VAN DES BROECK
taire de Constant Prévost il eût, dans un merveilleux champ d action, des plus propices à Tépanouissement complet de ce programme, la joie de pouvoir le réaliser dans ses multiples voies.
Mais aussi l'état des connaissances géologiques régionales de cette partie de la France, permettait, déjà 4^ *^ûs après la tentative forcément vaine, eu i83o, de Constant Prévost, d'aborder avec fruit dans le Nord ce programme si vaste des applications géologiques, pour lequel une bonne partie de la France n'était pas mûre encore, dans l'évolution de ses connaissances géologiques.
Ai-je besoin de rappeler ici les lumières intenses que ces deux phares régionaux élevés par M. Gosselet: son Enseignement universitaire et sa Société Géologique du Nord, ont répandues , sous forme d'applications géologiques de toute espèce, à la riche contrée industrielle et agricole située sous leur bienfaisant rayonnement. La Belgique elle-même en a largement profité autant que de l'œuvre magistrale et purement géologique du savant auteur de « l'Ardenne ».
Non seulement nos collègues de France, de Belgique et de tous pays apprécient la valeur des services rendus par le Maître et ses disciples, mais ils savent aussi qu'il y a là de -fructueux exemples qui s'étendront internationalement partout, conformément aux vues et aux aspirations du sagace fondateur de la Société Géologique de France et cela dès que la phase primordiale et indispensable du progrès géologique, aura régionalement, dans le domaine de la Science pure, accompli son cycle préliminaire et amené la géologie dans la voie de Tétude du détail.
Déjà sporadiquement en France, on voit apparaître dans les régions à richesses minérales industrielles ou agricoles développées, des tendances similaires à celles qui caractérisent l'œuvre de M. Gosselet dans le Nord. Il y a deux ans, les membres de la Société belge de Géologie, en excursion en Lorraine, y ont vu à l'œuvi'e MM. Bleicher, Nicklès et leurs vaillants collaborateurs, s'avançant rapidement et utilement dans la même voie féconde.
L'écueil à éviter est celui qui, en i83o, s opposa à l'exécution et à l'épanouissement des vues de Constant Prévost. 11 convient de ne suivre sérieusement et systématiquement cette voie des applications que lorsque l'étude de la géologie
détaillée a pu commencer à succéder normalement aux études préliminaires. Celles-ci doivent conserver comme objectif unique et rationnel le seul progrès scientifique par Tétude de la géologie pure.
S'il est une région, • modeste dans ses dimensions et par conséquent très accessible aux investigations, et dont le sol, riche et varié autant que productif en éléments d'exploitations minérales; s il est une région, dis-je, qui a été Tobjet, depuis longtemps déjà, d'études géologiques approfondies, en même temps que d'innombrables recherches et exploitations minérales et industrielles, c'est bien la Belgique,
Déjà au milieu du siècle qui vit la naissance de la Science géologique moderne, notre pays et nos géologues étaient dotés, grâce aux travaux préliminaires et cependant déjà synthétiques de l'illustre d'Omalius d'Halloy, et surtout grâce à la déconcertante activité et au coup d'œil génial d'André Dumont, de deux superbes cartes géologiques du pays, à l'échelle du iZKi^ : l'une consacrée au sol, l'autre au sous-sol. Ces chefsd'oeuvre, datés de i85i, sont toujours consultés et admirés de nos jours. Ils constituaient un progrès scientifique bien en avance sur l'état des connaissances géologiques dans la plupart des ccmtrées d'Europe. L'élan fut ainsi donné ; puis, grâce à notre superbe canevas de cartographie topographique au ao.ooo, qui depuis longtemps englobe le pays entier, nous en sommes arrivés, depuis 1878, et sous les auspices de deux Services géologiques successifs, à élaborer des levés géologiques à l'échelle de 20.000, d'abord publiés partiellement à cette échelle, levés presque terminés aujom'd'hui pour tout le pays et dont la publication, au 40 • 000, englobant les données du sol avec celles du sous-sol, sera achevée avant le prochain Congrès géologique international.
Faut-il s'étonner qu'avec l'œuvre des précurseurs rappelés plus haut, qu'avec le stimulant exemple de l'Ecole géologique de Lille, et qu'avec l'heureux concours de circonstances de la perfection de notre canevas topographique à grande échelle figurant, mètre par mètre, le relief de notre sol, si riche et si varié dans sa constitution géologique et dans ses productions minérales; faut-il s'étonn(»r, dis-je, que la Géologie belge soit rapidement entrée dans la phase indiquée et prévue par Constant Prévost comme V épanouissement naturel, inévitable
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même, de la géologie détaillée, donnant fraternellement la main à la géologie appliquée.
