‹ La geógraphie médicaleChapitre 167 sur 233 · MALAISIE · texte numérisé non relu

MALAISIE

MÉLANÉ - SES

| Nègresvrais.

Cafres.

Hottentots.

| Négrilles..….

Mundas...….

Negritos....

NEDTIIOS SE.

Papous.

| Australiens.

Tasmaniens.

Saharas reste Tibous.

| Yoloffs.

+: 1 Sérères.

Sénégal 2 12. , F | Mandingues.

Bambaras.

Côte du Poivre. LSDRDES, Kroumens.

Côted' Ori: Assiniens.

Ashantis.

Côte des Es- Claves UE Dahomiens.

Gabon rare Pahouins.

Nègres Loango.

Guinée ture | — du Congo.

rienre. nes | — d’Angola.

— deBenguela.

SEA UNE Nègres du Bournou.

— du Ouadai.

gritie supé- al.

rieure 6 — du Baghirmi.

| à — du Darfour.

Niam-Niam.

Nigritie infé- Tribus du Loualaba.

riere ne. Tien Loan esse Babonkos.

Bongos Ogovyes.tene Das Nigritie supé- TIEUTE ee Akkas.

Corumbas.

DékLKADI ELU Khotas.

Poulleyers.

Continentaux.. Siamangs. Insulaires..... Andamans.

BHÉGR Aëlas.

Le savant vétérinaire, que je viens de citer, en tire cette conséquence, que, voulant avoir des animaux noirs, les anciens Egyptiens savaient déjà qu'avec un reproducteur den’importe quelle couleur, mais muni d'un escarbot, un éleveur intelligent peut obtenir, en peu de temps et par sélection, des bêtes bovines à robe noire. En second lieu, nous verrons plus loin que, seules, Les. races humaines noires peuvent, par suite de certaines immunités pathologiques, vivre dans certaines régions chaudes.

Maintenant que nous connaissons l'extension géographique des races noires, étudions leurs caractères orgahiques généraux.

Avant de rechercher les différences de tissu, d'essence, de milieu intérieur, d’où dépendent les aptitudes et les immunités que nous allons rencontrer, il n’est pas inutile de rappeler, en deux mots, les grosses particularités anatomiques du nègre : cela nous habituera à considérer l'analyse pathologique comme un élément du même ordre que l’analyse anatomique.

Crâne et squelette en général. — Le crâne du nègre diffère de celui du blanc; il est plus allongé, moins large; il est dolichocéphale ; il y a cependant à cela des exceptions : les nègres brachycéphales et petits de taille de l'Afrique, les Négrilles (Hamy), dont la taille varie entre 12,35 et 1,40, et les Négritos, qui sont, eux aussi, brachycéphales et de plus petite taille encore. La capacité du crâne noir est faible.

Le noir est platyrhinien, autrement dit, l'ouverture des fosses. nasales est plus large par rapport à sa hauteur que chez le blanc.

Il est prognathe. Les dents sont saillantes et obliques ; notons leur blancheur et aussi leur bon état de conservation.

Le reste du squelette présente également des différences : les proportions de ses membres ne sont pas les mêmes que chez le blanc. La conformation du bassin diffère. On dit enfin, mais le fait est à vérifier, que les os contiennent plus de phosphate de chaux, qu’ils sont plus blancs que ceux du blanc. On explique même ainsi la moins grande fréquence du rachitisme et du ramollissement des os chez le nègre.

Peau. — La peau, dans les races noires, présente des teintes variées, depuis le noir d'ébène(Yoloffs) jusqu’au jaune (Hottentots). Du reste, nous ne voyons jamais, en Europe, la couleur naturelle

du nègre; au sujet de sa coloration de la peau, je dois mêmeinsister ici sur le parti théorique qu’on a voulu tirer de ce fait, qu’elle pàlissait en Europe : on a voulu donner une valeur considérable à ce phénomène de décoloration ; le fait est exact, mais l'explication qu’on en a donnée est fausse. Si le nègre blanchit en Europe, a-t-on dit, c'est pour s’accommoder au climat, et, par conséquent, s'il a noirci en Afrique, c'était pour s’accommoder au milieu : on saisit d'ici la manœuvre monogéniste! Quelque convaincu que je sois de la puissance du milieu, j’avoue que cette explication, faite uniquement pour les besoins de la cause monogéniste, ne me satisfait pas. Le nègre blanchit en Europe, parce qu’il y est mal portant. Broca a pu, à l'hôpital, en suivant les phases de la maladie de poitrine d’une négresse, voir sa teinte décroiître progressivement. C’est par suite d’un même raisonnement qu'on a dit que les négrillons naïssaient blancs et que ce n'était que lorsqu'on les exposait à la lumière, qu’ils commencçaient à noircir. La vérité est, etle D'Thaly a fourni cette très juste explication, que les négrillons asphyxient dans la case étroite où la fumée, les matrones et les porteurs de grigris les étouffent et que lorsqu'on les sort de ce milieu, ils respirent mieux et par conséquent se colorent.

Cheveux. — Tous les nègres ont les cheveux noirs et crépus, sauf les Mundas et les Australiens, qui ont les cheveux noirs et lisses.

Museles. — Sur un squelette différent, à certains égards, s’insèrent des muscles, qui sont eux-mêmes différents de ceux du blanc. Qu'il me suffise de rappeler certainesdifférences dans l'insertion du muscle sterno-cléido-mastoidien, dans un muscle moteur de la langue, le styloglosse ; on a même rattaché à un moindre développement de ce musclela difficulté qu'ont les nègres de prononcer la lettre R. Les muscles de la face, au lieu d'être distincts et séparés nettement, comme chez le blanc, semblent fusionnés en un seul ; de là la physionomie à la fois mobile et effacée du nègre. Plusieurs autres muscles, le grand dorsal, le grand droit de l’abdomen, le petit psoas, présentent des dispositions qu'on rencontre chez le singe et qu’on ne rencontre jamais ou rarement chez le blanc. |

Des muscles plus puissants que ceux du blanc meuvent les mâchoires. Cela peut expliquer, par suite de l'augmentation de la force sur la résistance, la fréquence plus grande chez le nègre de la luxation du maæillaire inférieur.

Larynx. — Je n'insiste pas sur la conformation du larynx, qui rappelle en abrégé celle des sacs laryngiens du singe.

Exomphale, — Il est, cependant, un fait normal plutôt que pathologique, que je veux mentionner ici, c’est non pas la fréquence, mais la constance de l’exomphale, c’est-à-dire de la hernie ombilicale, chez le négrillon, et cela, quels que soient les procédés de section, de ligature ou de pansement du cordon, qu’on emploie au-moment de la naissance. Le D' Corre pense qu’une dissection attentive conduirait sans doute à reconnaître chez.le noir un moindre développement des fibres musculaires lisses signalées par Richet autour de l’ombilic.

Sang. Action thérapeutique. — Les analyses comparatives du sang du nègre nous manquent encore; les médecins de la marine s’accordent toutefois à reconnaître que ce sang est plus épais, plus noir, qu’il ne jaillit pas, sous la lancette, comme celui du blanc. Ils ajoutent, fait important, qu’il se coagule plus rapidement dans le vase où il est versé, Il présente, en un mot, une plus grande plasticité.

Cela permet au nègre de supporter plus facilement que nous les grandes pertes de sang, notamment les saignées faites par le médecin. Cette grande plasticité du sang du nègre lui permet de supporter, beaucoup mieux que le blanc, un médicament, qui précisément diminue cette plasticité, le mercure. Les globules sanguins, comparés à ceux des autres races, paraissent plus adhérents entre eux, mieux empilés.

Le pouls du nègre est, normalement, plus lent que celui du blanc ; il ne faudrait donc pas s'attendre à voir la fièvre élever, chez lui, les pulsations autant que chez le blanc.

Les D's Corre et Levacher, qui ont eu l’occasion de soigner un grand nombre de nègres, s'accordent à dire que, bien qu’on rencontre dans la race nègre, comme dans la race blanche, toutes les variétés de tempéraments, le fempérament sanguin semble dominer ; le tempérament nerveux de notre race blanche n'existe pas ; le tempérament lymphatico-sanguin me semble, en somme, le plus fréquent.

C’est aussi, probablement, à son tempérament sanguin, peu

disposé à la syncope et à la faiblesse nerveuse, qu'est due la

particularité qu’il présente de supporter des doses de tartre stibié beaucoup plus considérables que le blanc.

Sensibilité. — Une certaine obtusion de la sensibilité périphérique existechezlenègre; cette obtusion, due à l'absence de finesse dans letoucher, s'accorde avec une disposition anatomique particulière au nègre, l’aplatissement des coussinets tactiles. Or la sensibilité périphérique est un des modes par lequel nous communiquons le mieux avec le monde extérieur : la sensibilité périphérique éveilie lidéation, car & nihil est in intellectu quod prius non fuerit in sensu ». Il y a donc là une raison anatomique, fondamentale à l’'infériorité intellectuelle de la plupart des nègres. A l'appui de cette diminution de sensibilité, Livingstone a remarqué que les nègres supportaient volontiers, sans sourciller, les opérations les plus douloureuses ; or le silence n’est pas seulement une question de courage et, d’ailleurs, la sensibilité plus ou moins marquée en a bien sa part dans ce qu’on prend bien souvent pour du courage. Le D' Mondière rapporte qu'il a vu une négresse supporter, sans broncher, l’amputation de la moitié du maxillaire inférieur! Dès que l'opération fut terminée , avant le pansement, elle entonna un cantique d'actions de grâces.

