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DENGUE. 211
jusqu'à Philadelph'e et jusqu’à Cadix, où elle recut le nom de febris gaditana. Elle y atteignit 1400 personnes. En 1824, elle sévit aux Antilles et sur le littoral atlantique des Etats-Unis, à New-York, aux Bermudes. En 1846, elle s'étend à la Nouvelle- Orléans, au Brésil, au Sénégal, où on la retrouve en 1845, 1848, 1856, 18€5; en 1870, on la voit sur la côte orientale d'Afrique; en 1871-1872, à Aden ; en 1873, en Cochinchine, à la Réunion: en 1878, dans la régence de Tripoli. Elle apparait presque ‘chaque année à Tahiti, aux Sandwich, sous le nom de bou-hou ; c'est à tort qu’on a prétendu qu’au Sénégal elle précédait toujours la cs jaune : les années de dengue en ce pays sont en effet 1845
848, 1865, 1869 et les années de fièvré jaune, 1830, 1837, 1859, ou 1867. La coïncidence n'a lieu qu’une seule re
Cénéagtot pandémique. — [Lorsqu'elle apparaît dans un pays, elle frappe tout le monde. A Aden, sur 900 soldats anglais, 700 furent frappés ; à bord de /4 Comète, qui quittait l’Inde en temps d’épidémie, sur 66 matelots, 59 furent malades ; à Saint- Denis (Réunion), sur 509 soldats, il y eut 320 malades ; tous les infirmiers furent atteints; sur 11 médecins, 9 furent frappés; en somme, sur 35 000 habitants, il y eut 20000 malades. Eminemment contagieuse, elle suit, dans ses migrations, le chemin des migrations humaines; c’est donc à tort que Hirsch la regarde comme une pandémie non contagieuse, comparable à la grippe. En 1872, l'épidémie de Pondichéry éclata le lendemain de la fête de Velangamy, village situé à une centaine de milles de Pondichéry, où avait été attiré un immense concours d’indigènes. Elie offrit même ceci de remarquable, à l'inverse des fièvres contagieuses, qu'elle ne présenta pas, pour ainsi dire, cette période d'incubation qui leur est habituelle et pendant laquelle le ferment se multiplie en silence, jusqu’au moment où ie nombre des microbes a atteint un certain chiffre; ainsi un enfant séparé de son frère atteint de dengue trompe la surveillance et entre un instant dans la chambre du malade ; peu d’instants après, il est atteint luimême brusquement. Un plaisant s'amuse un jour, dans la chambre d’un ami malade, à contrefaire la mine de ce malade ; au milieu de sa pantomime, il est atteint lui-même et or n’a que le temps de le porter dans son lit.
Cependant, malgré l'intensité du pouvoir contagieux, quelque actives que soient les communications avec les hauteurs, celles-ci sont toujours à l'abri. C’est ici une question de température plus
2h2 LA FAUNE ET LA FLORE.
que de dépression barométrique. Ainsi les hauteurs du Salazie, à 900 mètres d'altitude, n’ont jamais vu la dengue. A 700 et 800 mètres, on est toujours à l'abri.
Symptômes. — Les symptômes de la dengue ne sont pas moins étranges que sa marche envabissante; on peut les diviser en cinq périodes :
Le début est marqué par un malaise général, des vertiges, de l'abattement et des douleurs dans les articulations; ce sont ces douleurs et l'allure qu’elles donnent au malade, qui ônt valu à la dengue le nom de febris piedosa et de dundy, à cause de la marche raide qu’elles donnent au patient. De là est venu le nom de dengue.
Alors apparaît une première éruption ; le corps se couvre de rougeurs, qui rappellent à la fois celles de lurticaire et celles de la scarlatine ; des vomissements surviennent; la fièvre est vive, la température de 400.
Au troisième jour, la fièvre tombe, la guérison semble se faire ; mais surviennent alors au cou, aux aines, aux aisselles des ganglions bien différents, d'ailleurs, de ceux de la peste; cette période dure deux à trois jours.
Mais la fièvre se rallume ; une nouvelle éruption survient, qui rappelle celle de la rougeole.
Enfin une desquamation abondante annonce la convalescence ; mais celle-ci est longue et pénible.
