‹ La geógraphie médicaleChapitre 89 sur 233 · MORVE · texte numérisé non relu

MORVE

De son côté, Pasteur, conduit par une observation judicieuse de Duboué {de Pau) sur le siège du pouvoir virulent dans les centres nerveux, car la lésion du quatrième ventricule est constante dans la rage, porta directement, au moyen de la trépanation, le bulbe d’un chien enragé dans le cerveau d’un chien, qui mourut enragé.

Enfin Galtier (de Lyon) à pu injecter dans le sang de plusieurs moutons la salive d’un chien enragé; cette injection, au lieu de donner la rage, comme l’eût fait une inoculation sous-cutanée, a eu pour effet de rendre ces animaux réfractaires à la rage et incapables de devenir désormais enragés, à la suite d’une inoculation rabique : le vaccin de la rage serait-il donc trouvé? La science est peut-être sur la voie!

Géographie. — La rage est d’ailleurs commune à peu près dans tous les pays; elle est cependant beaucoup plus rare en Orient, en Turquie, en Syrie, où cependant les chiens abondent et ne sont l’objet d'aucune ordonnance de police. Elle est extrémement fréquent: dans linde ; 105 cas mortels d’hydrophobie, chez l’homme, ont été constatés à Bombay pendant une seule année. On peut dire, néanmoins, qu’elle a son minimum de fréquence dans les pays froids ainsi que dans les pays équatoriaux et son maximum dans les régions tempérées.

Dans tous ces pays, elle est transmise par le chien, le loup (les morsures du loupenragé donnent la rage à l’homme 66 0/0, celles du chien enragé 33 0/0), le renard, le chat, le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc, le cheval. On a pu la transmettre expérimentalement au lapin. Chez chacun de ces animaux la durée de l’incubation varie; elle est chez le chien de 3, 6, 7, 10 semaines; chez le cheval, de 45 jours à 2 mois; chez le bœuf, de 9 jours à 4 an (?), chez le mouton et la chèvre, de 2 à 4 semaines; chez le porc, de 9 jours à plusieurs mois.

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Histoire. — L’antiquité ne nous a rien laissé qui permette d'affirmer qu’elle connaissait la morve; on'ne trouve la première indication de cette maladie qu’au 1v° siècle chez un hippiâtre grec, qui était vétérinaire des écuries de Constantin le Grand, Absyrthe. Végèce, qui vivait également à la fin du 1v° siècle, nous a laissé la description du malleus humidus, qui semble être la

morve. il ne doute pas que le malleus humidus ne soit contagieux. Il faut arriver ensuite jusqu’au xvir° siècle, pour rencontrer de nouveau une description de la morve: en 1682, un écuyer de Louis XIV, Solleysel, dans un manuel du Parfait Mareschal, non seulement nous parle de la morve et de son « cousin germain » le farcin, mais l’empirique artiste formule la théorie de la fermentation appliquée aux maladies infectieuses et virulentes. Il semble se faire de leur processus une idée très voisine de celle que j'ai exposée plus haut d’après les travaux contemporains. « Pour expliquer en deux mots, dit-il, ce que c’est que ce virus, «est aura venenata ; ce sont des esprits corrompus qui pénè- «trent les parties du corps d’un cheval... Cet esprit sert de « levain, qui cause la corruption du sang. »

Chez l'homme, la morve ne fut reconnue que beaucoup plus tard : ce n’est qu’en 1821 que Schilling, chirurgien militaire à Berlin, la vit, la décrivit, mais sans la nommer. En 1822, Tarozzi, sans reconnaître non plus cette maladie, assista, à Ostiano, à une épidémie de morve, qui fit périr 10 personnes sur 11 qui passaient leurs veillées, comme on le faisait autrefois, dans une étable où étaient enfermés 3 vaches et 2 chevaux morveux. Malgré ces faits et quelques autres qui suivirent, c’est à Rayer que revient l'honneur d’avoir le premier reconnu et nommé la morve chez le malheureux Prost (1837), charretier devenu célèbre. Le docteur Ramon, de Charenton, se souvint alors d’avoir observé, chez les palefreniers d’Alfort, des fièvres putrides, qui n'étaient que de la morve.

