I. TEMPÉRATURE
Les modifications de la température sont celles qui frappent le plus le voyageur qui vient de débarquer dans une contrée très différente de celle qu’il a quittée ; et la chaleur plus ou moins grande est peut-être une des modifications de milieu les plus importantes auxquelles l’homme ait été soumis ; mais on serait exposé à se heurter à une grande complexité de phénomènes, si l’on voulait étudier de prime-saut les effets de la température sur Phomme. D’ailleurs, la suite de ce livre démontrera, je l'espère, que l’homme ne peut être étudié avec profit qu’à la condition d’être regardé à sa place dans la nature, c'est-à-dire au milieu de ses voisins, et d'être à chaque instant comparé à eux. Nous verrons, en outre, à chaque instant, que les phénomènes complexes, si difficiles à analyser, qui se passent dans les tissus de l’homme ou de ses voisins immédiats, ne deviennent simples, clairs et faciles à comprendre que lorsqu'on les a d’abord observés à l’état de réduction, d’ébauche ou mieux de schéma chez les êtres inférieurs. Si, de ce premier point, sorte de thème qui se développe dans la série évolutive des êtres, on s'élève pro-
gressivement, on assiste alors à la croissance, au développement, GÉOGR. MÉD. 1
à l’évolution des phénomènes, et ceux qui étaient le plus complexes, ceux qui semblaient le plus spéciaux à l'homme, appa raissent alors fort simples, en même temps que se comble Île fossé que la philosophie spiritualiste s’efforce en vain de creuser entre l’homme et ses frères inférieurs.
Action de la chaleur sur les êtres inférieurs. — Les protoorganismes, qui s’accroissent vite et se multiplient rapidement par voie de scissiparité, croissent et multiplient d’une façon proportionnelle à la température : plus elle est élevée, plus la multiplication de ces organismes s'effectue rapidement.
Cette action stimulante de la chaleur sur les organismes élémentaires ne nous intéresse pas seulement au point de vue de la biologie générale ; elle nous touche par le côté purement médical. Un grand nombre de maladies infectieuses, qui font périr les hommes et les animaux qu’ils associent à leur existence, sont dues à la multiplication, dans le sang de la victime, d'êtres microscopiques rudimentaires, qui se comportent dans ce milieu en véritables parasites, mais qui vivent souvent sous une autre forme en dehors de ce milieu, tant que l’occasion attendue par le parasite ne s’est pas présentée. Les travaux de Davaine, et surtout ceux de Pasteur, de Chauveau, etc., grossissent tous les jours la liste de ces êtres inférieurs, de ces mic-obes qui, tout petits qu’ils sont, constituent nos plus terribles ennemis. Or, leur multiplication, dans l’eau, dans le sol ou dans Pair, où ils vivent en attendant leur victime, est d'autant plus rapide que la température de l’eau, du sol ou de l'atmosphère est plus élevée. Ainsi, Davaine a constaté que la quantité de bactéridies qu’il suffit d’inocujer à un animal pour produire chez lui le charbon, est deux mille fois plus considérable en hiver qu’en été; ce qui veut dire que les bactéridies injectées à un animal sont deux mille fois plus vivaces, plus fécondes en été qu’en hiver, et qu’elles atteignent plus vite, par conséquent, le nombre x déterminé de bactéridies qui, selon l'espèce et le volume de l'animal, constitue la limite au-dessus de laquelle l'organisme présente les symptômes auxquels on donne le nom de charbon.
La même dose de sang septique, injectée à des cobayes, les tue en été et ne leur fait rien pendant l'hiver; ainsi, en hiver, ces animaux sont tués par une dose égale à 1/10} ou 1/50 de goutte de sang septique, tandis qu’en été ils sont tués par une dose égale à 1/50 ou 1/500 de goutte (Davaine).
Cela nous explique comment un grand nombre d’épidémies sévissent en été plus volontiers qu’en hiver, et pourquoi les pays chauds sont ceux où ces maladies atteignent souvent leur maximum de fréquence et d'intensité.
Il y a mieux : d'après Davaine, la chaleur élevée peut rendre le sang septique propre à communiquer la septicémie à distance, ce qui est encore de l’inoculation, mais de l’inoculation par un corps rendu par la chaleur capable de circuler dans l'air. Cela rendrait compte des variations dans l'intensité de la contagion des maladies, suivant les époques, les saisons ou les pays.
Il y a cependant une limite à la température favorable à ces êtres inférieurs : la bactéridie charbonneuse semble succomber entre + 44° et + 45°, elle est déjà engourdie à + 44°; c'est même à cette absence de résistance de la bactéridie charbonneuse à ce degré de température, que les oiseaux, dont le sang est normalement à une température plus élevée que celui des mammifères, doivent de présenter pour le charbon une immunité qui a été constatée par Pasteur sur la poule. Il suffit, en effet, de refroidir la poule, d’abaisser la température de son sang au niveau de celle des mammifères, pour lui faire perdre cette immuuité et rendre son sang apte à servir au microbe de milieu favorable.
