‹ La geógraphie médicaleChapitre 105 sur 233 · DIARRHÉE DE COCHINCHINE · texte numérisé non relu

DIARRHÉE DE COCHINCHINE

Mode de propagation. — Etant donnée la nature parasitaire de cette maladie, son caractère contagieux s'impose. Rappelons-nous que 1 million de femelles peuvent donner naissance à 30 millions d'individus, dont, à chaque garde-robe, une partie sort de l'intestin et se répand au dehors. La première idée qui vient à l'esprit, c’est que les eaux doivent entrainer un grand nombre d’anguillules ; on a, en effet, comme toujours, accusé l’eau ; les eaux du Mékong sont d’ailleurs entretenues dans un état permanent de débordement pour les rizières ; aussi, lorsque ces eaux ont été analysées récemment encore par le D' Lapeyrere, ont-elles donné un résidu de 38 centigrammes par litre, dont 30 centigrammes de matières organiques. Sans doute, à la température de + 29° ou + 329, qui est la leur, ces eaux doivent fermenter ; elles contiennent beaucoup de ces palmella, qui sont les facteurs de la fièvre intermittente; mais elles n’ont présenté aucune trace d’anguillules, à aucun degré de leur développement. À coup sûr, il est bon de les clarifier par l’alun, comme font les Annamites, ou de les faire bouillir, comme font encore ces peuples qui ne boivent que du thé; cela est d'autant plus sûr, que les meilleurs filtres laissent passer une grande partie de la matière organique; mais la véritable cause de la propagation de la diarrhée parasitaire de Cochinchine ne semble pas être là. Le D' Normand, obéissant à un préjugé répandu parmi les Européens, n'a bu que de l’eau d'Europe et il a été atteint de Ja diarrhée parasitaire de Cochinchine ; il est donc probable que ce sont les légumes, qui sont les agents de la propagation. Les légumes sont arrosés, par les jardiniers chinois, avec de l’engrais humain. Or les parasites de la diarrhée de Cochinchine continuent à vivre dans les matières rendues par les malades pendant cinq ou six jours ; ils ne meurent que lorsque la fermentation s’est emparée de ces matières ; 1ls peuvent donc être déposés vivants par les maraichers chinois. D'ailleurs ils sont reviviscents et si la sécheresse les avait tués en apparence, la pluie, l’arrosage leur rendraient l'existence, qui était demeurée latente. On pourrait se demander alors si le transport à l'hôpital Saint-Mandrier, de Toulon, d’un grand nombre de malades atteints de diarrhée de Cochinchine n’est pas un danger pour la Provence ; car on pratique, là aussi, l’arrosage avec l'engrais humain ! Mais il y a deux raisons qui, fort heureusement, empêchent ici la contagion : les paysans emploient des matières où les liquides ne sont pas séparés des

solides; 11 y a donc une fermentation ammoniacale, qui tue le parasite; en outre, les froids de notre hiver le tuent également.

Pathologie comparée.— Que la contagion vienne de l’eau ou des légumes, on peut se demander si son action s'étend aux animaux. Or, Cobbold à constaté que le parasite se trouve dans l'intestin des éléphants, qui, vu l'épaisseur de leur muqueuse, résistent davantage et, tout en ayant le parasite, n'ont pas, à proprement parler, la diarrhée de Cochinchine.

Action prophylactique du bétel, — Le rôle prophylactique est joué, en Cochinchine, par une habitude sociale dont j'ai parlé plus haut, le bétel, substance à la fois parasiticide, qui tue les vers, et substance ,tannante, qui durcit la muqueuse, s'oppose à la diarrhée, au ramollissement et à l’ulcération.

I y a donc, dans l’immunité des indigènes pour la diarrhée de Cochinchine, non une question de race, mais simplement d'hygiène ethnique. Cela démontre une fois de plus, qu’il faut prendre les mœurs des pays où lon est et que le meilleur préservatif que les Européens puissent trouver, c'est de se mettre, commeles Indigènes, à l’usage du béfel ou de quelque breuvage analogue.