Les rechutes sont fréquentes, et il n’est pas rare de voir les malades trainer de la sorte pendant deux mois sans se remettre. La maladie n’est d’ailleurs pas grave ; elle est rarement mortelle, sauf chez les très jeunes enfants et chez les vieillards, car, sur 8 069 cas rassemblés par le docteur Martialis, il ne s’est produit que 37 décès. À Maurice, sur 80 000 malades en 1879, elle en tua 329%
Nature. — Bien que le microbe de la dengue ne soit pas encore connu, la place de la maladie en cet endroit du livre ne m'en semble pas moins légitime.
: $S 6. FIÈVRE TYPHOIDE.
Histoire et géographie. — La maladie dont nous allons
nous occuper est sans doute bien ancienne; il y a longtemps qu'elle sévit sur l'humanité et cependant elle n’est connue que de
FIÈVRE TYPHOIDE. 243
ce siècle! Tous les auteurs anciens, tous les médecins de toutes les époques nous ont laissé la relation de fièvres graves, qui régnaient souvent d’une manière épidémique et qui causaient une grande mortalité; mais ces fièvres graves, les médecins frappés surtout de leurs caractères négatifs, nous disent bien ce qu'elles n'étaient pas; ils ne nous disent pas ce qu’elles étaient. En 1693, ces fièvres malignes, putrides, comme on les appelait, régnèrent à Rochefort. Chirac fit un grand nombre d'autopsies et découvrit que, dans les fièvres malignes, la muqueuse de l'intestin était ulcérée : cela satisfit peut-être la curiosité de quelques médecins, mais on n'en continua pas moins à regarder les fièvres malignes, putrides, comme un ramassis de maladies non classées, assez (vagues et assez mal déterminées. Baglivi, Spiegel, Stohl virent aussi des ulcérations dans l'intestin ; Rædereret Wagler les constatèrent de leur côté, à Gottingen, dans une épidémie qu'on appelle la maladie de,Gottingen; mais ce n’est qu'en 1812 que Petit et Serres comprirent la valeur de ces ulcérations et firent de tout ce répertoire des fièvres malignes une classe nette, définie, la fièvre entéro-mésentérique, inaugurant, d’ailleurs, ainsi qu'ils le disaient, « la médecine éclairée par « observation et l'ouverture des corps. » En 1829, Louis dégagea encore mieux cette entité ; il créa la fièvre typhoide. Andral, Chomel achevèrent son œuvre; enfin Bretonneau montra qu'il s'agissait d'une fièvre éruptive, dont l’éruption si longtemps méconnue se faisait dans lintestin.
Comme la fièvre typhoïde ne fut d’abord connue qu’en France, on crut d’abord que cette maladie n’était propre qu’à la France ; mais on ne tarda pas à - voir, à mesure que la découverte française se répandait, que cette maladie était fréquente à peu près partout ; néanmoins, si elle est connue à peu près partout, elle est loin d’avoir partout la même fréquence ; elle n’a pas non plus partout une gravité égale. Nulle part elle ne sévit autant qu'en Europe; c’est là qu’est son maximum. Dans l'Europe même, ce maximum est dans la zone tempérée et, dans cette zone, dans la portion inférieure. Ainsi en Suède, en Danemark, en Angleterre, en Belgique, la fièvre typhoïde est moindre qu’en France, en Allemagne, en Russie. Dans ces pays mêmes, elle va croissant du nord au midi. Pour la France, la mortalité, dans l’armée, par fièvre typhoide, a été, en 1866 : dans le nord, 1,23 sur 1 000 hommes ; dans le centre, de 1,79 sur 1000 hommes; dans le sud,
2,90 pour 1 000 hommes. En 1872, pour le nord, 0,85; pour le centre, 4, 53; pour le sud, 3,63 pour 1 000 hommes.
Lorsque, en quittant la zone tempérée,on s'approche de l’équateur, la fièvre typhoïde devient moins fréquente, mais plus grave: ainsi, elle est particulièrement grave en Algérie, aux Indes (Murchisson), sur les côtes d'Afrique (Villiams) ; à Tahiti, les malades présentent une grande tendance à l’ataxie. Déjà en Europe, où elle est de plus en plus fréquente, c’est une maladie grave, puisqu’elle tue assez souvent le 1/4 des malades. Elle n’est pas rare en Amérique, et le docteur Van Rensselaer Hoff s’est assuré, par l'anatomie pathologique, qu'il fallait rattacher à la fièvre typhoïde la maladie désignée sous le nom de fièvre des montagnes Rocheuses.
