S D. DYSENTERIE
La dysenterie joue un rôle considérable dans la mortalité humaine. Revenant tous les ans dans les pays qu’elle habite, elle y fait plus de victimes que les grandes épidémies qui n’apparaissent qu’à intervalles, telles que le choléra, la fièvre jaune et la peste. C’est essentiellement une maladie des pays chauds, car il ne faut pas confondre la dysenterie épidémique, qui va nous occuper et qui est une maladie des pays chauds, avec la dysenterie banale, sporadique, qui, toute différente comme cause et comme nature, s'observe partout. Partout où elle s’observe, dans les pays chauds, elle accompagne la fièvre intermittente grave; ces deux maladies ont le même terrain ; elles semblent dériver de deux causes communes; ce sont elles qui, dans ces pays chauds, rendent difficile l’acclimatement des Européens. Toutes deux résultent de la putréfaction des matières organiques dans un sol imprégné d’eau et toutes deux sont exaspérées par l'activité même de ces fermentations, dans un pays très chaud, sous un soleil ardent.
Comme la fièvre intermittente, la dysenterie n’est pas contaieuse ; elle atteint tous les âges, tous les sexes et une première atteinte ne préserve pas des autres, au contraire. — C’est ainsi que dans l'Inde on a pu voir 120 dysentériques sur 1 000 hommes.
Ce sont cependant des maladies différentes par leur géographie, par leurs symptômes, par leur gravité, par leur cause immédiate, enfin par leur époque d’apparition dans un même pays.
Géographie. — La dysenterie épidémique forme autour du globe une sorte de ceinture équatoriale, qui comprend toute la zone des climats torrides et qui empiète sur les limites méridionales des climats chauds et même tempérés. On a remarqué qu’elle est plus fréquente dans l'hémisphère boréal que dans l'hémisphère austral, mais il faut aussi tenir compte de ce fait, que les terres sont plus étendues d'un côté que de l’autre. Elle augmente, d’ailleurs, à mesure qu'on se rapproche de l’équateur. Tandis qu’en Algérie elle donne 2 décès pour 1 000 hommes, elle forme au Sénégal le 1/3 de la mortalité et donne 37 0/0 des décès, alors que la fièvre palustre figure au Sénégal pour 31 0/0 des décès. Si bien qu'à elles deux, ces maladies voisines figurent pour 68 0/0 dans les décès des Européens au Sénégal.
En Egypte, elle diminue de fréquence, à mesure qu’on es le Nil; néanmoins, pendant la campagne d'Egypte (1798-1801), elle a ré plus de soldats que la peste, qui régnait alors.
En Amérique, tandis qu'au sud des grands lacs elle est rare, elle cause dans la Floride déjà 5 décès pour 1000 hommes. Au Mexique, elle a été (1860-1865) plus fatale à notre armée que la fièvre jaune. Aux Indes, elle donne dans l'armée anglaise 13- 25 décès pour 1-000 hommes, et, pour plus de précision, 72,64 malades sur 100 hommes; à Bombay, 61,93 malades sur 100; à Madras, 31,62 sur 100 hommes.
La dysenterie, comme les fièvres intermittentes, affecte de préférence les terrains marécageux, tels que ceux de la côte occidentale d'Afrique, riche en lagunes et en fermentations marécageuses, connues sous le nom de marigots.
Cause; nature.— Un grand nombre de médecins de la marine, MM. Rochard, Mahé, Fonssagrives, admettent aujourd’hui que la fermentation des substances végétales produit la fièvre intermittente ou phytohémie, tandis que la fermentation, sur le même point, des débris animaux produit la dysenterie ou nécrohémie; mais si cette cause générale est commune aux deux maladies, la cause