Feaitement, — [1 semble que la découverte du caractère parasitaire d’une maladie simplifie beaucoup le traitement et qu’il ne s'agisse plus que d’un moyen de permettre à un homme de tuer un animal de 1 millimètre de long ! mais on rencontre ici presque toujours le même écucil : le médecin est exposé à faire comme cet ours, qui prenait un pavé pour tuer une mouche posée sur le nez de son ami. Telle substance, qui tuera le parasite, irritera l’intestin ; telle autre, qui ménagera lintestin, ne tuera pas le parasite ; etcelaest vrai également pour les ferments, dont nous parlions plus haut. Tuer le ferment n’est pas difficile ; mais ne pas tuer du même coup le globule sanguin, c’est là le difficile ! C’est ainsi que l’acide phénique était d’abord indiqué; mais, à la dose de 80 centigrammes à 1 gramme par Jour, à laquelle on le donne délayé dans Peau, il ménage l'intestin et ne tue pas tous les parasites. D’un autre côté, le parasite étant enveloppé dans du mucus échappe aux doses qui sont compatibles avec les besoins de l'intestin : la santonine, le lait de chaux, le sublimé, l'arsenie, le grenadier restent pour cette raison inefficaces. Normand, expérimentant sur la plaque de verre du microscope, à vu que l’huile tuait le parasite ; l'huile a donné en cffet d'assez bons résultats, mais il faut que le malade la

TÆNIAS. | 359

digère, il faut qu'elle n'augmente pas la diarrhée ; lhuile de foie de morue présenterait cet avantage d’être un parasiticide, en même temps qu'un reconstituant. Longtemps avant la découverte du D'Normand, l'empirismeavaitindiquéun moyen quiestencorecelui qui réussit le mieux, c’est le Lait. Le D' Normand a remarqué que les malades qui étaient soumis au régime.lacté, rendaient un grand nombre de parasites morts. Orle lait agit ici par la matière grasse qu’il contient ; il agit de plus, en constipant, en asséchant l'intestin, ce qui gène les parasites. Grâce au régime lacté, la mortalité esttombée de 16/100 à 5-6/100.

S 3. TÆNIAS.

Parmi les parasites, il n’en est pas de : plus intéressants que le tænia ou ver solitaire. Aucun ne nous montre mieux l’étroite intimité, la fraternité qui existe, au point de vue de la maladie, entre l’homme et les autres animaux. Ces parasites ont, en elfet, des métamorphoses multiples et, à chacune d’elles, correspond un habitat particulier ; or l’homme devient, au même titre que les autres animaux, le logeur de ces parasites, à l’une ou à l’autre de leurs métamorphoses. Cette évolution, de domicile en domicile, d’un être, qui en use, pour ainsi dire, plusieurs autres, dans le cycle qui constitue sa vie, n’est pas une anomalie, c’est mème un phénomène fréquent : la rouille des céréales (Uredo rubigo) vit bien, à l'une de ses métamorphoses, sur l'épine-vinette ! îes tænias nous fournissent un exemple du même genre.

Æænia solium ou armé. — Le point de départ de ce para. site est la chair du porc ladre : le tissu cellulaire de ce porc ladre contient un parasite, qu’on désigne sous le nom de cysticerque (Kôozos, vessie ; xéx05, queue). Ce cysticerque mesure de 15 à 20 millimètres de long sur 5 à 6 de large. Il apparait sous la forme d’une ampoule ombiliquée, mais, sous cette forme, il est rentré en lui-même ; lorsqu'il s'étend, il est alors composé d’une tète, d’un cou, d’une queue en vessie; la tête est composée d’une masse renflée, de la proboscide, d’une double couronne de 32 crochets, de 4 surfaces saillantes appelées oscules ; quant aux crochets, ils sont composés d’un manche, d'une garde, d'une griffe. Placé dans le tissu cellulaire, entre les muscles, le cysticerque apparait généralement, mais non toujours, sous la langue ; de là

le nom de langueyeurs du porc, qu’on donne à ceux qui recherchent la ladrerie; le parasite se présente sous la forme de petites tumeurs comme des grèlons, que lés Grecs appelaient yaéxats et les Latins grando, d’où le nom de grandine donné, en français, à la maladie.