Action réflexe. — Cette fièvre réflexe, qui s'allume à la suite des grandesplaies, etquisenommela fièvre traumatique, fait presque complètement défaut chez les nègres ; aussi obtient-on chez eux des - succès chirurgicaux qu’on n’obtiendrait pas chez le blanc, même dans les pays chauds, aux Antilles par exemple. Une des opérations les plus graves chezle blanc, la désarticulation du genou, a été pratiquée deux fois, chez le nègre, par M. le D' Brassac, et deux fois avec le plus grand succès. Les plaies d'armes à feu guérissent aussi merveilleusement bien. Il en est de même des incisions : on voit des Yoloffs s'ouvrir le ventre avec un couteau, pour essayer la vertu du grigri qui vient de leur être donné par le marabout, puis rentrer paisiblement leur intestin prèt à s'échapper par la plaie et guérir sans péritonite et surtout sans cet état nerveux, dépressif et particulier, qui domine dans la péritonite et que Gubler a nommé le périlonisme. Cela nous montre le peu d'intensité de l’action réflexe chez le nègre.

En voici une autre preuve dans un autre ordre d'idées : le D' Lichtenstein, qui a séjourné longtemps chez les Cafres, dit qu’il ne les a jamais vus ni éternuer ni bâiller ; or ce petit fait, s'il était confirmé; aurait son importance : on ne voit jamais

un blanc très malade éternuer, car il faut, pour que la synergie réflexe qui constitue l’éternuement s’accomplisse, qu’il existe une grande finesse dans le réflexe; aussi lorsqu’à la fin d’une maladie grave on voit le malade éternuer ou bäiller, cela est-il bon signe. Eh bien, les affections internes du nègre trouvent, comme les passions morales, son organisme difficile à ébranler, à mettre em réflexe. .

La pneumonie, par exemple très fréquente chez le nègre, présente chez lui une marche insidieuse particulière : il a à peine de la fièvre, à peine d’oppression ; la maladie semble locale et l'organisme ne semble pas y participer, parce qu’il manque ce consensus, je dirais volontiers cette unité réflexe, qui existe dans d’autres races et cependant le malade meurt inopinément, sans que son organisme ait eu, pour ainsi dire, la force de sonner l’alarme.

Ce n’est pas uniquement dans certaines races humaines qu’on voit des organismes aussi difficiles à ébranler et qui supportent impunément les grands traumatismes : le chien est dans le même cas; tous les grands chasseurs savent avec quelle impunité le chien courant peut être éventré par un sanglier, sous la simple condition qu'un valet de chiens, ait, tant bien que mal, rentré les boyaux. — La chèvre, le mouton et le lapin sont, au contraire, très impressionnables et meurent facilement.

Alcoolisme. — Cette diminution de l’excitabilité nerveuse fait que le nègre est moins sensible que le blanc à l'effet de l'alcool. Sans doute l'alcoolisme (ce qu’on nomme l’eau-de-vie de traite, le tafia et autres aidant) s’observe chez les noirs ; mais le nègre, au dire de tous les marins, supporte des doses d’alcool beaucoup plus considérables que le blanc et il en use fortement le matin, ce qui s'appelle, au Sénégal, mata-bicho (mot à mot, {uer le ver). Sous ce rapport, les blancs diffèrent peu des noirs !

Le D' Levacher constate également chez le nègre le peu d’intensité de l’action nerveuse. Ses muscles énormes ne sont pas animés par autant de force que ceux du blanc.

Suppuration. — Le nègre présente une grande tendance à suppurer ; un chirurgien lui coupera la cuisse, sans qu’il ait pour ainsi dire de fièvre, mais la piqûre d’un moustique sera pour lui l’occasion d’une petite suppuration, d’une petite plaie, qui ne se guérirent que lentement. Au contraire, sur la rive droite du Sénégal, chez les Maures, où domine l'élément sémite, le D' Thaly a constaté que les plaies guérissaient sans suppurer.

Cicatrisation. Chéloïdes. — ]l présente une grande tendance à l’organisation et au développement du tissu cicatriciel ; on donne à ces cicatrices fihreuses le nom de chéloïdes, à cause de leur ressemblance avec les tumeurs chéloides, qui elles-mêmes doivent leur nom à ce que, bourrelets saillants, étoilés, elles ressemblent à un crabe à pattes d’écrevisse (x£1n, pince d’écrevisse, dos, apparence).

Les coups de fouet qu’on distribuait, au temps de l’esclavage, s'inscrivaient sous forme de cicatrices de ce genre en traits saillants ; les ventouses, les scarifications médicales et mème les coups de couteau en font autant. Prenant la chose du bon côté, le nègre en a même fait un objet d'ornement : le signe distinctif de chaque tribu nègre consiste dans la présence, sur les tempes, les joues ou les épaules, d’un certain nombre de lignes cicatricielles, saillantes, dont la vue ne laisse méconnaître à aucun initié le nom de la tribu à laquelle appartient celui qui les porte. Cette disposition à faire du tissu cellulaire induré nous la retrouvons dans la pathologie nègre : les fibromes de l'oreille ne sont pas rares chez les négresses, dont les oreilles sont chargées de lourds pendants et nous verrons que le développement du tissu cellulaire ou hyperplasie fibreuse du foie et de la rate n'est pas rare non plus. Le D' Sinéty donne lui-même le fibrome utérin comme plus fréquent dans la race noire que dans la race blanche.

Cette disposition à faire du tissu cellulaire cicatrisé, induré, normale dans les races noires, se voit parfois, par exception, dans la race blanche; elle y est héréditaire.

Un travail analogue s’observe chez plusieurs végétaux : les ormes, notamment, ne peuvent recevoir une plaie, sans faire une cicatrice saillante, purement fibreuse, peu vasculaire.

Etat électrique. — 1)'après une opinion ancienne, les nègres seraient moins souvent frappés par la foudre que les blancs; cette opinion, qui mérite attention, est bien de nature, si elle est fondée, à nous montrer toute la différence d'essence entre les tissus des noirs et les tissus des blancs. Il ne faut pas toutefois se dissimuler qu’ily a denombreuses causes d’erreur dans lobservation des faits de ce genre; cependant les nègres, travaillant toujours dans les champs, sont plus exposés à être frappés de la foudre que le blanc, qui fait la sieste dans son hamac le résultat devrait donc être contraire ; d’ailleurs il semble bien possible qu'en vertu d’un état électrique encore inconnu, il y ait, dans une même

race, des essences personnelles, pour ainsi dire, qui attirent moins que d’autres l'électricité atmosphérique. On voit certaines personnes être frappées, par ia foudre, plusieurs fois dans leur vie, comme en vertu d’un état particulier d’affinité de leurs tissus ; dans les végétaux, ne sait-on pas que le noyer, par exemple, à part son état d'isolement fréquent dans nos champs, à part son volume souvent plus considérable que celui des autres arbres, est plus souvent frappé de la foudre que le peuplier et que le sapin, qui, par leur forme, seraient pourtant plus aptes à jouer le rôle de paratonnerres ? La couleur, à elle seule, a peut-être même une influence qui se confond avec celle de l’état électrique ou s'ajoute à elle. Heusinger, qui admet, comme Boudin, que les nègres sont moins souvent frappés de la foudre que les blancs, rapproche cette immunité relative de ce fait que, dans les campagnes, il serait d'observation que les animaux à poil noir sont moins souvent frappés que ceux dont le pelage est clair et qu’enfin, chez les animaux tachetés, ce sont les taches blanches qui sont le plus souvent atteintes par le fluide.

Mortalité faible dans les pays chauds, — La mortalité des nègres est inférieure dans les pays chauds à celle des blancs. Il suffit, pour l’apprécier, de jeter les yeux sur le tableau comparé de la mortalité des nègres et des Anglais aux colonies, de 1817-1836, sur 1 000 :

Anglais. Nègres.

GUYANE ES ns ne 84 40 MA AS Amara 106 59 PAR O onbusee de 152 34 Nouvelle-Grenade... 61 28 Saint-Vincent....... 51 36 Batbadesshans. la ! 58 46 Sainte-Lucie....... L6499 42

Dominique... 137 35

11 semble probable qu’ils jouissent d’une grande longévité : aux Etats-Unis, du moins, ce caractère est marqué, car on y compte 1 centenaire sur 2448 esclaves noirs, tandis qu’en France on compte 1 centenaire sur 240 000 blancs.

La mortalité varie d’ailleurs avec les saisons : à Cuba. Ramon de la Sagra a constaté que les noirs succombent dans la saison froide, les blancs dans la saison chaude ; témoin le tableau suivant, sur 100 décès.

Blancs. Noirs.

Hiver son 25.66 27.42 Printemps 25.38 24.35 Pic set ce 25.84 23.98

Automne .... DUR 21,28

Morbidité dans les pays chauds. — Ilen est de même de la morbidité : dans l'expédition anglaise, chez les Ashantis, les blancs ont fourni, sur 100 hommes, 71 malades; les noirs, sur 100 hommes, 55,5 malades. Voici à ce sujet la statistique américaine :

À Blancs. Noirs.