Avant d’être trop élevée ou trop faible pour détruire ces organismes microscopiques, la température, à titre de milieu, agit sur eux, comme sur tous les autres êtres ; elle modifie leurs formes, leurs fonctions, leurs mœurs, si l’on peut ici employer ce mot. Ainsi, à une température trop basse de + 16°, comme à la température trop élevée de + 44°, le microbe du charbon ou bactéridie charbonneuse de Davaine change de forme. Il devient pyriforme, monstrueux (Pasteur). Notons en passant ce fait capital, d’un être vivant, changeant de forme, sous nos yeux, par le fait mème du milieu. Bien plus, il change son mode de reproduction : tandisque le microbe du charbon se reproduit par spores, ce qui est déjà un mode de reproduction relativement élevé, bien qu’encore asexué, il perd cette propriété, en haut et en bas de l'échelle thermique, à + 16° comme à + 44°, Il se reproduit alors par simple division de Jui-mème, par scissiparilé; autrement dit, de par les usages suivis dans nos classifications, sous l'influence du milieu, sous l’action de la température, le même ètre changerait d'espèce aux yeux d'un classificateur qui, uniquement préoc-
k L’ATMOSPHÈRE.
cupé de la forme à l’état statique, n’apercevrait pas l’évolution du même individu, sous l’action du milieu.
Bien plus, cette forme nouvelle, ce mode nouveau de reproduction deviennent héréditaires, et Pasteur, dans soa laboratoire, voyant se réaliser ces changements, à pu créer une race nouvelle de microbes de l'étude desquels il a tiré fes conséquences pratiques qu'il cherchait seules, et qui nous occuperont plus loin. Pour le moment je n’insiste que sur ce fait : production de formes, de fonctions nouvelles par le milieu; hérédité de ces formes et de ces fonctions ; création d’un second état qui diffère assez du premier, pour qu'un classificateur croie à une espèce nouvelle, là où il n’y a que transformation par le milieu opérant sur une série d'individus de même génération.
Je recommande ces faits aux méditations du lecteur. Ils me semblent particulièrement propres à éclairer la doctrine du transformisme, et je ne suis pas éloigné de croire que c’est dans le monde de ces êtres inférieurs, que cette doctrine si logique, si sensée, la seule hypothèse sur l’origine des êtres qui ne soit pas absurde, trouvera quelque jour sa sanction expérimentale; elle l'a déjà trouvée, dans les faits que je viens de signaler.
Songeons que ces êtres offrent à l’expérimentateur, en quelques jours, plus de générations que les animaux élevés et les plantes supérieures n’en fournissent en des centaines de siècles. On dispose ainsi dutemps et des générations qu’on manie sans compter, et on entre alors dans les conditions où s’est effectuée, en réalité, l’évolution organique. En résumé, on joue littéralement avec les races, quand on opère sur ces êtres inférieurs. L'expérimentateur les crée, les transforme et en dispose à son gré.
Sans doute il serait beaucoup plus démonstratif de modifier à sa volonté les races supérieures ; mais n'oublions pas quel a dû être lerôle de ces êtres dans l’histoire biologique de notre planète. Ce sont les êtres primordiaux, ce sont les êtres par lesquels la vie a débuté.
Quand nous voyons combien leur organisme est encore instable, quand nous voyons combien le milieu agit sur eux puissamment, n'oublions pas que de grands changements se sont faits dans l'atmosphère aux diverses époques géologiques. 11 devient alors vraisemblable que c’est grâce à la souplesse, à la variabilité de ces êtres que s'est opérée la première étape sur la reute de l'évolution organique.
Action de la chaleur sur les organismes complexes. — Lorsqu'on considère l’action de la chaleur sur les organismes élémentaires, on ne peut oublier que les tissus vivants, même ceux des animaux supérieurs, sont réductibles à un ensemble, à une véritable colonie, suivant l’heureuse expression de Perrier, d'organismes monocellulaires, de protoorganismes inférieurs, et on comprend que la température élevée, actionnant la multiplication des éléments dont l'individu est composé, influence indirectement l'accroissement total de cet individu; c'est ainsi que le mème végétal, souvent mème le même animal prennent, suivant la température du milieu ambiant, une taille, un volume plus ou moins considérables. Les graines des végétaux nous fournissent un exemple de l’action stimulante de la chaleur sur leur développement : des graines de Sinapis nigra, maintenues dans un milieu à 0°, germent en 17 jours ; dans un milieu à + 2°, elles germent en 16 Jours ;à + 3°, en 9 jours ; à + 5°, en # jours ; à + 9°, en 3 jours; à + 12°, en 1 jour 3/4. Cette expérience nous explique comment les climats influent sur la végétation ; il semble, en un mot, qu’un même phénomène végétal ait besoin, pour s’accomplir, dans une espèce végétale donnée, d’une certaine somme de chaleur : selon que, par suite de la latitude ou de Paltitude, cette somme totale sera distribuée au végétal en 3 mois ou en 1 mois, le phénomène mettra 3 mois ou 1 mois à s’accomplir; c’est ainsi que la végétation se fait vite dans un milieu chaud, moins vite dans un milieu moins chaud.