Le cysticerque demeurera sous cette forme dans le tissu cellulaire du porc, jusqu'au jour où ce porc sera mangé par un homme; il s'organise alors en Tænia solium. La tète est toute armée pour se fixer dans l'intestin, le ver rubané se développe alors et, rallongé d'un nombre considérable d'anneaux, il peut mesurer 7, 8, 15 mètres de long et donner lieu à des troubles variés : perversion de l'appétit, boulimie, pica, convulsions épileptiformes. Ici, pour la première fois sur l'animal, apparaissent les organes sexuels. Chaque anneau, à la fois mâle et femelle, se féconde lui-même, mais, chacun de ces anneaux, qu'on nomme des cucurbitins, en raison de leur rapport avec certaines graines des cucurbitacées, se détache naturellement, comme un fruit mür, ou émet au moins ses œufs fécondés au dehors : dans l’un et l’autre cas, cucurbitins pleins d'œufs, œufs eux-mèmes tombent, soit sur le sol, soit dans l’eau, soit sur les légumes ; dans tous ces cas, ils sont exposés à être avalés par les pores, chez qui ils donnent de nouŸeau naissance à des cysticerques, qui, eux-mêmes, deviendront fænias solium, dans l'intestin de l'homme.

Cettetransformation a été prouvée par des faits nombreuxet bien connus. Qu'il me suffise de rappeler que Kïchenmeister (de Zittau), en 1835, a fait avaler à une femme condamnée à mort 75 cysticerques et qu’à l’autopsie, 48 heures après la mort, on trouva dans son intestin 10 petits tænias. Leuckart fit avaler des cysticerques à un jeune homme qui s’y était prêté de bonne volonté, et ce jeune homme eut plusieurs tænias. Le D' Humbert (de Genève) à fait mieux, il a opéré sur lui-même : il avala plusieurs cysticerques et il eut le tænia. D’un autre côté, l'expérience inverse a été faite; on a nourri des porcs avec des cucurbitins, ou avec des œufs de tænias, et ces pores sont devenus ladres ; ils ont eu des cysticerques. L'œuf contient en effet un embryon, qui possède 3 paires de crochets fhexacanthe) et qui, ainsi armé, perce l'intestin du porc, pour aller se loger dans le tissu cellulaire de cet animal.

Mais ce cycle, dont le porc et l’homme sont les deux termes, peut s’accomplir chez l’homme seul; les recherches de Mégnin

TÆNIAS,. 361

ont montré que l’œuf du tænia de l’homme pouvait devenir cysticerque, non seulement dans le porc, mais dans le tissu cellulaire de l'homme lui-même ; ainsi s'explique comment la ladrerie, c'est-à-dire l'existence du cysticerque dans le tissu cellulaire, peut se rencontrer chez l’homme, par auto-infection. Le D' Rathery et le D' Duguct ont cité des cas de ladrerie, chez des hommes qui étaient ou avaient été porteurs du tænia; d’ailleurs, le D' Redon a eu le courage d’avaler des cysticerques de l’homme et il a eu le tænia armé ou solium, absolument comme s’il avait avalé des cysticerques de porc.

Habitat géographique.— Le tænia solium de l’homme se trouve lié d’une façon étroite avec les rapports de l’homme et de cet animal depuis longtemps domestiqué, le porc. Aussi ne trouve-t-on le éænia solium ni dans les pays juifs, ni dans les pays musulmans. Néanmoins, à part ces exceptions, le tænia solium semble occuper dans le monde une aire géographique égale à celle du porc lui-même ; on le trouve à peu près partout. On le rencontre dans toute l’Europe : en Irlande, en Angleterre, dans le sud de la Scandinavie, en Danemark, en France, surtout dans l’ouest, en Allemagne, en Italie, en Grèce, en Espagne, dans l'Amérique du Nord, surtout aux Etats-Unis. La fréquence du tænia, en Allemagne, correspond à la fréquence de la ladrerie du porc. Ainsi, à Dantzig, on compte 1 porc ladre sur 66; à Kœnuigsberg, 1/69; à Breslau, 1/143; à Posen, 1/337; à Erfurth, 1/360; dans toute PAllemagne, 1/367. Le tænia devrait mème être plus fréquent qu'il n’est récllement, si la cuisson ne détruisait le plus souvent les cystécerques et si les expériences ne nous avaient pas montré que, sur 75 cysticerques ingérés, 10 seulement se sont transformés en tænia. Il n’est pas rare et Asie et en Cochinchine. Il semble inconnu aux Îles Sandwich.

