B. VAN DEN BROECK
être ici fournis à Tappui de cette ailirmatioii, qui n'est que la synthèse de nombreuses et déjà longues expériences personnelles de beaucoup d'entre mes compatriotes.
On en pourrait tirer cette conclusion que, même en des contrées où la connaissance du détail géologique n'est pas encore à la hauteur de ce qu'elle est dans d'autres régions plus favorisées, il y aurait intérêt, au seul point de çue du progrès de la Science pure, à pousser graduellement les géologues et les Sociétés géologiques dans la voie, non exclusive bien entendu, des applications.
La tâche sera plus ardue qu'ailleurs assurément, mais en dehors des intérêts matériels en jeu et dont elle n'a cure, la Science pure y trouvera l'avantage de voir s'approcher plus rapidement qu'en son évolution normale, la phase d'une connaissance plus approfondie, plus documentée, de la géologie des régions considérées.
Dans une notice intitulée : A propos du rôle de la Géologie dans les travaux d'intérêt public et publiée à Bruxelles dans notre Bulletin, en décembre 1888, soit moins de deux ans après la fondation à Bruxelles de la Société belge de Géologie, j ai déjà pu fournir, après ce court laps de temps, une nombreuse série de faits, parfois saisissants, mettant bien en relief les services que la Géologie peut rendre dans l'exploitation des richesses minérales , dans l'élaboration des projets de distribution d'eau potable, de recherches d'eaux souterraines à propriétés industrielles, de constructions d'édifices, de creusement de canaux, dans le choix de tracés de voies ferrées, de tranchées, barrages, etc., dans les questions d'emplacement et de devis de sondages, d'emplacement de cimetières et enfin en matière de travaux publics et privés de toute espèce.
Craignant d'abuser de 3 instants et de l'attention de mes auditeurs, je me bornerai à renvoyer ceux d'entre eux que le détail de cet exposé intéresse à cette note de 1888, publiée dans le tome II de notre Bulletin bruxellois (Pr.-Verb., pp. 3o3-3io).
C'est Y Hydrologie surtout qui, dans nos plaines à sous-sol non rocheux, ou seulement rocheux en profondeur, a pris une grande extension comme application des études géologiques. Aussi un programme complet d'hydrologie superficielle et souterraine a-t-il été élaboré au sein de la Société de géologie, depuis 1888.
Comme exécation de ce programme nous pouvons signaler en vedette la publication, sous ses auspices et par les soins de M. A. Lancaster, de la belle carte pluviométriqne de la Belgique, jusqu'ici sans rivale par son degré d'élaboration.
De nombreuses communes de Belgique nous doivent d'avoir été éclairées sur la possibilité et sur les chances de succès ou d'insuccès de projets de distribution d'eau. Nous avons accordé une attention spéciale à l'importante question, à base si essentiellement géologique, de la circulation de Veau dans les calcaires et de la contamination éçentuelle des sources de ces régions. Les puits artésiens qui se multiplient de toutes parts, ont mis en relief les mutuels services que peuvent se rendre sondeurs et géologues ; enfin Texpérience acquise nous a mis à même de formuler, pour le plus grand bien des administrations communales et de leurs administrés, comment il faut s*)' prendre pour aborder rationnellement et d'après des bases vraiment scientifiques, l'élaboration et la mise sur pied, souvent si fantaisistes, des projets de distribution d'eau.
Pour finir, je mentionnerai encore quelques têtes de chapitres riches chacun en faits, en données et en exemples de toute espèce ; telles que les applications de la Géologie à V Agriculture, la recherche des phosphates, l'étude des matériaux de construc- • tion ; exposé qui, à lui seul, me prendrait au moins une heure pour être fait ici au complet ; l'étude du grisou dans ses rapports éventuels avec les phénomènes de la Météorologie endogène, etc., etc. (i).
(1) Tout récemment, la Société belge de géologie vient d'entreprendre une nouvelle étude dont les résultats permettent d'être des plus intéressants. C'est celle des « Sables boulants » qui offre en ce moment, en Belgique, un caractère de vive actualité par suite de grands travaux en cours ou en projet et dont l'exécution devra partiellement s'effectuer dans les terrains dont il s'agit. Les communications déjà faites à la Société et beaucoup d'autres, qui sont annoncées comme prochaines, promettent une ample moisson de données aussi utiles pour la science pure que pour la science appliquée
A la grande surprise de beaucoup, il a été constaté que tout était a faire dans cette voie de l'étude scientifique du « boulant », y compris la bibliographie elle-même de la question. Définition, caractères du sable boulant, différenciation éventuelle de ses divers types, relations avec la dynamique aquifère : bref le vaste programme qu'ouvre cette étude constitue pour ainsi dire un terrain vierge, surtout en Europe, où sont encore peu connues les récentes recherches américaines sur la matière.
