‹ La geógraphie médicaleChapitre 69 sur 233 · DYSENTERIE · texte numérisé non relu

DYSENTERIE

spéciale diffère. On peut coucher au milieu des marigots ; on prendra une fièvre pernicieuse, mais on ne prendra pas la dysenterie. Pour prendre la dysenterie, il ne suffit pas de respirer les germes qui se dégagent des marais ; il faut boire l’eau de ce marais, témoin le fait suivant, rapporté par le docteur Napias, alors médecin de la marine. En 1866, plusieurs centaines d'hommes appartenant aux compagnies de discipline furent débarqués à la Guadeloupe; ils furent, dès leur arrivée, divisés en deux troupes : l’une buvait l'eau pure et fraiche d’un torrent, auprès duquel elle était campée ; l’autre fut installée au voisinage d’une rivière, qu’on nomme la Riviére aux herbes et qui contenait une grande quantité de détritus animaux et végétaux en voie de fermentation. Dans cette dernière troupe, 18 hommes tombèrent rapidement malades de la dysenterie, alors que dans la première on n’en ebserva pas un seul cas. Les travailleurs du canal de Suez, en 1863, ont été pendant quelque temps décimés par la dysenterie, alors qu’ils buvaient l’eau saumâtre qui était à leur portée; la maladie a cessé le jour où l’eau du Nil est venue remplacer cette eau dans leurs chantiers.

Si donc la dysenterie présente de grands rapports avec la fièvre intermittente, elle ne se prend pas de la même manière qu'elle, elle ne règne pas à la même époque ; elle sévit, en général, après l’époque des fièvres, comme si les ferments, qui produisent la fièvre intermittente des pays chauds, avaient besoin d’une évolution ultérieure, pour produire la dysenterie. Ce ferment n’agit plus enfin sur la rate; il agit sur les glandes du gros intestin, sur lequel il produit des ulcérations et des désordres considérables.

Si ce ferment n’agit pas sur la rate, il n’agit pas non plus uniquement sur le gros intestin ; il agit encore sur une autre glande, qui,comme la rate, joue un grand rôle dans la confection du sang, le foie. Les conséquences de la dysenterie épidémique sont en effet l'engorgement du foie, l’inflammation de cet organe et finalement sa suppuration, L’abcès du foie est la suite de l'hépatite, compagne elle-même de la dysenterie. Aussi la mème carte s’applique-t-elle à l'hépatite et à la dysenterie. L’hépatite sévit au Sénégal, même sur les animaux de boucherie, qu’on trouve souvent atteints d'abcès dans le foie. Le 1/4 des décès y est dû à l’abcès du foie, compliquant ou non la dysenterie. Au Gabon, pour une cause inconnue, les abcès du foie sont moins fréquents qu'au Sénégal. Mais, je le répète, dans aucune localité on ne trouve l’abcès du foie endé-

mique, sans que la dysenterie règne sous la forme grave. Il semble done que le foie joue, dans cette façon d’impaludisme grave, le même rôle que la rate dans l’impaludisme ordinaire, ou que le corps thyroïde dans le goitre. Voilà donc trois maladies telluriques : 1° la fièvre paludéenne, 2° le goitre, 3° la dysenterie épidémique, qui sont dues à l’action d’un ferment tellurique sur chacune des trois glandes hématopoïétiques : la rate, le corps thyroïde, le foie, et qui produisent, en effet, une anémie profonde.

La fièvre intermittente, la dysenterie, l'hépatite avec abcès du foie, c’est là une sorte de trilogie, qui fait l’insalubrité extrême des pays chauds, surtout s’ils sont humides et peu balayés par les vents. Comme indications pratiques nous pouvons déduire ce grand principe : éviter, dans les pays chauds, l'usage des eaux non courantes et trop chargées de matières organiques, les boire au moins filtrées ou bouillies.

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