Ææniainerme où Medioeanellata.— Le porc n'est pas seul à posséder, dans son tissu cellulaire, un cysticerque capable de se changer en tænia chez l'homme. Le bœuf possède, lui aussi, un autre cestoïde,sous forme de cysticerque. Mais la tête de ce cysticerque n’est pas munie de crochets ; elle est arrondie et pourvue seulement de quatre ventouses saillantes. Lorsque ce cysticerque arrive, avec la chair de bœuf, dans l'intestin de l’homme, il ne s'accroche pas, puisqu'il est inerme, mais il s'applique contre les parois de l'intestin avec ses ventouses, puis il se développe en ver rubané. Les anneaux sont plus larges, plus épais que ceux du

tænia armé ; les cucurbitins sont plus vivaces et s'échappent plus facilement au dehors, sans la volonté du malade; le ruban est plus long ;les cucurbitins ont une raie au milieu (Mediocanellata). Les symptômes auxquels il donne lieu sont exactement les mêmes; seulement, il est plus facile de déloger la tète, celle-ci n'étant pas retenue dans l'intestin par des crochets. Le tænia inerme émet un nombre considérable d’œufs, qui, entrainés par les eaux ou déposés sur l'herbe des pâturages, sont entrainés dans le tube digestif du bœuf; ils le quittent alors, s’enfoncent dans son tissu cellulaire et donnent lieu chez lui à un nouveau cysticerque. La différence absolue entre le fænia armé et le fænia inerme a été bien démontrée et la transformation du tænia inermeen cysticerque chez le seul bœuf, a d’ailleurs été démontrée expérimentalement: toutes Les fois qu’on a fait manger des tæniasinermes à des veaux et à des pores, les veaux sont devenus ladres, les pores jamais. Toutes les fois que le veau a mangé des tænias armés, il n’a rien éprouvé; or, dans cette circonstance, le porc devient toujours ladre. Habitat géographique. — Dans les pays musulmans, où l'on ne mange pas de porcs, chez les juifs, fidèles observateurs de leur religion, au Sénégal, en Guinée, dans le Soudan, en Egypte, au Cap, dans l'Inde, en Perse, on ne voit que le tænia inerme; depuis qu’en Russie la méthode de traiter la diarrhée des enfants par la viande crue a été imaginée par le D' Weiss, on a vu les cas de {ænia inerme ide plus en plus fréquents; enfin depuis qu’en France on fait aussi beaucoup usage de la viande de bœuf crue, on à vu le tænia inerme devenir plus fréquent que le tænia solium; mais cette fréquence à surtout augmenté, depuis qu’on trouve sur les marchés français pas mal de bœufs d'Algérie, qui sont très souvent ladres. La frequence du tærila incrme en France, en rapportavecla consommation du bœuf algérien, s'exprime en un triangle, dont les côtes méditerranéennes seraient la base et Paris le sommet. En Provence notamment, on ne voit que du tænia inerme et le tænia y a tellement augmenté, que l'hôpital Saint-Mandrier donne la statistique suivante : 1860-1862, pas un seul cas de tænia ; 1862-1863, 1 cas ; 1866-1873, les cas ont augmenté; 1877, 52 cas; 1878, 98 cas ; 1879, 163 cas; partout l’augmentation est proportionnelle à l'importation des bœufs algériens. En Abyssinie, où l’on fait usage, comme plat national, d’une bouillie de bœuf cru, le brondo, le tænia est la règle. Tout homme a Son tænia; celui qui n’en aurait pas se croirait maudit. On se

TÆNIAS. 363

borne à l'émonder, à lui faire rendre quelques anneaux; avec le kousso tout disparaît, sauf la tête. En Syrie, le tænia inerme, dû au cysticerque du bœuf, cest tellement fréquent, que, dans notre expédition de Syrie, sur 6 000 hommes, il y eut 300 tænias: l'équipage du Ducouédice, nourri avec du bœuf ladre, à son arrivée à Beyrouth, eut, deux mois après, 19 hommes, sur 159, atteints du tænia; les parasites expulsés étaient des tænias inermes. De même, aux Indes, plusieurs Hindous, qui avaient mangé du bœuf ladre, observés par Cobbold, curent le tænia inerme. Au Sénégal, le bœuf est aussisouvent ladre ; il l’est également en Algérie; il l’est dans les steppes, il l’est au Japon. Le tænia inerme est fréquent dans l’Amérique du Sud et dans toute la région de la Plata.