Affections vermineuses,.....,.... .,. 4000 . 7865 LÉ LANOS arm se nee Teen ee — 4906 RAC US TI OR EN ONPREES PAT RUE d — 41739 INT DZAN DORA ER CREER —— 2795 EYATODE IE Re RAM ANR 0e: — 2 001 PUCHMOME PTE ne L'ENSSE —— 1515 holérs sn ht. réo ant té — 41 055 Affections miasmatiques....,...... -- 958 Fièvreuntermittenftesor ta, ae — 955 Affections du système nerveux..... — 718 CANCER ER Ces Et PRE -— 634 DOUTE CAR RSA —- 638 Hépa MO. ARE nn sreee 343 DITDÉIERSÉ. Li Mer urnes is to . 329 FIEVTE RUN. MR. CE D Pere — 190

Cancer.— Dès maintenant ce tableau nous renseigne au sujet de ce qu’on à nommé l’immunité du nègre pour le cancer. On y voit qu'aux Etats-Unis, pour 1 000 décès de blancs par cancer, on compte seulement 634 décès de noirs par la même cause; c’est déjà une différence, mais son expression est fausse. Pour qui sait, en eflet, avec quel fair les Américains savent reconnaitre le sang noir dans son mélange avec le sang blanc, il est évident qu’un très grand nombre de mulâtres doivent figurer sur ce tableau, sous la rubrique noirs, opposés aux blancs. Le résultat des observations faites, dans l’Afrique occidentale, sur des noirs purs, est tout différent :

au Sénégal, Girard et Huard disent n’avoir jamais observé de cancer dans la race noire ; le D' Chassaniol n’en a vu qu’un seul cas, c'était un cancer du sein, chez une négresse. Le D' Landry (de Montréal) a vu égaiement un seul cas de cancer dans la race noire et c'était précisément chez une mulâtresse.

Le cancer est donc très rare chez le nègre et cette différence entre une race humaine et les autres est d'autant plus remarquable, que le cancer est fréquent chez certains animaux, le cheval, le chien, le chat.

Serofule. — La scrofuleïn'est pas rare chez le nègre, mais elle est surtout cutanée, ce qui tient sans doute à l’activité dont la peau est le siège chez lui et sous son climat. Les écrouelles sont moins fréquentes qu’en Europe; en revanche on y observe une sorte de lupus, de scrofulide rongeante, spéciale, le coulfétin.

Arthritis. — L'arthritis n’est pas rare, mais on voit cette diathèse donner naissance au lumbago, à la pleurodynie, plus fréquemment qu'au rhumatisme articulaire, aigu, franc.

La goutte ne s’observe que rarement; il est vrai que le régime des nègres d'Afrique et celui des nègres transportés n’ont rien de commun avec la table plantureuse des riches goutteux anglais, par exemple; mais à Haïti, où il existe des nègres fort riches, fort amis du luxe et vivant fort bien, la goutte est également rare. On cite les Hovas de Madagascar comme souvent goutteux, mais les Hovas sont des Malais.

Une manifestation diathésique bien connue dans la race blanche, où elle se caractérise par de petits boutons spéciaux, qui ont pour siège les glandes sébacées et qui apparaissent à la face et dans le dos, à deux époques de la vie, la puberté et la ménopause, l'acné sébacé, ne se voit jamais chez le nègre, tandis que, d’après le D' Rufz, eile apparait déjà chez le mulâtre.

La calvitie est également moins fréquente chez les noirs que chez les blancs.

La gravelle et la pierre sont inconnues chez les nègres et cela non seulement en Afrique, mais même en Amérique. Dans ce pays, on n’a jamais pratiqué la lithotritie sur un nègre : Livingstone a lui-même été frappé de cette immunité, dans les régions les plus calcaires, où les eaux incrustent rapidement les vases et les conduites d’eau. Le milieu histologique intérieur du nègre filtre donc les eaux autrement que le nôtre.

Tètanos.— La statistique américaine nous montre que, dansle même milieu, pour 4 000 blancs qui meurent du tétanos, il meurt 4 906 noirs; je disais tout à l'heure que le chirurgien pouvait tout oser dans la race noire; cela serait vrai, sans le tétanos, qui est la grande complication chez le nègre et cela sous tous les climats. Etant interne à l'hôpital Beaujon, dans le service de Gubler, à l’époque du dernier choléra et chargé de la salle spéciale aux cholériques, j'ai vu le tétanos survenir une seule fois comme complication de cette dernière maladie, c'était chez un nègre !

Le tétanos paraît également assez fréquent chez le singe; le D: Morice en a vu deux cas en Cochinchine, chez un macaque et chez un bonnet chinois. Il est fréquent chez le chien, chez qui nous avons pourtant noté, comme chez le nègre, une grande résistance aux traumatismes.

Trismus des nouveau-nés. — Une maladie, non pas spéciale au nègre, mais plus fréquente chez lui que dans toute autre race, qui se caractérise par la contracture des mâchoires chez les jeunes enfants, le frismus des nouveau-nés, enlève, au Sénégal, pendant la saison froide, les 2/3 des nouveau-nés.

Le télanas des nouveau-nés est également fréquent chez les agneaux. |

Ophthalmie. — Une autre maladie fréquente, c’est l’'ophthalmie; cela tient à plusieurs causes : à la poussière ; car on dit dans le Soudan, pour exprimer l'intensité de la poussière, qu’elle entre dans les œufs; cela tient aussi au soleil, à la malpropreté, enfin à l'existence d’un vestige de membrane clignotante ou troisième paupière qu'on trouve chez le nègre. Dans certaines tribus du Sénégal, 0/0 des noirs sont aveugles; on voit des bandes d’aveugles mendiants. Les marabouts soignent les ophthalmies par des scarifications temporales, que les Sarracolais aiment beaucoup, parce que la cicatrice devient un ornement.

La cataracte est très fréquente; les nègres savent mênie l’opérer : le D' Chassaniol a vu un nègre opérer par abaissement latéral, avec une énorme épine de mimosa.

Diphthérie. — La diphthérie est rare chez le nègre ; le croup surtout est rare chez le négrillon.

Obésité. — Je disais tout à l'heure que des différences séparaient les races noires les unes des autres ; l'obésité en est un exemple : rare chez le noir guinéen, elle est fréquente chez les Cafres et chez les Zoulous ; le prédécesseur de l’infortuné Cetivayo,

le roi Panda, était extrêmement obèse; nous verrons toutefois. la tendance à l’obésité encore bien plus développée dans d’autres races.

Carie dentaire. — La carie dentaire est rare dans les races noires, et, sur les nombreuses têtes de noirs du musée Broca, on aurait quelque peine à trouver des dents cariées.

De quelques autres caractères pathologiques. — Parlerai-je de quelques autres particularités physiologiques ou pathologiques? de l’extrème rareté de la constipation, chez le nègre, quel que soit son régime alimentaire? de la rareté des varices, et cela, même chez les femmes enceintes, même chez les vieux travailleurs les plus surmenés? de la rareté du diabète ? Il est vrai que ce symptôme passe souvent inaperçu, faute d’être recherché.

En revanche, on note la fréquence des affections du pancréas, qui, d’après le D' Chassaniol, serait plus grande que chez le blanc. Il est vrai que les maladies du pancréas sont assez mal connues, même chez nous.

Ainhum.— Symptômes. — C'est en 1867 que le Dr Da Silva Lima observa pour la première fois cette maladie chez un nègre, à Bahia, au Brésil. Sans cause appréciable, parfois à la suite d’une piqüre ou d’un choc, le petit doigt d’un pied présente, dans la moitié de sa circonférence, à sa base, dans le pli qui sépare la première phalange de la plante, un sillon, sans ulcération, sans suintement, sans changement de couleur; en même temps le doigt grossit, s’arrondit ; au bout d’un certain temps, le sillon s'étant creusé de plus en plus et le doigt ayant augmenté de plus en plus de volume;gen s’arrondissant, est devenu de la forme et du volume d’une pomme de terre et ne pend plus que par un mince pédicule de 4 à 5 millimètres. Cette sorte de grelot pendant s'accroche alors à tous les objets et rend la marche douloureuse et impossible. La maladie met un temps variable, de 1 an à 10 ans, à atteindre son summum et à parvenir à l’état où l’amputation du doigt devient inévitable. Le mot « amputation » est ici bien gros, car il est aisé de sectionner ce mince pédicule, sans hémorrhagie. |