Dans l’agglomération parisienne et dans toutes les régions soumises à un régime climatérique analogue, la fièvre typhoïde est une maladie de l’été ou deil’automne. — La loi est absolue, hors certaines exceptions dont nous avons précisé la fréquence, la nature et la signification.
Dans les régions où elle règne en permanence, comme à Paris, son accroissement saisonnier commence régulièrement au mois de juin ou au mois de juillet ; son progrès occupe les mois d’août, de septembre et d'octobre. En novembre ou en décembre, la déclinaison est commencée et elle continue régulièrement jusqu'à la fin du printemps. 6
La mortalité typhoïde varie régulièrement avec la saison et elle atteint son apogée normale durant les chaleurs de l'été. Alors même que les épidémies sont locales et accidentelles, celles qui appartiennent à la saison d'été et d’automne, sont toujours plus meurtrières que les autres, qu'il s'agisse de la population civile ou de la population militaire.
La fièvre typhoïde est d'autant plus redoutable que les gens qu’elle atteint sont tous jeunes; son maximum de fréquence est de 20 à 25 ans, puis de 15 à 20 ans; de 30 à 40 ans, elle diminue ; après 50 ans, elle est rare. Après la phthisie, c’est, dans l'Europe centrale, la maladie la plus redoutable, car au lieu de s'attaquer aux valétudinaires, elle s'attaque de préférence aux constitutions robustes; aussi, l’armée, qui présente ce double caractère, la Jeunesse et un choix préalable, par élimination des moins robustes, est-elle particulièrement frappée. A Munich, en 4855, la mortalité par fièvre typhoïde a été de 8,4 sur 4 000 présents ; à Paris, en 1853, tandis que la mortalité civile de 20 à:
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25 ans a été de 8,21/1 000 vivants, la mortalité militaire, au même âge, a été de 9,34/1 000.
Cette prédilection de la fièvre typhoïde pour les militaires tient en outre à l’agglomération; c’est pour cela que les villes sont toujours plus frappées que les campagnes; dans les villes, elle tue 1,46/1000 habitants ; dans les campagnes, 0,94/1000 habitants.
Contagion, — A l’agglomération vient encore s'ajouter la contagion, contagion par les malades,contagion au moyen des matières rejetées par les malades et livrées au ruisseau ou à l'égout ; c’est par les égouts que se propagent souvent les épidémies de fièvre typhoïde dans les grandes villes, dans les casernes, les collèges, les séminaires; c’est par les cours d’eau, où on a lavé le linge des typhiques, où l'on a vidé les vases qui leur ont servi, que se propagent, à la campagne, de petites épidémies le long d’un cours d’eau; c'est par la même raison que les blanchisseuses sont plus fréquemment atteintes de fièvre typhoïde que les membres de toute autre profession; c’est par le même procédé que les matières filtrées dans le sol, si le sol est perméable, entretiennent la fréquence des épidémies dans un terrain poreux.
Souvent enfin, c’est la contagion directe qui agit, c'est-à-dire l’arrivée d’un malade dans une localité exempte de fièvre typhoïde; celte contagion a été niée et l’est encore; mais elle a été niée dans les grandes villes, où la promiscuité des habitants est tellement grande, qu’il est difficile de dire où tel malade a pris telle maladie contagieuse ; pareille cause d'erreur n'existe pas dans les campagnes. C'est là que les docteurs Gendron et Piedvache (de Dinan) l’ont saisie sur le fait et en ont fait ensuite la démonstration évidente. Pendant six ans, le docteur Gendron, dans un xillage, n'avait pas eu un seul cas de fièvre typhoïde; arrive dans ce village un homme convalescent de fièvre typhoïde; la maladie éclate dans sa maison, puis dans les maisons voisines ; dans une maison se déclarent 10 cas ; dans une autre 9 ; dans une autre7 ; dans une autre 6; dans une autre encore 5. En 1842, à North- Boston, petit village de l'Etat de New-York, la fièvre typhoïde était inconnue; un malade atteint de cette maladie arrive à l’auberge et y meurt. Tout le village vient le voir, chacun vient pour ses propres affaires à l'auberge ; 23 jours après son arrivée, 2 cas éclatent dans la famille de l’aubergiste, 5 ailleurs, 2 ailleurs ; chaque famille a bientôt son ou ses fiévreux. Une seule famille
fut épargnée; celle-là était fâchée avec l’aubergiste et c'était la seule qui se fût abstenue de venir à l'auberge, dont elle n’était pourtant séparée que par une vingtaine de mètres!