Géographie. — La morve semble répandue dans le monde entier. Elle n’a Jamais cependant été observée en Nouvelle-Calédonie. Elle passe pour fréquente surtout en Irlande. Elle est aussi très fréquente en Allemagne. En 1875, en Prusse, on a dû abattre 1745 chevaux morveux. Les indemnités payées par les associations provinciales et communales se sont élevées à 297 557 marks. L'Etat est intervenu pour 31 862 marks.

Nature. Contagion. — Il n’en est pas de l’agent contagieux de la morve comme de celui de la diphthérie : le pouvoir virulent semble détruit par la dessiccation, d’après les expériences de Renault, au Eout de deux mois.— Galtier (de Lyon) a montré le pouvoir inoculant de la salive de cheval morveux ; là se trouve l'explication de la propagation de la morve par l'intermédiaire des abreuvoirs communs, — Ce pouvoir contagieux de la salive a

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même porté Galtier à demander à l'autorité compétente la suppression de l’abreuvoir commun dans les quartiers de cavalerie. Comme on le voit, c’est la campagne contre la gamelle entreprise par les vétérinaires de l'armée, comme elle l'a été avec succès par les médecins. L’injection hypodermique de la salive transmet également la maladie.

Quant au microbe, qui jouerait le rôle actif dans la contagion, Christot et Kiener ont signalé dans le sang, en même temps qu’une augmentation considérable de globulesblancs, constatée également par Trasbot sur le cheval, la présence d’un grand nombre de bactéries. — Hallier a trouvé sur la muqueuse des sinus frontaux des mi- ‘erococcus, qu'il a retrouvés dans le sang; selon lui, ils altéreraient ies globules. Il a cultivé les spores et obtenu un champignon spécial, auquel il a donné le nom de malleomyces. Chose assez curieuse! il a rapproché les formes ainsi obtenues de celles du champignon de la syphilis et il n’a pu reconnaître de différence entre ces denx variétés. Il est digne de remarque que la clinique et l'anatomie pathologiques ont fait déjà plus d’un rapprochement entre la maladie morvo-farcineuse et la syphilis. Bouchard, Capitan et Charrin ont depuis isolé ce microbe, l'ont cultivé et inoculé à des ânes ainsi qu’à des cobayes.

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Histoire et géographie, — Cette maladie générale, à localisation sur le poumon, grave, contagieuse, inoculable et propre aux bêtes bovines, semble avoir son point de départ en Asie : elle apparut pour la première fois en Europe, venant de Russie, à la fin du xvrr° siècle ; elle sévit depuis lors, généralement avec violence, en Bohème, en Moravie, en Autriche. Ainsi en Prusse, en 4879, on a abattu 1738 têtes de bétail. Les associations provinciales ont payé, comme indemnité, 357256 marks ; l'Etat est intervenu pour 2651 marks. — La maladie semble n'avoir pénétré en Hollande qu’en 1833, mais elle y a fait depuis des ravages considérables ; elle a été portée en Irlande, en 1839 et 1841, par un taureau allemand. En 1843, elle apparut en Ecosse. Elle causa à la même époque des ravages considérables en Angleterre, dans les fermes laitières qui avoisinent les grands centres, Londres, Manchester, Birmingham, Liverpool. — En somme le Royaume- Uni a perdu depuis 25 ans, environ 34 millions par an du fait

de la péripneumonie. Cette redoutable maladie a été portée en Australie, en 1858, par une vache anglaise de l'espèce courtescornes. La Hollande l’a donnée à la Suède vers 1848.

Aux Etats-Unis, elle a été directement importée d'Europe, vers 1843, par une vache allemande et communiquée à une étable dans Brooklyn, à New-York. Depuis cette époque, elle a sévi plus ou moins dans King’s County (Long-Island). En 1847, la maladie fit son apparition dans le Delaware, importée d’Angleterre par Thomas Richardson. Tout son stock, estimé 10 000 livres, fut abattu pour prévenir l'extension du mal. En 1851, le Delaware fut de nouveau envahi et, dans les trois années qui précèdent 1870, les ravages de la péripneumonie ont été considérables dans les districts de Colombie ainsi que dans les régions voisines du Maryland etde ja Virginie. En 1859, la maladie fut importée à Belmont (Massachussets). Elle ravagea le Massachussets, la Pensylvanie, l'Etat de New-York. Il est important de faire observer que, dans tous les documents dont il vient d’être question, aucune mention n’est faite de l'existence de la péripneumonie dans les États situés à l’ouest des Allechanys. On peut néanmoins dire, avec Bouley, que c’est la maladie qui, par la continuité avec laquelle elle règne, cause à l’agriculture les dégâts les plus considérables.