Anatomie. — Lorsqu'on examine alors ce doigt, on voit que la peau qui le recouvre est dure, rugueuse, épaisse ; lorsqu’on la coupe, on constate que cet épaississement se fait dans l’épiderme plutôt que dans le derme; l'examen, fait par Cornil, montre un

tissu homogène, où toute trace de tendons, de vaisseaux, de nerfs et parfois d'os a disparu; des globules de graisse se sont substitués, place pour place, aux éléments histologiques normaux; la partie a subi, en d’autres termes, la dégénérescence graisseuse, dans le tissu cellulaire, comme dans le tissu cartilagineux, comme dans le tissu osseux. Quant à l’anneau constricteur, il est formé uniquement de tissu fibreux, sans mélange de fibres élastiques. Aptitude spéciale des noirs. — Cette étrange maladie, qui, d’ailleurs, n’altère pas la santé générale, n’a encore été observée que chez des noirs. Le plus souvent il s’agit de noirs d’origine africaine, comme au Brésil, plus souvent encore de nègres habitant encore la côte occidentale d'Afrique. Le Dr Corre l’a vue chez un nègre de Bourbon; on l’a vue chez un Cafre; puis à Pondichéry, sur des noirs Moundas. Enfin, elle a été vue aux îles Gilbert sur un noir à cheveux plats, par le D' Guyot, autrement dit sur un métis de Papou et de Polynésien. L’ainhum a done été vu à peu près dans toutes les races noires; ce sont les noirs d’ailleurs qui ont créé le mot ainhum ou ainhoum, qu'ils traduisent, lorsqu'ils veulent parler portugais, par le mot freira, qui signifie gerçure. Un cas unique, sinon d’ainhum, au moins d’une maladie voisine, à été observé, en 1863, chez une blanche, par le Dr Mirault (d'Angers) : plusieurs doigts s’étranglèrent par un sillon fibreux, dans l’espace de quinze ans ; seulement, c'était à la main; chez le noir, c’est presque toujours au pied. La main était cependant prise chez un Canaque : le mal s’observe presque toujours au cinquième doigt; le D' Corre a vu le quatrième malade, mais le cinquième se prenait. Bérenger-Féraud a vu tous les orteils amputés; le D' Guyot a même retrouvé des sillons constricteurs jusque sur la jambe ou la cuisse. Enfin, il atteint presque uniquement le noir mâle; deux négresses seulement ont été observées, l’une par le D' Paterson, l’autre par le Dr Faria. 11 s’observe presque uniquement chez les adultes. Le Canaque observé par le D' Guyot était une exception; chez lui, la maladie était congénitale; elle avait débuté in utero et avait évolué depuis. Les nègres disent eux-mêmes que le maladie sévit à la côte d'Afrique et qu’on la voit souvent atteindre les membres d’une même famille. Nature. — Est-ce une manifestation de la lèpre et notamment de lèpre am putante? Cette opinion est défendue par le Dr Collas. Plusieurs médecins brésiliens en font, eux aussi, l’analogue de ce qu’on nomme la guigila ou gafeira, sorte d’éléphantiasis des Grecs,

avec contracture et déformation des doigts, production de tubercules à la peau et d’une éruption particulière qu’on nomme le pilyriasis Æthiopium. Mais cette dernière maladie atteint également les deux sexes ; elle touche les mains aussi bien que les pieds; elle s'accompagne d’anesthésie et d’atrophie musculaire, L’opinion qui semble provisoirement la plus admissible, c’est celle du D' Guimaraës, qui regarde la maladie comme produite, sous l’influence de troubles nerveux vaso-moteurs, par la contracture des fibres lisses des vaisseaux. L’ainhum se trouverait ainsi voisin de ce qu’on nomme syncope locale, asphyxie locale, gangrène des extrémilés et, comme ces maladies, il aurait une origine centrale. A ces causes se joint, en outre, cette tendance à faire du tissu fibreux qui est propre au nègre ; de sorte que l’anneau fibreux lui-même, conséquence des troubles trophiques, deviendrait cause à son tour; en effet, Moncorvo a arrêté la maladie en sectionnant cet anneau. Le D' Corre pense que l’aïnhum est sous l'influence d’une lésion nerveuse trophique, ayant probablement son origine en un territoire du système nerveux spinal : il y à tout d’abord résorption des parties profondes, soit au niveau d’une articulation, soit au niveau d’un point quelconque de la continuité d’un os; — cette résorption appelle autour d'elle comme une sorte de travail cicatriciel, qui aboutit à la formation du sillon scléreux: les parties situées au-delà du sillon éprouvent nécessairement des modifications dans leur nutrition; le tissu graisseux, qui S’accommode d’une nutrition languissante, bénéficie de lamoindrissement des échanges, il tend à se développer davantage, tandis que les autres tissus, de vitalité plus grande, s'atrophient peu à peu. Mais il n’y a pas, selon lui, dégénérescence graisseuse, dans la rigoureuse acception du mot, bien moins encore gangrène. Le D' Frontan ne croit pas la maladie spéciale au nègre : il se résume ainsi :

1° La prétendue entité morbide appelée ainhum n'existe pas, en tant que maladie locale spéciale aux races colorées ;

20 La même affection se rencontre aussi dans les races blanches, où elle commence ordinairement dès l'époque congénitale. On peut la rencontrer aussi à tout âge de la vie;

3° Elle est caractérisée essentiellement par unsillon constricteur progressif, sans cause mécanique, pouvant aller jusqu’à l’amputation et amenant secondairement dans la partie étranglée une dégénérescence graisseuse ;

4° Cette maladie appartient vraisemblablement à la classe des tropho-névroses ; |

5° Son processus anatomique est celui de la sclérodermie et elle mérite le nom de selérodermie annulaire.

Ce processus semble très voisin de celui que déterminent les amputations congénitales.

Maladie du sommeil, — Histoire. —La maladie du sommeil est encore une maladie étrange et qui passe pour être propre au nègre ; elle a été signalée pour la première fois en 1819, sur le littoral du golfe de Bénin, par Winterbottorn, puis en 1840, par le Dr Klark, à Sierra Leone, depuis lors, par un grand nombre d’observateurs, au Congo, au Sénégal, en Egypte et même aux Antilles, toujours sur des nègres. La maladie se nomme aussi hypnosie (Nicolas), lalangolo (côte d'Afrique). On le nomme aussi nélavan,mot qui veut dire dormir en yoloff, et dadan, qui exprime la même idée en serère. Cependant, d’après plusieurs médecins, le D' Nicolas notamment, le nélavan serait une maladie différente.

Symptômes. — Trois grands symptômes dominent : céphalalgie sus-orbitaire, chute progressive dela paupièresupérieure, accès véritables de sommeil physiologique. Le nègre devient lent, paresseux; on le trouve souvent endormi, il maigrit, prend la diarrhée ; en même temps les accès du sommeil augmentent, la langue reste bonne, l’appétit est conservé, mais à peine le malade porte-t-il à sa bouche ce qu'il veut manger, qu’il s'endort; on voit au soleil, devant les cases, des nègres endormis, que rien au monde ne ferait Ier

Ils dorment; si on les secoue, ils vous regardent, mais leurs paupières se ferment aussitôt et ils se montrent, vis-à-vis toutes les excitations, d’une indifférence absolue. Leur ventre grossit, leurs yeux s’injectent, ils maigrissent, la peau s’écaille, parfois les jambes enflent un peu, des convulsions surviennent, ce serait alors, d’après Nicolas, le nélavan, forme différente de l’hypnosie. La mort arrive infailliblement, en dormant, au bout de cinq ou six mois, un an; les voisins, les parents, dès le début, savent à quoi s’en tenir et les Yoloffs savent que lorsqu'un voisin a le nelavan, les Serères savent que lorsqu'on à le dadan, on finit par ne plus se réveiller.

Étiologie. Spécialité du nègre. — C'est généralement pendant l’'hivernage, saison chaude et humide, chez les noirs mal nourris, dans des conditions d'hygiène déplorables, surtout de 18-20 ans,

que se déclare la maladie; elle est commune au Sénégal, notamment au bords de rio Nunez, de la Casamance, de la Gambie, à Saint-Louis, à Gorée, à Bakel, à Sierra-Leone, au Congo, sur la côte de Bénin; les noirs prétendent qu’elle a été apportée du midi au nord. Mais elle ne se déclare pas que dans les conditions insalubres de l’hivernage, et les navires qui faisaient jadis la traite étaient habitués à voir un certain nombre de passagers noirs s'endormir du nélavan. La moyenne de la mortalité par somnoience est de 5/1200. On à vu la maladie se déclarer chez les nègres depuis longtemps (7 ans) débarqués aux Antilles, mais jamais chez ceux qui y étaient nés. En tout cas, on ne l’a jamais observée que chez le nègre africain. Un seul cas a été vu par le Dr Chassaniol sur un mulâtre.

Anatomie. — Dans un cas le D' Griffon, de Bellay, a noté à l’autopsie le ramollissement de la protubérance annulaire. Les Drs L'Herminier et Gaigneron ont observé la même altération, mais la chaleur était excessive ; cela ne prouve donc rien. Le D" Corre a trouvé une seule fois le cerveau induré et il a pensé à une formation de tissu conjonctif cérébral, à ce qu’on nomme la sclérose cérébrale, d'autant plus que les nègres ont, nous l’avons vu, une srande tendance à cette formation scléreuse.

Le D' Guérin a trouvé une fois une infiltration séreuse des méninges. On a trouvé de l’eau dans les ventricules; de là le nom de sleepy-dropsy (hydropisie somnolente), que les Anglais ont donné à la maladie.

Dans tous les cas on a trouvé les vaisseaux de l’encéphale et les sinus de la dure-mère gorgés de sang. Du reste c’est là une condition même du sommeil naturel,

Nature. — On voit parfois la maladie sévir sur les membres de la même famille et l'opinion qu’elle est contagieuse est assez répandue ; elle passe même pour héréditaire. On en à fait une manifestation de la fièvre intermittente, mais on ne comprendrait pas alors qu’elle se développât en dehors des foyers de malaria.

On en fait aussi une forme de scrofule cérébrale ; il est possible que la scrofule joue là son rôle; témoin les ganglions gonflés du cou, ceux de l’abdomen, qui s’engorgent aussi. Le Dr Corre voit là quelque chose d’analogue à ce que Bazin nommait encéphalopathie scrofuleuse; il va même jusqu’à dire que c’est la manière du nègre, d’être phthisique chez lui.