Depuis 1874 nous avons en Belgique, avec siège social à Liège, en plein pays de terrains primaires, une Société géologique de Belgique, s* occupant très activement de la géologie de la haute Belgique et de ses exploitations minérales. Sous cette forme, elle avait eu Toccasion d'aborder de temps à autre des problèmes d'applications géologiques et elle l'avait fait avec succès, sans toutefois prendre position dans cette voie comme Société, sauf cependant en organisant un concours relatif à l'étude des gîtes métallifères. Le terrain houiller, le gisement des phosphates de la Hesbaye, les eaux minérales et alimentaires, y ont fourni^ l'objet d'intéressantes recherches et d'études individuelles, publiées sous les auspices de la Société.
Lorsqu'en i88j un très minime groupe de géologues belges prit la décision assez hardie de fonder à Bruxelles, au centre du bassin tertiaire de la moyenne et de la basse Belgique, une seconde Société géologique, dont les adhérents pouvaient paraître assez diiliciles à recruter, le problème initial qui se posait consistait à rechercher une direction nouvelle, inédite même, comme voie conductrice, permettant à la fois d'éviter le r(»doutable problème d'éventuelles et stériles rivalités, de contribuer aux progrès de la Science et de l'étude le nos terrains, surtout post-primaires, et enfin de réunir des adhérents pouvant s'intéresser à ses travaux et par conséquent les utiliser.
Chose curieuse, paradoxale même, c'est en tournant nos yeux vers le Sud, c'est-à-dire vers nos amis de Lille, que nous constatâmes que c'était du « Nord » que devait nous venir la lumière.
L'exemple de la Société géologique du Nord et le programme de la Faculté des Sciences de Lille étaient là pour nous montrer la voie, et le rayonnement du phare lillois parvint jusqu'à nous pour nous montrer que dans notre champ d'action, limité et quelque peu difficile, il n'y avait qu'une voie à suivre, rationnelle en direction, féconde en résultats, tant pour la science que pour nos concitoyens. La situation centrale de notre quartier général de Bruxelles, dans les plaines et collines de la basse et de la moyenne Belgique, dont le sol est caractérisé par des récurrences régulières de dépôts meubles
OU peu rocheux, perméables et imperméables, enserrant et distribuant diversement de nombreuses nappes aquifères ; l'importance d'une production agricole favorisée par d'épais limons appelant la culture intensive ; la nécessité pour les nombreuses villes et agglomérations du pays le plus peuplé d'Europe , d'avoir des eaux alimentaires abondantes et saines ; l'épanouissement d'industries de toute nature réclamant d'énormes afflux d'eau que seul pouvait fournir le sous-sol : tout cela nous indiquait combien, dans le domaine de V Hydrologie comme dans celui de Y Agriculture, le rôle pratique et utilitaire d'une institution géologique telle que celle que nous voulions fonder pouvait devenir important, bienfaisant même pour les intérêts économiques de nos populations, de nos industries et de notre agriculture. Quant aux études scientifiques provoquées par la multiplicité des problèmes locaux que cette direction spéciale faisait forcément prévoir, on pouvait en espérer les meilleurs résultats pour les progrès de la science qui nous est chère.
C'est avec cette orientation assez spéciale que fut créée la Société belge de Géologie, de Paléontologie et d'Hydrologie, et c'est la première, je pense, dont les Statuts accordent aux applications de la Science une part qui de jour en jour parait de plus en plus justifiée, s'il faut en croire le succès croissant, chez nous, comme ailleurs, des adeptes résolus de cette voie, poursuivie systématiquement et parallèlement au progrès et à l'avancement de la Science pure.
Déjà, de toutes parts, nous voyons, en Belgique, s'étendre et s'accroître en importance les voies multiples et si diverses des applications géologiques. Notre vaillante consœur et aînée, la Société géologique de Belgique, vient depuis peu d'entrer fructueusement dans la même voie d'une importance spéciale à donner aux applications de la Géologie. Elle a institué, comme nous l'avions fait dès nos débuts, en 1887, d'inté^ ressantes séances spéciales d'applications et nous avons vu avec joie qu'elle aussi se dispose à faire en sorte que la Science et l'Industrie retirent de précieux fruits de ces travaux spéciaux. Je n'en citerai comme exemple que les séances de ce genre qui viennent, sous l'impulsion active et savante de nos amis liégeois, MM. Lohest et Forir, d'aborder les beaux problèmes de Vextension de nos richesses houillères dans la Hesbaye orientale et dans le Limbourg, ainsi que le remar-
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qaable programme d'études hy^drologiques élaboré, il y a peu de mois, sons Tinfluence des mêmes initiatives.
