À. DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Que faut-il entendre par races jaunes? c’est là une appellation, à tous les points de vue, beaucoup moins nette que celle de races noires. La démarcation par la couleur est en effet beaucoup
moins tranchée; en outre le métissage, beaucoup plus fréquent, est beaucoup moins visible. D'ailleurs, de même qu’il y a plusieurs races noires, il y a plusieurs races jaunes; à l'exemple de Quatrefages, à qui j’'emprunte le tableau suivant, nous séparerons donc, dans cette étude, la race jaune proprement dite de ce qu'il nomme les races mixtes, plus ou moins dérivées du tronc jaune.
Nom. Branches. Rameaux. Famille. Populations. RE \ Samoyède. Samoyèdes.
ugrien. ; BORÉALE. | Vogoule. Nos Ostiaks.
Sabmi. Lapone. Lapons.
| Uhsbeck.
Turque. Osmanlis.
ES CENTRALE. T j | Mongol ann N ë *anien. ackouts.
JAUNES ouranie ou Kalmouks.
Tongouse. Mandchoux.
Chinoise. Chinois.
MÉR1- .— Cochinchinois.
DIONALE, Sinique. Indo-chinoise.! qanis.
\ Birmans.
Tibétaine. SR Népaliens.
En somme, la race jaune pure se présente à nous sous trois branches : septentrionale, centrale, méridionale.
La branche septentrionale (ougrienne, boréale) empiète sur l'Europe où elle disparaît de jour en jour comprenant Lapons, Vogouls, Ostiaks, Samoyèdes; elle habite les climats froids, où elle sé croise avec les populations blanches que le professeur de Quatrefages nomme allophyles (les Coloutches, les Tschoutchis, les Aïnos). Son affinité l’entraine vers le détroit de Behring.
La branche centrale est celle qui semble avoir le plus d’affinité pour l'Occident; elle correspond aux Touraniens, nom donné par les populations iraniennes ou indo-européennes de la Perse aux populations de l’Asie centrale et de l’Asie occidentale avec lesquelles elle étaient en guerre. Ce sont les Touraniens, que les anciens désignaient sous le nom de Scythes, peuple dans qui nous reconnaissons les Scythes nomades de nos jours, buvant le lait fermenté de leurs juments, le koumyss, déjà décrit par Hippocrate et
par Hérodote et « dont le pays est rempli de plumes, » c’est-à-dire de neige volant dans l'air, de vonvoles, comme disait le vieux français. Ils sont représentés aujourd'hui par les Mandchoux, qui actuellement dominent en Chine; par les Mongols proprement dits, qui ont envahi l’Europe à plusieurs reprises ; par les Kalmouks, fixés en Europe, entre le Volga et la mer Caspienne, depuis 1630; par les Kirghisses-Khajas et les Kara-Kirghisses, qui, en Asie centrale, confinent aux populations iraniennes (Galtchas, Tadjicks) ; enfin par les Usbecks et les Osmanlis, qui, croisés avec l'élément sémite et l'élément arien de Géorgie, ont formé le Turc actuel.
La branche la plus méridionale est le rameau sinique, qui, surtout dans la Cochinchine, est croisé avec l’élément noir autochtone. Les Tibétains, seuls, grâce à l’altitude, ont conservé leur unité.
Le crâne est généralement brachycéphale; la racine du nez aplatie; l'indice nasal est de 48 (mésorrhinie) alors que le Hottentot a 58 et l'Espagnol 44; l'indice orbitaire est mégasème (93) ; la face est aplatie, les pommettes saillantes, l'orbite peu profonde ;
Les cheveux sont noirs, gros, droits; peu de barbe, peu de poils sur le corps; l'oreille est grande, le plus souvent écartée de la ièle ;
La voix présente peu de différence dans les deux sexes ;
A l'angle interne de l'œil, existe un repli vertical, falciforme, débris de la membrane clignotante ; à l'angle externe existe une sorte de dédoublement transversal de la paupière supérieure, qui est bridée; l'œil est à fleur de tête ;
L'homme de race jaune exhale une odeur spéciale qui rappelle la parlle humide ;
Au pied, le pouce est écarté des autres doigts ; le pied tout entier est petit, court; il n’y a pas de coude-pied ;
Le sein est hémisphérique chez la femme et jamais pyriforme.
La puberté est précoce et cela dans les climats très divers où habite la race jaune. La précocité de la puberté n’est donc pas une affaire de climat, mais de race.
Les naissances gémellaires sont rares; elles sont, au contraire, communes dans d’autres races ;
On cite dans un grand nombre de groupes de la race jaune, une grande résistance à la douleur et, comme caractère physiologique, peu d'action réfleæe, peu de cette émotivité du grand sympathique, qui fait rougir ou pâlir sous l'influence d’une émotion ;
Un caractère tout à fait spécial de la race jaune est la tendance à l'obésité. Hippocrate avait déjà remarqué que les Scythes avaient une tendance à l’embonpoint. En Chine, on tire même de son embonpoint une certaine vanité; cela donne l’uir bien posé.
La race jaune forme un groupe tellement peu homogène, elle habite des climats si variés, elle se trouve à des degrés de civilisation si différents, enfin elle affecte avec ses voisins des croisements si complexes, qu’il en faut scinder l'étude et prendre successivement les trois branches septentrionale, centrale et méridionale.