou un abaissement du sol ; quoique le minimum et maximum de variation ne concordât pas d'une façon absolue avec ceux de la température, Tauteur admet que l'action régulière de la température est influencée par un effet concomittant contrariant cette action.
Des études analogues ont été entreprises par M. Hirsch, à Neufchatel, au moyen desquelles il a constaté que la. colline du Mail, dans une série de 6.000 observations pendant 23 ans, sur laquelle est fondé l'Observatoire, a accompli une oscillation régulière de l'Est à l'Ouest en été et de l'Ouest à l'Est en hiver ; l'oscillation autour de la verticale est d'environ 24" par an.
Ces constatations de dilatation superficielle ont une certaine relation avec la théorie de M. Erick de Drygalski, basée sur les contractions provenant de l'état thermique des roches couvertes de glace. Si la terre revêtue de glaces se trouve débarrassée par la fusion, les couches superficielles se réchaufferont à un air plus chaud et subiront une augmentation de volume d'autant plus considérable que la masse de glace qu'elle supporte était plus épaisse. Le sol se gonflant, le niveau baigné par la mer, muni de témoignage d'érosion ou de fossiles, donne lieu aux plages surélevées ou terrasses parallèles.
Il n'est même pas nécessaire de faire intervenir les agents glaciaires, puisque les roches sont par elles-mêmes de nature dilatable: ne le seraient-elles, comme comparaison, qu'au même degré que le verre, un des corps les moins sujet à lexpansiop, son coefficient de dilatation suffirait pour expliquer l'expansion ou le retrait des masses rocheuses se. produisant sur des longueurs considérables, et finit par amener des déformations insensibles, sous l'influence des agents extérieurs, tels que le froid et la chaleur, et même aussi sous celle des agents intérieurs imparfaitement connus.
Les dépressions ou mouvements de bas en haut dans l'épaisseur des roches sédimentaires laissent des traces de l'action mécanique des mouvements qu'elles ont subis par les cassures ou lithoclases, faciles à voir dans toutes les exploitations de pierre calcaire. Ces joints de rupture qui s'étendent dans toutes la masse stratifiée, doivent leur origine à une poussée de bas en haut, ou à un affaissement, comparable au jeu des voussoirs d'une voûte cédant à un effort. Lorsque les couches ont été soumises à une simple flexion, les cassures se traduisent par une série de lignes conservant un certain parallélisme dans la direction moyenne. Tout ce craquelé s'est produit dans une masse rigide sous l'influence d'une contraction.
Ces quelques renseignements épars laissent pressentir des mouvements d'une extrême lenteur, mais puissants. Si la géologie a démontré que le présent de la terre est une conséquence de son passé et que la terre a été modifiée par les mouvements des eaux, les études de l'avenir indiqueront avec plus d'autorité, comment ces évolutions se poursuivent sans interruption au milieu de l'immense labeur de la création.
Fig. 8i.