‹ La geógraphie médicaleChapitre 71 sur 233 · S 2. ROUGEOLE · texte numérisé non relu

S 2. ROUGEOLE

Histoire et géographie. — La rougeole nous a, comme la variole, été apportée au vin siècle par les Sarrasins. Ni les Grecs ni les Romains ne l'ont connue. Tout ce que nous savons d'elle, c’est qu’elle existe, comme la variole, depuis longtemps dans l’Inde, qu’elle est fréquente en Malaisie et très commune au Japon, sous le nom de fukisa. Elle était inconnue en Amérique avant la conquête et c’est nous qui l'y avons portée ; aujourd'hui, elle est à peu près diffusée dans le monde entier, bien que certaines îles reculées ne l'aient reçue que récemment. Nous sommes généralement habitués à regarder la rougeole comme une maladie de l'enfance et comme une de ces maladies sans beaucoup de gravité, que tout le monde doit avoir subies. Le fait est que c’est une maladie de l'enfance ; mais pour cette raison qu'elle n’atteint qu’une seule fois et que peu de gens lui échappent. Lorsqu'elle survient chez l'adulte, elle constitue alors une maladie parfois très redoutable. C’est dans ces conditions qu'elle s’observe parfois dans l’armée, sous la forme d’une épidémie grave. En 1837, au Val- de-Grâce, Michel Lévy, sur 60 malades, eut 16 morts ; en 1838, à Versailles, la mortalité sur les adultes était de 31 0/0; en 1860, au Val-de-Grâce, Laveran père, sur 125 malades, eut 40 morts. En 1870, pendant le siège de Paris, où elle a sévi sur les troupes en même temps que la variole, la mortalité a été de 1/3. Pendant la guerre des Etats- Unis, elle a également sévi avec grande intensité sur l’armée. Pendant la première année, sur 21676 cas, il y eut 551 décès, et, pendant la seconde, sur 16 345 cas, il y eut 1 313 décès. D'une. facon générale, elle figure, en France et dans l'armée, pour 27/1000 décès. L’agglomération d'hommes jeunes lui ‘donne donc une fréquence et une gravité exceptionnelles. C’est ainsi que, pendant l’Empire, la fréquence de la rougeole avait diminué dans l'armée, parce que, par suite des réengagements, l’âge moyen du soldat s'était élevé. Comme la variole, elle prend une gravité particulière chez les populations qui ne la connaissent pas encore. Ainsi, en 1781, apportée aux îles Feroë, elle y atteignit tous les habitants, sans distinction d'âge ni de sexe, et en fit mourir un grand nombre; elle disparut forcément, puisque tous les survivants se trouvaient en état d’immunité; mais, 65 ans

après, en 1846, elle fut apportée de nouveau par un bâtiment ; sur 7782 habitants, il y eut 6000 malades; les 1 700 exempts étaient des gens de plus de 65 ans, qui avaient eu la rougeole lors de la première épidémie. En 41875, apportée aux îles Viti, elle a décimé la population à J’égal de la peste la plus redoutable.

Bien qu'elle ait été promenée partout, elle semble, du reste, préférer les pays froids. Aïnsi sur 309 épidémies relevées par Hirsch, on en trouve 96 en hiver, 94 au printemps, 43 pendant l'été, 76 en automne.

La gravité de la rougeole épidémique par les grands froids a, du reste, accrédité pendant longtemps une erreur, qui ne compte plus aujourd’hui que peu de partisans : dans plusieurs garnisons, milieu où, par suite de l’agglomération de la jeunesse, les épidémies de rougeole sont fréquentes, il survint, en même temps que les épidémies de rougeole, une épidémie de bronchite capillaire; on a donc décrit la bronchite capillaire épidémique des armées comme une épidémie spéciale, comme une maladie à part. Ainsi, à Lyon, en 1841, 600 jeunes soldats furent portés à l'hôpital comme atteints de bronchite capillaire épidémique; la mortalité fut considérable ; or voici ce qu’il en est : la rougeole est caractérisée par une éruption, qui se fait à la peau, sur la conjonctive, sur la pituitaire et sur les bronches ; mais lorsque, par les grands froids, il y a beaucoup de bronchites, si une épidémie de rougeole règne en même temps, l’éruption se fait alors uniquement sur les bronches; elle manque à la peau : la rougeole est alors méconnue. C’est de même que, dans la variole, si le malade porte un vésicatoire, on verra l’éruption, discrète partout, être confluente sur le point qu’a occupé le vésicatoire.

Nature, contagion, inoculation, — Eminemment contagieuse, la rougeole est inoculable au moyen du mucus nasal, des larmes, du sang et de la desquamation épidermique, qui succède à l'éruption. L’inocuiation a été pratiquée, en 1758, par Home; en 1832, par Spéranza; en 1847, par Michael (de Catona); sur 100 inoculations qu’il a pratiquées pendant une épidémie grave, il a réussi 93 fois et 93 fois la maladie fut bénigne, jamais mortelle. Cette méthode des inoculations est d’ailleurs conseillée par Guersant et Blache en temps d’épidémie grave.

Hallier a trouvé dans le mucus bronchique un ferment, qu’il appelle mucor mucedo verus. Cultivé sur un mélange d’empois d'amidon et de phosphate d'ammoniaque, ce mäicrococcus se

Page 1