Les nègres ont été frappés de ces ganglions du cou et, comme

à l'exemple de plus d'un blanc, ils ne doutent pas que la Providence marque les maladies d’un signe, d’une signature, qui rappelle leur cause, ils les attribuent à l’imprudence qu’aurait faite le malade, de manger une sorte de poulet à gros cou ou certains poissons dont les ouïes sont gonflées.

Dans le même ordre d'idées on a attribué la maladie à la récolte, mais tout le monde serait alors malade et l’on ne comprendrait pas que la maladie éclatàt en mer ; aux Antilles, on l’a attribué aux chagrins, à l'alcoolisme, à l’usage du chanvre indien, au travail cérébral (?) exigé de quelques domestiques nègres.

Il n’était pas possible qu’une maladie aussi mystérieuse ne fût pas classée parmi les maladies à microbes. C’est là une tendance qui fut favorisée par le fait suivant : le choléra des poules, maladie infectieuse de la volaille, étudiée par Pasteur, présente comme symptôme la somnolence. Le D' Talmy a donc pensé que la somnoience du nègre était due, elle aussi, à un ferment, à un microbe, analogue à celui du choléra des poules; on s’est alors souvenu que les nègres attribuaient la maladie à l'usage de certains poulets. Singulière coïncidence? J'ajoute que le D' Declat, d’après le P. Bosch, missionnaire à Dakar, parle d’un cas de somnolence, guéri par l'acide phénique, par la médication parasiticide. Ce sont là des faits à voir. Le D" Nicolas ne repousse pas cette hypothèse, mais il ne l’accepte que pour le nélavan, maladie, selon lui, absolument différente de l'hypnose. Cette dernière caractérisée uniquement par le sommeil serait sporadique ; lenélavan, au contraire «parait infectieux au premier chef, dévaste des villagesentiers ; ailleurs, les habitants fuient devant lui ; les malades sont partout un objet d'effroi; de plus c'est une maladie essentiellement purulente; l’engorgement ganglionnaire est habituel, et l’on dit que lablation des ganglions suppurés rétablit la santé d'une manière parfois définitive. En outre, la somnolence, qui est assez habituelle, lui donne un point de ressemblance de plus avec le choléra des poules. Le nélavan a toutes les allures d’une maladie parasitaire, mais les symptômes qui lui sont assignés sous la forme épidémique qu'il revêt sur le littoral nord de l'Afrique occidentale le distinguent, d'une manière essentielle, de la maladie du sommeil ou somnose, que j'ai décrite d’après les cas observés au Gabon, au Congo et aux Antilles sur les uoirs importés.

Il existe aussi, chez le cheval, une maladie qui n’est pas sans rapport avec la maladie du sommeil du nègre et sur laquelle des

études comparatives pourraient peut-être être faites avec quelque utilité. C'est l’immobilité. Elle sévit sur les chevaux de race commune, de tempérament lymphatique; elle est occasionnée par une mauvaise alimentation, par la chaleur excessive, par une écurie insalubre, chaude et humide; voilà bien des rapports avec la maladie du sommeil : le cheval devient indifférent à tout ce qui l'entoure, somnolent, hébété; ses paupières sont à moitié fermées ; il mange maladroitement, plus souvent encore, il oublie de manger, enfin il meurt avec des convulsions, parfois avec des symptômes de vertige et à l’autopsie on trouve de l’eau dans les ventricules du cerveau.

Tuberculose. — La chaleur est, pour le nègre, un milieu absolument nécessaire ; aussi supporte-t-il avec une grande difficulté le moindre abaissement de température. Dans le Fezzan, on ne s’aborde qu’en se souhaitant « de ne pas prendre froid ». Boudin, en raison de ce fait, disait de la race noire, qu'elle était peu pliable et incapable, comme la race blanche ou la race jaune, de s’'accommoder de tous les climats. Même dans la zone torride, le nègre en effet craint, à un haut degré, les refroidissements; même chez lui, il succombe à des affections de poitrine. Sur la côte de Sierra-Leone, tandis que, sur 1 000 décès survenant dans la garnison anglaise, 4,9 sont dus aux affections des voies respiratoires, les mêmes maladies entrent, chez les nègres, sur le même nombre de décès, pour 6,3. Au Sénégal, la phthisie est extrèmement fréquente chez le nègre; et il suffit qu'on le déplace dans son propre pays, pour que la fréquence de cette maladie augmente encore. Les chiffres comparés entre la mortalité anglaise et la mortalité des nègres, par phthisie, dans les colonies anglaises de la zone torride, sont caractéristiques ; témoin le tableau ci-contre.

Mortalité comparée des Anglais et des nègres par phthisie pour 1000 déces :

Anglais. Nègres.

JHNAIQUE se serre ra Sec 7,5 10,3 Dominique .....: PERTE E 8,3 16,8 Cane ANR AU RD es LPNO CE 4739 Cela, PARU 4,9 40,5

Gibraltarss2..en: SRÉTRAUAE AURE 43,0

Souvent, à bord des navires, dans les parages de la côte d’Afrique, on prend des auxiliaires nègres, qui vivent et travaillent dans les mêmes conditions que les matelots ; sitôt qu’on navigue un peu vers le nord, on les voit tousser et devenir phthisiques. Si on déplace le noir des zones chaudes, pour le conduire vers les régions tempérées, les différences deviennent plus considérables encore : ainsi, la mortalité des nègres par phthisie, à Gilbraltar, est 43 pour 1 000 décès, au lieu de 5,3, chiffre des Anglais.

Partout où le nègre se trouve avec d’autres races, il est plus disposé qu’elles à la phthisie. C’est ce qui s’observe bien à Ceylan, sur les troupes anglaises, où plusieurs races sont représentées : là, sur 1 000 hommes, la mortalité phthisique s’exprime ainsi :

IMOISONESS ER SAULT ei. 1,6 NDLR AIS SR ae Rues 3,6 AnPIAIS re. elles perte ce A NORTON. RS De eme ee ape 10,5

Au Pérou, où nous avons vu combien grande était la fréquence de Ja phthisie, elle ne sévit pas non plus avec égalité sur les diverses races : les Indiens sont le moins frappés; les Européens le sont un peu plus, mais plus encore le sont les Espagnols descendants de la conquête, nés de vieilles familles héréditairement abimées par le climat et vivant dans la mollesse ; enfin les nègres payent le plus lourd tribut ! Il en est de même au Brésil :

Sur 100 décès la phthisie tue dans ce pays :

Imdicnsp ee. ROM TT 3 a Métis Diancs he Gi LR RE Z RCE 13,5

= HPIDUIONS AS nn re ET RO RE ER 34,3 NÉE TOO PR TE RENE 48,5

Elle est également très fréquente chez les Australiens,

La phthisie n’est pas rare non plus chez les animaux : les races bovines montagnardes, transférées dans les plaines, deviennent souvent tuberculeuses. Maïs de tous les animaux celui qui, pour la facilité avec laquelle il succombe au catarrhe ou à la phthisie, se rapproche le plus du nègre, c’est le singe. Tous les singes qu'on amène en Europe, sauf ceux qui, en petit nombre, vivent à Gibraltar, deviennent phthisiques. Le singe devient phthisique, même en liberté dans son pays ; ainsi le naturaliste et

voyageur Rengger affirme qu’au Paraguay, le cebus azarée succombe fréquemment au catarrhe et à la phthisie pulmonaire. Si, dans la succession des races, la noire, qui parait être la plus ancienne, est appelée à disparaitre, comme cela est probable, elle disparaitra par la phthisie.

Fièvre palustre. — Les nègres, en revanche, ont pu seuls défricher des terrains, où l’'Européen mourait, sitôt qu’il y avait mis le pied. Aussi une foule de contrées d’Afrique, où prospèrent “des tribus nègres, sont-elles, à cause de l’impaludisme, inhabitables pour l’Européen; et, si nous avons pu dire que la phthisie est ce qui modère et empêche même l'extension des noirs dans les zones tempérées, nous pouvons dire maintenant que ce qui empêche l’extension des blancs dans les pays chauds, c’est l’impaludisme, et d’une manière générale cette sorte de trilogie formée par la fièvre paludéenne, la dysenterie et l'hépatite. Est-ce à dire que le nègre soit, comme on l’a cru, à tort, absolument réfractaire à l’impaludisme ou à la fièvre intermittente? non assurément. Mais il est atteint beaucoup moins souvent que le blane, et lorsqu'il est atteint, la gravité de son mal est beaucoup moindre. Témoin le tableau suivant :

Mortalité comparée des nègres et des Anglais par fièvre paludéenne

pour 1000:

| Anglais, Nègres,

JAMalqUenL cn ee 101,9 8,3 CHAN a de RER Toi. 59,2 8,5 ARE Ne et 61,6 3,9 CENT USE LT ne de A Ne ae 24,6 11 PEACE TR PAR Crest . 4,7 0

Dierra- LEONE ANRT. 410 2,4

Ainsi donc le nègre a bien moins souvent que le blanc la fièvre intermittente. Voilà qui prouve une profonde différence dans l’organisme et, ainsi que l’a écrit Darwin, «cela prouve « mieux que toute analyse chimique, une différence dans le sang, « le système nerveux ou les autres tissus » ! Lorsqu'il à d’ailleurs, par exception, cette fièvre intermittente, il l’a autrement que le blanc : l’Européen, dans les contrées marécageuses, prend ce qu'on nomme le type quotidien ou le type subintrant, c’està-dire que, une fois par jour à la même heure, il est pris de frisson, de chaleur, de sueur, ou que l'accès revient plusieurs fois

par jour, de facon qu’une nouvelle crise commence, quand la première est à peine terminée. Chez le nègre, rien de semblable ; le type est dierce, c'est-à-dire que l'accès revient tous les trois jours, avec un jour d'intervalle, où l’on n'’observe rien. Quant à la fièvre pernicieuse, cette fièvre qui emporte le malade au premier, au second, au plus tard au troisième accès, elle est très rare chez le nègre. Le D' Berger en a constaté deux cas ; c'était chez deux mulâtres. Mulâtres étaient sans doute aussi, les nègres qui ont présenté la fièvre pernicieuse au D' Crevaux, à la Guyane.