Le tænia interne est en somme plus répandu que le solium.

Tænia bothriocéphale où Iata. — Il existe, chez l’homme, un troisième ver, c’est le bothriocéphale ou tænia lata. Sa tête a une forme spéciale, d'où lui vient son nom (Bcbeus, fossette, xeozn, tète); elle porte, en effet, deux fossettes qui sont l’ouverture du canal digestif, mais elle n’a ni crochets ni ventouses. Le ruban se distingue par la couleur, qui est gris-jaunâtre et non blanche comme celle du iæuia armé ou du tænia inerme, par les cucurbitins, qui sont plus larges que longs et dont le pore génital est situé au milieu, au lieu d’être placé sur le côté.

Habitat géographique. — Mais le bothriocéphale à une aire géographique beaucoup plus limitéeque les deux autres tænias. On le trouve dans le 2/3 nord de la Scandinavie, en Bothnie, en Finlande, sur tout le contour de la mer Baltique ; en Hollande; autour du lac de Genève et de différents lacs de Suisse, dans le Jura, à Ceylan, au Japon. L’est, en somme, au bord de la mer, au bord de certains fleuves et au bord des grands lacs, que s’observe uniquement le tænia bothriocéphale ; il est très fréquent à Saint-Pétersbourg, car 15 0/0 des habitants en sont atteints. Il est donc permis de présumer que ses cysticerques habitent quelques poissons, dont les populations riveraines font volontiers leur nourriture : on a soupeonné les salmonés; mais, en somme, on ignore encore où habite le cysticerque du bothriocéphale. Récemment le D' Braum (de Dorpat) à soupçonné le brochet et l’'anguille de communiquer ce ver à homme. il a fait manger à des chats plusieurs de ces poissons infectés et ces chats ont cu la bothriocéphalis.

Tænia échinocoque. — Jusqu'ici nous avons vu l'homme

servir d'étape ultime, d'étape la plus avancée à ces animaux à métamorphoses ; il loge généralement le ver rubané, dont l'évolution antérieure s’est faite ailleurs, dans le porc, dans le bœuf ou dans certains poissons ; mais tel n’est pas LOMOU son rôle visà-vis d’autres espèces de cestoïdes.

Il en est une, dont il loge le cysticerque, tandis que le ver rubané, sexué, compleb, habite un autre compagnon de l’homme, le chien. Ces cysticerques diffèrent notablement des cysticerques du tænia solium dans le porc, de ceux du tænia inerme dans le bœuf ; les échinocoques sont des vers enfermés dans une vessie membraneuse; ils naissent des parois mêmes de cette vessie, qui forme un kyste et deviennent libres dans le liquide qu'elle contient ; ils ont le volume d’un grain de millet et chacun d’eux est Le par un animal, qui rentre en lui-même et a été, pour ce motif, con paré à un hérisson (éytvos, hérisson, x6xx05, grain). Quand l'animal est développé, il présente une extrémité antérieure munie d’oscules et de crochets, comme le tænia; il ressemble, du reste, beaucoup à un cysticerque de tænia solium. La grande différence, c’estque le cysticerque du pore, celui du bœuf sont solitaires. Les échinocoques dans leur Kyste se multiplient, au contraire, sans cesse par bourgeonnement. Ils nagent librement dans le liquide du kyste ; ce liquide n’est pas albumineux, tant que les échinocoques sont vivantes ; mais lorsqu'elles viennent à mourir, le kyste persiste toujours au milieu des tissus et son liquide devient albumineux (Gubler) ; cela tient à ce que, vivantes, les échinocoques mangeaient pour ainsi dire lalbumine et que, une fois qu’elles sont mortes, le liquide séreux, qui est normalement albumineux, ne loge plus aucun être qui consomme son atbumine. Ces kystes se trouvent dans les organes splanchniques, foie, poumon, reins, cerveau même; ils ont d’ailleursun signe spécial: c’est la sensation élastique que donne la percussion et un frémissement dit hydatique.