La contagion, cependant, a été niée et l’est encore par ceux qui croient encore que la fièvre typhoïde peut naître, de toutes pièces, par le voisinage de la putréfaction, par l'encombrement ; or il est remarquable que les égoutiers et les vidangeurs, non seulement ne sont pas plus exposés à la fièvre typhoïde, mais le sont même moins que les autres hommes, ce qui n'aurait pas lieu si la putréfaction seule pouvait produire la fièvre typhoïde. Loin de là, la putréfaction détruit au contraire la virulence des ferments spécifiques; c’est ainsi que la paille des animaux morts du charbon, si on la jette sur le fumier et qu’elle fermente, perd toute virulence. Une autre fermentation, non spécifique, a remplacé la fermentation charbonneuse, spécifique.
Nature. — Spécifique est bien la fièvre typhoïde, par son éruption, qui est constante et caractéristique sur les follicules clos de l'intestin, les plaques de Peyer. Spécifique est le pouvoir des matières qui s’échappent de ces ulcérations et qui, fluant par l’intestin, empoisonnent ainsi les cours d’eau, les fosses d’aisances. Spéeifique est le ferment, qui, absorbé par l'organisme, y multiplie en y produisant la maladie, puis est rejeté par les malades pour végéter ensuite dans le sol humide et reproduire à nouveau la même maladie ! |
Des bactéridies ont été trouvées dans lé sang des typhiques, par Tigri, par Coze et Feltz; par Signol et Mégnin, dans le sang du cheval atteint de fièvre typhoïde. Coze et Feltz ont même vu chez le lapin, non seulement des bactéridies se reproduire, mais une éruption intestinale, avec ulcération des plaques de Peyer, apparaitre. Feltz a fait plus : il a pu cultiver artificiellement ces bactéridies, dans un flacon rempli d’air pur, montrant ainsi comment les ferments virulents de la fièvre typhoïde peuvent se répandre dans une maison, dans une ferme ou une caserne.
Klein (1874) a trouvé dans les plaques de Peyer enflammées, dans les lymphatiques et dans les veines de l'intestin, des éléments réunis en chaine, de véritables zooglies; Letzeritch, dans les déjections des typhiques, a trouvé des schistomycètes, qui, donnés à des lapins par la voie buccale ou en injections sous-cutanées, produisent chez cet animal un véritable typhus abdominal avec localisation anatomique, identique à celle qu’on observe chez
l’homme. — Dans le cours d'une épidémie de fièvre typhoïde qui régnait à Catane, le professeur Guido Tizzoni {de Catane) avait constaté que l’eau de la ville contenait de 4-9 milligrammes de résidu organique par litre et notamment des amas de zooglies. Il résolut de faire absorber cette matière, surtout les zooglies, à des chiens. Or il put constater que l'injection sous la peau des chiens de ces matières suspendues dans de l’eau distillée produisait chez eux les symptômes cliniques et anatomiques de la fièvre typhoïde. Il s’est assuré, par des autopsies, que les lésions anatomiques du typhus expérimental et spécialement des ulcérations des plaques de Peyer, l’infiltration médullaire des ganglions mésentériques et le gonflement de la rate sont dus à la présence de très petits parasites. Ces productions sont situées dans les interstices des éléments anatomiques, dans l'intérieur mème de ces éléments et aussi dans les vaisseaux qui alimentent les tissus. Ce sont des micrococeus constitués par des amas globuleux, des z00glies (Plasmakugeln) et du mycelium rameux à contenu très finement granuleux, à anneaux très courts. D’où il résulte que la fièvre typhoïde doit, en réalité, être considérée comme une schistomicose, une véritable maladie parasitaire. Klebs semble avoir très nettement délerminé la nature de l’organite, qu’il a nommé Bacillus typhosus ; 11 pense qu'il envahit l'organisme, tantôt par l'intestin, tantôt par la voie pulmonaire.
