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À. FILAIRE DE MÉDINE OU DRAGONNEAU

Géographie, Histoire, — Plus de la moitié de la population de la côte des Esclaves est parfois attaquée par ce parasite ; il empêche parfois tout travail; aussi a-t-on nommé la maladie adanto blaka (corde qui amarre le brave)! Il est surtout fréquent dans toute la zone tropicale, dans le Kordofan, le Darfour, le Sennaar ; on ne l’observe même en Egypte, que depuis la conquête du Sennaar; ce sont des noirs qui l'ont apporté. On l’observe enfin en Guinée (ver de Guinée) et en Abyssinie ; il est jnconnu dans le Dahomey et dans le Soudan. Il est très commun dans tout le pourtour du golfe Persique ; la filaire de Médine atteint le 1/10 de la population de Bokkara.

Dans certains terrains argileux de lPfnde, tous les régiments anglais qui s’y succédaient en étaient atteints. Dans certaines plaines de cette contrée, la proportion des gens atteints de filaire est de 8 ou 10 0/0. Dans la présidence de Bombay, elle atteint 3 0/0 et dans le nord du Dekan, 5 0/0 de la population.

Portée en Amérique par les noirs elle est surtout fréquente à Curaçao, où le 1/# de la population est atteint. Au Brésil, elle existe sous le nom de bicho da Costa. Moins fréquente dans ce pays depuis que la traite des noirs a cessé, elle semble se limiter à l’état endémique dans la province de Bahia.

Plutarque la connaissait déjà : « Les peuples, dit-il, qui séjour- «nent près de la mer Rouge sont tourmentés par des accidents «aussi extraordinaires qu’inouiïs. Il sort de leur corps des vers en « forme de petits serpents, qui rongent leurs bras et leurs jambes; «quand on les touche, ils se retirent, s’entortillent dans les mus- « cles, et causent des souffrances hrrililes. »

Description. Siège. Mode d'action. — Cette description n’est pas exagérée ; le ver siège toujours sous la peau. On voit survenir, chez les gens qui en sont atteints, des abcès, qui deviennent fistuleux, qui, surtout chez le nègre, ne tarissent pas et dont la longue suppuration finit parfois par entrainer la mort. À chaque abcès correspond un ver; or chaque malade en porte 2, 3, 5. Arthus en cite 12 chez le même individu. Pouppée-Desportes cite un nègre, chez qui il en à vu 50. Presque toujours ces vers et les abcès qu’ils déterminent ont leur siège dans la moitié inférieure du corps, aux jambes notamment.

La structure de ce ver est très simple. Sa longueur varie de 10-15-25 centimètres ; sa largeur, de 4 à 15 millimètres. Son corps filiforme, ainsi que l’indique son nom, est grêle, cylindrique et a été comparé à une corde à violon. La femelle est plus longue que le mâle et elle est ovovivipare. Il semble que ce ver soit susceptible d’habiter, pendant un certain temps, les tissus de l’homme, sans manifester sa présence ; c’est ainsi qu’on voit des gens présenter les premiers symptômes du dragonneau, six mois et plus après avoir quitté les pays où il est endémique. Cette période silencieuse correspond évidemment à une phase particulière de la vie de l'animal, mais elle ne peut se prolonger et voici pourquoi : les larves du parasite ne sont pas, comme leur mère, faites pour vivre dans le milieu humain ; elles ne peuvent vivre que dans l’eau. L'animal adulte, qui est entré par l’intestin ou par la peau, cherche donc une porte de sortie, pour la génération qui lui succède. Il s'achemine vers l'extérieur et c’est sa présence sous la peau, à laquelle peut-être s’ajoute une sorte de travail irritatif, non pas souterrain , mais sous-cutané,qui provoque l’'abcès; les œufs ou les larves s’écoulent avec le pus et cherchent un milieu favorable.

Propagation. — Beaucoup de ces larves ne le trouvent pas, fort heureusement, mais le nombre de celles qui achèvent leur destinée est encore trop grand, parait-il, puisque la maladie se propage par l’eau. On a en effet signalé, dans certains réservoirs de l'Inde, sous le nom de Tank worms (vers des réservoirs), de jeunes filaires, qui, avalées avec les boissons, donnent lieu à la filaire de Médine. Il existe de même au Brésil, dans la province de Bahia, une rivière qui donne, dit-on, la filaire de Médine, à tous ceux qui boivent son eau.

D'après Tredschenko (1874), la première phase de la vie du

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