Mode le propagation. Habitat géographique. — On les observe en france, quelquefois en Allemagne, mais surtout en Islande; 1/7 de la population de cette île en est atteint. On les voit également en Egypte. Les recherches de Siebold, de Leuckart, de Krabbe ont montré que les échinocoques naissent des œufs d'un tænia très fréquent chez le chien, le Tænia echinococcus. L’œuf du Fænia echinococeus du chien, alors qu’il tombe dans l'intestin de l’homme, donne naissance à une larve, qui traverse les parois de l'intestin, pour aller s’enkyster dans le foie, sous forme de kyste

TÆNIAS. 365

à échinocoques ; mais cette larve s’est embarquée dans une impasse. il nv a guère de chances en effet pour que l'échinocoque, cysticerque habitant les tissus de l'homme, passe dans l'intestin d’un chien, où elle pourrait poursuivre sa carrière et devenir à son tour Tænia echinococcus.

Les partisans des causes finales n’ont donc aucune excuse à alléguer, pour légitimer la fréquence de cette maladie chez lIslandais, puisque simple accident sans avenir, elle ne sert à aucun être.

L'espèce de tænia qui nous occupe serait donc éteinte depuis longtemps, si l’homme n’avait pas un collègue dans le privilège de loger la larve du tænia du chien ; ce collègue, c'est le mouton. Les œufs du Tænia echinococcus sont répandus par le chien partout, mais surtout dans l'herbe, où, repris par le mouton, ils deviennent échinocoques (cysticerques). Le chien répand sans doute aussi les œufs de son tænia sur les objets mangés par l’homme, dans les tissus de qui ils deviennent cysticerques, mais cysticerques sans avenir, sans espoir; or, les chiens mangent souvent les entrailles, la cervelle du mouton, et prennent l’échinocoque, quidevient Tænia echinococcus, tandis que ceux-ci ne mangent pas l’homme !On a calculé qu’en Islande, pour une population de 70000 individus, il y avait bien 20 000 chiens, soit 1 chien pour 3.5 habitants! Or ceschiens sont atteints de Tæniaechinococcus dans la proportion de 28 0/0. De plus, la malpropreté des habitants est extrème. Ils vivent confinés avec leurs chiens, dans une promiscuité qui explique les occasions de contagion. il est si vrai que les chiens sont les agents de la transmission, que les pêcheurs de la côte, qui ont peu de chiens, qui en ont toujours moins que la population agricole du centre et qui ne vivent pas aussi confinés avec eux, ont beaucoup moins de kystes hydatiques que les populations agricoles.

Eænia serrata. — Le chien possède un autre tænia, le Tænia serrata, dont la larve habite, sous forme de cysticerque, Cysticercus pisiformis, dans le péritoine des lapins et des lièvres, à qui il arrive souvent de tomber sous la dent du chien! Chauveau, administrant les œufs du Tænia serrata à des lapins, a vu chez tous se produire un nombre considérable de Cysticercus pisiformis. L'ingestion de ces œufs par des moutons est au contraire demeurée sans effet.

Fænia cœnurus, — Le loup et même le chien possèdent un autre tænia,le Tænia cœnurus. Sa larve habite, sous forme de eysticerque (Cænurus cerebralis) dans le cerveau du mouton et

produit chez cet animal le phénomène connu sous le nom de {ournis. Tous les moutons auxquels Chauveau a donné des œufs de Tænia cænurus onteuletournis, c’est-à-direle Cysticercus cerebralis. Cesnièmes œufs, donnés à des lapins, sont demeurés sans résultat.

Tænia marginata, — Le chien possède un autre tænia, le Tænia marginata, dont la larve, sous le nom de Cysticercus tenuicollis, habite le péritoine des ruminants (bœuf, mouton). Or les intestins de ces ruminants, mangés souvent par le chien, lui donpent le tænia marginata. Chauveau a donné des œufs de tænia marginata du chien à des lapins, qui n’ont rien eu ; de tous les moutons auxquels il en a donné, aucun n'a eu le dournis, mais tous ont eu le Cysticercus tenuicollis.