Il est bon d'ajouter qu’il ne s'agit pas seulement du plus ou du moins de rapidité ; la nature mème des phénomènes moléculaires intimes dont un être vivant peut être le siège varie suivant la température du milieu : en Ecosse, la ciguë ne renferme presque pas de conicine ; l'Aconitum napellus (tue-loup) devient inoffensif dans les pays froids ; il y est comestible ; il en est de même de la digitale, qui n'a pas partout des propriétés aussi actives ; le Pis{acia lentiscus ne fournit pas de mastie dans le midi de la France; et en Europe, le Laurus sassafras n’a pas les mêmes propriétés que dans l'Amérique du Nord.
Des phénomènes de mème ordre ont lieu chez les animaux ; le venin d’une même espèce de serpents semble plus actif dans les pays chauds que dans les pays froids ; les phénomènes moléculaires dont sont le siège les tissus des animaux supérieurs et qui aboutissent à la formation de l'acide urique, de l’urée, de la créa-
tine, du glucose, etc., varient, chez le même animal, suivant la thermalité du milieu ambiant.
Mais, si la chaleur active le mouvement moléculaire de l’organisme, il est une limite à cette action, et la chaleur, tout à l'heure bienfaisante, peut devenir malfaisante, lorsqu'elle dépasse un certain degré : pour revenir à la graine du Sinapis nigra, nous voyons que la température de + 12° est le maximum qui lui soit favorable ; à + 170, au lieu de germer, comme à + 12°, en 1 jour 3/#, elle germe en 3 jours ; à +280, le tiers seulement des graines parvient à germer ; à + 40°, aucune des graines du Sinapis nigra ne germe plus.
L'action favorable de la chaleur sur les tissus animaux à également sa limite variable selon les animaux. Il est bien entendu qu’une température de + 60° à + 65°, qui coagule l’albumine, est incompatible avec la vie des cellules qui sont composées ae substances albuminoïdes; mais, sans aller jusqu’à cette température extrême, qui, tant qu’elle règne à la surface d’une planète, empêche la vie de s’y manifester, au moins sous les formes et dans les conditions que nous connaissons, on voit des températures notablement moins élevées faire cesser l'échange moléculaire qui constitue la vie.
Un certain nombre d’animaux à sang froid ne peuvent supporter la température normale du sang des mammifères, qui est de + 37. Ainsi, des anguillules, des grenouilles, placées dans un tube de verre et, avec ce tube, plongées dans le rectum d’un mammifère, succombent ; à côté de cela, nous voyons bon nombre de parasites qui vivent dans l'intestin des animaux à sang chaud, ou dans leurs tissus, supporter leur température.
Les animaux à sang chaud, eux-mêmes, ne supportent pas une température extérieure beaucoup plus élevée que leur température propre ; ainsi, d’après les expériences de Delaroche et de Berger, les animaux de petite masse succombent au bout de peu de temps, dans un milieu de + 45° à + 50°. Les imprudents tours de force exécutés par ces deux hardis expérimentateurs nous montrent, d’ailleurs, que la résistance à la chaleur varie suivant les sujets : de + 49° à + 58° l’étuve devint insupportable pour M. Delaroche, qui fut malade; M. Berger ne fut que légèrement fatigué; ce dernier n’a pu rester que 7 minutes dans ure température de + 87°, tandis que M. Blagden a supporté pendant 12 minutes une température de + 83° (Deluc, CI. Bernard).
Du reste, ces chiffres n’ont pas par eux-mêmes une très grande valeur démonstrative, car autre chose est d'entrer brusquement dans une étuve sèche, autre chose est de respirer, avec l’accoutumance au milieu, un air plus ou moins humide, et d’y être soumis à une évaporation pulmonaire et cutanée plus ou moins considérable.
Les expériences de CI. Bernard sont plus précises en ce sens qu’elles nous montrent que, quelle que soit la manière dont la surélévation du sang d'un animal à sang chaud ait été obtenue (elle peut être réalisée par la fièvre dans un milieu froid), la mort de cet animal survient quand sa température normale s'élève de +- 4° ou + 5°.
Lessymptômes présentés par l’animalsontalorsinvariablement les mêmes : accélération de la respiration, de la circulation, convulsions parfois, mort. L’autopsie pratiquée immédiatement montre la température rectale accrue de + 5° ou + 6°, le cœur arrêté, vide ; le sang noir dans les artères, comme dans les veines ; la rigidité cadavérique survient très rapidement.