Les Universités elles-mêmes se sont émues de ce mouvement nouveau et, après une première manifestation, saluée avec plaisir par nos géologues, en laveur de renseignement si utile de la Géographie physique, elles ont compris que des débouchés d'avenir tout nouveaux sont prêts à surgir en faveur des jeunes gens chez qui le goût des sciences géologiques et minérales était jusqu'ici contrarié par Fimpossibilité de sortir des limites, trop étroites chez nous, de la seule carrière de l'Enseignement.
L'expansion coloniale qui depuis peu fait sortir le Belge de son territoire trop étroit, à l'exemple de ses énergiques voisins des quatre points cardinaux, qui l'ont précédé dans oette voie ; l'attractive exploitation scientifique, minérale et industrielle que tant de centres d'outre-mer offrent comme but rémunérateur aux uns; le perfectionnement des connaissances techniques de géologie que Tétude et l'exploration de nos propres régions présentent comme objectif aux autres ; tels sont les principaux motifs de la création, qui sera sous peu officiellement confirmée par le Gouvernement, du diplôme à' Ingénieur-géologue qui va bientôt être décerné i)ar certaines de nos Universités, comme consécration de leurs cours de géologie appliquée, dont nous nous réjouissons de voir le brillant succès s'affirmer de jour en jour, spécialement à Liège.
Enfin, le Serviàe Géologique de Belgique, installé aux côtés de la Commission de la carte géologique, service qui est dirigé par M. M. Mourlon, est venu depuis peu consacrer définitivement et officiellement en Belgique la démonstration du rôle important qu'ont peu à peu pris chez nous les études d'applications géologiques, dont la Société belge de géologie s'honore d'avoir, /a /^r^/m^re, formulé le programme vsystématique.
Lors de la dernière séance de notre 4® Section du Congrès notre Président, M. Mourlon, n'a pu, en sa qualité de directeur du service, exposer que très incomplètement, faute de temps disponible, le vaste panorama des horizons nouveaux qu'ouvre la voie de l'étude des applications géologiques. Le même motif et le désir de ne pas abuser des instants et de l'attention de mes auditeurs me forcent à rappeler, uniquement par son titre, le seul point qu'il a été donné à M. Mourlon de développer.
Je fais ici allusion à l'œuvre qui constitue en quelque sorte le platform technique et la base matérielle du succès des travaux d'application, j'ai nommé la Bibliographie géologique générale, et l'avenir montrera, après les tâtonnements inévitables de la première heure, quel puissant levier, quel précieux outil de travail, on est en droit d'en espérer, tant dans le domaine de la Science pure que dans celui de la Science appliquée.
Si nos géolo^es individuellement, si nos Sociétés géologiques, nos Universités, la Commission de la Carte géologique et^ / ^^ ^eîsBoe géologique sont arrivés en Belgique, à faire converger leurs efforts et leurs travaux respectifs vers ce noble et glorieux but commun de faire marcher de concert les progrès scientifiques et les applications de la géologie, réalisant ainsi les vuçs de l'é minent précurseur qui fonda, avec cette espérance, la belle Société géologique de France, notre aînée et notre modèle à tous, on le doit moins au mérite de ceux qui actuellement sont à même, chez nous, de diriger fructueusement ce mouvement utilitaire, sans que la Science pure en pâtisse, ou en prenne ombrage, qu'aux circonstances favoi'ables énumérées tantôt, qui ont permis d'aborder très rapidement, en Belgique, la géologie de détail et les problèmes locaux et régionaux.
Une chose a frappé vivement mes nombreux confrères belges qui, soit comme membres de nos deux Sociétés géologiques, soit comme membres de la Commission de la Carte ou bien afliliés au Service, soit enfin comme géologues-conseils d'administrations, d'exploitants où d'industriels, ont eu l'occasion à titre purement personnel, de se livrer à ces études.
Cette chose a été, en peu de mots, fort bien exposée par mon collègue et ami M. A. Ru tôt à l'une des toutes dernières séances de la Société belge de Géologie.
Le fait si justifié qu'a mis en lumière M. Rutot, c'est que les études spéciales et détaillées auxquelles donnent forcément lieu les recherches provoquées par les applications géologiques contribuent pour une part considérable, et bien plus importante en tout cas qu'on pourrait le croire, aux progrès de la Science pure. Ces études spéciales consistent en effet dans la réunion de faits précis et détaillés, observés, interprétés et commentés avec l'esprit critique et pondéré auquel donne fatalement lieu le sentiment de la responsabilité. Des centaines d'exemples, des plus curieux, des plus suggestifs, pourraient