Fænia mana. — Le cysticerque perfoliata du cheval devient, dans l'intestin du chien qui mange son cadavre, un petit tænia, le Tænia nanu.

Tænia crassicolis. — De même le chat possède un tænia, Tæniu crassicolis, dont le cysticerque habite le foie de la souris et du rat.

Influence du milieu sur le développement des tænias. — Nous avons vu, d’une part, le cysticerque du Japin mangé devenir tænia dans l'intestin du chien qui le mange, et d’autre part l'œuf du tænia du chien tomber sur Pherbe et redevenir cysticerque dans le tissu cellulaire du lapin qui mange l'herbe ; cetterègle est vraie toutes les fois que le cysticerque habite un herbivore et que le tænia habite un carnivore, lequelmange cet herbivore, avec son cysticerque. Mais on doit alors se demander comment il peut exister des tænias chez les herbivores, eux qui ne peuvent déchirer de la dent les chairs de l’animal logeur du cysticerque! L'œuf du tænia peut, en effet, dans certaines conditions, devenir directement lænia, sans passer par l'état de cysticerque ; un exemple en a été observé pour le {ænia bothriocéphale. En France, aux environs de Paris, une dame qui habitait un château et qui ne l'avait jamais quitté, avait le bothriocéphale, lequel cependant n’existe qu’en Suisse ou sur les bords de la mer Baltique. Or on découvrit que cette dame avait, pour soigner son potager, un jardinier suisse et que cet homme avait le bothriocéphale! La filiations'explique, et dans ce cas, les œufs fécondés de tæniaque le jardinier avait semés sur les légumes, s'étaient développés directement en tænia chez la dame, sans passer par l’état de cysticerque. Il en est de même pour les herbivores : ceux-ci peuvent parfois prendre le tænia directement

OXYURE VERMICULAIRE. 367

enavalantsur l'herbe desœufsdetænia, quise développentchezeux, sans passer par l'état de cysticerque. Enfin, les travaux de Mégnin ouvrent un horizon nouveau : pour lui, le même cysticerque deviendrait volontiers tel tænia ou tel autre, selon le milieu, selon l'intestin où il tombe. Ainsi, le Cysticercus perfoliutus du tissu cellulaire du cheval, qui, dans l'intestin du chien, donne le Tænia nana, pourrait tomber dans l'intestin du même cheval et devenir là le Tænia perfoliata; de mème le Cysticercus pisiformis du lapin, qui, dans l'intestin du chien, donne leTænia serrata, deviendrait, dans l intestin même du lapin, Tænia pectinata. Pour Mégnin, le cysticerque du porc peut sans doute produire chez l’homme le tœænia armé ou solium, mais celui-ci, se reproduisant directement chez l'homme mème, donnerait le Tænia inerme.

Ces faits sont très importants ; d’abord ils combleraient une Jacune en expliquant l’existence du tænia chez les herbivores ; en outre, ils auraient, au point de vue de la zoologie philosophique une grande importance, puisqu'ils nous donneraient un exemple remarquable de transformation rapide des espèces, en présence du milieu. Mégnin ne cite encore, il est vrai, que deux exemples, le cheval et le lapin.

$S #. TRICOCÉPHALE.

Ces petits vers longs de 4 à 6 centimètres, épais de 2 à 4 millimètres, sont fréquents en Allemagne, en France, en Angleterre, en Italie. Ils sont extrêmement communs chez les enfants en Syrie, en Egypte, aux Etats-Unis et dans l'archipel Indien.

S 5. ASCARIDE LOMBRICOIDE.

Ce ver bien connu est d’une fréquence extrême en Syrie, en Abyssinie, en Egypte, en Afrique et dans l'Inde. Il n’est pas rare non plus en Europe.

Les noirs semblent avoir pour les ascarides lombricoïdes une aptitude toute spéciale, car on en trouve dans leurs intestins de véritables paquets.

Ils se trouve sous tous les climats, car il est fréquent en Suède.

S 6. OXYURE VERMICULAIRE.

Il est répandu dans le monde entier ; les oxyures sont cependant moins fréquents qu'ailleurs dans la Plata et dans toute la Sibérie.

Page 1