INTRODUCTION
Une maison ordinaire, telle que celles où vivent la plupart d'entre nous, est faite de matériaux divers, et l'un de ceux-ci est toujours la pierre, La pierre est employée dans les murs, les foyers, les cheminées et les toitures; mais elle diffère dans chacun de ces cas de celle qui entre dans les autres parties du bâtiment. Ainsi les murs seront faits de pierres de taille, de calcaire ou de briques, l'avant-foyer de carreaux, la toiture d'ardoise ou de tuiles, les cheminées de marbre, tandis qu'une autre variété de pierre, la houille, brûlera dans les foyers. Parcourez les rues, vous y trouverez des variétés plus nombreuses encore. Les pierres de la chaussée sont
d'une espèce, celles du trottoir d'une autre. Beaucoup de variétés ornementales sont employées dans les magasins et les maisons. Un seul regard jeté sur les habitations et sur les rues vous montrera qu'il y a beaucoup d'espèces différentes de pierres.
Si vous les examinez d'un peu plus près, vous verrez qu'elles subissent des opérations fort diverses avant de faire partie d'un bâtiment. Les pierres des murs ont été dégrossies et dressées au ciseau et au marteau ; le marbre des cheminées a été douci et poli ; les ardoises ont été fendues en plaques minces. Certains de ces matériaux de construction ont subi des changements beaucoup plus grands encore. Les briques, par exemple, étaient d'abord de l'argile molle qui s'est durcie en cuisant dans des fours. Le mortier qui relie les pierres ou les briques des murs a été obtenu en calcinant du calcaire. Le fer employé dans la maison a commencé par être une pierre grossière, rouge ou brune, qu'on a grillée et fondue pour en extraire le métal clair et brillant.
Si différentes les unes des autres que soient toutes ces pierres, elles ont un caractère commun : elles sont toutes sorties du soussol.
Si vous pouviez remonter à l'origine de cha cune d'entre elles, vous trouveriez que la pierre de taille et le calcaire ont été extraits de carrières peut-être assez rapprochées; que les ardoises ont été détachées du versant de quelque colline, probablement dans les Galles; que le marbre est sorti du flanc de quelque montagne éloignée, d'Italie peut-être; que la houille a été fournie par des mines creusées à grande profondeur sous le sol de l'Angleterre, et que les briques ont été faites avec l'argile de quelque terrain bas de votre voisinage.
Dans notre pays, la plus grande partie de la surface est couverte d'un tapis d'herbes vertes s'étend ant jusque sur les collines ; les champs de céréales, les pâturages, les bois, les vergers cachent ce qui se trouve au-dessous d'eux, comme le tapis cache un plancher. Ce manteau de végétation, avec le sol où il pousse, n'est pourtant qu'une mince couverture. Vous pouvez, à l'aide d'un trou peu profond, traverser le gazon et le sol, ou mieux encore assister à leur enlèvement dans les carrières, les puits ou les excavations de toute espèce. Ils ne forment qu'une simple couche extérieure, ayant tout au plus quelques pieds
d'épaisseur. Au-dessous d'eux se trouve toujours quelque espèce de pierre. De même qu'en soulevant le tapis d'une chambre vous mettez à nu le plancher, de même, en enlevant la couche extérieure de végétation et le sol qui la supporte, vous découvrez nn pavement de pierre.
Nous foulons v.e pavement de pierre tous les jours de notre vie. Il s'étend sur tout le globe, formant le fond de la mer et la surface de la terre.
Différant en cela du pavement de nos demeures, il est très inégal, comme vous le savez. A certains endroits, il s'étale en vastes plaines unies ; il s'élève ailleurs en hautes montagnes escarpées.
De plus ce vaste pavement qui couvre le monde diffère de celui de nos maisons par la merveilleuse variété de ses matériaux. Les différentes pierres que nous employons dans nos bâtiments ne peuvent vous donner qu'une faible idée de cette variété. Il existe à côté de cela un nombre presque infini d'autres pierres. L'architecte cherche h construire ses planchers avec quelque espèce uniforme de bois résistant; mais le grand pavement de pierre sur lequel nous vivons n'a pas cette uniformité. Ses matériaux divers sont groupés de la façon la plus irrégulière et la plus chan-
géante, tellement que, si vous en dressiez la carte, elle ressemblerait au dessin compliqué de quelque tapis de prix.
