PARIS
HARVAIOU:../.--^
LA GÉOLOGIE APPLIQUÉE ET SON ÉVOLUTION par M. Ernest ¥AN DEN BROECK.
C'est à la Société géologique de France que nous devons la notion initiale de l'importance et de Futilité des études d'applications géologiques, et voici comment :
En 1829, Constant Prévost, dont le rôle et dont l'œuvre dans l'évolution de la Géologie française ont été, il y a peu de temps, si bien mis en lumière par son é minent disciple M. Gosselet, Constant Prévost, dis-je, venait d'être chargé du Cours de Minéralogie et de Géologie à l'Ecole centrale des Arts et Manulactures. C'est alors qu'il eut l'idée, exposée tout d'abord à ses amis Jules Desnoyers et Deshayes, de fonder, à Paris, une Société de Géologie ouverte à tous, aux débutants comme aux savants, aux maîtres comme aux élèves.
Cette idée fut consacrée dans une réunion d'amis et d'adhérents, présidée par Ami Boue. Dans cette séance, tenue le 17 mars i83o, fut voté le règlement de la nouvelle Société, règlement qui a servi de modèle à tant d'autres similaires et qui montre que les fondateurs de la Société avaient en vue, outre les progrès de la Géologie, ses applications.
Vivement influencé par l'idée des avantages matériels que les Arts et Manufactures pouvaient rétirer de la géologie appliquée. Constant Prévost tenta de mettre en vedette, d'une manière peut-être un peu trop accentuée, ce côté pratique et utilitaire de la Science et, si on l'avait suivi trop à la lettre, il eût transformé la Société naissante en- ime sorte d'agence scientifique commerciale, se chai^eant d'analyses et de consultations, donnant des avis motivés, des conseils, rédigeant des instructions, se chargeant de rapports, de traductions, communiquant des documents et faisant même commerce de ses doubles : bref, elle fût devenue un Office technique et commercial, où l'élément scientifique et de progrès des connaissances risquait de devenir secondaire.
Les savants qui se groupèrent autour de Constant Prévost comprirent Técueil, et, dans le projet définitif, éliminèrent entièrement le côté commercial.
a B. VAN DES BROECK
<x Néanmoins, dit M. Gosselet, dans sa belle étude sur Constant Prévost, ils accédèrent à son désir d'indiquer les applications de la Géologie parmi les buts que devaient se proposer les études de la nouvelle Société. »
En effet, le procès- verbal de la première séance mentionne que la Société « aurait pour objet de contribuer au progrès de la Géologie, et de favoriser, spécialement en France, l'application de cette science aux arts industriels et à l'Agriculture. »
A plusieurs reprises, Téminent fondateur de la Société insista sur l'importance qu'il y avait à ne pas séparer la science appliquée de la science théorique.
Dans son discours du a5 avril i83o, présentant la jeune Société au roi Loui&-Phi lippe, Constant Prévost insista sur la thèse qui lui était chère et exposa nettement les avantages que devaient retirer des applications de la Science les ingénieurs, exploitants, hydrographes et agriculteurs.
Mais, en réalité, les temps n'étaient pas venus pour la réalisation de ce beau programme et le sagace mais trop zélé précurseur avançait de trois quarts de siècle !
Le sol de la France est si varié et si complexe dans sa vaste étendue, que l'œuvre de son étude détaillée est encore loin d'être terminée aujourd'hui. Les mystères et les problèmes de sa géologie commencent seulement, dans certaines régions, à se dévoiler à nos yeux.
Relativement à la multiplicité des problèmes que la science pure doit résoudre tout d'abord, le nombre des géologues adonnés à ces captivantes études a été, est trop minime encore.
La cartographie enfin n'avait eu, pendant longtemps, à lem* offrir que des canevas non en rapport avec leurs études et avec leurs recherches de détail.
Sans de bonnes lumières scientifiques préalables, le domaine des applications devait fatalement rester dans l'ombre. En un mot, il fallait s'occuper de construire et d'élever le phare avant de songer à lui faire éclairer l'océan étendu des applications, où d'ailleurs les récifs et les écueils ne manquent pas et ont besoin d'être illuminés de très haut pom» parvenir à être évités.
Il est intéressant de constater la corrélation qui existe entre le degré d'élaboration du progrès géologique régional et la phase d'apparition fructueuse de l'élément spécial constitué par l'étude des applications géologiques.
Où voyons-nous apparalti*e le plus rapidement les projj^rès de nos connaissances géologiques si ce n'est dans, les régions minières, industrielles et agricoles,' c'est-à-dire partout où la multiplicité des travaux publics et privés, des exploitations minérales, forages, puits artésiens, établissement de voies de communications terrestres et fluviales, partout où la recherche de phosphates, d'eaux industrielles et alimentaires et tant d'autres travaux intéressant le sol et le sous-sol donnent forcément naissance à un réseau serré d'observations, d*études, de résultats et parfois aussi de mécomptes, de fausses recherches et de méprises qui amènent peu à peu Tlngénieur, l'Architecte, l'Exploitant, l'Hydrologue, la Municipalité, et le Cultivateur à s'adresser — assez souvent trop tard — au géologue : c'est-à-dire à celui qui, bien mieux qu'eux tous, est à même de prévoir, d'indiquer et de dissuader, lorsqu'il s'agit de travaux coûteux ou aléatoires, dont il est désirable de pouvoir évaluer d'avance les chances de succès.
Certes la Science pure n'est pas à même de tout prévoir, de tout indiquer et, elle aussi, doit scrupuleusement enregistrer ses mécomptes et ses insuccès dans le domaine des applications et y trouver, par cela même, d'utiles leçons pratiques pour l'avenir. Mais à quelles sommes fantastiques n'arriverait-on pas si Ton s'avisait d'additionner les millions engloutis dans des pays industriels comme la France et la Belgique, par les fausses recherches, par les tentatives vaines, rien que dans les domaines des recherches minérales et des travaux publics. Et de cette accumulation de millions combien n'eussent pas été sauvés d'un aveugle anéantissement si l'on s'était préalablement adressé à la Géologie!
Je disais tout à l'heure que l'on voyait évoluer rapidement le progrès des connaissances géologiques dans les régions industrielles. C'est une preuve frappante du rôle précieux de l'application — qui n'est en somme que de l'étude géologique locale ou régionale détaillée — dans les progrès des connaissances scientifiques.
Un exemple topique de ceci nous est fourni par le riclie département du Nord, où les heureux hasards de l'enseignement ont depuis longtemps conduit un disciple fervent de Constant Prévost, rapidement devenu à sou tour un des Maîtres dont s'honore la France : M. le Professeur Jules Gosselet.
Pénétré de la grande valeur pratique du programme utili-