II. — Leur origine
Si je vous demandais de quelle source dérivent les roches ignées, vous me répondriez qu'elles viennent de ces régions du centre de la terre où règne une chaleur intense. Nous avons déjà parlé, dans la Géographie physique, de l'intérieur de la terre et de la haute température qui doit y régner. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que nous ne voyons qu'une bien faible partie de la portion extérieure de notre planète, depuis le sommet de la plus haute.
montagne jusqu'au fond de la mine la plus profonde. Nous allons appuyer un peu plus sur les preuves que nous possédons de l'existence d'une chaleur élevée à l'intérieur du globe et sur la relation qui rattache cette chaleur à certains mouvements et changements de la surface.
Si vous vous trouviez au fond d'une mine proonde en Angleterre, vous y trouveriez la température beaucoup plus chaude qu'à la surface. Cet accroissement de température se constate dans toutes les mines profondes de tous les pays du globe. Vous découvririez bientôt ainsi que la chaleur augmente avec la profondeur. De même, si vous creusiez dans la terre un trou étroit de plusieurs centaines de pieds et que vous y descendiez un thermomètre, vous verriez que le mercure s'élève dans le tube.
Des expériences de ce genre ont été faites sur toute la terre. Elles ont montré qu'à une distance variable et assez faible du sol nous atteignons une température qui reste la même toute l'année, et qu'au delà de cette limite la chaleur augmente d'environ 1° Fahrenheit par cinquante ou soixante pieds. Si cet accroissement se continue, nous atteindrions vite une chaleur insupportable. A deux
milles de profondeur, l'eau serait au point d'ébullition et à vingt-cinq ou trente milles les métaux
Fig. 30c — Vue de sources chaudes ou geysers, en Islande.
auraient la mémo tempérât r que celle à laquelle ils fondent à la surface. Ce f it nous prouve jusqu'à l'évidence que l'intérieur d; notre planète
doit se trouver dans un état de chaleur intense.
Des preuves d'un autre genre nous amènent à la même conclusion. La ville de Bath a longtemps été célèbre pour ses puits. L'eau y sort de terre à une température de 120» Fahr., supérieure à celle d'un bain chaud ordinaire. Cette eau chaude
Fig. 31. — Le Vésuve au commencement de l'ère chrétienne.
arrive à la surface et s'écoule dans la mer depuis l'occupation romaine et sans doute depuis beaucoup plus longtemps.
On rencontre des sources chaudes semblables dans beaucoup d'autres parties du monde. L'Islande, par exemple, en présente quelques exem-
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pies remarquables, appelés geysers, d'où l'eau bouillante et la vapeur s'élancent par intervalles avec un grand bruit et s'élèvent très haut dans l'air (fig. 30). Pour entretenir ces sources chaudes sur tous les points du globe, il doit assurément exister un grand réservoir de chaleur à l'intérieur de la terre.
Mieux que les mines profondes et les sources d'eau chaude, les volcans vous donnent la preuve convaincante de cette haute température. Les vapeurs et les gaz brûlants qui s'élèvent du cratère des volcans, les torrents d'eau chaude qui sortent parfois de leurs flancs, les coulées de lave fondue qui descendent les pentes d'une montagne volcanique et vont brûler au loin les arbres, les récoltes, les jardins et les villages sont toutes preuves de la chaleur intense de l'intérieur de la terre.
Il existe aujourd'hui dans les différentes parties du monde environ 250 volcans lançant constamment ou par intervalles de la vapeur, des cendres brûlantes ou de la lave. Vous comprendrez comme ils sont largement distribués en étudiant sur une carte les lignes de volcans en activité (Géog. phys., p. 168).
Tout d'abord, les volcans sont nombreux dans
toute la ligne de montagnes qui suit la côte occidentale du continent américain; certains d'entre eux atteignent de grandes hauteurs, comme le Cotopaxi (18,877 pieds).
Ils s'étendent de l'extrémité nord de l'Amérique,
Fig. 32. — Aspect actuel du Vésuve en activité.
en passant par les îles Aléoutiennes et le Japon, jusqu'à l'archipel malais, où ils abondent dans l'île de Java. De ce point, on peut les suivre à de grands intervalles dans la Nouvelle-Zélande d'une part, et de l'autre à travers l'Asie centrale en passant par la mer Rouge et la Méditerranée. La ligne remonte
alors sur l'Islande, redescend sur les Açores et traverse les Indes occidentales et le centre de l'Amérique. On rencontre les volcans jusqu'au milieu des neiges éternelles des régions australes et fort loin dans le cercle arctique, dans l'île de Jean-Mayen.