Le début de ces symptômes est subit ; l'animal semble foudroyé, Cette instantanéité tient à l'arrêt brusque du cœur, phénomène qui tient lui-même à une altération musculaire qui n’est pas spéciale au cœur, mais qui présente dans cet organe une gravité immédiate. Cette altération musculaire consiste dans un changement dans l’état moléculaire de la myéline. C’est en somme à l’altération individuelle causée par le calorique dans les organismes cellulaires dont l’ensemble forme les muscles et le muscle cardiaque en particulier, qu’est due lamort de l'individu élevé dont cet organisme cellulaire est un des composants. Ainsi le mystère de lamort des plus orgueilleux des conquérants sous le soleil des tropiques, se réduit aux lois banales qui régissent les mouvements osmotiques d’une cellule !
Les analyses de CI. Bernard montrent également que la quantité d'oxygène contenue dans le sang est extrèmement réduite : de 12 ou 15 0/0 qui est son chiffre normal dans le sang veineux, sa quantité proportionnelle se trouve réduite à 1 ou 3. Quant aux globules,’ il ressort des expériences de CI. Bernard qu'ils ne sont pas altérés. À + 45° chez un mammifère les globules sanguins ne perdent pas leur fonction, tandis que les muscles, au contraire, la perdent, et d’une manière définitive. La chaleur tue donc l’animal, en tuant le muscle.
Cette destruction de l'élément contractile se fait, dit CI. Bernard, vers + 37° ou + 39° chez les animaux à sang froid; vers + 43° ou + 44° chez les mammifères ; vers + 48° ou + 50° chez les oiseaux; c’est-à-dire, en général, à une température de quelques degrés plus élevée que la température normale de lanimal.
La chaleur appliquée à la surface du corps semble sans influence sur les nerfs moteurs; mais elle détermine l’anesthésie. CI. Bernard plonge une grenouille dans l’eau à + 36° ou+ 37°; elle devient au bout de deux ou trois minutes complètement immobile, mais le cœur continue à battre; elle n’est qu’anesthésiée; il suffit de la jeter dans l’eau froide pour qu'elle se mette à nager. Vallin, en faisant tomber sur la tête d’un lapin une température de + 45° à + 580, détermine également l'insensibilité, puis la mort. A l’autopsie, le cœur est mou et non dur, comme lorsque la mort succède à l'élévation de température du sang. Vallin compare, avec raison, cette expérience avec ce qui se passe chez les militaires qui se trouvent exposés au grand soleil, la tête couverte d’un casque métallique. On peut rapprocher de ces faits l'expérience de Robinson qui, au moyen d’une lentille, concentrant sous l’eau les rayons du soleil, sur un point quelconque de la surface d’un petit poisson, voit cet animal périr instantanément comme foudroyé; il est bon d’ajouter que Vallin, répétant cette expérience, n’a obtenu aucun résultat. De tous ces faits, il semble résulter qu’en outre de son action sur la myéline, la température trop élevée pour un animal agit sur les tubes nerveux. Harless émet l'opinion que, au-delà d’une certaine limite variable pour chaque espèce, la chaleur modifie les caractères optiques du nerf ; il va jusqu'à déterminer le point de fusion de la moelle des tubes nerveux; selon lui, cette fusion aurait lieu chez les grenouilles à + 350,5; chez l’homme à + 59°, chez le pigeon à +570, Quoi qu’il en soit de l’exactitude plus ou moins grande de ces chiffres, il est bien évident qu'ici comme tout à l’heure, il s’agit de lésions des éléments cellulaires primordiaux. Il est permis de penser que si les variétés, les races, ou les espèces résistent à la chaleur d’une manière différente, elles le doivent à des états moléculaires différents de la myéline ou des tubes nerveux, La suite de ce livre montrera suffisamment que les mots toujours mystérieux d'aptitude, d'uccommodation, d’acclimatement, se réduisent, en réalité, à un état moléculaire différent des éléments anatomiques dans chaque race.
Coup de chaleur. — Les lignes qui précèdent permettent de comprendre le mécanisme d’un accident qui n’est pas rare dans les pays chauds, où il est désigné sous les noms de coup de chuleur, asphyxie solaire, heut apoplexy, sun stroke, sonnenschlag, hitzschlug, coup de soleil, etc.
