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MALADIES

Je n’ai pas à revenir non plus sur la variole, la syphilis et la| phthisie pulmonaire. Il est incontestable que cette dernière ma-

ladie est une des principales causes de la dégénérescence des races : c’est contre elle que doivent réagir ceux qui s'occupent d'hygiène individuelle et mieux de cette science naissante qui est appelée quelque jour à régir les républiques scientifiques de l'avenir, l'hygiène sociale. « La recherche de la tuberculose, dit « le D' Gueneau de Mussy, se rattache à la question de la dégénération des races. » Il serait intéressant de rechercher, « quels « auxiliaires les envahissements de cette maladie, trouvent dans « notre état social actuel, dans nos institutions, et dans les « erreurs de l'hygiène publique. Le remède de la phthisie, dit « éloquemment Pidoux, on ne le trouvera pas dans la médecine « individuelle, mais dans la médecine sociale; celle dont les « bons esprits appellent et préparent l'avènement; celle qui, « prenant la race au berceau, la suivra dans son évolution, « jusqu'au développement physique. Une part plus équitable dans « l'éducation de la jeunesse veillera à la salubrité des habita- « tions et des aliments, combattra par l'éducation, plus large- « ment distribuée, par l’enseignement populaire de l'hygiène, « les vices destructeurs, les erreurs inévitables de l'ignorance. »

Les défauts et peut-être les conséquences forcées d'un état social avancé, telles sont, surtout, les causes capitales de la dégénération des races. Dans les familles aristocratiques, dans les castes fermées, dans la noblesse, le défaut de lutte pour la vie, cette sorte de pléthore financière, qui engendre l’apathie intellectuelle et générale, ne sont pas moins préjudiciables que le défaut contraire, l'excès de lutte et l'anémie générale qui caractérisent actuellement les classes militantes, c’est-à-dire les plus nombreuses. On brule l’eæistence, disent quelquefois ceux qui la brülent le moins; Le fait est qu’il y a moins de vieillards aujourd’hui qu’autrefois. En 1751, en Suède sur 10000 habitants, on comptait un nombre de vieillards au-delà de 90 ans, égal à 6,60 pour les hommes et 10,4 pour les femmes. En 1855, on ne trouve plur sur 10 000 que 1,25 pour les hommes et 3,3 pour les femmes.

C'est qu’une foule de maladies perpétuées dans les familles ont pour aboutissant commun la dégénérescence. On voit, dit Morel : « la terminaison fatale d'une série d’existences antérieures, qui « se résument par leur côté maladif, dans une existence indivi-

« duelle. » Voici comment cet observateur si original décrit cetle espèce de dégénérés : « IL existe des individus, qui résu- « ment dans leur personne, les dispositions organiques vicieuses « de plusieurs générations antérieures; ces gens sont caracté- « risés par des habitudes physiques particulières : petitesse ou « mauvaise conformation de la tête, prédominance d’un tempéra- « ment maladif, difformités spéciales, anomalies dans la structure « des organes, impossibilité de se reproduire, aberrations étran- « ges dans l’exercice des facultés intellectuelles et des senti- « ments moraux. )

La dégénérescence s’accuse surtout dans les villes. Parmi les causes de dégénérescence qui agissent sur la plus grande partie des populations urbaines figurent les conditions malsaines où s'exerce encore l’industrie. D’après Layet, tandis que les départements agricoles donnent 8 058 réformés sur 20 000 conscrits, les départements manufacturiers en donnent 14451. Dans les régiments, la résistance des campagnards est supérieure à celle des citadins. Tandis qu’à Londres la mortalité est de 25,7/1 000, elle est à Liverpool, ville essentiellement industrielle, de 35,25/1 000. Sans doute la vie industrielle sera toujours moins saine quela vie agricole, mais cette condition de l’industrie est cependant appelée à s'améliorer. Tant que la force motrice, si coûteuse, peu transportable, peu divisible, a été uniquement aux mains du capital argent, celui-ci a dù l’accumuler dans un foyer unique autour duquel viennent se grouper les travailleurs, comme les mouches autour de la lumière ; l’usine caserne marchant militairement sous un maître, est une conséquence forcée de l’état de la mécanique actuel ; or l’usine caserne évoque de suite une série de causes de dégénérescence physique, intellectuelle, sociale en un mot. Il n’en sera plus de même, le jour où, ainsi que les dermères expériences de Munich, de Paris et de Grenoble permettent de le prévoir, l'électricité permettra non-seulement de transformer sur place en force utile, les forces de la nature, mais surtout de diviser, de détailler la force motrice et de la transporter au loin. Alors au lieu que ce soient les ouvriers qui viennent chercher la force motrice aux dépens de leur santé et de toutes les conditions physiologiques qui font la vie morale, ce sera la force motrice qui, comme l’eau, comme le gaz, sera distribuée dans le ménage de l’ouvrier, qui l’utilisera chez lui, seul ou associé avec quelques voisins.

En dehors des conditions industrielles à proprement parler, les villes présentent d’ailleurs de nombreuses causes de dégénérescence ; tandis que dans les campagnes, la mortalité est de 212 sur 10000 habitants, elle est de 271 dans les villes (Lagneau). Dans les grandes villes, à Paris, non-seulement la mortalité est plus considérable, mais la constitution des survivants finit par perdre de sa force et de sa vigueur et, caractère essentiel de la dégénérescence, la race s'éteint. Tous ceux qui ont fait des recherches dans ce sens s'accordent en effet à reconnaitre la rareté, dans la population parisienne, des natifs à la 3° génération; ils ne constituent que 1/3 de la population totale. Ceux de la 4° génération ue figurent dans la population totale que pour 1/14 (Lagneau). C'est parmi les dégénérés que Morel n’eût pas manqué d'inscrire cette lie des grandes villes, qui, victime de notre état social autant que de sa propre paresse, constitue la matière première avec laquelle la société fabrique les vagabonds d’abord, les récidivistes ensuite.

La gravité de ces conditions est d'autant plus grande que, par un mouvement progressif, la population des campagnes tend de plus en plus à affluer dans les villes. Lagneau estime en effet que, depuis 26 ans, les campagnes ont donné aux villes 1/15 de ja population totale du pays, soit 66,4 habitants sur 10 000. II compare cette situation à celle de l'empire romain au moment de l'invasion des barbares. La comparaison n’est heureusement pas juste de tous points. Si notre société présente ce même phénomène, les temps sont différents et les individus aussi. Si les campagnes sont désertées, c’est qu’elles n'offrent pas encore aux intelligences d'élite la pàture suffisante ; mais qu'on y répande l'instruction, les lectures, les conférences, qu’on y développe surtout l’enseignement professionnel qui y manque à peu près complètement et on aura plus fait pour enrayer le mouvement que nous déplorons, que par tous les discours, qui ne convainquent que ceux qui sont déjà convaincus d'avance.

L’instruction, l'abandon de tous les vieux préjugés, la science prise comme unique guide de la vie individuelle et de la vie sociale : voilà le seul moyen d'éviter la dégénérescence. Les temps ne sont plus où la foi sauvait; les sociétés modernes ne doivent pas oublier qu'il n’y a que la Science qui puisse les conduire.

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