‹ La geógraphie médicaleChapitre 94 sur 233 · BOUTON DE BISKRA · texte numérisé non relu

BOUTON DE BISKRA

Grand Mogol proclamé roi des Indes ; en septembre 1857, les Anglais reprirent Delhi et les troupes anglaises l’occupèrent désormais; depuis ce jour elles furent atteintes de la maladie, qui les avait toujours épargnées à une petite distance de la ville.

Symptômes. — Cette maladie, qui, comme son nom l'indique, est caractérisée par lapparition de boutons sur certains points du corps, débute par des prodromes, par un état général fébrile, qui cependant peut manquer ou au moins passer inaperçu. Le docteur Villemain a cité plusieurs enfants, chez lesquels Papparition des boutons avait été précédée d’une fièvre à caractère intermittent ou rémittent. L’éruption commence alors par une sensation de prurit intolérable sur le point ou sur les points où elle apparaitra ; une nodosité se forme dans l'épaisseur de la peau; elle est arrondie, du volume d’un pois, rouge, violacée, peu douloureuse. Cette nodosité met quelquefois plusieurs semaines et même deux, trois mois à doubler ou tripler de volume; pendant ce temps, à son niveaa, l'épiderme se fendille et desquamime, puis sur la surface, apparaissent en nombre variable de petites vésicules, qui laissent échapper une sérosité transparente assez abondante. Si, à ce moment, on introduit un stylet par l'orifice de chacune de ces vésicules, on sent qu’on pénètre dans une toute petite cavité. La sécrétion finit d’ailleurs par donner naissance à une croûte dite ostracée, sous laquelle les petites cavités se réunissent et forment une ulcération. Cette ulcération finit par mesurer de 2 à 5 centimètres de diamètre. Son fond est inégal, mamelonné, grisàtre par endroits; ses bords sont saillants, inégaux, durs, bosselés. Une zone érysipélateuse s'étend tout autour et dans certains cas même l'inflammation se propage jusqu'aux vaisseaux où aux ganglions lymphatiques voisins. Enfin au bout d’un certain temps, qui varie entre cinq, sept, huit, dix mois, les bords s’affaissent, le fond s’élève, la rougeur s'éteint, la cicatrisation se fait, mais il reste une cicatrice indelébile, au niveau de laquelle la peau est décolorée, déprimée, fine et gaufrée. Le nombre des boutons est souvent unique; on dit alors que le bouton est mâle. On nomme boutons femelles ceux qui sont multiples ; on peut en voir quinze, vingt chez le même individu. On en a vu trente, trente-six et mème soixante-dix-sept.

Le siège de ces boutons varie; sur 183 boutons, qui ont été examinés par le docteur Weber, il y en avait 87 sur les membres inférieurs, 73 sur les membres supérieurs, 17 à

la face, 6 sur le tronc. En général c’est au voisinage des articulations qu’ils apparaissent.

Aptitude, — Le bouton semble atteindre toutes les races. La race blanche semble cependant y être plus sujette que la noire, car, sur 400 nègres examinés en 1861 par Castaing, il ne s’en trouvait que 2 atteints, tandis que sur un relevé, fait par le docteur Hamel, de 2275 blancs ayant tenu garnison à Biskra pendant les années 1844, 1845, 1847, 1851, on trouve 232 malades, soit 10 0/0 de l'effectif; mais cette proportion prise sur des troupes de passage noires ou blanches n’est pas exacte pour deux motifs : d’abord parce qu’un certain nombre de soldats notés à Biskra comme exempts du bouton sont pris de la maladie plus tard, après leur retour en France ou dans le nord de l'Algérie ; c’est ainsi que le docteur Raymondaud en a observé plusieurs cas à Limoges ; en second lieu, le temps de séjour des troupes n’est pas toujours suffisant; enfin parmi les indigènes, la majorité a eu le bouton pendant les sept ou huit premières années de la vie, ce qui Ja met souvent à l'abri d’une seconde atteinte.

L’opirion des gens du pays est en effet que la maladie confère l'immunité pour elle-mème à ceux qu'elle a déjà frappés; néanmoins les récidives, bien qu'exceptionnelles, ne sont pas rares.

Rien. du reste n’est variable comme la durée de séjour nécessaire : dans certains cas quelques jours de résidence suffisent et d'un autre côté on a vu des soldats pris de bouton plusieurs mois après leur retour en France.

Relativement à l’âge, on a observé le bouton de Biskra chez les enfants à la mamelle.

Relativement à l'influence du milieu social, on l’observe dans la garnison de Biskra aussi souvent sur les officiers que sur les soldats.

La maladie atteint d’ailleurs les animaux comme l'homme, moins souvent toutefois. Elle a été vue chez le cheval, le chat, le chien, chez qui elle siège presque toujours sur la partie nue du museau; elle a été vue chez certains oiseaux carnivores.

Kentatives d’inoculation, — Un certain nombre de médecins croient la maladie inoculable ; à Alep, comme à Biskra, un grand nombre d’inoculations sont restées négatives. Le D' Weber aurait cependant réussi, dans deux cas, à produire des boutons de même aspect que’le bouton inoculant, en déposant sous l'épiderme, avec sa lancette, la croûte réduite en poussière et

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