Cette nomenclature variée permet de penser qu'on a englobé, sous une même rubrique, bien des états divers. Dans un récent travail, J. Fayrer différencie, avec raison, trois processus pathologiques confondus à tort sous le même nom de coup de chaleur :
4° La syncope produite par épuisement, par fatigue; 2° une sorte de choc, dit-il, résultant de l’action directe du soleil sur le cerveau et la moelle et spécialement sur les centres nerveux respiratoires. Ce que j'ai dit plus haut de l’action de la chaleur sur les nerfs, permet de substituer à l'image un peu vague du choc, l’action moléculaire exercée sur le système nerveux ; 3° l'hyperthermie de tout le corps. Les modifications de la myéline dans le cœur expliquent ici la gravité des symptômes.
Distribution géographique.— Cette maladie s’observe partout où, par habitude ou par accident, la température ambiante est susceptible de devenir excessive. C’est dans l'Inde où elle semble avoir été le plus fréquemment observée, surtout à Bombay et à Madras. En une seule saison, on observa 21 cas à Berhampore. Dans cette région, le 13° de ligne eut pendant la première journée de marche 63 malades et 18 décès. Un autre régiment eut en 3 mois et demi 89 hommes atteints. 1l n’est pas rare, au Bengale, de voir cet accident frapper les mécaniciens de chemins de fer.
Le coup de chaleur s’observe en Cochinchine, en Chine, où, le thermomètre ayant à Péking, en 1743, dépassé + 400, il mourut 14 400 personnes; il s’observe en Malaisie; il n’est pas rare en Syrie, en Égypte, sur la mer Rouge, où les chauffeurs des navires, parfois mème les passagers, en sont atteints. En 1879, à Bassorah, par + 450 à + 500 à l’ombre, des centaines de personnes furent frappées. En 1874, le Liverpool perdit sur la mer Rouge, en deux jours, 3 officiers et 21 matelots.
La chaleur de la mer Rouge est due aux montagnes qui l’encaissent et au sable jaunâtre qui renvoie la chaleur. Le docteur Constant a constaté dans la mer Rouge, à bord de l'Aveyron, + 69° devant les fourneaux de la machine. Les pankas où grands éventails, qu'on installe à bord des transports de convalescents,
10 L'ATMOS?PHÈRE.
ne servent absolument à rien qu'à promener de Pair chaud; aussi la traversée de la mer Rouge est-elle la période de leur voyage où les navires qui rapatrient les convalescents de la Cochinchine perdent le plus de leurs passagers.
On a observé le coup de chaleur en Algérie : en 1836, en quelques heures, 200 hommes furent frappés et 11 se suicidèrent; cette forme de suicide rappelle ces cas de délire, dont quelquesuns se rapportent au coup de chaleur, tandis que d’autres sont de l'alcoolisme, du délire de pyrexie ou du délire imitatif avec nostalgie, qui ont été décrits sous le nom de calenture comme sévissant à bord des navires jadis arrêtés par les calmes.
Le coup de chaleur s’observe pendant la saison chaude mème en Europe. Pendant la guerre d'Italie, le 4 juillet, dans une seule division, 2000 hommes tombèrent. Il n’y a pas d'année que mème en France quelques moissonneurs ne soient frappés. L'été de 1859 fut signalé par un grand nombre d'accidents de ce genre. En Belgique même, on vit la même année cet accident frapper les deux tiers d’un régiment en marche; enfin la maladie s’observe même en Angleterre. Il va sans dire qu’on l’a observée aux États- Unis, au Mexique, en Australie, ear ce n’est pas une maladie qui puisse avoir un habitat déterminé, comme cela se voit pour ceriaines maladies parasitaires : c’est un accident qui se présente toutes les fois que par une chaleur excessive l’homme se place dans de certaines conditions.
Nature, formes du coup de chaleur. — Ce n’est pas la chaleur seule qui semble agir ici, mais la chaleur aidée de l’agglomération ou du séjour dans un air peu renouvelé. C’est sur des hommes trop vêtus, trop chargés et marchant en colonne serrée qu'apparait le coup de chaleur. Le mot insolation qu’on emploie parfois comme synonyme n’est pas heureux, car le coup de chaleur et non de soleil survient parfois pendant la nuit, sous les tentes où l’on étouffe.
Les symptômes sont ceux que présentent les animaux dans les étuves sèches : tantôt l'homme pâlit et tombe en syncope, tantôt il présente de la cyanose. La respiration et les battements du cœur s'accélèrent d’abord, pour se ralentir ensuite ou parfois s'arrêter brusquement dans un espace de temps qui varie entre deux et trois heures. La guérison peut avoir lieu ; mais, d'après les relations locales faites par Morehead, j'ai calculé que la mortalité était de 26 0/0.
CHALEUR. : à
L’autopsie établit bien clairement l'identité entre cet accident et les phénomènes expérimentaux produits par Cl. Bernard, Vallin, ete. L’hyperthermie s'élève encore, même après la mort, à + 420,2 (Taylor), +449 (Wood). Le D'Roch, dans la baie d'Annesley, à bord du Golden Fleece, où il se produisit un grand nombre d'accidents, observa + 45° après la mort. Le cœur est vide et. contracté, en état de contraction rigide. Le sang est noir et par conséquent pauvre en oxygène ; il s’agit bien évidemment ici de la coagulation de la myéline, dont j'ai parlé plus haut.