Il est difficile de comprendre un tel état de choses lorsqu'on songe aux nombreux millions qui ont été engloutis, dans tant de pays, par ce tonneau des Danaldes qui s'appelle le « sable boulant ».
[Note ajoutée pendant l'impression).
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Bref, on le voit, le domaine de la Géologie appliquée est aussi vaste que fécond. C'est en France, à Paris, que ce programme a été pour la première fois énoncé, il y a 70 ans. C'est dans le département du Nord que, depuis 3o ans, il a été appliqué d'une manière systématique et persévérante. C'est en Belgique enfin que, grâce à un ensemble de circonstances favorables, il a pu s'épanouir largement et s'étendre à de nouvelles voies encore, qui promettent de se montrer fructueuses au-delà de bien des espérances. Nous avons vu que l'étude des applications, lorsqu'elle est entreprise au moment opportun, c'est-à-dire lorsque la géologie régionale est entrée dans la phase des études et des levés détaillés, n'est nullement préjudiciable à la science pure et à ses progrès. Au contraire, c'est elle surtout qui, dans la phase d'épanouissement des études géologiques détaillées, constitue à son tour un facteur de ce même progrès. Aussi puis-je, pour terminer cet exposé, me borner à répéter simplement le titre suggestif, et que l'expérience a montré être si vrai, d'une des dernières communications de notre Président de la Société belge de géologie, M. Mourlon, titre qui est : L'étude des applications est, en géologie, le meilleur adjudant du progrès scientifique.
Le rôle de la Géologie dans l'étude rationnelle
DES projets de DRAINAGE EN EAUX POTABLES
Je me permettrai, à propos du rôle si capital, et cependant si mal compris ou négligé jusqu'ici, de la Géologie dans l'élaboration des projets de distribution d'eau, sui*tout quand ils sont basés sur des travaux de drainage dans le sous-sol, de rappeler le programme de ces éludes tel que je le formulais dès 1890.
Voici comment débutait une Note intitulée : Les sources de Modaçe et le projet du Hoj'oux, considérés au point de vue géologique et hydrologique, note publiée dans le procèsverbal de la séance du i5 juillet i89o de la Société belge de Géologie (Bull., t. IV, Pr.-Verb., p. 180-191).
« L'étude d'un projet de drainage ou de captation d'eau comprend des points de vue très divers. La marche rationnelle consiste à s'adresser d'abord à la Géologie, qui détermine la structure et les relations générales des couches, ainsi que leurs relations avec les nappes ou i*essources aquifères qu'elles
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contiennent, qui permet de dresser des coupes rationnelles des terrains, de déterminer leurs conditions de perméabilité ou d'imperméabilité, ainsi que les difficultés qu'elles offriront aux travaux de mine, de fouille, de construction, etc. Vient ensuite VHjrdrologie, qui précise le nivellement, le fractionnement des nappes, les quantités d'eau disponibles, le débit moyen, avec les minima. La Chimie et la Bactériologie doivent intervenir ensuite, pour déterminer la composition des eaux et les variations qu'elles peuvent présenter périodiquement, leur nocivité ou leur innocuité au point de vue hygiénique.
» C'est seulement lorsque ces éléments sont acquis que. V ingénieur devrait entrer en ligne pour rechercher les conditions d'établissement les plus favorables et les mieux appropriées aux données géologiques et hydrologiques. Son projet, établi alors sur des bases sûres, peut être livré ensuite aux financiers, aux autorités compétentes et aux conseils juridiques, dont le rôle est tout indiqué. »
J'ajoutai encore à la suite de cet exposé :
« II est regrettal;)le de constater que c'est généralement la marche inverse qui est suivie. Il en résulte — et la Société en a eu des exemples frappants sous les yeux — que des auteurs de projet ont consacré beaucoup de temps et d'argent à élaborer des projets dont la base rationnelle faisait défaut, alors que la marche normale indiquée ci-dessus leur eût permis de modifier leurs projets de manière à les rendre admissibles et aptes à faille l'objet d'un examen approfondi. »
Faisant allusion aux nombreux projets que des administrations communales et provinciales ont, à de multiples reprises, soumis à l'examen critique des membres de la Société belge de Géologie, particulièrement à ses adhérents spécialistes en matière de géologie, d'hydrologie et de chimie, j'ajoutais « qu'au sein de la Société belge de Géologie, il ne peut être question d'apprécier la valeur pratique d'un projet pris dans son ensemble » et je signalais que « seuls les points de vue géologique, hydrologique et chimique peuvent faire l'objet de nos études. »
Je terminais l'exposé de cette importante question d'intérêt général, si étroitement en rapport avec l'hygiène et la santé publique, en disant :
or Certes un projet satisfaisant aux desidei*ata correspondant à ces trois éléments fondamentaux peut techniquement et financièrement n'être pas exécutable ; c'est ce qu'il appartient
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éventuellement aux ingénieurs, administrateurs et financiers de vérifier ; mais l'étude rationnelle, telle qu'elle est ici proposée, aura toujours Timmense avantage d'éviter de soumettre à de longues et coûteuses études techniques, à la discussion publique — et parfois politique — ainsi qu au choc d'intérêts personnels ou administratifs contradictoires, des projets inexécutables, auxquels la base scientifique ferait défaut. »
Reproduisant ces considérations dans sa brochure jubilaire de la fondation de la Société belge de Géologie (1887-1896), brochure intitulée : A quoi peut serçir une Société de Géologie ? M. l'ingénieur /. Hans dit avec raison :
« Combien de difficultés et de controverses techniques, » administratives et autres pourraient être évitées, combien de » frais inutiles, d'études d'ingénieurs pourraient être épargnés » si la mise sur pied des projets de captation et de distribu- » tion d'eau étaient plus souvent précédée d'une étude spé- » cialement géologique et hydrologique des terrains à drainer » et des ressources aquifères qu'ils renferment ».