Ces faits ne sont pas sans importance, lorsqu'il s’agit de recruter le personnel d’une expédition, dans les régions marécageuses de la zone torride : en 1841, trois navires anglais remontaient les eaux du Niger. Ils étaient montés par 145 blancs et 158 noirs Crowmem. Un mois après, 130 blancs sur 145 avaient des fièvres paludéennes graves, #0 succombérent; 1{ noirs seulement sur158 eurent de légeres indispositions, aucun ne mourut. Il est bon de remarquer que ces 11 nègres avaient tous habité l'Angleterre pendant plusieurs années.

Pathologie comparée. — 11 y a également des animaux et des végétaux parfaitement acclimatés au marais: l'éléphant, le rhinocéros, l’orang-outang à Bornéo, la loutre et le rat d’eau chez nous, enfin tous les oiseaux de marais, le héron, la bécassine, le canard, les courlis, etc. Les bœufs gris à longues cornes de la campagne romaine vivent au milieu des marais Pontins, sans en ressentir les effets et cependant il ne descendent pas du bœuf antique, car ils ont été importés de Podolie au 1v° et au vi° siècle.

En revanche, beaucoup d'animaux sont sujets à la fièvre intermittente : le D' Mac. Culloch, cité par Darwin, dit que Île chien la prend volontiers et, chose remarquable, qu’il prend, lui aussi, le type tierce. Le D' Grahan dit avoir vu, dans le Dekan, des chevaux de cavalerie pris de fièvre, tout comme leurs cavaliers ; pendant les travaux d’un chemin de fer, le D' Adenot a observé un cheval de charroi qui, tous les deux jours, à la même heure, était pris de frissons et de tremblements; mais le plus souvent, les animaux prennent la cachexie, avec la grosse rate ; les chevaux de la Sologne ont tous la rate volumineuse ; ils sont petits, sans énergie, leur ventre est gros; dans la campagne de Rome, les chèvres sont mème sujettes à des ruptures spontanées de la rate. Cette observation est d’ailleurs bien ancienne, et les augures ne cherchaient pas autre chose que la grosse rate, lorsqu’avant

l'établissement d'un camp ou d’une colonie dans une contrée ils sacrifiaient les animaux de cette contrée, pour observer leurs viscères,.

Dysenterie.— Cette maladie redoutable existe chez le nègre ; elle existe chez lui, même au Sénégal ; mais elle est, chez lui, d’abord moins fréquente et surtout moins grave. Elle ne prend pas aussi souvent, chez lui, ce caractère de malignité qu’elle présente chez l’Européen ; l'intestin s’ulcère moins et les lésions demeurent pius superficielles. On dit qu’elle est plus catarrhale. Il sufñt de consulter le tableau suivant :

Décès pour 1000 hommes.

Anglais. Nègres Cyan ST ER 8,9 538 HDRIC Héron AT 179 5,5 Pabasoline is die see 24,0 4,8 Sainte Vince. Le. de 24,2 4,2 DAPDaen ne 20,8 42.1 Saliie- LCI, se, 39,3 | DOMIMIQUE nr dessus 70,3 7,4

La différence entre les Anglais et les nègres est considérable; elle l’est moins, cependant, que celle que nous avons constatée au sujet de la fièvre intermittente. La différence dans les tissus du noir et du blanc s'affirme néanmoins une fois de plus. On a signalé de grands ravages faits par la dysenterie chez les Mal-. gaches; mais l'élément noir est ici fortement métissé de malais; ce sont donc des mulâtres malais et non des noirs.

Hépatite. — Il est une maladie qui complique souvent la dysenterie, bien qu’elle apparaisse aussi isolément et qui semble engendrée par des causes miasmatiques bien voisines, c’est l’hépatite ou inflammation du foie, aboutissant souvent à la formation, dans cet organe, d’abcès fréquemment mortels. L'hépatite est, au Sénégal, extrèmement fréquente ; elle entre pour 1/4 dans les décès des Européens. Elle s’observe, du reste, également dans la race nègre; mais sa fréquence est encore moins grande que celle de la dysenterie. Boudin qui, au Sénégal, a observé 70 cas d’hépatite dans la race blanche, n’en a vu que 1 cas chez un nègre. Îl a exprimé la fréquence comparée de cette maladie, chez le nègre et chez l’Européen, dans les colonies anglaises, dans le tableau suivant, rapporté à 1 009 hommes :

Anglais. Nègres.

Guyane #72: le 2 siege 2. 0,3 TANGER TER TT 14 0,8 Tabago USER 2,0 1,0 Saint-Vincent: Ste. 1,6 s1% Barbade....... he ete 1,4 0,9 Dainte-[ULie.:,- 22.0 1,0 0,9 Dominique EEE Ep) 0,6

L'hépatite et l’abcès du foie sont néanmoins assez familiers aux nègres, pour que ceux-ci aient imaginé un procédé de traitement chirurgical ; il est identique au nôtre, et ce n’est pas son moindre mérite : pour pénétrer dans le foie, l'instrument, qui vient du dehors, doit entrer d’abord dans la cavité péritonéale et la traverser pour ainsi dire ; or c’est là une source de dangers : l’introduction de l'air du dehors dans le péritoine n'est pas moins à redouter que la pénétration, dans cette cavité, du pus qu’on se propose de faire écouler du foie au dehors. Les nègres, malgré leur peu de tendance à la péritonite, ont reconnu ce danger et ils ont trouvé le moyen de l’éviter : ils ont appris, par empirisme, qu’une brülure profonde, faite à la peau de l’abdomen, déterminait, sur le point voisin du péritoine, une inflammation qui a pour effet de faire adhérer entre elles les deux parois de la cavité péritonéale, de supprimer, en réalité, cette cavité en ce point. Il suffit, alors, de pénétrer dans le foie au niveau même de ces adhérences, là où la cavité n'existe plus, pour que l'opérateur n’ait plus à rédouter l'entrée, dans le péritoine ainsi fermé, ni de l’air venu du dehors, ni du pus venu du dedans. Les opérateurs indigènes savent tout cela ; ils promènent donc sur la peau, dans la région du foie, au niveau de l’abcès, un fer rouge. Deux jours après, quand ils pensent que l'añhérence est faite, ils l’ouvrent.

Fièvre jaune.— Le nègre estincomparablement moins frappé que le blanc; on a même dit qu’il avait une immunité complète, mais les faits ont démontré qu'il n’en était pas ainsi ; il est vrai qu’en 1830 un certain nombre de nègres sont morts de la fièvre jaune au Sénégal, qu’il en a été de même, en 1878, à la Jamaïque et plus récemment au Sénégal. Quelques chiffres et quelques faits vont nous donner la mesure de cette quasi-immunité : à Gorée, dans une épidémie, Bérenger-Féraud a vu mourir 32 blancs, 1 noir, 4 mulâtres. Remarquons, comme toujours, la situation intermédiaire du mulâtre ; dans l'Amérique du Sud, les nègres ont tou-

jours été épargnés. Enfin tout le monde connait l'expérience démonstrative qui a été faite à ia Vera-Cruz pendant la guerre du Mexique : des 453 nègres du Darfour et du Kordofan qui avaient été prètés par le vice-roi d'Egypte à l’armée française, aucun, à la Vera-Cruz, n’a eu la fièvre jaune et notre bataillon de turcos, composé de Kabyles, d’Arabes et de nègres, a présenté un fait remarquable : les Kabyles et les Arabes succombaient comme les blancs, les nègres étaient indemnes.On peut donc admettre ce mot du D' Nott: « un quart de sang nègre vaut mieux pour préserver « de la fièvre jaune, que la vaccine pour préserver de la variole». Le danger de prendre la fièvre jaune croit, en effet, pour les métis, avec la quantité de sang blanc qu'ils présentent : en 1862, 114 volontaires (mulâtres très clairs) viennent de la Martinique à la Vera-Cruz; quatre mois après, il n’en restait plus que 57. La même compagnie est reportée à 126 (mulâtres très clairs), quatre mois après, il n’en reste plus que 47, puis 35 ; il en revient # à la Martinique !

Pathologie comparée. — Nous avons vu plus haut que les singes, ceux d'Amérique au moins, ne sont pas à l’abri de la fièvre jaune et qu’au Brésil on a même remarqué que leurs espèces avaient disparu sur les côtes qui, depuis 1849 seulement, sont visitées par la maladie. Si le fait n’est pas à l'avantage de l’immunité de leur organisme, il est au moins à l'avantage de leur prudence et de leur intelligence. Je signale cette aptitude du singe pour la fièvre jaune. Nous prenons, en effet, trop souvent l'habitude d'établir une série, qui, de l’anthropoïde au blanc, passerait par le nègre; sans doute cela est vrai pour un grand nombre de points: le cerveau, les muscles, le prognathisme ; mais non pas pour tous ! Sous le rapport de l'aptitude à la fièvre jaune, le blanc diffère moins du singe que n’en diffère le nègre.