Contagion, nature.— Cette maladie, contagieuse de rang en rang üansl’étable, semble, dans certains cas, pouvoir se communiquer à l’homme, Auzias Turenne cite un fait, où des boutons étant apparus sur le pis d’une vache atteinte de péripneumonie, une femme qui la trayait en eut autant sur les mains. Les boucs semblent prendre la maladie des bêtes bovines par contagion de voisinage (Auzias-Turenne). Le docteur Wynter Blyth a pu réunir, en outre, certains faits qui laisseraient penser qu’en dehors et à côté de la pneumonie franche à frigore, il existe chez l’homme certaines pneumonies épidémiques et contagieuses, qui, d'après Parkes, auraient plus d’un rapport avec la pneumonie contagieuse des bêtes à cornes.

Cette maladie appartient, on le devine, à la classe nombreuse des maladies que j'ai comparées à une fermentation. Dureste Weiss et Zurn ont trouvé dans les liquides du poumon des micrococcus (mucor mucedo) analogues à ceux que Hallier a trouvés dans la rougeole ; de leur côté, Bruylants et Verriest (de Bruxelles) ont rencontré dans le liquide de la plèvre des granulations très tenues,

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qu'ils regardent comme le ferment particulier de la pneumonie. Ils ont pu cultiver ces Organismes dans des solutions appropriées jusqu’à la 6° génération et les essais d'inoculation avec ce microbe de culture ont donné lieu à des phénomènes locaux, analogues à ceux qui se produisent à la suite de l'inoculation du virus puisé directement dans les orsanes malades. Le docteur Willems, à l'instigation duquel ces recherches ont été faites, rapporte même que toutes les bêtes, au nombre de plus de cent, qui ont été inoculées à Hasselt, avec du liquide de culture, ont présenté, pour la

plupart, des phénomènes moins oIaves Que ceux qui se produisent après l’inoculation du liquide naturel.

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Géographie, — Cette fièvre éru l'histoire, s'étend aujourd'hui d'une manière épidémique dans uns grand nombre de pays. Elle semble sévir surtout sur le continent | européen, notamment en France, dans la Nièvre, en Allemagne,

en Hollande, en Angleterre, notamment dans le pays de Galles | et dans le comté de Durham; elle semble inconnue encore en

Ecosse ; elle règne également aux Etats-Unis. Le docteur Hulin Larendu compte d’une épidémie considérable en France; Eggeling LetEllenberger en out vu récemment une autre à Berlin.

Aptitude.— Elle atteint le bœuf, le Mouton, le pore, le cheval, {les oiseaux et l'homme. Chez tous elle se caractérise par de Ja fièvre let par une éruption vésiculo-aphtheuse dans la bouche, entre Iles doicts, à l'origine de Ja corne, au pis chez la vache, à Ja {membrane interdicitale chez les oies, à la crête chez les poules. {Elle n’est grave que chez les jeunes veaux et chez les jeunesenfants, [mais aux animaux adultes elle fait perdre poids, travail, lait ; lle cause donc ainsi des ravages financiers considérables, qui, répétés, finissent par équivaloir à ceux de la peste, lesquels, . bu moins, sont intermittents. Ainsi Bouley fait le calcul suivant, qui me semble absolument démonstratif : en Angleterre, en 1871, ja cocote à frappé 691565 animaux, dont 2051 ont été abattus; b853 sont morts; 683084 ont guéri. Elle à fait 7904 morts, qui, 1 250 francs pièce, représentent une perte de 1976000 francs. le n'est pas tout. Un animal guéri perd, en moyenne, 50 francs le sa valeur; cela fait donc 31 654200 francs à ajouter aux 1976 000 précédents. Total : 33 630 200 francs.

püve, dont nous ignorons

Les filles de ferme, les palefreniers, les enfants qui boivent le jait de l'animal malade et les adultes, lorsqu'ils ne le font pas bouillir, ont souvent présenté la maladie.

Nature. — Le microbe n’est pas encore connu, mais il est permis de prévoir son existence.

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