Les conditions de l’étuve sèche et plus ou meins confinée sont ici réalisées; cela est si vrai, que, dans la marche des troupes en colonne, il suffit d'élargir lesrangs, pour rendre le coup de chaleur moins fréquent (Taylor). Le resserrement des rangs, en plein air, sous les tropiques, est aussi dangereux que l'habitation dans des locaux encombrés. Laveran, qui adopte cette manière de voir, fait une remarque qui nous montre l'excellence de certaines habitudes que je qualifierais d’ethniques, si ce n’était faire un pléonasme. « Les Romains, dit-il avec Niebuhr, avaient reconnu que rien n’est aussi nuisible aux soldats en marche que de se tenir en rangs serrés ; au contraire, les soldats prussiens marchent soudés les uns aux autres. » La première méthode convient en effet aux pays chauds, comme la seconde aux pays froids.
Si les races indigènes semblent souvent échapper au coup de chaleur, c’est que leur vêtement et leurs habitudes les exposent moins que nous à ces accidents ; mais lorsqu'on les force à quitter leurs habitudes pour prendre les nôtres, ils perdent leur apparente immunité ; témoins, dans l'Inde, les soldats cipayes, qui sont frappés presque à l’égal des soldats anglais.
Le D' Zuber et le D' Vallin ont constaté que les gens qui ne transpiraient pas étaient plus exposés au coup de chaleur, que ceux qui sont dans la condition inverse, ce qui s'explique par le rafraichissement du corps dû à l’'évaporation de la sueur. L’exercice vaut même mieux que Pimmobilité, en raison de la sueur qu'il provoque; il présente, en outre, l'avantage de transformer en mouvement une certaine quantité de chaleur, dont la soustraction soulage d’autant l’organisme. Vallin a constaté, effectivement, que les chiens attachés et immobilisés au soleil ardent succombaient, alors que, laissés au même endroit, à la chaine, avec la liberté d’exécuter certains mouvements, ils ne succombent pas. |
Action prolongée d’une température élevée dans les pays chauds, — Les conditions du coup de chaleur sont heureusement exceptionnelles ; tout autre est l’action qu’exerce sur tous le milieu chaleur dans les pays chauds : au début du séjour d'un Européen dans les régions tropicales, l’action de la chaleur se fait d’abord sentir sur les deux organes qui sont directement en rapport avec l'air atmosphérique : le poumon et la peau.
Absolument comme nous l'avons vu tout à l'heure pour les végétaux, tous les tissus et les appareils reçoivent une vive excitation ; c’est ainsi que les plaies, si aucune complication ne survient d’un autre côté, se cicatrisent avec une rapidité inusitée dans les climats tempérés ; le fait a été constaté par les médecins anglais et hollandais, sur leurs compatriotes du Nord, dans la guerre des Asbantis, en Afrique, et dans l'expédition contre Atchin, dans archipel malais.
La peau exagère ses fonctions à tel point, même, que des éruptions sudorales, qu’on désigne souvent sous le nom de bourbouilles, sont un des premiers tributs payés par le nouvel arrivé. Chez un grand nombre d'animaux, dont la peau fonctionne peu à l’état normal, cette stimulation inusitée se traduit par des modifications dans la structure du poil. La respiration s'accélère; un sentiment de force et de stimulation réjouit d’abord l'organisme; la température du corps S "élève de + lo, parfois de + 20. Le pouls
s'accélère également; Layet a constaté une augmentation de 72 à 8#, soit 1/7. Mais cen’estlà qu'un feu de paille : à la congestion périphérique succèdent la pâleur et la laxité des tissus; la respiration non seulement perd son accélération inusitée, mais se ralentit ; les combustions deviennent moins considérables ; la quantité d'acide carbonique rejetée par les poumons, sous les tropiques comparés à l'Angleterre, diminue de 12,24 0/0, d'après Rathray. Ces observations confirment, du reste, les résultats expérimentaux auxquels sont arrivés Edwards et Letellier. Dans leurs expériences, où la température suivait une marche progressive, ils ont constaté que, si l'élimination d'acide carbonique était égale à
Pa? 1 1 ou 0o, elle devenait - à + 150 ou + 200, et : à + 300 ou+ #00.
Cela tient évidemment à l’abaissement de Ja combustion, et ce
phénomène a lui-même sa cause dans la dilatation de l'air, qui a
pour effet de diminuer non seulement sa quantité et, par conséquent, celle de l'oxygène contenue dans un volume pulmonaire
donné, mais encore et surtout de diminer la fension de cet oxygène et, par conséquent, son affinité pour les globules du sang. Les expériences de P. Bert, expériences dont nous aurons occasion de parler longuement dans la suite, ont en effet montré que le conflit des globules avec loxygène était surtout une question de tension et non de quantité.