Fièvre typhoiïde. — Les nègres présentent une immunité relative pour la fièvre typhoïde. D’après le docteur Rufz de Lavison, elle n’atteint ni les nègres ni les mulâtres.

Choléra. — Toutes les races humaines ne prennent pas le choléra également : de toutes les races, celle qui le prend le plus volontiers, c’est la race nègre: à la Pointe-à-Pitre, il a frappé 1304 nègres, pendant que les blancs jouissaient d’une immunité absolue. Dans d’autres épidémies, où les blancs étaient frappés, les nègres l’étaient toujours davantage. Aux Etats-Unis, pendant l’épidémie de 1866 et dans l’armée, la mortalité des blancs a été de

77/1000 ; la mortalité, pour les troupes noires, a été de 135/1000. En 1869-1870, le choléra a sévi, à Nossi-Bé, sur une population moitié cafre moitié arabe ; or la mortalité des Arabes était de 76 0/0, celle des Cafres de 83 0/0. Les mulètres, moins exposés que les noirs, le sont plus que les blancs. Ainsi, en 1865, d’après le D' Walther, la mortalité des noirs a été de 9,44 0/0, celle des mulâtres de 6,32 0/0, celle des blancs de 4,31 0/0.

Cette tendance au choléra s’applique aussi bien aux noirs de l'Inde qu'aux noirs africains ; le choléra étant endémique, dans l'Inde, dans la vallée du Gange, cela a dû contribuer à la suprématie du jaune d’abord, du blanc ensuite, dans l'Inde.

Peste. — La peste frappe également les nègres plus que les Sémites et que les blancs.

Il faut cependant tenir compte des habitudes sociales. Dans les pays où les nègres sont chez eux, la peste, nous l'avons vu plus haut, n’est pas commune, à cause de la chaleur ; elle ne les prend que dans les pays d'Orient, où ils jouent le rôle social inférieur, adonnés aux excès, vivant dans de mauvaises conditions d'hygiène.

Eléphantiasis des Arabes. — [L’éléphantiasis des Arabes est plus fréquent, toutes choses égales d’ailleurs, chez les nègres. Cela est vrai, non seulement des nègres d'Afrique, car au Sénégal l'éléphantiasis est commun, ainsi que dans le nord de l'Afrique, mais encore des noirs hindous, des Papous et des Néo-Calédoniens, généralement métis de Papou et de Polynésien.

Lépre. — Le nègre présente également une prédisposition particulière à la lèpre : ce sont les nègres africains qui l'ont apportée en Amérique. Ce sont encore les nègres, qui sont le plus fréquemment atteints; après eux, leurs métis, les mulâtres.

Nostalgie. — Il y à une maladie, qui est très fréquente, chez le nègre, c’est la nostalgie. Je ne sais plus quel est le poète satyrique, qui, en parlant d'un homme toujours triste et ennuyé, donnait cette explication : « C’est qu'il s’'emporte toujours avee « lui.» Je ne veux pas médire de l'amour du pays, mais il est bien certain que le cerveau, qui porte en soi-même sa propre pâture, son propre fonds, s'aperçoit moins du vide laissé dans ses souvenirs par le pays absent ! Que le fait soit dù à son état social ou à sa conformation, le cerveau du nègre semble manquer de ce fonds. Sitôt qu’on le déplace, le noir s'ennuie, devient phthisique et meurt; et cela à l’âge de vingt-cinq ans environ. Plus jeune, son cerveau semble plus pliable.

L'homme en général et le nègre en particulier, ne présentent pas seuls ce phénomène, car, autantil est facile de faire oublier aux jeunes animaux les grands bois et le plein air, autant la nostalgie souvent mortelle s'empare d’eux à l’âge adulte. La fréquence de la nostalgie est grave pour la destinée d'un peuple et l’Amérique ne serait pas aujourd’hui ce qu’elle est, si la race anglosaxonne n'était pas pour ainsi dire réfractaire à cette maladie.

Folie. — Les troubles cérébraux des peuples nègres sont moins individuels et plus collectifs que les nôtres. Je m'explique : Chez les nègres, la faculté d'imitation est très développée et limitation semble être une des grandes causes de leurs folies épidémiques.

En Guinée, l'alcool aidant, les associations magiques, avec leurs mystères nocturnes, rappellent tout à fait nos scènes de démonolâtrie du xvi° et du xvrr° siècle, avec leurs hallucinations. J'ai parlé ailleurs du Vaudoux, de l’Astaragaza et du Ramaninjana. La théomanie est fréquente chez les Néo-Calédoniens, chez les Polynésiens. Comme chez tous les peuples, chez qui la théomanie est fréquente, si on ne brûle pas les aliénés et les idiots, on les adore. C’est ce qui était arrivé au sorcier d’Ataï, dont le crâne, ainsi que celui de son maitre, est au musée Broca. Le commandant Luguières, qui Pa connu, m’a affirmé qu'il était idiot, et qu'il était de plus atteint d’un torticolis congénital, que Broca avait diagnostiqué par la déviation de la face.

En dehors de ces folies contagieuses, imitatives, l’aliénation mentale, individuelle,est moins fréquente chez le noir que chez le blanc! Cela pouvait être prévu, en raison de moindre développement du cerveau et du moindre développement des facultés cérébrales. Nous avons vu précédemment que sur 4 000 individus, on compte 0,76 blancs fous et 0,10 nègres; il s’agit ici de nègres esclaves, chez qui le cerveau travaillait peu, car il a suffi, nous l'avons vu, d’affranchir les nègres, pour que de 0,10 le chitfre de l'aliénation passât à 0,71.

C’est là un fait doublement instructif. D’abord il nous montre que plus on se sert de son cerveau, plus cet organe a de chances d’ètre malade ; mais surtout cela nous montre ce que produit la concurrence intellectuelle appliquée pour la première fois à une race: Les nègres, libres du jour au lendemain, n'étaient pas prêts pour la lutte; un grand nombre ont succombé par le cerveau, d’autres par d’autres organes; les observateurs superficiels ont

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dit alors : « Vous voyez, les nègres sont faits pour êtres esclaves. » Mais tous les incapables une fois éliminés par cette sélection, ceux qui restent sont plus forts!

Pian,— Lorsqu'on consulte lesvoyageursdusiècle dernier ou du commencement de celui-ci, on est frappé des descriptions étranges et effrayantes qu’ils font des maladies qu'ils avaient observées chez les nègres, soit en Afrique, soit en Amérique. Ces maladies ont été décrites sous des noms spéciaux : c’est Le yaws sur la côte occidentale de l'Afrique; sur la côte orientale et au Brésil, ce sont les boubas; c’est le gallao sur la côte de Guinée; dans les colonies d'Amérique, c’est le pian,; dans l'Inde, c’est la frambæsia ; à Amboine, c’est le bouton d’Amboine ; ailleurs, le {onga.

Le pian, dont toutes ces autres dénominations sont synonymes, règne en effet sur la côte occidentale d'Afrique, depuis la rive gauche du Sénégal jusqu’au cap Négro.

Il règne à la côte de Mozambique (bubas), à Madagascar, aux Comores, à la côte de Coromandel (sur les Indiens seuls), à Sumatra, à Java, aux Moluques (bouton d'Amboine), au sud des États- Unis, aux Antilles, à la Guyane, dans l'Amérique méridionale et centrale, au Brésil, en Océanie ({onga).

Or on ne tarda pas à s’apercevoir que les yaws, les bubas, le gallao et le pian n'étaient, en somme, que les variantes d’une même maladie, qui sévissait sur la race nègre et que les noirs disaient eux-mêmes avoir apportée de la côte d'Afrique. Le pian n'’attaque que les nègres, il attaque moins soyvent les mulâtres et jamais les blancs; il n’atteint donc que les races noires et leurs métis. C’est ainsi qu’en Afrique il n’atteint que les nègres ; dans l'Inde, que les descendants plus ou moins mélangés des noirs Moundas; en Malaisie, les Malais ne sont atteints qu’en raison du sang noir qu'ils possèdent ; il en est même en Océanie, pour le sang papou; partout c'est une maladie des noirs. La carte du pian correspond à la carte des noirs et, par conséquent, à la zone torride.

