CALCAIRES DU SOL
Les Indiens comprennent parfaitement le besoin de calcaire, car Maurel, à l'hôpital, en a surpris un grand nombre qui mangeaient la chaux des murs. Il y a là un appétit analogue à celui qu’on constatechezun grand nombre d'animaux, pigeons, bœufs, etc.
Les phosphates terreux ne sont pas d’ailleurs indispensables aux animaux seuls : les expériences déjà anciennes de Gosselin et de Milne-Edwards ont montré que le phosphate de chaux active également la croissance des végétaux.
Cachexie ossifrage, — Les condilions qui sont normalement réalisées à la Guyane, le sont accidentellement dans plusieurs pays, notamment en Allemagne; lorsque de grandes sécheresses se produisent, les sels du sol n’ont pu être dissous par l'eau; il en résulte que les fourrages contiennent fort peu de principes calcaires; le bétail qui se nourrit de ces fourrages devient alors en proie à une maladie spéciale : les os qui s’usent chaque jour, comme tous nos lissus, ne recevant plus de matière calcaire, perdent chaque jour de leur poids ct de leur solidité ; à la place du tissu osseux, qui s’en va et ne se reproduit pas en quantité suffisante, se forment des cavités, qui se comblent en partie d’une moelle riche en graisse; la proportion de graisse s'élève alors à 29 pour 100, tandis que celle des phosphates tombe de 48 pour 100 à 12et même 7 pour 100; les parois de ces cavités deviennent molles, peu résistantes ; elles se cassent; les animaux ne peuvent se tenir sur leurs jambes, qui s’incurvent sous leur poids et se brisent au moindre mouvement.
Cette maladie porte le nom de cachexie ossifrage, d'ostéoclasie ou d’ostéomalacie ; elle s'observe chez la bête bovine, le porc, la chèvre; elle a sa source dans la pauvreté calcaire du sol et des fourrages, en un mot, dans l’alimentation totale de l'animal; néanmoins le vulgaire a choisi, je ne sais pourquoi, une seule des plantes mangées par l'animal, pour l’incriminer et à cette plante, qui est l’Anthericum, on a donné le nom d’Ossifragum.
Ostéomalacie des femmes en couches. — La cachexie ossifrage atteint surtout les femelles pleines, forcées de fournir à leur embryon une grande quantité de calcaire, au moment où cette substance leur manque pour leur propre entretien ; elles la prennent alors dans leurs propres tissus, dans leurs propres os, qui se ramollissent. Cette maladie se montre parfois chez la femme, dont elle ramollit, après l'accouchement, les os du bassin ; il suffit d’avoir, dans sa vie, fait nicher des oiseaux en cage, pour
avoir remarqué que la femelle 'afin d'éviter précisément semblable accident, a l’instinct de manger la coquille des œufs qui viennent d’éclore, avant de recommencer une autre ponte.
Ostéomalacie des vieillards. — Une maladie semblable sobserve parfois chez les vieillards, dont la dépense dépasse désormais la recette; on voit, dans ces conditions, se produire chez eux des fractures qui ne se consolident pas.
Ostéomalacie des jeunes vertébrés. Maladie des chevaux en Cochinchine. Rachitisme.— C’est au même mécanisme qu'il faut rapporter le ramollissement des os chez les jeunes vertébrés et un certain nombre de cas de la maladie qui porte le nom de Rachitisme. Je dis un certain nombre de cas, car le professeur Parrot a montré que bien des lésions attribuées à tort à du rachitisme ne sont qu’une des formes nombreuses de la syphilis héréditaire.
Bouley fils a produit l’ostéomalacie chez les jeunes chiens, en leur donnant de l’œuf battu, au lieu et place du lait maternel; le moindre effort suffisait pour briser leur fémur; la maladie s’observe également chez les veaux, les porcelets, à qui on refuse le calcaire ; c’est cet état que les éleveurs désignent parfois sous le nom de maladie paralytique du jeune âge, mot absolument impropre, car il ne s’agit pas ici de paralysie musculaire, mais d’un ramollissement des os. Cette maladie s’observe également chez les jeunes singes. Elle s’observe chez les oiseaux, notamment chez les faisans; elle porte ici le nom de maladie des pattes des jeunes faisans ; sa cause réelle est si bien l’absence de calcaire, qu'il suffit, pour la guérir, d’ajouter du calcaire à la nourriture des oiseaux.
C’est au défaut de calcaire qu'est due une maladie récemment décrite par un vétérinaire de l’armée, M. Germain, sur les chevaux égyptiens importés en Cochinchine française. Dans une note au ministre de la guerre, il émet l'opinion que cette maladie du système osseux tient pour la plus grande part à la disproportion très grande des sels calcaires dans les aliments, en Egypte et en Cochinchine. Dans ce pays, les sels sont en quantité beaucoup moindre qu’en Egypte et les animaux de cette origine ne les trouvent plus en proportion suffisante pour la nutrition normale des os, qui changent de composition, s’altèrent, en suite de quoi les animaux deviennent impropres au service dans un temps plus ou moins court. Cette maladie ne s’est déclarée sur les chevaux égyptiens qu’au