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II. MALADIES ARTIFICIELLES

Il appartient, en outre, aux diverses périodes de l’état social, de créer des maladies de toutes pièces, véritables maladies artificielles qu’on appellerait volontiers professionnelles, si elles

DÉFORMATION POLYSARCIQUE. 4at

tenaient à des professions et non à des coutumes plus ou moins absurdes.

Dans le bas de la phase nutritive des sociétés, ces coutumes n'existent pas encore ; elles semblent prendre leur maximum dans la phase sensitive ; elles sont loin de s’éteindre dans la phase psychique, et je ne crois pas que la phase intellectuelle en soit ellemème exempte. ;

Les mutilations que pratiquent sur eux-mêmes certains peuples créent des maladies très diverses et il est peu d’organes dont la déformation voulue, recherchée ne soit de mode dans quelque pays.

$ 1. DÉFORMATION POLYSARCIQUE.

On doit citer d’abord ce qu'on pourrait appeler la déformation totale, la déformation par l’engraissement, véritable polysarcie; elle est bien ancienne, car elle existait en Egypte du temps de la xr° dynastie. En Egypte, le comble du bonheur était d'être gras et, ainsi que le montre Mariette-Bey, on avait fini par indiquer sur les hypogées, par un embonpoint chargé, l’opulence du défunt et le bonheur dont il avait Joui sur la terre. Une statuette de Saqgquarah, exposée par Mariette-Bey, représentait un polysarcique ; encore aujourd’hui l'embonpoint est fort prisé et le D' Franck, médecin de l'armée d'Orient, raconte, dans son rapport à Desgenettes, que le rève des femmes de Rosette est d’avoir de l’embonpoint et qu’on dise d'elles :« Elle estbellecomme «la lune. » Quant à l’origine de cette déformation, il est probable qu’elle est venue en Egypte du sud au nord. Le tombeau d’un haut fonctionnaire de Thoutmès fll, découvert à Thèbes, est en effet décoré de bas-relief qui représentent une sorte de défilé de toutes les nations soumises par Thoutmès. Parmi les personnages de ce défilé, on voit figurer la reine de Poun, et cette reine est polysarcique ; ses jambes énormes, surchargées de plis de graisse, soutiennent un corps d'un embonpoint démesuré, qui rappelle celui de la statuette de Saqquarah. Or cette pratique existe encore dans l'ancien royaume de la reine de Poun, sur les confins du Zanguebar. Là, encore aujourd’hui, l'engraissement des femmes, qui a pour origine le désir jaloux de les empêcher de marcher, s'obtient par la pratique combinée du lait à haute dose et de l’immobilité. Le capitaine

Speke, présenté à la reine des Ounyamounés, laquelle était très fière de son embonpoint, fut admis à l'honneur de la mesurer ; or voici ses mesures: tour du bras, 57 centimètres; tour du mollet, 50 centimètres; tour de taille, 12,52.

C’est là évidemment une maladie artificielle, analogue à celle que nos éleveurs produisent sur les animaux de boucherie, maladie qui les haisse encore sains, au moment où on les tue, mais qui les ferait à coup sûr succomber, si on les laissait vivre plus longiemps.

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