Outre ces volcans encore actifs, on en rencontre beaucoup d'autres où l'on n'a jamais vu d'éruptions et que pour cette raison on appelle volcans dormants ou éteints. Si vous relevez sur une carte la position de tous les volcans qui, soit de nos jours, soit dans le passé, ont vomi des gaz brûlants, de la vapeur, des cendres ou de la lave, vous ne trouverez à la surface de la terre que fort peu de régions où ne se constate la trace d'aucune action volcanique. L'Angleterre, par exemple, est maintenant entièrement débarrassée de toute perturbation de ce genre, et cependant, comme nous l'avons déjà dit, vous pourriez marquer sur la carte bien des points qui ont été le théâtre d'éruptions de longue durée. Les environs d'Exeter, le pays de Galles, le Derbyshire, le Cumberland en présentent quelques-uns. Le centre de l'Ecosse en est couvert, et les roches volcaniques y abondent; l'Irlande enfin en offre un certain nombre.
Vous en arrivez de la sorte à comprendre com« bien l'action volcanique a été universelle sur le globe et avec quelle puissance la chaleur intérieure s'est manifestée partout à la surface.
Les roches ignées ne sont pas la seule preuve de l'action de la chaleur intérieure sur la surface. On ne peut guère douter que les tremblements de terre soient dus principalement aux commotions qui prennent leur origine dans les effets de cette chaleur.
Vous me demanderez peut-être pourquoi, puisque l'intérieur de la planète est si chaud, il ne fond pas l'extérieur, ou du moins pourquoi la température de celui-ci n'est pas plus élevée ? On est presque certain qu'il y a plusieurs millions d'années le globe était infiniment plus chaud qu'à présent. Il ressemblait alors à notre soleil, dont il fît sans doute partie et dont il se détacha avec les autres planètes. Pendant l'intervalle immense qui nous sépare de cette époque, il s'est refroidi graduellement, et la chaleur centrale n'est que le reste de la chaleur ardente à laquelle tout le globe était porté. Les parties extérieures se sont refroidies et solidifiées; mais, mauvaises conductrices de la chaleur, elles ne laissent s'échappei Geikie. — lui, 9
celle de l'intérieur dans l'espace qu'avec une extrême lenteur. Ainsi, en dépit de l'élévation de cette chaleur centrale, nous ne sentons pas qu'elle ait d'influence sur la surface extérieure du globe.
Pour éclaircir ce point, supposons que vous puissiez voir un volcan au moment où il vomit un courant de lave fondue. Au premier moment, oe torrent est porté à la chaleur blanche, et son éclat est tel que vous pouvez à peine y fixer les yeux. Quelques mètres plus loin, il commence à prendre une teinte rougeâtre, qui devient de plus en plus foncée, comme un charbon ardent qui tombe de la grille sur l'âtre. En même temps, la surface de la lave se refroidit et se solidifie si rapidement que peu de jours après vous pouvez y marcher, quoiqu'elle soit encore rouge à un ou deux pieds de profondeur. Si vous revoyez cette lave quelque douze ans plus tard, sa surface naturellement sera entièrement froide et vous présentera un amas de fragments de roche brillants et noirs.
Au cœur de la masse cependant, la roche sera peut être encore chaude , et vous pourrez même rencontrer des crevasses par où s'échap-
pent des tourbillons de vapeur et sur lesquelles vous ne pourriez porter la main sans la brûler. Si une simple coulée de lave prend si longtemps pour se refroidir jusqu'au centre, vous comprendrez facilement que la masse énorme de notre globe puisse conserver une chaleur intense après que son enveloppe extérieure s'est refroidie et solidifiée depuis de longues périodes.
Vous connaissez ce fait que les corps se dilatent quand ils sont chauffés et se contractent en se refroidissant. Quand la terre était beaucoup plus chaude qu'aujourd'hui, elle devait aussi occuper plus d'espace ; elle aussi s'est contractée en se refroidissant. Comme elle se refroidit encore, cette contraction se continue, mais avec tant de lenteur que nous ne nous en apercevons pas. Les effets en sont cependant bien visibles parmi les roches.
La contraction ne pouvait manquer d'exercer une énorme pression sur l'enveloppe extérieure, qui, étant faite de matériaux fort différents, — roches sédimentaires, organiques et ignées, — a dû céder sous l'effort plus facilement à certaines places qu'à d'autres. De la sorte, un peu comme la peau d'une pomme desséchée et ridée, la sur-
face du globe s'est soulevée dans certaines régions, s'est enfoncée dan? d'autres, en se broyant et se brisant. Nous étudierons dans le chapitre suivant les témoignages que nous avons de ces changements.