DIARRHÉE DE COCHINCHINE
Symptômes, — Les symptômes sont caractérisés d’abord par le phénomène dont lé nom s'est imposé à la maladie, la diarrhée ; mais cette diarrhée a quelque chose de spécial; c'est d’abord une simple incommodité, par sa fréquence, et elle ne gène ‘en rien les fonctions de la vie ordinaire; mais elle ne tarde pas à devenir lientérique; à partir de ce moment commence l’'amaigrissement, dû à ce que les repas n'apportent plus, en somme, qu'une alimentation insuffisante; l'organisme, ainsi déprimé une première fois, se trouve alors dans un cercle vicieux : la faiblesse augmente la diarrhée ; celle-ci augmente l’anémie; la maigreur devient extrèmie, les joues sont enfoncées, les yeux excavés, la . voix faible, le ventre douloureux ; l'anémie devient grave, l’œdème Se montre et la mort survient par un affaiblissement graduel, qui peut mettre deux ou trois ans à se produire.
Géographie, — Malgré son nom de diarrhée de Cochinchine, cette maladie n’est pas limitée à la Cochinchine ; elle s'étend de- Puis Singapour jusqu'à Chang-Haï et mème dans quelques îles de la Malaisie, restant surtout comprise dans la zone torride, entre les deux isothermes de + 250,
Elle n’affecle presque exclusivement que les Européens ; les in- digènes en sont presque complètement exempts.
Description du parasite, — C'est par l'anatomie pathologique qu’en 1876 le D' Normand a pu éclairer la question et la montrer sous un jour absolument nouveau. Examinant, au mi- croscope, les matières rendues par les malades, il trouva des quantités considérables de vers : pratiquant l’autopsie, il à retrouvé des quantités plus considérables encore des mêmes vers, dans tout l'intestin ; le parasite se présente dans les matières, comme dans l'intestin, sous plusieurs formes successives, qui ne sont que les étapes qu'il traverse, dans l’intestin même, avant d'évoluer jusqu'à la forme adulte, Le Dr Normand a rencontré successivement l'œuf contenant l'embryon, la jeune larve, un état plus avancé où l'animal mue, enfin l'état adulte. A l’état adulte, le mâle mesure À millimètre de longueur et 4 centièmes de millimètre de largeur; le corps est cylindrique, renfté en avant, effilé en arrière; la bouche, non armée, est munie de trois lèvres distinctes; la femelle contient environ trente œufs, et ces œufs éclosent dans l'intestin. Le D' Normand estime à 1 million le nombre de vers qui peuvent se trouver dans leg intestins. Ce parasite est une anguillule, voisine d'une anguillule tcrrestre, décrite par Dujardin
sous le nom de Rhabditis terricola ; le D' Normand la nommée Anguillula stercoralis.
Sur les cadavres, tandis que les adultes, peu mobiles, semblent fixés dans un point, les jeunes, plus mobiles, nagent au milieu des mucosités. En général, l’épithélium manque; les lésions sont étendues, mais superficielles, ce qui explique comment, lorsque la maladie est convenablement traitée, elle guérit et ne laisse aucun reliquat ; les mucosités sont d'autant plus épaisses et abondantes que la maladie est plus ancienne; la muqueuse est alors enflammée, par places, ulcérée parfois, dans les cas très graves et, dans une phase très avancée, couverte de cicatrices.
La présence, dans l'intestin, de cette population nombreuse suffitparfaitement à nousexpliquer toutesles péripéties de la maladie : par leur mouvement, par leur présence, ces parasites irritent d'abord l'intestin; cette irritation, répétée sur un million de points, amène une sécrétion abondante de liquide glandulaire, cest la diarrhée; cependant, si l'individu est sain, bien portant, si ses fonctions intestinales se font régulièrement, s'il mange copieusement, le passage naturel des matières solides dans l’intestin suffit à balayer cette vermine indiscrète; mais que, Sous l'influence de conditions diverses, les fonctions de ce même individu viennent à languir et il va devenir le plus faible dans la lutte qu'il avait jusqu'ici soutenue vaillamment. Il est si vrai que le parasite peut demeurer latent, sans allumer de symptômes, tant que l'expulsion se fait bien, l'organisme restant encore le plus fort, que le D' Normand pense que bien peu d'Européens échappent, en Cochinchine, à l'affection parasitaire ; tous cependant ne sont pas malades! La présence des anguillules reste sans conséquence, jusqu'au moment où une erreur de régiine, une indigestion, un refroidissement, un accès de fièvre, vient faire faiblir l'organisme; le parasite prend alors, un moment, le dessus et le garde ! Aussi, la plupart des malades, peu observateurs d’euxmêmes, oubliant une longue période de diarrhée, font-ils remonter le début de leur maladie à quelque accident de ce genre.
L'inflammation de la muqueuse est allumée et, quand bien même le parasite viendrait à disparaître, ia maladie de l'intestin n’en continuerait pas moins. C’est ainsi que l’acarus de la gale, maladie bien certainement parasitaire, allume parfois des eczémas, qui durent longtemps aprèsla destruction du parasite, et qui font dire aux bonnes femmes que la gale est passée dans le sang !