Pasteur est arrivé de son côté à isoler le microbe de la fièvre typhoïde. L’infection typhique a pu, par lui, être transmise d’un animal à l’autre an moyen de la transfusion du sang. Dans ces cas, à cause de acuité de l’empoisonnement direct du sang, il observa de remarquables modifications dans quelques-uns des phénomènes cliniques et spécialement dans la marche de la température.
A côté de la fièvre typhoïde il faut placer le typhus humain. Ce sont là deux maladies voisines, mais différentes et aussi dissemblables l’une de l’autre que le sont la scarlatine et la rougeole. Le typhus exanthématique présente un centre d’où il rayonne; il en présente même au moins deux : ce sont l'Irlande et la Silésie.
Histoire et géographie, — La maladie est connue en Irlande sous le nom de {yphus fever ; elle y représente le 1/10 de la mortalité, tandis qu’à Londres elle ne figure que pour 1/50 et à Paris,
pour 0. De l'Irlande, le typhus passe en Angleterre, à Liverpool, à Manchester, à Bristol. D’Irlande encore, il passe en Amérique ; dans l'Amérique du Nord, le typhus se nomme maladie des vaisseaux trlanduis et s’observe à New-York, à Philadelphie, à Boston, à Baltimore, au Canada; le typhus a mème été observé au Brésil, au Pérou, au Mexique.
Son autre foyer est en Silésie ; c’est de là qu'il envahit la Russie, l'Allemagne, la Belgique ; toutes les guerres avec cette partie orientale de l'Europe ont amené le typhus. C’est de Silésie que, se dirigeant vers l’est, le typhus gagne l'Asie centrale et la Chine.
Aussi voit-on, comme cela se produit également pour la peste bovine, les événements politiques liés à l’extension de la maladie.
C’est de Silésie qu'avec l’armée de Charles V était venu le typhus, qui nous apparait pour la première fois dans l'histoire, en 1528, au siège de Naples, par Lautrec. 30 000 hommes de l'armée française périrent, et Lautrec lui-même fut au nombre des victimes ; en 1552, Charles V, avec ses bandes recrutées dans toutes les parties de l'Allemagne, fait le siège de Metz; il arrive avec 60 000 hommes, 100 pièces de canon, 7 000 travailleurs ; mais au bout de deux mois, après 1 100 coups de canon, le typhus le force à lever le siège ; les Français sortent et se jettent à la poursuite des assiégeants ; mais voyant, dit Vieilieville, « qu'ils n’ont « affaire qu’à des malades, ils cessent le feu, les ramassent, les « emmènent dans Metz, qui fut décimée par le typhus ». Pendant la fin du xvi° siècle, les combats de l’armée impériale en Hongrie y portent le typhus, qui est décrit sous le nom de morbus hungaricus ; la guerre de Trente ans n’est qu’une longue explosion de typhus; les armées danoise, suédoise, allemande, française y piétinent, de 1618 à 1648, l'Allemagne et en particulier la Silésie, ce foyer de typhus. En 1733, avec ce qu’on nomme la guerre de la succession de Pologne, encore le typhus ! L'armée russe est ravagée par lui de 1736-1737; l’armée française le transporte en Lorraine; en somme, pendant toutes les guerres du xvine siècle, le typhus de Silésie se répand de proche en proche dans les armées d'Europe. Vers la fin du xvurt siècle, en 1793, grande épidémie à Nantes, assiégée par les Vendéens ; en 1796, l’armée autrichienne porte le typhus à Mantoue et les troupes françaises l'apportent à leur retour dans le midi de la France.
Les guerres de l'Empire, mêlant les peuples, sèment encore le
typhus, et, chaque fois, les prisonniers le rapportent dans leur pays : après Austerlitz, l'épidémie se répand partout, dit Larrey, en suivant la ligne d'évacuation des blessés ; après Iéna, le typhus se répand, au retour des blessés, à Autun, à Semur, à Langres; après Wagram, Vienne encombrée de blessés devient le centre d’une épidémie, qui se répand dans toute l'Allemagne. Ainsi envisagée, la gloire militaire perd quelque peu de son prestige! Après la défaite de Moscou, le prestige se perd encore plus : à Vilna, sur 30 000 prisonniers, 25000 meurent du typhus; à Dantzig, 10 000 habitants et 13 000 soldats français succombent ; à Mayence, le typhus tue 30 000 hommes et dépeuple la ville. Les blessés répandent le typhus partout. De Paris, on expédie des blessés par la Seine ; ils portent le typhus à Rouen, C'en était fini du typhus, que la paix européenne laissait chez lui, en Irlande et en Silésie, lorsque vint la guerre de Crimée ; alors les Russes donnèrent le typhus aux Anglais et aux Français ; de Crimée, les malades évacués sur Constantinople le portèrent à Marseille, à Toulon, à Paris (Val-de-Grâce), en Algérie.