Il résulte de tout ceci que sous les tropiques la température du corps diminue, d’après Rathray, de 0°,83.
Par suite de ce rôle amoindri, la capacité vasculaire du poumon diminue de 339 à 367 centimètres cubes ; la capacité pulmonaire elle-même diminue, au spiromètre, de 376 centimètres cubes (Rathray) sur les marins anglais qu’il à examinés successivement à Londres et sous les tropiques. Parkes a, dans plusieurs autopsies, constaté une diminution du poids des poumons chez les Européens dans l'Inde. Rathray estime la perte totale de l’activité fonctionnelle des poumons à 18,43 0/0 de ce qu’elle était avant, ce qui correspond à un déficit de 1%°,096 dans le volume d’air vonsommé et de 578,20 de carbone éliminé.
Ces troubles ne se bornent pas à une moindre consommation d'air, à une moindre élimination de carbone : la vapeur d’eau, surtout dans l'atmosphère souvent saturée d'humidité des régions tropicales, est éliminée en moins grande proportion ; l'élimination de la vapeur d’eau diminue de 6,57 0/0. En outre, une foule de matériaux de dénutrition sont retenus dans l'organisme ct viennent encombrer le foie, qui se congestionne.
La prédominance hépatique, qu’on rencontre dans une bonne partie de la pathologie des Européens, dans les climats tropicaux, a donc sa cause dans l'hyperfonction du foie chargé de l’élimination des matériaux incomburés. L'activité rénale diminue de 47,5 0/0 (Rathray); seule lPactivité de la peau augmente de 24 0/0. Des recherches comparatives exécutées par le D' Moursou, dans la Méditerranée et dans l'océan Indien, il résulte que l'élimination de l’urée est moins abondante dans les régions chaudes que dans les régions tempérées. La combustion organique est, autrement dit, moins active.
Toutes choses égales, d’ailleurs, la mortalité semble, d'après une statistique de Moreau de Jonnès, aller en augmentant à mesure qu’on se rapproche de la ligne équinoxiale : la Martinique, par 14°,#%' lat., donnerait 1 décès sur 28 habitants; la Trinidad, par 10°,10”, 1 décès sur 27; Batavia, par 6°,10', 1 dé-
cès sur 26. Je n’ai pas besoin de faire ressortir les défauts de cette statistique, qui ne tient sans doute pas compte des différences de race, de climat, étrangères à la latitude, et je la donne pour ce qu’elle vaut, tout en croyant que son sens, son esprit, sinon sa lettre, sont généralement assez vrais.
Quoi qu’il en soit, après l'excès de chaleur, la plus fréquente cause des maladies, dans les régions tropicales, c’est le re/roidissement, quelque paradoxal que cela puisse paraitre. On y résiste mal au rayonnement, parce qu’on produit peu de chaleur. Cela, d’ailleurs, est tout à fait conforme aux expériences d'Edwards. Des moineaux placés dans un vase entouré de glace, perdaient, au mois de février, 00,4 en 1 heure; les mêmes moineaux, placés dans les mêmes conditions, au mois de juillet, perdaient dix fois plus : 40. L’élévation continue de la température diminue donc la faculté de produire de la chaleur, et, par conséquent, le moyen d'en perdre.
La chaleur est, pour cette cause, la principale cause de l’excessive mortalité des enfants dans les pays chauds, surtout là où aucun vêtement et aucune précaution d'hygiène ne viennent les préserver. D'une manière générale la chaleur tue Penfant comme le froid tue le vieillard. Le docteur Vacher (du Havre) a dressé le tableau suivant, qui montre combien la mortalité des enfants
de 0 à 1 anest proportionnelle à la température, même dans notre pays :
Température Décès 0/, Années. moyenne d'été. de 0 à 1 an.
SE. Ca Ne SR CEE 32,340 SORTE en ER ST 62,443 SES NES PO EE RS 51,365 HÉDOPRRE SE Du. le 59,162 LOS ne mes: #0. LOU 65,419 CO TR Cl 54,935 LÉO, PARMESAN TOURS 93,304 LSAUSERET MENT 29e Au TNT 42,123 SCT LME ER 19277 15,722
L’Européen ne reste pas généralement quitte avec le climat des tropiques pour avoir modifié sa physiologie pulmonaire et cutanée : par suite d’une sorte de balancement fonctionnel entre la peau et la muqueuse digestive, la muqueuse de l'estomac et souvent celle de l'intestin s’assèchent ; il en résulte un état de dyspepsie que les condiments les plus relevés, poivre de
Cayenne, gingembre, etc., ne suffisent pas à modifier. La nutrition se fait mal, la fibrine diminue (Layet), les globules rouges deviennent moins nombreux, les globules blancs augmentent, en même temps que, selon Mazaé-Azéma, le système lymphatique se développe considérablement; ce dernier auteur pense qu’il s’établit une sorte de parallélisme inverse entre la circulation rouge et la circulation blanche; le sang s’appauvrit, mais les Iymphatiques s’engorgent. Il est à remarquer, du reste, que les maladies qui s’accompagnent de lésions anatomiques du côté des lymphatiques prennent dans les pays chauds une valeur prédominante; il me suffit, pour le moment, de citer la lymphangite des pays chauds.