Cette thèse si naturelle et si justifiée à tous égards, que je défendais dès 1890, fut cependant loin de rallier tous les suffrages, même au sein de la Société belge de Géologie.
Certes elle trouva de chauds partisans parmi nos ingénieurs les plus compétents ; mais d'autres y trouvèrent le thème de critiques très vives, qui se sont renouvelées à plusieurs reprises. 11 faut n'y voir que la force d'inertie de l'éternelle routine, et le reflet du manque de connaissances géologiques d'auteurs de projets, ne parvenant pas à se rendre compte de l'importance primordiale de la donnée géologique qu'un spécialiste est seul à même, dans certains cas, et surtout pour ce qui concerne le régime aquifère des terrains calcaires fissurés, d'apprécier comme il convient.
Aussi, est-ce avec un sentiment de vive satisfaction que j'ai vu tout récemment le Goui>ernement Jrançais^ après avoir pris l'initiative louable de faire étudier cette question de l'élaboration des projets d'eaux alimentaires par une Commission d'hommes distingués appartenant aux départements ministériels de la guerre, de l'instruction publique, de l'agriculture, des travaux publics et de l'intérieur (i), adopter et faire siennes les
(1) Ministère de l'Intérieur el des Cultes. Rapport à M. le Président du Conseil. Ministre de l'Intérieur et des Cultes, sur l'instruction des projets de captage et d'adduction d'eaux, sur le droit d'usage, l'acquisition et la propriété des sources (Rapporteur M. Henri MonodJ,
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conclusions formelles de la Commission. La thèse formulée par la Commission gouvernementale, adoptée ensuite par le "Président du Conseil, ministre de Tlntérieur et des Cultes, vient de faire l'objet d'une circulaire gouvermentale (i), adressée, le lo décembre 1900, à tous les préfets, chargés de faire appliquer aux 36.170 communes de France, Texécution des nouvelles mesures qui viennent d'être prises.
Lorsque j'aurai dit que le but de ces réglementations nouvelles, dans Tinstruction des projets d'eaux alimentaires, consiste à faire mettre en première ligne et préalablement à toute autre recherche scientifique ou technique, Vétude géologique^ confiée à un spécialiste, et à obtenir qu'une élaboration scientifique complète : bactérioscopique, chimique et hydrologique s'adjoigne à la donnée géologique pour précéder le travail technique de l'ingénieur, j'aurai fait comprendre les motifs de ma vive satisfaction. Cette nouvelle réglementation, qui, après certaines formalités administratives, va bientôt, sans doute, être rendue effective et obligatoire pour toute la France, n'est autre chose en effet que la stricte application de la thèse que j'ai exposée et défendue, dès 1890, comme constituant la seule marche rationnelle permettant d'établir des projets sur des bases sûres et d'assurer les garanties que réclament les intérêts de l'hygiène et de la santé publiques.
C'est là une victoire pour la Géologie appliquée, dont l'importance est appelée à ouvrir bien des yeux, il faut l'espérer, sur les innombrables autres avantages que Ton est encore en droit d'espérer de l'étude des multiples applications de la Géologie.
(1) arculaire ministérielle du 10 décembre 1900, adressée par M. le Président du Conseil, ministre de l'Intérieur et des Cultes, à tous les préfets de France (Direction de l'Assistance et de l'hygiène publiques; 4""= bureau, Hygiène publique : Instruction des projets pour ValimeîUation en eau des Communes,
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