Ce germe déposé en Algérie allait, quelques années plus tard, trouver une occasion bien belle de se développer : la famine de 1868! la récolte * de 1867 avait été détruite par les sauterelles ; le typhus semé récemment éelata sous l'influence de la misère.
Encombrement, — Dans cette longue histoire du typhus, il est un élément qui ne manque jamais, c’est l'encombrement ; aussi a-t-on dit que le typhus naissait de toutes pièces, de l’encombrement! Je me suis déjà expliqué sur l'impossibilité de la présence d'une plante quelque part, si la graine de cette plante n’a d’abord élé importée; l'encombrement n’est donc ici que la cause accidentelle, singulièrement efficace, sans doute, mais nullement suffisante; efficace, car Pringle raconte qu’en 1577, en Hollande, alors que le typhus régnait dans les prisons, parmi les juges qui avaient passé quelques heures dans ces maisons avec les malfaiteurs, plusieurs moururent; sur 6 juges, 4 périrent; mais non suffisante, car en 1870, à Metz, où l'encombrement ne manqua pas, pendant le siège, à Paris, où l'encombrement et la misère ne manquèrent pas non plus, on ne vit pas de typhus; le milieu était favorable, mais la graine manqua fort heureusement !
De profondes différences séparent, on le voit, le typhus exanthématique de la fièvre typhoïde; le typhus présente une géogra-
phie beaucoup plus limitée que celle de la fièvre typhoïde; il est encore plus éminemment contagieux qu'elle.
Symptômes, — Les symptômes sont caractérisés par une éruption rubéolique, qui manque dans la fièvre typhoïde; la durée est plus courte, la défervescence plus brusque, plus rapide; on ne rencontre jamais dans le typhus la lésion des plaques de Peyer, qu'on trouve toujours dans la fièvre typhoïde de l’homme et des . animaux, comme dans la peste bovine.
Nature. — Le ferment du typhus est encore à découvrir : d’après Hallier, ce serait le Rhizopus nigricans Ehrenbergii. I est évident que ce microbe, encore inconnu peut-être, existe et qu’il sera prochainement découvert.
$ 8. RELAPSING FEVER.
Géographie. — Il existe une autre maladie typhique, qui semble presque spéciale à l’Europe, c’est le relapsing fever ou fièvre à rechutes.
Elle a été vue pour la première fois en Irlande, 1816-1821 ; puis en Ecosse, 1826-1841 ; elle règne aujourd'hui dans toutes les Iles-Britanniques. \
Son autre foyer est, comme pour le typhus exanthématique, la Silésie ; de là elle gagna, en 1864, Saint-Pétersbourg, et s’étendit jusqu’à Odessa. Qnelques petites épidémies ont sévi en Perse et en Chine. C’est au relapsing fever qu’il faut rattacher, sans doute, les fièvres dites de Hong-Kong, de Sanghai.
Le relapsing fever a été observé dans l'Inde, à Bombay, à Calcutta, où il avait été importc. Griesinger l’a observé en Esypte; le docteur Maurel pense l'avoir observé à la Guyane, sur les bords du Maroni.
ll n’est pas rare, depuis quelques années, en Allemagne, sur les malheureux, les mendiants, les vagabonds. En un an, E. Wagner, à l’hôpital Saint-Jacques de Leipsig, a traité 146 cas; l’hôpital-baraque de Berlin, en un an (1879-1880), en a recu 318 cas. Il a paru pour la première fois, dans le duché de Hesse, en 1879, et pour la première fois à Breslau, en 1872-73. D’après Reis, il est commun chez les égoutiers.
Symptômes. — Les symptômes sont tout à fait caractéristiques : au bout de cinq à six jours, l'état typhique, qui a ouvert Ja scène, disparait, le pouls et la température tombent, la guérison