Tant que ces modifications restent dans une certaine mesure, l'Européen ne doit pas se plaindre, car c’est seulement au prix de ces changements, qui en Europe seraient pernicieux, qu'il peut résister au climat torride. Allez donc aux Antilles vous soumettre au régime d’entrainement, avec vin généreux, viandes saignantes, du lutteur de Londres! L’acclimatement individuel ne s'obtient qu'à ce prix, et ce qui à Stockholm serait une maladie, devient physiologique à l'équateur. Il faut avant tout qu'un animal soit en harmonie avec le milieu où il vit. Je reviendrai d’ailleurs sur ces questions au chapitre de l’acclimatement.
Pour le moment, il nous suffira de présumer (la démonstration viendra plus tard) que les modifications qui se produisent chez l’'Européen tendent à rapprocher ses tissus de ceux de l’indigéné et de l’indigène ; car bien que ni l’un ni l’autre de ces derniers ne semble souffrir du climat qu’ils habitent depuis plusieurs générations, il est bien certain que le milieu où ils vivent n’est pas sans avoir agi sur les tissus, les organes et l’organisme de leurs parents, comme sur les leurs propres.
Action de la chaleur sur l’évolution sociale, — Les pays chauds offrent à l’homme une vie facile; la faune et la flore y sont abondantes, et si dans l’une et dans Pautre il trouve de nombreux ennemis, il y trouve également sinon toujours des amis, au moins matière à apaiser sa faim sans se donner beaucoup de mal. Ce sont les pays par excellence des peuples enfants, ou mieux des premiers groupements du Primate humain. L'homme de Thenay, en France, à peine encore dégagé du Pythécoïde, vivait dans un climat chaud, à en juger par la flore et la faune fossiles de cette époque reculée ; mais précisément en rai-
son de cette facilité, la lutte ne stimule pas suffisamment Pévolution sociale, et c’est dans les pays chauds qu'on voit surtout les sociétés s’immobiliser à un degré inférieur d'évolution.
L'histoire nous montre que les populations des pays chauds qui sont arrivées à un développement supérieur, ne l’ont fait qu’en tempérant la chaleur par un habitat élevé en altitude. Telles sont les anciennes civilisations du Mexique et du lac Titicaca ; mais toutes sont subjuguées par des populations plus rustiques venues des pays moins tropicaux, et toutes sont rongées par cet énervement dont le Nirvana de l'Inde est l'expression philosophique et dont le despotisme religieux est souvent la conséquence.
Virey a déjà fait remarquer que c’est dans la zone brülante qu'on trouve ces tempéraments nerveux facilement agités par les sectaires religieux et les imposteurs : ce tempérament, qui, dit-il, affaiblit la froide raison et exaspère la sensibilité ; dans ces pays, continue-t-il, les aliénés de toute espèce, les maniaques sont deux ou trois fois plus nombreux que dans nos climats. Enfin, un témoin absolument peu suspect en pareille matière, Livingstone, reconnait lui-même que le fanatisme, le mysticisme et la religiosité, cette prétendue caractéristique du genre humain, qui manque cependant en même temps aux plus humbles comme aux plus élevés de ses membres, vont en augmentant du Cap de Bonne-Espérance vers l'Afrique tropicale.
Le système musculaire dans ces régions n'échappe pas à l'amoindrissement ; seul le système nerveux sensitif est dominant; les peuples encore grossiers dans leur barbarie, présentent. sous ce rapport, les mêmes défectuosités que nos raffinés dans leur civilisation, et presque sans forcer le ton, Virey, que je cite encore, a pu, fixant cette image où l'énervement par la chaleur est rapproché de lénervement par civilisation, appeler la civilisation : « cette zone équatoriale de l'homme. »
Malgré ces défectuosités, il serait cependant injuste de ne pas rendre hommage aux qualités brillantes, sinon des populations de la zone tropicale, au moins de celles que, dans notre pays, nous nommons méridionales. Les Grecs, les Romains ont montré quel théatre leur pays pouvait fournir à des races bien douées; la France, méridionale elle-même, malgré les critiques d’un roman récent, a fourni dans la littérature, la politique et même dans la science, plus d’un nom de premier ordre. À un autre point de vue, les méridionaux de nos pays tempérés semblent doués d’une