C'est de ce pavement que je veux vous parler dans les pages qui vont suivre, de sa composition et de la manière dont ses différentes parties se sont groupées. A première vue, il vous semblera peut-être qu'il n'y a rien de bien intéressant, de bien attachant dans un tel sujet. Je veux vous prouver le contraire par un exemple.
Tracez sur une carte des Iles-Britanniques deux lignes au crayon. La première, qui part de Liverpool, traverse l'Angleterre en touchant Stafford , Birmingham et Cambridge et atteint la mer à Harwich. L'autre s'étend à travers l'Ecosse, de l'île de Skye à Montrose.
Supposons que deux étrangers qui n'ont jamais vu ce pays abordent sur la côte ouest et, après avoir traversé l'île chacun le long d'une des lignes que vous avez tracées, se rejoignent sur le continent et se fassent part de leurs impressions. Le voyageur qui aurait suivi la ligne de Liverpool à Harwich s'exprimerait sans doute comme ceci : «Le sol de l'Angleterre est d'une égalité surprenante ; j'ai traversé toute l'île sans voir ure seule ondu-
lation qui méritât le nom de colline. La plus grande partie du pays est d'une fertilité merveilleuse, couverte tantôt de champs, tantôt de vergers et de bois, tantôt de vastes pâturages. Les maisons sont bâties en briques. J'ai vu quelques grandes villes populeuses, offrant tous les genres d'industrie. J'ai remarqué aussi que dans certaines parties du pays la richesse des habitants vient principalement du sous-sol. Dans le Gheshire, ils tirent des mines de grandes quantités de sel. Dans le Staffordshire, ils extraient de la houille et du fer de puits nombreux et profonds ; mais en somme l'Angleterre me semble adonnée surtout à la culture des céréales et à l'élève du bétail. »
Le second voyageur aurait une histoire fort différente à raconter. « Je ne puis comprendre, diraitil, que vous puissiez parler de l'Angleterre comme d'un pays plat. J'ai moi-même traversé l'île de la mer à la mer, puisque, après avoir abordé sur la côte d'Inverness-shire, je me suis embarqué dans le port de Montrose. Je n'ai guère rencontré sur ma route de terre basse ou de plaine. C'est une succession interminable de hautes montagnes escarpées et de profondes vallées rocheuses.
Avant d'arriver à la côte orientale, je n'ai rencontré aucune ville ; à peine ai-ie vu quelques villages. Les gens vivent dans des maisons de pierre ; je n'ai vu nulle part une seule brique. La houille qu'ils brûlent vient de loin, et les pauvres n'ont pour combustible que la tourbe qu'ils vont chercher sur les collines. Je n'ai vu dans mon voyage aucune mine, aucune manufacture. La population est clair-semée et semble surtout occupée de l'élève des moutons. Si je puis juger toute l'Angleterre d'après ce que j'ai vu de mes propres yeux, c'est une île escarpée, montagneuse, stérile, sans commerce ni industrie, et faite seulement pour le pâturage, la chasse aux grouses et en quelques points pour le labour. »
Bien que chacun de nos deux voyageurs ait rendu assez exactement compte de ce pays d'après son expérience personnelle , tous deux ont cependant grand tort de supposer que ce qu'ils ont vu dans une partie de la contrée s'applique de la même façon au pays tout entier.
Mais comment se fait -il qu'il y ait d'aussi grandes différences entre les diverses parties de l'Angleterre ? Comment expliquer qu'une région soit montagneuse, une autre plane; que l'uDe soit
fertile, l'autre stérile ; que l'une soit populeuse et adonnée à toutes les industries , et l'autre à peine peuplée et adonnée à la chasse et à l'élève des moutons?
Ces grandes différences de la surface d'un pays dépendent des différences entre les pierres ou roches.
Vous comprenez facilement que, si le caractère d'un pays et de ses habitants dépend à ce point de la nature des pierres sous-jacentes, il est très désirable que nous sachions quelque chose de ces pierres, de la façon dont elles ont été formées, de leur composition et de ce qui fait qu'ici elles s'étendent en plaines ou en terres basses, ailleurs elles s'élèvent en simples collines ou en montagnes élevées. Ce genre de connaissance constitue