Symptômes. — Voici ses symptômes : c’est d’abord un état de langueur, de fatigue générale; des douleurs vagues surviennent dans les articulations ; rarement la fièvre apparait ; la peau noire du nègre devient alors farineuse, elle desquamme, et c’est dire qu’elle vient alors d’être le siège d’une éruption passagère, d’une sorte de roséole, qui a passé inaperçue, en raison de la couleur du malade, tandis que, au contraire, la desquammation furfuracée, blanche de l’épiderme, qui succède à la roséole, apparaît mieux

qu'elle ne le ferait sur la peau d’un blanc. J'ai vu des nègres atteints de rougeole et de leur éruption rose on ne voyait que les suites, c’est-à-dire la desquammation blanche de l’épiderme. Plus ard apparaissent sur le front et sur divers points du corps de petites papules ; ces papules, sortes de verrues, sécrètent un liquide ichoreux; ce sont de véritables plaques muqueuses. Leur suppuration est fétide et le fond de chaque petite plaie est lardacé, saillant, semblable à une petite framboise, de là le nom de frambæsia, que la même maladie porte dans l'Inde. Ces papules grossissent, deviennent des pustules recouvertes d’une croûte; cette croûte tombe plusieurs fois ; souvent deux ou plusieurs ulcérations voisines se réunissent en une seule et donnent lieu à un gros bouton, qu'aux Antilles, dans la langue créole, on nomme la mère-pian, la mama-pian. On donne aussi parfois ce nom à une ulcération large, indurée, saillante, qui a été le début de toute la maladie. Après une éruption successive de petits pians ou de petites pustules, on voit survenir, entre les doigts, à la plante des pieds et dans différentes parties du corps, de petits bourrelets de chair suintants, qu’on nomme des guignes ou crabes; d’autres fois dans la paume des mains et à la plante des pieds survient une desquamation épidermique, sèche, analogue au psoriasis palmaire et qu’on nomme saonaonas; puis surviennent parfois des douleurs dans les os, surtout pendant la nuit; on nomme cette complication le mal aux os. Pendant toute la durée de la maladie, les ganglions de laine, ceux du cou, se sont engorgés; il s’y est formé des abcès et ils deviennent le sièce de longues suppurations. Au bout d’une année la maladie a parcouru toutes ses périodes et s'éteint. On sait alors qu’on est désormais à l'abri de ses coups, car elle n’attaque qu’une fois le même individu. Comparaison du pian et de la syphilis en général. — A coup sûr l'idée n’a pas manqué de venir aux premiers observateurs de cette étrange et redoutable maladie, qu’elle présentait de grandes affinités avec une maladie bien connue en Europe, la syphilis; mais on recula devant l'identité et, de fait, que de différences! La syphilis, en Europe, donne lieu à des affections graves de la gorge et du nez; le mal aux os, les exostoses, les gourmes sont bien plus fréquents; elle donne rarement lieu à des éruptions aussi horribles et aussi multipliées du côté de la peau ; le pian semble plus cutané, plus étalé en surface ; la syphilis est plus profonde, plus constitutionnelle ; enfin la durée de la

maladie est bien plus longue et puis il y a d’autres différences, qu'on alléguait encore : la syphilis, en Europe, n’atteint guère, aujourd’hui, que ceux qui s’y exposent, et tout le monde sait quelle est la facon de s’y exposer ; aussi les accidents du début siègentils dans des régions et sur des organes tout à fait spéciaux. Le pian, au contraire, sévit sur les enfants, sur les jeunes filles les plus chastes, sur les hommes travaillant dans un même atelier. La maladie est donc éminemment contagieuse ; elle l’est, même à la façon spéciale de notre syphilis, mais elle l’est aussi beaucoup plus souvent qu'elle et de mille autres façons ; on voit des familles entières, depuis le père et la mère jusqu’aux enfants, en être atteintes. Dans les usines, dans les sucreries notamment, on voit tous les nègres d’un même atelier atteints du pian, en même temps. Comme la syphilis, la maladie est inoculable et héréditaire.

La syphilis et le pian sont donc les transformations équivalentes, suivant le milieu de la race, d’une même cause morbide : la preuve en est dans ce fait, que des inoculations accidentelles ou volontaires du pian du nègre sur le blanc ont produit la syphilis ; on semait le pian, on récoltait la syphilis ! Malgré la grande autorité de Hunter il faut donc reconnaître que c’est bien la syphilis modifiée par la race; nous avons d’ailleurs avec nous Rollet, Rochard et tous les médecins de la marine. Le peu de profondeur constitutionnelle du pian, son caractère superficiel, sa courte durée s’accordent en outre avec ce qu'ont dit les voyageurs de la résistance du nègre à la syphilis. Tous reconnaissent, en effet, que la syphilis, chez le nègre, est plus bénigne, moins tertiaire, qu'elle guérit facilement seule, toutes les fois qu’elle ne prend pas la forme de pian. Livingstone rapporte même qu'elle guérit seule et qu’elle est incapable de se fixer au centre de l'Afrique. Il y a mieux : là où les nègres sont vierges de notre contact, ils n’ont ni syphilis ni pian ! De sorte que, si le nègre, ou mieux, le noir a apporté avec lui le pian, il n’a fait que faire produire et circuler, après l'avoir fait germer sur son terrain spécial, une graine que nous avions d'abord déposée sur les côtes d'Afrique.

La tendance au phagédénisme est propre au nègre; c’est même l'aspect que prennent les plaies sous l'influence du phagédénisme, qui a reçu à tort le nom de plaie d’Yémen, d'ulcère de Mozambique. Ce même phagédénisme complique souvent le pian. La tendance aux longues suppurations, que j'ai signalée plus haut,

fait que le bubon, qui est fréquent chez le nègre, suppure souvent. La tendance aux dépôts fibreux donne naissance à l'induration, même pour les accidents secondaires. Nous voyons enfin, qu’au dire des voyageurs, le mercure réussit moins bien contre le pian que contre notre syphilis. Qu'est-ce à dire, si ce n’est qu'il faut plus de mercure? Nous pouvions nous y attendre, connaissant la grande plasticité du sang nègre et, par suite, sa tolérance pour un médicament qui diminue précisément la plasticité du sang !

Le cachet si spécial imprimé par la race à la syphilis, se complique, en outre, de différences dans le milieu social et dans le climat.

Rapports du pian avec la syphilis du moyen âge.— Relativement au milieu social, si l'on veut comparer le pian à la syphilis, ce n'est pas à notre syphilis actuelle qu’il faut le faire, mais à celle du xvi° siècle; c’est là une démonstration qui a été faite, avec beaucoup de talent, par un savant syphiliographe, le D' Rollet (de Lyon). La syphilis, en effet, a chez nous beaucoup perdu de sa gravité depuis cette époque, et cela pour plusieurs raisons : d’abord on la soigne et on ne la soignait pas alors, pas plus que les nègres soignent le plan; en outre il s’est produit ce qu'on nomme l’accoutumance, ce que le D' Auzias-Turenne a fort Justement nommé, devançant les découvertes modernes, un fait de syphilisation. Nous sommes devenus, par hérédité, moins aptes à contracter la syphilis, parce que nous comptons tous un plus grand nombre d'ancêtres qui ont été atteints de cette maladie ; elle sévit, en effet, bien plus gravement sur les populations de qui elle a été jusqu'alors inconnue et les nègres semblent depuis moins longtemps familiers avec le pian, que nous autres avee la syphilis, ce qui contre-balance le peu de tendance que possède d’ailleurs leur organisme à contracter la maladie.

Enfin, depuis le moyen âge, les progrès de la civilisation, ceux de l’individualisme, par suite desquels on vit moins en commun, plus chez soi,ont diminué la fréquence de ce qu’on peut nommer les contagions banales. Les nègres, eux, sont encore en pleine période de promiscuité, sans compter que le fait de vivre uu augmente les chances de contagion.

Qu'on n'oublie pas ce qui est arrivé en Europe même, à une époque de communications moins fréquentes, lorsque la syphilis était moins diffusée qu'aujourd'hui, toutes les fois qu’elle a fait

son apparition dans un point reculé du territoire : elle a toujours donné naissance à de véritables épidémies, que les enfants, les femmes, les hommes prenaient en buvant dans le même verre, en se servant d’une même cuiller et autrement aussi. Ces épidémies brusques déjouaient l'attention des médecins eux-mêmes et recevaient un nom spécial :

En 1827, dans un petit village nommé Sainte-Euphémie, une sage-femme syphilise sa clientèle ; les femmes syphilisent leurs enfants, leurs maris; en quatre mois, 80 personnes furent malades. Cette maladie méconnue fut désignée sous le nom de mul de Sainte-Euphémie.

En 1823, sur la côte occidentale d'Irlande, apparut, apportée par les marins, une maladie caractérisée par des ulcérations à la bouche; on la nommait bouton d'Irlande. Les D's Wallace et Corrigan montrèrent que c'était la syphilis!

Ailleurs, dans la commune de Chavane, en 1815, un homme est arrêté par les Autrichiens et emmené à Monthéliard; là, il boit dans le verre où venait de boire un soldat qui avait malaux lèvres; deux mois après, un grand nombre d'enfants, d'hommes et de femmes étaient atteints d'un mal inconnu dans le pays, qu’on nomma le mal de Chavane; c'était la syphilis !

En 1800 apparut, à Fiume, un mal, le scherlievo ou mal de Fiume, qui n’était autre que la syphilis et qui se répandit dans l'Istrie.

Syphilis encore la falcadine, qui apparut en 1786 au petit village de Falcado, dans la province de Bellune, limitrophe du Tyrol, où elle fut introduite par une mendiante, qui fut observée par le D' Zecchinelli.

En 1770 apparut, dans la baie de Saint-Paul, au Canada, une maladie inconnue, avec boutons, ulcères; en 1785, on comptait, au Canada, 5 800 malades; on Pappelait le mal de la baie de Saint-Paul. Beaumont, chirurgien français, envoyé à Québee, reconnut la nature syphilitique de la maladie méconnue.

A Nérac, un nourrisson est infecté par sa nourrice, étrangère au pays ; la nourrice est renvoyée eten attendant celle qui lui succédait, plusieurs femmes donnent le sein à l'enfant et sont contaminées par lui. Elles donnent, à leur tour, la maladie à leurs propres enfants; ceux-ci aux personnes qui les embrassent ; celles-là à leurs maris; les objets de toilette, les vêtements, tout devient un sujet de contagion ; la maladie, reconnue depuis syphilitique,

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